Loge d'artiste
Publié le 21/01/2013

Arthur H dans sa loge


Avant d'aller en scène jouer "L'Or noir"

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Question : Que fait Arthur H dans sa loge quelques minutes avant d'aller rejoindre en scène le musicien Nicolas Repac ?

Réponse : Il prend le temps de vous appeler en visio ; prépare sa fameuse voix d'Arthur H avec sa boisson secrète (vous donnera-t-il la recette?) ; répète un des poèmes de négritude qui compose la lecture musicale ébène et canelle qu'il donne dans la salle Tardieu du Rond-Point.

Vous voici assis de l'autre côté du miroir dans la loge de la comédienne ou de l'acteur juste avant son entrée en scène, ou alors il vient de prendre sa douche après avoir joué. La porte refermée, c'est le moment des confidences, des aveux et des petites cérémonies secrètes.

 

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Le 5 mars 2015 à 14:06

Rodrigo García : "Les gens ont besoin de petites prisons où ils se sentent en sécurité"

Rencontre avec l'écrivain, metteur en scène et directeur de théâtre Rodrigo García alors qu'il vient caler les derniers préparatifs de son spectacle Daisy au Rond-Point. 1er épisode : son art poétique. Jean-Daniel Magnin – La poésie est devenue minoritaire en Europe occidentale au début du XXe siècle. Et cependant tes écrits pour le théâtre ressortent de la poésie.Rodrigo García – Je suis d'accord avec Joseph Beuys quand il dit que tout le monde peut être un artiste. Je pense que tout homme, toute femme peut être un poète, peut-être pas en écrivant des livres, mais en vivant une vie avec une capacité poétique et avec liberté. Le problème est celui de la liberté. Il y a beaucoup trop de normes dans l'Europe occidentale que tu évoques trop de règles que curieusement, nous autres citoyens acceptons bien, c'est extraordinaire ! Moi, quand j'étais jeune, adolescent, inquiet et révolté, les règles de conduite ne me plaisaient pas, elles m'apparaissaient comme quelque chose d'orthopédique, d'externe.Aujourd'hui c'est étrange, je vois les jeunes qui réclament des règles de conduite restrictives, comme si les gens avaient besoin de petites prisons dans lesquelles ils se sentent en sécurité, c'est extraordinaire de se sentir en sécurité dans une prison ! C'est ce qui me vient en tête quand tu poses cette question alors qu'est-ce que je peux faire, moi, au théâtre, comme auteur ou comme directeur de théâtre ? Montrer des moments de liberté extrêmes, incorrects, pour inciter le public à se demander : comment est-il possible, alors que ces gens font ces choses sur scène, que moi, je n'en sois pas capable dans ma vie quotidienne ? C'est notre intention lorsqu'on propose une œuvre théâtrale, quand j'écris... – Avec toi, comment a démarré la maladie d'écrire ?– Je n'avais pas de vocation littéraire à l'adolescence. J'avais une vocation philosophique. Toutes mes lectures d'adolescent étaient de la philosophie et je suis arrivé à la littérature beaucoup plus tard, vers 18 ou 19 ans. Platon, Sénèque, Aristote, Schopenhauer ont beaucoup plus retenu mon attention que Musil, Cervantes, Joyce. Je n'avais pas de vocation littéraire, ni même de désir d'écrire, mais maintenant oui ! Aujourd'hui je ne peux pas ne pas écrire, j'ai besoin d'écrire.Je me souviens, j'avais des amis à Buenos Aires en Argentine, j'avais 18 ans, ils avaient un fanzine, une revue underground, photocopiée. La première chose que j'ai écrite était une espèce de manifeste contre le Christ ! Tu te rends compte, avant Golgota Picnic qui s'est joué Rond-Point, la première chose que j'ai écrite était un manifeste contre la religion, très naïf, très mal écrit, stupide, complètement stupide, un peu influencé – parce qu'à ce moment-là, je lisais le Marquis de Sade, un peu influencé par le Marquis de Sade et vraiment stupide. C'est la première chose que j'ai écrite.Plus tard, j'ai commencé à écrire du théâtre par hasard, quand je suis arrivé en Espagne. Je voulais être metteur en scène mais je ne trouvais pas de subventions pour mes propres mises en scène. Il y a eu un concours littéraire et je me suis mis à écrire un texte qui n'était qu'une copie, un plagiat de Heiner Müller. A ce moment-là, je regardais beaucoup Heiner Müller, j'avais 21 ans. Je me suis mis à écrire et j'écrivais à la manière de Heiner Müller, mais mal ! – En lisant tes différentes pièces, j'ai l'impression de lire une seule saga...– Quand les gens me disent : "Cette pièce que tu as écrite me plaît moins ou plus que la précédente", je ne comprends pas de quoi ils parlent parce que l'œuvre d'un créateur est un tout. Sur la durée de ta vie, tu développes un travail, je ne crois pas qu'il y ait le meilleur ou le pire... il y a une réalité concrète c'est que tu vieillis, il t'arrive des choses, tu peux avoir plus de connaissances, tu peux devenir moins courageux ou alors plus courageux parce que tu n'as plus rien à perdre. Ça dépend des individus mais il peut se passer beaucoup de choses. L'œuvre forme un tout parce que c'est l'histoire d'une même personne.Après il y a une question, pour moi au moins, liée à la spécificité du métier d'écrivain, c'est celle du style. J'ai dû travailler beaucoup pour trouver un style.Dans mes premières pièces, j'avais un style très flou et petit à petit, j'ai cherché mon style. Quand je parle de style, je parle d'une manière personnelle de s'exprimer. C'est un travail très agréable parce que tu dois rester enfermé chez toi toute la journée, à écrire écrire, écrire, ré-écrire pour trouver la forme. C'est un travail qui m'enchante.En général, quand je travaille sur une pièce, je l'écris, en même temps que je la répète. Je commence à écrire à 9 heures du matin et quand arrive 17 heures et que je dois partir à la répétition, je ne veux pas y aller, je veux rester à écrire à la maison parce que je suis coincé dans un problème formel qu'il faut résoudre. C'est comme un jeu d'échecs, un jeu qu'il faut résoudre. Et j'aime ça. – Tu écris pour être encore plus près de toi ou pour devenir un autre ? Je pense au Poème de l'enfance de Peter Handke : "Pourquoi suis-je moi et pourquoi pas toi ?"– C'est curieux, je n'ai jamais parlé de Peter Handke, mais Handke est pour moi une authentique référence. C'est aussi pour moi un type dangereux, il a une manière de penser et de s'exprimer qui est contagieuse, qui me contamine... Ça fait un moment que je me dis qu'il faut que j'en reste éloigné. Pareil quand je lis Thomas Bernhardt ou Louis-Fernand Céline, je me dis qu'il faut que je reste éloigné de ces types, parce que si je continue à les lire, je ne pourrai plus rien écrire. Je dois donc essayer de les oublier. Je ne parlerais pas d'admiration, mais plutôt d'une correspondance vitale que je ressens à leur égard. Traduit de l'espagnol par Vincent Lecoq

Le 18 novembre 2019 à 18:33

Pierre Notte : généalogie de L'Effort d'être spectateur

Pierre Notte fait un carton avec son solo L'Effort d'être spectateur, clownerie théorique brillante et joueuse qui propose une réflexion sur l'art du théâtre. Où un auteur-metteur en scène-compositeur-chanteur dépiaute sans complaisance la relation scène-salle, sans jamais prendre son public pour un troupeau. Un magnifique jeu de dépliage relationnel, qui prouve qu'on peut être intelligent en faisant du hoola-hoop et en montrant son cul. Pierre Notte – Je ne suis pas un bon conférencier, et je suis un très mauvais acteur. Je prends en charge ma parole, ma pensée, mon expérience, avec mes provocations, mes points de vue, ma maladresse. Je veux tenter de prouver ce que j’avance, quand il est question du danger, sur scène, de ce qui nous fait nous sentir vivants, nous spectateurs, quand il est question de la nudité de l’acteur... Quand il est question des effets qui forcent des émotions, de la langue des auteurs vivants, ou des conventions éculées. Comme je suis nul en tout, je veux bien essayer de tout faire, ce sera au moins ça. Danser, chanter, faire du houla-hop, de l’harmonica, et jouer, prouver, vivre et brûler sur scène. Pour la première fois, je m’expose en tout, avec le regard bienveillant de Flore Lefebvre des Noëttes, je prends en charge ma parole, mes idées, la mise en scène du tout et j’interprète moi-même, en m’exposant jusque bout. C’est la moindre des choses... Si je me casse la gueule, j’aimerais bien que soit en beauté. En partenariat avec theatre-contemporain.net

Le 29 avril 2013 à 10:21

"Postillon"

Les mots que j'aime et quelques autres

Petit éclat de salive projeté sur votre interlocuteur quand, lors d'un déjeuner, vous lui racontez l'ascension du Ballon de Guebwiller avec votre grand-mère pour lui prouver qu'elle pouvait encore apprécier le bon air des Vosges. L'acteur passionné peu également postillonner. C'est vers le deuxième acte qu'il arrose le public, lorsqu'il demande avec véhémence la clémence de son roi. Si la pièce et forte, les trois premiers rangs de spectateurs ne lui en tiennent pas rigueur. L'effet cathartique fonctionne à plein, ils ressentent sa douleur mais pas les mini-crachats dont il les recouvre. Le postillonnage est également fréquent dans les lieux publics. Raison pour laquelle, à La Poste par exemple, le préposé à qui vous demandez si vos allocations familiales sont arrivées est séparé de vous par un Hygiaphone, petite paroi en plastique transparent percée de trous minuscules pour que le son passe mais pas les postillons.Ce qui est surprenant, c'est que le postillon désigne également le cocher qui conduit la malle-poste chargée de porter le courrier aux quatre coins du pays. Le postillon est donc d'une certaine façon un postier, donc quand vous parlez à l'employé de La Poste derrière un Hygiaphone pour le protéger de vos postillons, vous ignorez que lui-même est un postillon et... et... Bon, je ne sais plus très bien où je voulais en venir. Désolé...  Extrait de Les mots que j'aime et quelques autres © Points 2013 > Le livre sur le site de l'éditeur > Le livre sur le site du Rond-Point des Livres

Le 1 septembre 2015 à 09:16

Perdu dans Tokyo #6

Journal de l'auteur associé au Théâtre du Rond-Point

29 août Déchets. Yoko apporte des sucreries, petits gâteaux, chocolats. On boit dans des gobelets en carton, café, thé, eau, et on jette le tout dans un petit sac plastique, taille ordinaire. Yoko quitte la répétition avec le sac. Nous dînons dans un petit endroit, Yoko garde avec elle son sac à main et son sac poubelle, qu’elle rapporte jusque chez elle. C’est comme ça, une intégrité sans concession du traitement des déchets. Dans la rue, le soir, des dizaines de caisses jonchent le sol, proprement alignées, de couleurs vertes ou bleues, en plastique. Elles contiennent des bouteilles vides, ou des cannettes, ou des sacs en plastique, des bouchons de bouteilles. Tout est déjà trié, selon les différences du plastique. You m'explique que l'humidité ici est telle que la moindre crasse provoquerait des catastrophes hygiéniques, champignons, moisissures, pourrissement immédiat, la propreté s'impose, c'est un fait, c'est comme ca, pour ne pas sombrer. Les secousses Jour de répétition avec filage. Chansons, jeu, enjeux, tout est en place. Demain, je demanderai aux acteurs une italienne, puis une allemande, mots ici inconnus. Les différentes traductions successives font du texte un objet difficile à mémoriser, mais tout le monde y travaille, comme moi devant ce clavier japonais, privé de mon outil, impossible d’écrire, empêché, mais je lutte et je me débats. Comme dans la chambre hier soir à minuit, je me suis tenu, retenu de ne pas crier, pleurer, courir, avec six secondes intenses d'une secousse sismique, un truc qui laisse le corps terrifié, effaré, effrayé. Au douzième et dernier étage, on imagine tout de la chute, de l'effondrement de l'immeuble, et plus rien, c'est passé. On oublie, zolpidem, cachet entier, et on s'endort ou on fait semblant.   30 août Liste inutile à sortir en cas de trou dans une conversation mondaine à frime ; cette année je peux me vanter d'avoir vu des otaries à Amsterdam, à Manhattan, au zoo du Bronx et dans celui de Ueno à Tokyo. On me demandera si je n'avais que ça à foutre. Journal désormais écrit avec un doigt sur l’iphone, le traitre d’ordi a fini en beauté ici à Ginza, je me débrouille quand même, je ne veux pas ou ne sais pas renoncer.   Hirayama Masaru Hirayama a mis en scène au Japon Moi aussi je suis la grande blonde ; deux petites dames vers le nord ; pour l'amour de Gérard Philipe ; et Les couteaux dans le dos. Je le rejoins pour dîner dans Shinjuku, manger du foie gras avec des baguettes, un truc bizarre mais bon jusqu'à ce qu'il me dise qu'il s'agit d'un poulpe cru, parler beaucoup de la situation politique du pays, grande inquietude, putain de trouble et grande peur dit il, et le quitter en voulant l'embrasser, lui qui rougit un peu, ça ne se fait tellement pas par ici. Des hugs peut-être, pour rire. Mais la bise, le baiser, jamais. Mon assistante You me fait la bise d'une manière presque enfantine, en débutante. Mais on tient à ce rituel qui me rassure et crée un lien unique. Avec les autres, comédiens, régisseurs, amis ou assistante, embarras permanent. Roux Je traverse Shinjuku par le quartier des hôtels. Les tremblements de terre interdisent les trop hautes constructions je suppose. Tout ici fait Las Vegas sur quelques pâtés de maisons, drôles d'hôtels californiens, fantasques, aux noms interlopes, genre hôtel Passion, pour "rest" ou "stay". Grand luxe ou misère de la restauration. Des affiches de jeunes hôtes, roux, yeux d'or, peaux diaphanes, placardées partout. Très féminins. Bars avec serveurs ou salons de beauté. Plutôt pour le public féminin. Les hommes ont droit à des petits magasins spécialisés, avec fiches, photos, propositions... Ils demandent ce qu'ils veulent, on leur trouve le meilleur dans le quartier. J'essaie de comprendre. You, japonaise, me dit que beaucoup de choses lui echappent, a elle aussi, et Masako ne sait pas non plus exactement comment ca marche.   31 août Le silence Pour la première fois en quinze jours je comprends. Il y a bien des Américains qui parlent fort, hurlent parfois. Des européens qui conversent à voix haute. Des quartiers de bruits infinis, les pachinko, la publicité, les grillons, mais le long des grandes cinq voies, parfois, une sorte d'étrange silence. Des gens, du monde, des voitures, mais peu de bruit. Peu de voix. Un calme bizarre. Et pour la première fois en quinze jours, j'entends un klaxon. Bruit oublié, son aussi navrant qu'un aboiement de chien. Choses rares, presque inexistantes ici. Et vu tout de même un chien tenu en laisse par une dame avec des clignotants sur le dos (le chien, pas la dame). Des passants Un petit homme gris dans Ueno s'arrête au milieu de la rue, me regarde comme au zoo de Ueno les enfants regardent les girafes. Un jeune type en boxer noir fait de grandes enjambées genre gazelle sur la cinq voies en tirant un pousse pousse et deux touristes. Samedi soir, minuit dans le métro, un monsieur élégant, ivre, se tient à un pilier, et fait pipi sous lui. Une dame me sourit dans un supermarché, une autre me propose de m'aider à trouver mon chemin dans Akiabara. Là, je trouve à la fois un DVD de film avec Jean-Louis Barrault, un autre avec Micheline Presle et Gérard Philipe. Dans un magasin voisin, je cherche le dernier cd de Kylie Minogue pour le copain Sébastien. Je trouve les fameuses machines à culottes d'étudiantes, collégiennes ou lycéennes. Propres ou portées, difficile de savoir. Barrault est moins cher qu'une culotte sale. Italienne Difficile italienne du texte avant répétition. Peur de la mémoire. Fastidieux exercice. J'observe, et on s'en fout , que le japonais dit très très vite pourrait passer pour de l'espagnol. Michiru Fuji, photographe et costumière du projet, japonaise installée à Paris depuis vingt-cinq ans, débarque à Tokyo après quinze ans d'absence. Drôle de choc. Elle déniche des numéros spéciaux de Vogue consacrés à Deneuve. Elle rapporte une malle de costumes et d'accessoires. Revolver, lapin, chapeaux, sac franprix. Un manteau de fourrure confectionné dans un tapis de fausse peau d'ours blanc.  

Le 22 juin 2017 à 17:36

Inventer le réel

Rire de Résistance / saison 11

La réalité est-elle l’accomplissement de nos rêves, la concrétisation de nos désirs ou l’évolution implacable d’un déterminisme planétaire qui  nous emprisonne ? La barbarie est-elle la réalisation de nos cauchemars que tâchent d’effacer nos rêves de progrès, de justice et de beauté en faisant naître l’écologie, les droits de l’homme, Mozart, Hugo ou Matisse, ou sommes-nous condamnés à perpétuité à nous agiter dans la forteresse d’une destinée inéluctable, sans espoir de s’en évader, fracassant nos utopies contre ses murailles de certitudes ? Libres d’agrandir la vie en inventant un réel désiré par nos songes ou se résigner à accepter une fatalité inamovible, ordonnant nos existences selon un schéma préétabli. S’il est un endroit où le rêve est fécond c’est le Théâtre, petit lieu où sont nées de grandes idées, la démocratie et la liberté d’être soi entre autres. C’est sur sa scène que la parole du poète dit son rêve du présent et son désir d’avenir brisant les ténèbres qui s’accumulent, en anéantissant la fatalité du populisme. Au Rond-Point, cette saison encore plus que les précédentes, nous avons décidé d’augmenter nos rêves et les vôtres. La Ministre de la Culture et la Maire de Paris ont souhaité que je poursuive pendant les cinq prochaines années la mission que m’avaient confiée Bertrand Delanoë et Catherine Tasca en 2001, célébrer la vivacité de l’écriture dramatique d’aujourd’hui en la partageant avec le plus large public. En les remerciant j’ai accepté leur demande. Continuer à conduire le Rond-Point accompagné d’une équipe exceptionnelle avec l’audace joyeuse d’un bateau pirate, c’est un rêve ! Jean-Michel Ribes

Le 23 décembre 2010 à 12:00

Viktor Orbán plus rapide que "Poutluscozy"

Carte postale de Hongrie

Comment devenir Poutine en son pays quand aucun pétrole ne coule en Hongrie ? Comment régner tel un Berlusconi radieux sur l'ensemble des médias nationaux, Internet compris ? Légiférer dix fois plus vite que l'hyperprésident français ? Lancer la plus grande chasse aux sorcières depuis la chute du Mur et caser ses lieutenants à tous les étages du système ? Après son élection raz de marée en avril dernier, Viktor Orbán va si vite qu'il a laissé tout le monde sur le carreau : opposition, opinion publique, presse, chancelleries, Bruxelles... En huit petits mois seulement, le nouveau Premier ministre est en passe de devenir un autocrate exerçant un pouvoir absolu sur la Hongrie — en toute légalité. Fort de son emprise sur le Parlement à Budapest (sa machine de guerre, le Fidesz, y tient deux tiers des sièges), il a pu modifier à répétition la Constitution, pomper dans le gisement des retraites privées, faire placarder son credo nationaliste dans tous les établissements publics du pays, distribuer des passeports aux minorités hongroises des pays voisins, savonner le pouvoir de la Haute cour de justice, nommer un champion d'escrime à la présidence de la République et, par exemple, un ancien Hell's Angel des "Motard Goy" à la tête de Radio Petöfi, la meilleure station musicale du pays.Sur Radio Kossuth, le France Inter magyar, un journaliste a eu le courage de faire une minute de silence à l'antenne après avoir annoncé la création d'une Autorité nationale des médias et des communications (NMHH) contrôlée majoritairement par le Fidesz d'Orbán : tous les médias, publics comme privés, devront corriger des informations jugées erronées par la NMHH, sous peine de très lourdes amendes «pour manque d’objectivité politique». Depuis son acte héroïque, on n'entend plus guère le brave homme sur les ondes de Radio Kossuth, il doit être en train de songer à une reconversion radicale.Maigres protestations : plusieurs journaux sont parus mardi dernier avec une première page vide – mais la manifestation qui a suivi n'a rassemblé que 1500 personnes. Les Hongrois sont fatigués de la politique, et Viktor en profite pour courir sur d'autres dossiers. Par exemple l'éviction du metteur en scène Robert Alföldi de la direction du Théâtre National, après qu'un parti d'extrême droite ouvertement anti-rom et anti-juif a réclamé sa tête parce qu'il était "une pédale, un pervers, un Juif indigne du théâtre national" (> pétition internationale de soutien).Ah oui, encore une chose : la Hongrie prend la présidence tournante de l'UE au 1er janvier. Viktor sera au centre de la photo. Bonne et heureuse année en Europe !

Le 7 janvier 2013 à 10:44

Ils habitent autour du Rond-Point : l'Empereur du Japon

Il s’appelle Jean-Luc Pointreau. Il est originaire de Picardie et ne parle pas le japonais, respectant ainsi à la lettre la tradition impériale des souverains de l’archipel nippon, qui doivent être aussi éloignés que possible de leur peuple pour que le caractère divin de leur fonction ne soit pas altéré par une proximité trop grande avec ses sujets souvent vulgaires et de basse extraction. Jean-Luc Pointreau ne souhaite pas que les Français dans leur ensemble et les habitants du quartier en particulier sachent qu’il est l’Empereur du Japon. Il craint en effet qu’il ne soit répudié voire même renvoyé au plus vite à Tokyo. Il pense en effet que les Parisiens, et en particulier Adelin Vaucour son voisin de palier – qui développe une allergie à son égard au prétexte qu’il n’utilise aucun déodorant (c’est une tradition immuable chez les Empereurs japonais, leurs aisselles doivent rester naturelles et aucun produit ne doit faire disparaître la sueur qui y prend source même si elle répand alentour une odeur de sushi abandonné depuis des mois dans un slip de sumo) – le désigneront aussitôt comme un probable déclencheur d’une catastrophe naturelle égale à celle du tsunami ayant provoqué le drame de Fukushima. Nous nous sommes pourtant sentis obligés de révéler la présence de Jean-Louis Pointreau, dieu vivant de l’Empire du Soleil Levant, dans le huitième arrondissement de Paris. Si vous souhaitez le rencontrer, il n’est pas rare qu’il assiste à des spectacles au Théâtre du Rond-Point, sauf le samedi soir où il fait shabbat, espérant ainsi qu’on le prenne pour un rabbin et non pour l’arrière-petit-fils d’Hirohito. Vous le reconnaîtrez facilement, il est vêtu d’une djellabah mauve, d’un béret basque et de chaussures de faible prix fabriquées en Corée du Sud, pays qu’il compte bien un jour envahir de nouveau.

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