Accueil
Les règles du jeu
Respirez!
Ils sont là
La 4ème salle
Service Rond-Point
Piste d'envol
L'équipe
 Go 
Entrez! (104 art.)
Bif le rien
Apprend les règles du savoir-vivre

Hier à 11:32:11
 
 
Stéphane Trapier
Illustrateur
Entrez! (104 art.)
Sous Les Toits 2

On s’est rencontré autour d’une boîte d’haricots verts, un soir après minuit. T’aurais pas un ouvre-boîte ? qu’elle m’a demandé comme ça. Je sortais des chiottes, et l’un dans l’autre, on a fini par déboucher une bouteille de vin, assis en tailleur sur ma moquette bleu mauve. On a discuté un peu de Bukowski, de John Fante, et puis elle a commencé à pester contre son loyer – le fameux 400 euros, 10 mètres carrés mansardés. J’ai gueulé aussi. Fumiers ! Salauds ! Et puis j’ai roulé sur le côté. Tu veux que je te suce ? Pas la peine, j’ai répondu. Ce vin dégueulasse, ce vasistas foireux – la chambre est si lumineuse, vous verrez, que du bonheur ! - toute cette merde me sapait le moral. Au réveil, elle m’a demandé si je voulais bien l’accompagner chez son proprio. Elle avait un plan. J’ai dit okay. On s’est pointée à 10 heures. J’avais une gueule de bois pas possible. Je me tenais un peu en arrière, au bord de la  gerbe. Le proprio a ouvert. Tronche de l’emploi. – Je veux que vous baissiez mon loyer, elle a attaqué, je me suis renseignée, votre chambre n’est pas dans les règles. – Pas dans les règles ? Tu veux payer combien ? – 300 euros, elle a répondu du tac au tac. – Marché conclu, il a dit. Je n’en croyais pas mes oreilles, putain ! Il m’a jaugé - je pesais pas lourd. Il a ajouté, à une condition, poulette, que tu viennes me la sucer tous les matins. Le vent s’est levé quelque part du côté de Stalingrad. Un sale vent froid, un truc à vous râper les os. Aucun doute, on était bien à Paris. Le gros lard s’est marré. Il s’est marré, et puis il nous a claqué la porte à la gueule. Elle portait un prénom allemand, prénom allemand que le temps a fini par emporter. Mais pas sa coupe de cheveux. Tout au carré. Noir de jais.
Mercredi à 11:17:48
 
 
Sebastien Ayreault
Chroniqueur
Venez! (51 art.)
Zabou Breitman
Qu'est-ce qu'un monstre ?

This text will be replaced
La nouvelle saison du Rond-Point sera monstrueuse, repoussante, inhumaine, difforme, cruelle, affreuse. Zabou Breitman se jette à l'eau dans la grande salle avec sa mise en scène de La Médaille, un portrait charge du paternalisme d'entreprise concocté par la romancière Lydie Salvayre.
– Chère Zabou, entre deux répétitions, pouvez-vous dire à nos chers ventscontrairistes ce qu'est pour vous un monstre ?
Mardi à 11:20:08
 
 
Special Guest
croisé au Rond-Point
Venez! (51 art.)
Zo d'Axa (1864-1930)
Les cracks méconnus du rire de résistance
« Assez longtemps on a fait cheminer les hommes en leur montrant la conquête du ciel. Nous ne voulons même plus attendre d’avoir conquis toute la terre. Chacun, marchons pour notre joie. » (1891)
« La seule certitude, c’est de vivre et sans attendre. Vivons donc et le moins sottement possible. » (1921).
C’est le moins sottement possible que le guilleret pamphlétaire et aventurier fin de siècle Alphonse Galland, dit Zo d’Axa, descendant direct probable du navigateur La Pérouse, brûlera rocambolesquement sa vie par tous les bouts « en dehors de toutes les lois, de toutes les règles, de toutes les théories – même anarchistes ».
À son palmarès, notamment.
•    Une désertion mirobolante. Le pendard coupe court à son service militaire chez les chasseurs d’Afrique en cavalant avec la femme de son capitaine.
•    Une mutinerie très Bounty. Acoquiné lors de son expulsion d’Italie avec quinze déserteurs transalpins (« C’était de la graine de révoltés. On s’entendait. ») croupissant comme lui sur un vaisseau quasi-fantôme nommé Pandora (1) ayant levé l’ancre à Trieste, il fomente avec eux une amusante révolte à bord.
•    Et quelques évasions arsènelupinesques. Claquemuré dans une cellule de l’Hôpital français de Jaffa, il démolit son lit de fer, élargit avec un de ses débris le trou du tuyau de poêle serpentant à travers la pièce et s’enfuit dans la nuit pluvieuse, poursuivi par une horde de mamelucks hurlants. Une autre fois, à Paris, au poste de police de la rue Cuvier où, Albert Spaggiari et Francis Besse retiendront la leçon, il s’est fait la malle en sautant par la fenêtre, le larron court, court, court à travers le Jardin des plantes, traqué par une meute de pandores. Quand… Le chansonnier libertaire belge Léo Campion nous raconte la suite : « “– Arrêtez-le, c’est un anarchiste !“ Un bon citoyen se campe devant lui, et l’arrête. D’Axa lui colle son poing sur la gueule. Corps à corps. L’homme tombe. La foule se trompe. Zo d’Axa a la tête haute, le regard sûr et des manières de grand seigneur. Le bon citoyen, lui, est mal vêtu. La foule le prend pour l’anarchiste. « Ce n’est pas moi ! », hurle-t-il. Le bon citoyen, après avoir été lynché, est conduit au poste et passé à tabac ».

Mais pourquoi le turlupin d’Axa que l’historien mécréant Hem Day nommait « le mousquetaire-patricien de l’anarchie » un peu expéditivement (2) avait-il d’incessants accrocs avec la justice ? Parce que c’était un journaliste de combat fort redouté, doublé d’un féroce satiriste, dont la devise était « En joue !... Faux ! ». Et qu’il n’y allait pas par quatre chemins dans les hebdos harakiriesques qu’il créait et lançait à la mer avec le concours des plumes les plus acérées de l’époque (Félix Fénéon, Georges Darien, Octave Mirbeau, Sébastien Faure et même le futur poseur de bombes Émile Henry). Zo d’Axa sera condamné, par exemple, à 18 mois de maison d’arrêt pour « provocation au meurtre » parce qu’il a comparé le « pesant ministre Loubet » à deux de ses congénères en ces termes : « Ces gens sont de la même famille. Ils devraient être de la même branche, cette branche où balanceraient les cordes à nœud-coulant. »

On peut commander aux éditions Plein Chant la meilleure bio détaillée du gentilhomme-agitateur, Zo d’Axa L’En Dehors de Béatrice Arnac d’Axa ainsi que son foudroyant chef-d’œuvre De Mazas à Jérusalem ou le grand trimard (1895). A été réédité en outre en 2010, au Passager clandestin, l’impitoyable brûlot anti-électoral Vous n’êtes que des poires ! (1898).
« Allez, électeurs ! aux urnes… Et ne vous plaignez plus. C’est assez. N’essayez pas d’apitoyer sur le sort que vous vous êtes fait. N’insultez pas, après coup, les Maîtres que vous vous donnez. L’électeur n’est qu’un candidat raté. (…) Votez ! Faites la Chambre à votre image. Le chien retourne à son vomissement. Retournez à vos députés. »

1)    Petite allusion affectueuse au splendide film d’Albert Lewin « Pandora et le vaisseau fantôme ».
2)    Un peu expéditivement certes puisqu’un mousquetaire, loin d’être un flibustier sans foi ni loi, n’est, comme on sait, qu’un vil corsaire du roi.


Dimanche à 12:27:13
 
 
Noël Godin
Chroniqueur
Respirez ! (173 art.)
Le parti du Chien à deux queues (Magyar Kétfarkú Kutya Párt)
Carte postale de Budapest
"Il est si mignon, il ne va pas te voler !"
Voteriez-vous pour le nouveau parti dont les affiches ont envahi Budapest cet été ? Ce toutou à cravate qui rassemble bien visiblement sa duplicité dans une jolie double queue, promet la vie éternelle, le droit de vote aux animaux, la bière gratuite, l'abrogation des impôts, l'ouverture de relations diplomatiques avec les extraterrestres, l'entrée des virus au Parlement (sous un espace vitré pour éviter la contagion), une réforme de la météo avec neige en hiver sauf sur les routes nationales, le Rallye de Monte Carlo en Hongrie... "Le MKKP est fondamentalement différents des autres partis au sens où nos promesses ne sont clairement que des promesses. C'est un programme rationnel et urgent  pour faire décoller le pays. C'est la seule option raisonnable.", précise le programme du Chien à deux queues hongrois.
Après les Turcs, les Habsbourg, une dictature fasciste qui fait l'alliance avec les Nazis et enfin l'occupation soviétique, les Hongrois n'expérimentent vraiment la démocratie que depuis la chute du mur. En donnant des gros coups de volant à chaque élection. Des virages de plus en plus rageurs, au vu des tombereaux de promesses non tenues par les partis qui se sont succédé au pouvoir. Cette année, le pays a fait un tête à queue à droite : les électeurs viennent de confier tous les leviers à Viktor Orban, un libéral nationaliste très sarkozyste dans sa manière de monopoliser le pouvoir. Son opposition de centre gauche s'est volatilisée au profit d'un nouveau parti populiste d'extrême droite ouvertement antisémite et bouffeur de Roms, le Jobbic ("Y'a bon à droite"). A ceux qui ne savent plus à quel bulletin se vouer, le parti du Chien à deux queues veut apporter un peu d'air frais en présentant ses candidats à la mairie de Budapest et de Szeged aux très prochaines élections municipales.
Ils sont sans doute encouragés par la victoire du comique islandais Jon Gnarr à la mairie de Reykjavik en juin dernier. Après le crash qui a rendu visible à tous les Islandais la collusion entre finance et politique, son "Meilleur Parti" s'est imposé en proclamant : "Un seul Père Noël pour faire des économies, un ours polaire pour le zoo de Reykjavik, Disneyland à l’aéroport, un Parlement sans drogues d’ici 2020".
Des promesses dont pourrait s'inspirer Eva Joly avec son projet de "déprofessionnalisation de la politique"...

Le 25 août à 08:17:50
 
 
Jean-Daniel Magnin
Rédacteur en chef
Respirez ! (173 art.)
Libertude, égalitude, fraternitude
Ségolène à l'Elysée - 32
En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net,  voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.
lundi 9 juillet 2007
Annonce du grand plan « Sœur Emmanuelle » pour les banlieues, qui va souffler les observateurs internationaux par son ambition. C’est probablement le plus vaste chantier de reconstruction qu’on ait vu en France depuis le nettoyage des Côtes-d’Armor en 1978.
Voici les principaux axes du grand plan Sœur Emmanuelle :      
— Cours de civilité dans les écoles et à l’intérieur des centres commerciaux.
— Rénovations des quartiers, plantages d’arbres de la fermeté, de l’impartialité et de la « Fra-ter-ni-té ».
— Barème de punitions à la carte, votées à mains participatives levées dans tous les comités de quartier fraternels.
— Plan de pacification des Transports Publics grâce aux innovations technologiques : diffusions de films et de matchs sur écrans plats HD, casques d’écoute à chaque place pour de la musique à la carte, ordinateurs en libre accès à l’arrière du bus, etc.
— Retour de la police de fraternité et de proximité, des Assedic de proximité, des emplois de proximité, de la justice de proximité et des transports de proximité.
— Création de « parcs de défoulements sociaux » gratuits dans les zones industrielles, comprenant bus à casser, voitures de police à caillasser, faux pompier à attaquer, concours de trafic de drogue avec distribution de points donnant droit à un chèque cadeau, cuisines à détruire pour conjoints violents, tournante avec poupée gonflable. Chaque visiteur, à sa sortie, devra « faire le point » avec un psychologue de proximité, parc, sous l’œil vigilant de « l’armée fraternelle des non armés de proximité » — pour lui permettre d’établir un premier contact direct avec la population à risque.
— L’armée des non armés interviendra également dans chaque centre-ville, et en remplacement des gardiens d’immeubles.
Le tout sera financé par une enveloppe de 15 milliards d’euro, prélevée sur les recettes d’une « révolution fiscale » à venir à la rentrée. La droite s’inquiète…

La suite… dans l'indispensable ouvrage de Christophe Alévêque, à se mettre sous la dent sans modération.
Il y a 17 heures
 
 
Christophe Alévêque
Chroniqueur
Entrez! (104 art.)
La descente de la rue effectuée tôt le matin.
(Chose vue)
Le jour n’est pas levé, quelques rares et pâles étoiles peinent à se démarquer du ciel noir. Les gyrophares de toutes les couleurs des voitures bleues et blanches et rouges illuminent plus la rue que ne le font les lampadaires publics. Des hommes en uniforme et variés repoussent les badauds. Quelque chose est sur le trottoir. La forme est pittoresque, recouverte. La femme voit les hommes et la forme au sol et glisse sa main du front vers les yeux de l’enfant. Les deux mains de l’enfant s’y agrippent. L’enfant effectue quelques mouvements de la tête. Rotation. L’enfant tente de se dégager. La main de la femme sur son visage l’empêche de voir. Les hommes aux uniformes bleus, rouges, noirs. L’enfant tire la main de la femme. L’enfant veut découvrir ses deux yeux et mirer les hommes aux uniformes et la forme tordue cachée sous la brillante couverture. La femme et l’enfant ne marchent plus. La femme s’arrête et s’accroupit devant l’enfant. La femme ôte sa main des yeux de l’enfant mais tient son visage avec les deux calées contre les joues de l’enfant. La femme parle à l’enfant. La femme explique à l’enfant. L’enfant enserre la femme par le cou et se laisse emporter par la femme qui se relève. L’enfant serre ses jambes qu’elle cale sur les hanches de la femme, pose sa tête sur son épaule ; ses yeux sont clos. Les bras de la femme serrent l’enfant, l’emportent loin du corps défenestré. La femme et l’enfant, elles sourient.
Il y a 21 heures
 
 
Maxime Courban
Chroniqueur
Testez! (45 art.)
L'Almanach de l'auteur dramatique - septembre
En hommage à Alexandre Viallatte qui ne l'était pas

Septembre. C'est à partir du 15 que l'auteur dramatique porteur d'un chef-d'oeuvre l'écrit. S'il n'en porte pas il copie sur son voisin. Les vendanges l'indiffèrent, la rentrée des classes lui rappelle de mauvais souvenirs et il ignore que saint Apollinaire se fête le 12. Il se lève à l'aurore pour surprendre le lièvre et se couche à l'aube sans l'avoir vu. Son océan préféré est l'Indien, son fossile favori l'ammonite et il aime sa baignoire.


Extrait de Multilogues suivi de Si Dieu le veut, © Actes Sud, 2006.
http://www.actes-sud.fr/ficheisbn.php?isbn=9782742760701



Mercredi à 11:00:00
 
 
Jean-Michel Ribes
Directeur de publication
Venez! (51 art.)
Adèle
Singe comme une image

Mardi à 11:12:13
 
 
Christian Berthelot
Chroniqueur
Entrez! (104 art.)
Chansonnette des parents

les enfants
par hasard par derrière par devant
à tort à travers ou simplement
en deux temps trois mouvements
l’un dans l’autre et réciproquement
les enfants
faits sous les ponts un soir de printemps
sur les toits le soir de la saint jean
dans un lit entre des draps de soie
ou dans la poussière d’un vieux divan
les enfants
seul à deux en groupe ou en priant
faits par choix par erreur partouzant
dans les trains dans les choux dans le vent
dans l’envie du moment
les enfants
faits en couleurs faits en noir et blanc
les jours ouvrés le jour de l’an
qu’on les fasse à demi
en partie à moitié finissant
les enfants
qu’on les fasse sur le pouce sur les dents
pour l’amour de l’art ou pour l’argent
par la peur de la nuit solitaire ou
la peur de l’horreur du néant
les enfants
qu’on les fasse pour passer le temps
debout couché assis ou devant
la télé les infos au resto dans la rue
ou parmi les passants
les enfants
on les fait pour savoir quoi comment
faire de l’amour qu’on a au-dedans
tout au fond tout enfoui tout rentré
dans le cœur dans le sang
les enfants
on les fait pour arrêter le temps
pour filer doux au vieillissement
pour finir tranquillou pieds devant
et quitter le monde ravi content
mais l’enfant
déjà né déjà là déjà grand  
déjà laid déjà trop de mouvements
trop de bruit trop de voix
trop de cris trop d’odeurs et de vents
mon enfant
sur l’avenir mon investissement
dans ce machin sale et vacillant
déjà lent déjà loin déjà mou
déjà si décevant
les enfants
on les faits pour savoir quoi comment
faire de tout l’amour qu’on a dedans
et voilà quand ils naissent qu’ils vous laissent
comme deux ronds de flan
Lundi à 19:27:26
 
 
Pierre Notte
Chroniqueur
Testez! (45 art.)
Chassez l'intrus !
Parmi ces élégants oxymores de la vie courante, un affreux pléonasme s'est introduit.
Aidez-nous à le débusquer, pour le bouter à jamais hors de nos belles frontières grammaticales :
* la culture d'entreprise
* un journaliste indépendant
* la police de proximité
* la France, terre d'accueil
* un travailleur précaire
Dimanche à 11:35:35
 
 
Corinne Klomp
Chroniqueur
Venez! (51 art.)
Moondog, clochard céleste
Portraits 5
Louis Thomas Harding aka Moondog était le fils d’un pasteur et le neveu d’un hors-la-loi.
À l’age de seize ans, il attrape un bâton de dynamite qui lui fait perdre la vue et la foi.
Niveau jazz, il est plutôt Indiens d’Amérique.
Il part à New York croise Bernstein ou Stravinsky et devient vite le viking de la 6e avenue.
Sous le porche, il compose des symphonies en braille, invente des percussions et déclame ses poèmes dans la rue.
Au début des années cinquante, il rencontre Charlie Parker.
De temps en temps, les deux oiseaux taillent une bavette et lorsque son ami meurt, il lui compose son Bird’s Lament.
Marlon Brando, Buddy Rich, Miles Davis, Duke Ellington, Charles Mingus, Benny Goodman, tout le monde vient le rencontrer, à l’angle de la 54e et de la 6e, sous son porche, sur le pavé.
Plus tard, c’est Burroughs, Ginsberg et compagnie, qui vont s’asseoir à côté de lui.
Il travaille à une symphonie en un seul mouvement de mille mesures que tous les êtres de la galaxie comprendraient. Puis meurt en 1999, aux alentours de minuit, en écoutant Camille Saint-Saëns.
Le 25 août à 10:00:21
 
 
Thomas Vinau
Chroniqueur
Entrez! (104 art.)
Haïku de comptoir 50
(L'été au comptoir)
La pluie tombe
Sur l'autoroute
Du soleil
Il y a 21 heures
 
 
Jean-Marie Gourio
Chroniqueur
Entrez! (104 art.)
"Seul l'avenir est un pays supportable" 3
Un film cadavre-exquis inauguré par Régis Jauffret
This text will be replaced
Mon plan pour le film en cours de montage : Jón Fejoz, glacier des Grands-Montets, Août 2010 (Aiguille verte – les Drus)

Les glaciers, qu’ils stagnent, avancent, grincent ou explosent, me dérangent de plus en plus. Les glaciers, c’est du temps contenu, concentré, du temps qui nous pète à la gueule sans qu’on ne puisse rien y faire, du temps qui nous renvoie à nos incapacités, à nos limites humaines.
Trente-cinq, c’était il y a trente-cinq ans pendant l’ascension de l’Aiguille Verte par le glacier des Grands-Montets. Trente-cinq ans, une broutille. Le 27 août 1975, après quatre heures d’escalade, j’ai coupé la corde. Au bout de la corde, il y avait Jón. Je vous le dis à vous parce qu’aujourd’hui, plus personne ne s’y intéresse. Jón était suspendu dans le vide, les jambes broyées, sans casque. Son bras droit n’était retenu que par son anorak, son corps semblait dispersé autour de la colonne vertébrale retenue au niveau des reins par le baudrier. J’ai coupé la corde, Jón est tombé directement dans la rimaye, dans la zone de fracture du glacier, dans la première crevasse, une crevasse de soixante mètres.
Les glaciers, c’est du temps en mouvement, du temps sinueux et perfide, du temps qui nous néglige. Depuis 35 ans, la zone de fracture du glacier se déplace, se contracte, s’agrandit. Elle ne me lâche jamais, je lui appartiens. Même quand je m’éloigne, quand je sors de la vallée, elle vient me chercher. Parfois, en hivers, elle s’efface derrière d’épaisses couches de neige. Alors seulement, je peux penser, au moins un instant, que les glaces n’en ont rien à faire de moi.
Hier à 11:25:36
 
 
Jeanne Lacland
Chroniqueur
Respirez ! (173 art.)
"Je subis depuis deux, trois mois une sorte de lapidation médiatique assez impressionnante"
Eric Woerth, ministre du Travail, interview dans Le Parisien/Aujourd?hui, lundi 30 août 2010
C’est sans doute sa contribution personnelle à la campagne de solidarité en faveur de Sakineh Mohammadi-Ashtiani, cette iranienne condamnée à la lapidation pour un adultère dont l’aveu lui a été arraché – dans les divers sens du terme – par ses bourreaux islamistes. Plus que de la sympathie, de l’empathie. Ceux qu’un tel parallèle révolte n’ont pas dû prendre la mesure de l’extrème gravité du sort particulier d’Eric Woerth. Au moment où il s’exprime Sakineh attend, dans sa cellule de la prison de Tabriz, confirmation de la sentence par un tribunal islamique, alors que lui est en cours d’exécution, sans aucun sursis du tribunal médiatique. Une crauté sans nom. En Iran, le supplicié a le corps demi-enseveli exposé aux lanceurs de pierres, mais au moins on lui recouvre le visage. En France, au lieu d’objets contendants – ni trop petits, ni trop gros pour faire durer l’agonie – on arrose de « papiers » confondants – ni trop courts, ni trop longs – on bombarde de sons et d’images à heures fixes, sans que le malheureux puisse y échapper, faute d’avoir été rendu sourd et aveugle par une toile serrée autour de son cou. Et tout ça pour quoi ? Pas même un adultère, il aurait juste été trop attentif au sort de son épouse, et peut-être trop attentionné envers un bienfaiteur de son parti, décoré de la légion d’honneur. Que de la générosité. C’est ainsi que cet homme est grand.
Mercredi à 11:11:56
 
 
Jean-Michel Helvig
Chroniqueur
Respirez ! (173 art.)
Lettre anonyme n°6
Mercredi à 10:42:39
 
 
Le Corbo
Chroniqueur
Entrez! (104 art.)
Nos doutes
Marnie Studebaker - 4e épisode

This text will be replaced
Une idée originale de Jacques Luley. Isaac Azoulay, Fiona Gordon, Jacques Luley, Bruno Romy.

> 1er épisode
Mardi à 11:04:55
 
 
Jacques Luley
Chroniqueur
Respirez ! (173 art.)
 
 
Hop une citation !
Respirez ! (173 art.)
Y a quelqu'un???
Carte postale de Détroit
Il est presque midi à Détroit. Michigan. Centre ville. 5 août. Faut pas croire que le périmètre est bouclé. C’est comme ça tous les jours. Y a personne. Ou presque. La ville est debout mais vide. Available est écrit en lettres noires sur fond jaune sur les buildings. Ça veut dire disponible. Détroit attend.
Elle soigne ses pelouses en centre ville mais ne se résout pas à abattre tout autour les squelettes d’usines vides depuis quarante ans. Ici fut inventé le travail à la chaîne, l’homme-machine soudé à l’usine douze heures par jour. Ici Ford, General Motors  et Chrysler ont dicté la taille du capot et des routes. Ici fut calibré le rêve américain. Il a tourné au cauchemar post-industriel et trop de ruines font ressembler le déclin à une tempête. Mais Détroit attend.
A-t-elle seulement compris ce qui lui est arrivé ? Ceux qui sont restés font des gestes circulaires devant leur maison qui s’effritent en disant : C’était un quartier agréable ici. Les églises font la file indienne au bord des grandes avenues. Et deux vastes casinos scintillent le soir. Clochers et machines à sous semblent demander la même chose : est-ce que le sauveur existe ? Est-ce qu'il a du cash ?
Le 24 août à 08:27:11
 
 
Judith Perrignon
Chroniqueur
 
Piste
d'envol

À votre tour - hop ! - , lâchez votre diable, lancez un aphorisme, un épigramme, un clip, un son, une image. Et qui sait, rejoignez les chroniqueurs réguliers de la revue



 
Miracle de la littérature (un de plus) !

« Le privilégié, ayant une bague au doigt et serrant cette bague en regardant une femme, elle devient amoureuse de lui à la passion, comme nous voyons qu’Héloïse le fut d’Abelard. Si la bague est un peu mouillée de salive, la femme devient seulement une amie tendre et dévouée. Regardant une femme et ôtant sa bague du doigt, les sentiments inspirés en vertu des privilèges précédents cessent. La haine se change en bienveillance, en regardant l’être haineux et frottant une bague au doigt.[…] »
(Stendhal, les Privilèges, 10 avril 1840)
 
Ce matin, une femme de toute beauté prend place en face de moi dans le métro. La tentation est trop forte. Confiant, je serre mon alliance en la fixant droit dans les yeux. Mais je me reprends aussitôt. Ne suis-je pas un homme marié et fidèle ? Je retire donc l’alliance de mon doigt, et là, miracle ! Le prodige stendhalien opère : en face de moi, c’est l’indifférence totale.  
Il y a 21 heures
Fio Lof
Internaute




 
 
Landru
Pendant que Désiré Landru assassinait onze femmes, Anatole Deibler "raccourcissait" 395 condamnés. Paradoxalement on se souvient de Landru et peu du bourreau.
Après avoir répondu au président lors de son procès :
– Comment ? Vous dites ? J'ai fait disparaître quelqu'un ? Si vous croyez ce que racontent les journaux !
Monsieur Henri Désiré Landru est condamné à la peine capitale. Avant le trépas, il demande une dernière faveur : se laver les pieds. On lui refuse.
Puis le bon prêtre s'adresse au vilain farceur et lui demande :
– Mon fils, croyez-vous en Dieu ?
Landru lui répond :
– Monsieur le curé, je vais mourir et vous jouez aux devinettes !
L'acte de vente de la cuisinière de Landru – cuisinière dans laquelle Landru était supposé avoir fait brûler les corps de ses victimes et qui fut transportée dans la salle d'audience comme pièce à conviction – fait aujourd'hui partie de la collection insolite de l'immense écrivain Claude Seignolle.
Hier à 14:25:18
Eric Poindron
Internaute




 
 
Facebook
Au bon chic des humanoïdes post-modernistes

Pour effacer votre passé sur Internet après avoir pris l'habitude de tout dire sur Facebook…
Changez de nom.
Changez de visage.
Changez de sexe (pas nécessairement de genre).
Changez de ville.
Changez de travail.
Changez de famille.
Changez d'amis.
Changez vos habitudes.
Il serait en effet stupide de devoir de nouveau changer de nom, de visage, de sexe, de ville, de travail, de famille, d'amis et d'habitudes, ce qui, à la longue, peut s'avérer lassant.

Hier à 10:40:39
François Denivet
Internaute




 
 
J'en ai ma tasse de thé ma tasse de cet été

J'en ai ma tasse de thé ma tasse de cet été
J'en ai mon bol de café du pas d'bol de c'que j'fais
J'en ai ma coupe de champ' de cette coupe à la con
J'en ai mon ballon de rouge du mépris d'tous ces bourg'
J'en ai mon verre d'eau des vers d'Edgar Poe
J'en ai ma carafe de sirop d'avoir le cafard aussitôt
J'en ai mon pichet de vin de mes pêchés sans lendemain
J'en ai ma bouteille d'Ice Tea de cette mode seventies
J'en ai mon calice d'eau bénite des promesses fortuites
J'en ai mon robinet d'eau calcaire d'endurer ce calvaire
J'en ai mon thermos du nucléaire
J'en ai mon fut de cidre de mon faux cynisme
J'en ai mon magnum des trous d’bal
J'en ai mon pack de panaché des pâtes et du steak haché
J'en ai mon broc de grenadine des bras de Géraldine
J'en ai mon godet d'orangeade des galères d'argent
J'en ai ma coupelle de grog du cartel de la drogue
J'en ai mon cubi de rosé d'être toujours désolé
J'en ai mon gobelet de sangria envie de dégobiller sur tout ça
J'en ai ma canette de Minute Maid j'vais caner dans la minute mais
            je finis d'épancher ma soif de vivre
J'en ai mon tonneau de vin jamais étonné en vain
J'en ai mon shaker à cocktail de Shakira et ses jumelles
J'en ai mon biberon de lait de ba-ba-balbutier
J'en ai mon récipient vide de réciter ma vie
Lundi à 17:02:00
Astien Bosche
Internaute




 
 
Phase maniaque
Après des mois de silence – malgré les diverses sollicitations des ses amis – Fabrice resurgit étonnamment en pleine forme. Oui, il sera présent pour le réveillon et remercie ses amis de ne pas lui tenir rigueur de sa longue période où il ne voulait voir personne. Il annonce officiellement la fin de sa dépression. Il est fin prêt pour faire une gigantesque fête. Suggère une sortie en discothèque après la soirée chez Aude. Et pourquoi ne pas prendre le train tous ensemble le lendemain pour une ballade au Croisic ? Il se sent d’attaque pour se baigner. C’est lui qui offrira les plateaux de fruits de mer si ses amis acceptent cette petite virée. Il veut s’amuser et prendre du bon temps. Le trente et un décembre, on l’attend jusqu’à minuit. Il ne répond pas au téléphone. « Bonsoir Fabrice. On suppose que tu es retombé en phase dépressive… Veux-tu prendre l’heureuse résolution de te faire soigner ? Bonne année thérapeutique. On t’embrasse. »
Le 26 août à 19:07:42
Christophe Esnault
Internaute




 
 
L'été au comptoir
A Gyugy* même les papillons...

This text will be replaced
* Gyugy : petit village au sud du lac Balaton (Hongrie)
Le 25 août à 22:36:39
Janos Xantus
Internaute




 
 
Se faire bouffer par des requins
Chanson optimiste

Se faire bouffer par des requins
Au large d’un paradis fiscal
Dans un costume d’arlequin
Souffrir d’une hernie discale

Se faire écraser par un bus
Sur une départementale
Et sous les cumulo-nimbus
Souffrir d’anorexie mentale

Se faire courser par des pit-bulls
Devant l’ambassade de Belgique
En marge d’un conciliabule
Devenir paraplégique

Se faire éborgner par une mouette
En plein milieu de l’Atlantique
Après un week-end sous la couette
Avoir des piqûres de moustique

Se faire licencier par la boîte
À la fermeture du bistrot
Avant le grand virage à droite
Chopper encore la gastro

Se faire tabasser par la junte
Derrière les portes du métro
Dans les bras d’une femme enceinte
Souffrir de calculs urétraux
Le 25 août à 09:51:17
Jordan Prestrot
Internaute




 
 Les règles du jeu   Respirez!   Ils sont là   La 4ème salle   Service Rond-Point   Piste d'envol   Nous contacter   L'équipe   Accès chroniqueur
Ce site vous est proposé par le théâtre du Rond-Point
 Site administré par
© 2010 - CC.Communication 
  CC.Communication, création de sites web et édition de logiciels en ligne