À la Une cette semaine

 

Vos chroniques

mardi à 08:40

Tour du monde avec zéro euro : l'aventure s'arrête après qu'il a sauté par dessus le portillon du métro

Paris – Ce jeune parisien qui a quitté son travail dans la publicité voulait montrer qu’on peut voyager à moindre prix. Hélas, l’aventure a pris fin après qu’il a voulu frauder dans le métro. À peine sauté un portillon dans le métro, le jeune homme a été arrêté par des agents de la RATP et conduit au poste. Reportage. Eric Louvoin n’avait qu’un rêve et non des moindres, voyager à moindre prix et faire découvrir le monde. Cela faisait seulement quelques minutes que son tour du monde avait commencé. Mais ses explications face aux agents de la RATP pour justifier sa fraude n’ont pas convaincu. « Je voulais montrer un autre monde, avec un vrai projet équitable » a-t-il expliqué tandis que deux agents le ceinturaient et le maintenaient à terre, quelques secondes après avoir sauté par-dessus le portillon. « Je veux que les gens ouvrent les yeux sur le monde qui les entoure, et surtout casser le système capitaliste qui nous étouffe » a-t-il ajouté tandis que ses papiers d’identité étaient vérifiés. Devant son refus de payer l’amende, le jeune homme a alors été conduit au poste pour s’expliquer. « Une violation flagrante de ses idéaux liés à son voyage qui casserait l’essence même de son périple basé sur la libre participation » a-t-il maintenu devant les policiers qui cherchaient à comprendre ses motivations et ses connexions. Des idées partagées par Claude, 41 ans, en garde à vue pour trafic de stupéfiant et qui regrette le rêve d’Eric soit ainsi stoppé net. « C’est bien vrai, ça ». Dans l’immédiat, Eric estimait que son tour du monde n’était pas entaché et annonçait son intention de repartir sitôt sa comparution immédiate et après avoir purgé sa peine pour outrage à agent. « Mais cette fois, je partirai d’abord en taxi-basket » ajoute-t-il pour être sûr de ne pas refaire deux fois la même erreur.

Auteurs maison

Hier à 11:15

André Minvielle : "Ma langue s'écrit en parlant, se parle en marchant, se marche en chantant"

Le "voc’alchimiste" André Minvielle, fou du jazz afro-américain de Jon Hendricks, du battle de Sam the drummer, du chant des pistes aborigènes, vient le 28 mars au Rond-Point avec sa Circonférence de la manivelle (Attention au retour !) : "Pas de musique sans accents. C’est la voix des gens.  Leur parole à faire entendre. Leurs contre chants en face la norme énorme."   Ventscontraires – On dit souvent que chaque époque a ses usages propres de la langue. Comment caractérisez-vous notre rapport à la langue aujourd’hui ?André Minvielle – Il me paraît difficile de répondre à cette question, n’étant pas philosophe, sociologue, professeur, académicien, écrivain, auteur de théâtre. A votre question du « notre », je m’interroge à trouver de qui, de quoi est le « nous » ? Pour moi, il est, de prime abord, conflictuel et fragmenté. Complexe en somme. Pour pouvoir penser, il faut déjà manger à sa faim. Pour simplifier (si j’y arrive), je dirais que le rapport que « nous » entretenons avec la langue est du même ordre que celui que nous avons avec les étrangers, les immigrés, les provinciaux, les nomades, notre histoire. La France du grand « F » entretient avec sa langue des rapports de domination sur le peuple qui la constitue, qui l’habite. Celui qui la parle, celui qui travaille ou qui chôme, revendique, rêve, n’est pas tout à fait le même que celui qui l’écrit, l’invente, la construit, la codifie, la légifère, l’élabore. Depuis l’ordonnance de Villers de Cotterêts, le français a ses voix, ses classes, ses diversités de sol, nés d’ici ou là. Aujourd’hui, la norme domine. Centralisme oblige. Une « musique » normative. Un grand moule. Qu’on le veuille ou non le français condescend dans ses medias, sa production culturelle, sa politique. C’est la grande rotative perpétuelle. Tout est bien « branché » au pays du cartésianisme. Le box office des ventes du livre. Voyeurisme. Pauvre Rabelais. Nous perdons du terrain sur le corps de la belle complexité. Sur son rapport avec d’autres langues qui l’imprègnent autour, de près ou de loin. Le latin, l’anglais, l’arabe, l’allemand, le créole… Quels rapports entretenons nous avec nos langues de France, les langues dites « régionales » (quel mot laid aurait dit Boby) avec aussi nos parlers, nos langues SMS téléphoniques, nos langues numériques, nos langues mathématiques, avec nos langues internétiques ? Le grand épanchement. Du « casse toi pauv’con » à « la phobie administrative ». – Selon vous qu'est-ce qui menace la langue et qu'est-ce qui la « sauve » ?– Ce qui la menace c’est de la vider de sa créativité, de son sens de l’hospitalité. La langue de bois de nos politiques, la phobie administrative, le langage publicitaire. L’appauvrissement du vocabulaire. Jusqu’où iront nos élites pour s’y entendre à employer les mots de la langue commune comme s’ils étaient les larbins de leur médiocrité sans faille. Sans dec… Ce qui la menace c’est le mépris dérisoire que ces jacobins français entretiennent pour les langues de France. Arrogance… Ce qui la sauve de sa médiocrité, c’est par exemple tous ces traducteurs anonymes qui arrivent tant bien que mal, par leur amour du langage, à traduire la pensée d’une langue à l’autre, là ou il faut s’engager dans sa langue pour ne pas perdre toutes les mille pistes du sens d’une autre langue. La belle « polysémie ». A tous ces traducteurs ces traductrices mon admiration sans bornes. Ce qui la sauve c’est la francophonie des gens, non des politiques menées, mais celle des gens qui fondent dans la résilience comme l’africain poète du Sénégal Leopold Segar Senghor qui énonce « Dans les décombres du colonialisme, nous avons trouvé cet outil merveilleux, la langue française. » Comme il en est de leur créativité dans la syntaxe, leur accent qui l’altère, comme Peter Brook fait son théâtre. Le monologue de Juliette (Juliette et Roméo) « accentué » par une africaine que j’ai entendu un soir sur l’île de Gorée ou toute la beauté des sens refait surface, comme par une magie nouvelle à moi. Et puis, la langue française, ces dix dernières années, tient ses deux Prix Nobel : Le Clézio, Modiano.   – Et votre propre langue, qu'avez-vous à en dire ?– Elle s’écrit en parlant, elle se parle en marchant, elle se marche en chantant. A l’usage. Elle est la trace de ma créolisation. C’est mon rapport aux autres. Oui je la créolise. Elle est ainsi laborieuse. Dans le mot « laborieuse » il y a labo comme laboratoire et rieuse comme un sourire à lui rendre. Pour la chanter c’est ce qu’il me faut. Des sons, du chant sans mots ni langue aussi. Ce que je cherche en elle. Ce qui me fait souffrir quand je rame à la poser. Ainsi, je l’improvise parfois par voie de voix. – Quel événement et/ou quelles rencontres ont façonné votre langue et qu'est-ce qui la nourrit au quotidien ?– Le souvenir créé de ma grand-mère Alice qui m’appelle Andreù, le souvenir vécu des « grands » qui se mettent à parler une autre langue pour que je ne comprenne pas ce qui se dit. Le désir érotique d’y accéder parce que le gascon c’est l’occitan et que l’occitan c’est excitant. Ma langue de « jazz » en français… Je suis maintenant facteur d’accents, œuvrier d’Uzeste Musical, co-fondateur de la Cie Lubat dé gasconha, compagnie transartistique de divagation. Et je me nourris au quotidien de mes  lectures présentes passées et à venir : Le Dictionnaire raisonné des onomatopées françaises de Charles Nodier en 1828. La Vie devant soi d’Emile Ajar par Romain Gary. L’Abécédaire de Gilles Deleuze, la pensée d’Edouard Glissant et de Franz Fanon dans un coin de ma voix de berbère les fagots. Queneau, Prévert, Boby Lapointe, Nougaro, Dario Fo pour le grommelot, « Nous les Eureupéens » d’ André Benedetto, la voix d’ Antonin Artaud, Jean Dubuffet et sa poésie faune éthique de « Plu kifekler moin kon nivoua ». Le Chant des pistes de Bruce Chatwin. L’Anthologie des expressions vocales « Les voix du monde ». CD édité par le C.N.R.S., le Musée de l’Homme et les éditions musicales « Le chant du monde ». Le Monde diplomatique. Jean Rouch. Mes collectages et ma réflexion sur le terrain de mon projet/sujet : Suivez l’accent. Les accents de la francophonie, des langues de France et autres langues à suivre… La complexe articole de déterritorialisation. Nul n’est censé ignorer la Loire. – Nous vous avons proposé de venir au Rond-Point "rattraper la langue".... Comment allez-vous vous y prendre ?                                        – M’y prendre à prendre à dire et lire a faire en tendre chant prendre de gant. Ainsi, m’y re-prendre, entre-prendre et sur-prendre ce qu’il y faut com-prendre. Ensemble.    

mercredi à 10:44

Vous avez perdu votre langue ?

– Vous avez perdu votre langue ?– Ben oui, c’est idiot, je l’avais tout à l’heure.– Elle ne doit pas être loin alors…– C’est malheureux, je m’en suis servie il n’y a pas si longtemps et puis là, impossible de remettre la main dessus…– La main sur votre langue ?– C’est énervant. Qu’est-ce que je vais faire sans elle ?– Pas de panique. On devrait pouvoir la retrouver. Elle était comment ?– Ma langue ?– Comment voulez-vous que je vous aide à la retrouver si vous ne me la décrivez pas un minimum ?– Bien sûr. Mais ce n’est pas facile…– Faites un petit effort ! Elle était comment je vous demande ? Vive ? Littéraire ? Populaire ? Argotique ? Soutenue ? Claire ? Commune ? Naturelle ? Construite ?– Un peu tout ça, oui, ça dépend des moments…– Vivante ?– Vivante, ça oui !– Le lendemain des soirées que je passe avec vous. Pâteuse même on peut dire.– Vous ne m’aidez pas beaucoup…– Je sais bien. En tous cas, elle m’était très utile. Aussi bien au quotidien, quand je faisais mes courses que dans ces moments de béatitude où je flirte avec les étoiles. Elle était ma compagne fidèle, mon rapport aux autres. Elle était changeante, inattendue, originale parfois. Et puis amicale, chaleureuse, colorée. Enfin, elle avait son caractère. Parfois, elle était plus ombrageuse, plus mélancolique. Mais elle était joueuse, elle me mettait des mots au bout d’elle-même que je perdais, que je n’arrivais plus à retrouver et puis qui me revenaient. Quand je m’y attendais le moins. Elle m’exprimait à demi-mots. Elle s’échappait bien parfois un peu mais jamais très longtemps. J’avais besoin d’elle. Elle était pour moi tellement… maternelle.– Ecoutez… J’ai l’impression qu’elle vous est revenue…– Vous croyez ?– À mon avis, il suffit de parler d’elle pour la faire revenir.– Pourvu…

mardi à 09:42

Bordeaux, Villers-Lès-Nancy, Athènes, 2010

C'est Noël tant pis - Journal de bord, carnet de route d'une création #6

Année 2009, j’écris Bidules trucs, saynètes destinées au jeune public, mises en scène par Sylvain Maurice. Je mets en scène Les couteaux dans le dos, les deux pièces rencontrent leur public au Théâtre les Déchargeurs et au Théâtre La Bruyère. Année 2009, j’ai passé trois saisons au poste de secrétaire général de la Comédie-Française. J’en suis à voir deux médecins par semaine, cauchemars récurrents, désirs de morts, de plusieurs morts, trop de fatigues, de violences et de désaccords. Les ruptures et les fractures ont raison de moi, je cède, je tombe, je m’enlise. Je me sors la tête de cette boue noire de temps en temps par l’écriture acide de pièces douloureuses, graves, noires. J’écris Se mordre, j’écris Pour l’amour de Gérard Philipe. Je poursuis l’écriture d’une pièce commencée à Hérisson, chez Anne-Laure Liégeois, autour d’un fait divers atroce. Il est question de la mise à mal de l’autre, d’une entreprise de torture, un déchaînement de violences, puis la vengeance, le goût des représailles, la difficulté du pardon. C’est Et l’enfant sur le loup se précipite, créée pour France Culture par Judith Magre, déjà. Immense, évidemment. Après l’avoir dirigée à Hérisson, Anne-Laure met en scène la première partie de la pièce à Montluçon, au Festin. C’est magique. Parce que c’est si rare, quand une mise en scène grandit un texte, par un choix de temps, de rythme, par des images contradictoires, par un code de jeu inédit, par l’écriture d’un artiste de la mise en scène qui épouse le projet de l’auteur, renforce les mots, donne voix et vie sans instrumentaliser la parole, sans l’asservir ni s’en servir. Mais la sert. C’est rare. Là, cela existe, et c’est magistral, interprété par Sharif Andoura, Léonore Chaix, Olivier Dutilloy. J’existe (foutez-moi la paix) Année 2009, Jean-Daniel Magnin, alors mon homologue au Théâtre du Rond-Point, me propose de reprendre J’existe (foutez-moi la paix), cabaret déglingué et familial, avec Marie Notte, et cette fois-ci Paul-Marie Barbier au piano, vibraphone, guitare et arrangements. Il a aimé ça aux Déchargeurs, ce truc foutraque, insolent et chantant. Jean-Michel Ribes veut en voir un bout, on le lui présente dans les sous-sols de son théâtre. Ma terreur de l’ennuyer s’installe, mais ça existe, et ça ne lui déplaît pas. On lui chante « la chanson des hommes qu’on n’encule pas », hommage alors à Manuel Valls et à quelques autres grands hommes de gauche qui se sont joliment illustrés au moment des attaques adressées à Frédéric Mitterrand quant à sa sexualité dévoilée dans sa Mauvaise vie. La proposition plaît à Jean-Michel. Il voit dans quel état je suis, on se connaît un peu, et il décide de me sauver la vie, il est comme ça. Il programme J’existe dans son théâtre. Muriel Mayette, ma patronne, s’oppose à l’idée que je puisse chanter mon cabaret le soir au Rond-Point, et la journée exercer mes fonctions de secrétaire général. Cela n’est plus compatible. « Je n’aimerais pas être à ta place » dit-elle. J’ai un choix à faire et je le fais. Je quitte la Comédie-Française un lundi matin de rentrée vers dix heures, l’après-midi même je répète J’existe (foutez-moi la paix). Le spectacle se donne en novembre en salle Topor, je me souviens de tout, presque tout, et des éclats de rire de Muriel, présente à la première de mon cabaret à explosions, sorte de fête purgatoire. Jean-Michel viendra nous voir quatre fois, la fréquentation du public dépassera la jauge autorisée de la salle. Je n’ai plus de boulot, je suis heureux mais paumé, libéré, et Jean-Michel me propose de le rejoindre, il m’offre un poste à temps partiel de conseiller et auteur associé. J’allais mal finir, je rejoins l’équipe du Rond-Point. Pièces ambitieuses et terribles Le succès de J’existe précède deux spectacles noirs et casse-gueule, pièces ambitieuses et terribles. Projets moins séducteurs, moins aimables. C’est dans la salle Tardieu du Théâtre du Rond-Point Et l’enfant sur le loup, mis en scène par Patrice Kerbrat, avec Judith Magre, Jean-Jacques Moreau, Julien Alluguette, et moi-même en loup narrateur. Judith nous porte tous, puissante à chaque mot, elle ose tout, elle fait tout. Jean-Jacques et Julien, camarades idéals, soutiennent un auteur qui s’expose trop dans un rôle de meneur de jeu, en loup à chapeau haut de forme. La pièce est si dure, si noire, si âpre. Mais les spectateurs qui acceptent le jeu, l’univers, l’écriture, traversent une forêt froide et sanglante dont ils acceptent les rires comme les effrois. Parmi eux, Sophie Marceau, au centre de la salle Tardieu, visage froid du début à la fin de la pièce, elle réfrigère la salle comme certains spectateurs seulement savent le faire et le font. Ils tuent la proposition. C’est comme ça, ça arrive, c’est arrivé. Un autre soir, Delphine de Vigan, qui elle aime, comprend, accepte tout. Et d’autres encore. Un autre soir, Brice Hillairet, qui deviendra mon assistant quelques semaines plus tard sur le prochain projet, puis l’acteur de la reprise des Couteaux dans le dos au Prisme à Élancourt, puis l’acteur des jolis succès à venir, Sortir de sa mère, de La Chair des tristes culs, de Perdues dans Stockholm, puis le personnage aux fesses monstrueuses de Ma folle otarie, puis le Tonio de C’est Noël tant pis. Acteur rêvé, et tellement plus que ça. Le triomphe repose toujours sur des malentendus, les non-triomphes aussi Quelques semaines plus tard au théâtre La Bruyère, je mets en scène Pour l’amour de Gérard Philipe, avec Raphaël, Emma de Caunes, Romain Apelbaum, Sophie Artur, Bernard Alane. Raphaël apprend son texte en une nuit, exactement. Il trimbale une douceur infinie. Il espérait jouer dans une mise en scène de Lars von Trier, mais on fait tout autre chose. Il est désemparé, mais superbe, généreux, gracieux. Emma se surpasse, énergie de gamine prête à tout, elle ose tout dans les bras de Bernard, lion magistral, directeur de cirque et camarade idéal. Sophie et Romain répètent en cachette, pour maîtriser le mouvement, la mécanique de la parole, l’énergie du verbe et de la danse, ils irradient. Je suis fier d’eux, de nous, je les aime. Brice m’assiste, nous portons ça tous les deux, et de tout notre cœur, de toute notre foi, sans céder à une autre énergie que la nôtre, à une autre esthétique. La pièce se joue moins de deux mois. Le triomphe repose toujours sur des malentendus, les non-triomphes aussi. Et ce n’est ni l’un ni l’autre, c’est un objet que je sais merveilleux, porté par des artistes exceptionnels, mais nous ne vivrons pas le malentendu du succès. Il y a quelque part là-dedans une rencontre entre quelque chose et quelqu’un qui n’a pas eu lieu. Un petit bijou tranchant Année 2010, au Théâtre du Pont-Tournant de Bordeaux, Stéphane Alvarez dirige la pièce sous un nouveau titre, C’est Noël tant pis - grand-mère est sous la table, création. La troupe du Pont-Tournant joue sur une tournette, un espace horizontal, long de douze mètres, qui tourne sur lui-même, se transforme. Tout se joue dans les couleurs et les sons, choix radicaux, lumières des premières scènes du Pierrot le fou de Godard, et musiques des films de la nouvelle vague. Même accent, années soixante, dans les intonations des comédiens. La pièce devient un film noir et absurde, un petit bijou tranchant à Bordeaux. Plus tard, au caveau de la Roële, à Villers-lès-Nancy, Patrick Schoenstein choisit la version antérieure de Ma mère, pour en finir avec. Même pièce, quasiment, mais davantage de personnages. Plus d’éclats et de folies, la grande scène répétée se joue maintenant trois fois. Acteurs déchaînés, ça se déglingue de partout, ça se tient d’abord, se contient puis explose et finit sur les ruines. C’est la comédie d’une fête de famille qui s’achève en carnage. Clowns tragiques Plus tard, à Athènes, en Grèce, ma mère et quatre très grands amis en vadrouille, traversent la ville à la recherche de la fondation Cacoyannis. Je n’y suis pas, je ne peux pas y être, je répète une autre pièce au Rond-Point. Là, à Athènes, Ilias Kountis met en scène sa version de C’est Noël tant pis, version ultime alors du texte traduit en grec avec le concours de l’institut culturel français. Les amis et ma mère assistent à la création de la pièce. Le metteur en scène a organisé des images, des tableaux. Il a travaillé et en profondeur la psychologie des personnages pour dresser une galerie de portraits graves, sombres, où apparaissent des clowns tragiques. C’est une peinture familiale noire qui se joue à Athènes. La pièce a été alors créée et de toutes les manières. À mon tour, je me débats, je fais ce que je peux pour organiser des lectures devant des directeurs de théâtre qui voudraient bien s’intéresser à mon Noël.

lundi à 09:41

Valérie Mréjen : "Des personnes qui parlent comme des robots"

Comment expliquer son travail d’artiste ? Auteure, plasticienne, vidéaste, Valérie Mréjen ne sait que dire quand on lui demande de communiquer sur son travail actuel ou à venir : De quoi ça parle ? C’est quel genre de vidéos ? Sur quel thème ? Comment parler d’une nouvelle série d’œuvres dans un communiqué de presse ? Elle viendra (ne pas) en parler le 29 janvier au Rond-Point... Ventscontraires – On dit souvent que chaque époque a ses usages propres de la langue. Comment caractérisez-vous notre rapport à la langue aujourd’hui ?Valérie Mréjen – Notamment par la façon dont on a remplacé les standardistes par des boîtes vocales. Je me souviens de l'époque où on tombait sur des gens au téléphone. Aujourd'hui, il faut respirer profondément pour ne pas raccrocher dès qu'on entend ces phrases pré-formatées jusqu'à l'absurde. Il n'est plus possible de signaler un problème : les options proposées sont généralement positives. Tout est positif. Si quelque chose ne marche pas, c'est le client qui fait une mauvaise utilisation. Et, lorsqu'on a finalement pu avoir un conseiller, ces dernières phrases : Madame X aviez-vous une autre question? Très bien madame, en espérant avoir répondu à votre question au nom de toute l'équipe Z je vous souhaite une très bonne journée. – Selon-vous qu'est-ce qui menace la langue et qu'est-ce qui la « sauve » ?– 1. les formules apprises par coeur pour s'exprimer comme une boîte vocale. Il arrive quelquefois de tomber sur des personnes qui parlent réellement comme des robots.    2. la littérature, s'appuyer sur les mots des autres. – Et votre propre langue, qu'avez-vous à en dire ?– Il faut la trouver. C'est un jeu de piste. Je commence par mettre en quarantaine les formules préexistantes qui arrivent par réflexe. Mais ces formules constituent aussi ma langue. Une partie de mon travail consiste à essayer de les "adopter". – Quel événement et/ou quelles rencontres ont façonné votre langue et qu'est-ce qui la nourrit au quotidien ?– Ce qui a façonné mon rapport à la langue : une mère psychanalyste fascinée par le poids de la parole, un père dans les affaires pour qui seul un contrat écrit a de la valeur. L'impossibilité, pendant quelques années, de pouvoir être dans une autre attitude que celle de l'observation et du mutisme. Ce qui me nourrit au quotidien sont les phrases qui sonnent juste et dont j'essaye de comprendre le mécanisme, autant dans les livres que dans les conversations. – Nous vous avons proposé de venir au Rond-Point "rattraper la langue".... Comment allez-vous vous y prendre ?– Je vais essayer de parler de ce moment où quelque chose a commencé pendant mes études aux beaux-arts, et où il fallait déjà savoir pouvoir parler de ce qu'on faisait. Comment parler d'un travail artistique? Comment le décrire? Je ferai également un tour d'horizon du langage des communiqués de presse et ses "questionne", "interroge", "s'inspire du réel".      

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