Oulipo de terre contre pot de fer #1


Trousses de secours en période de crise

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"L’Oulipo a des humeurs : bonnes humeurs ou moins bonnes. Les oulipiens regardent le monde et le texte du monde avec des yeux rieurs mais ouverts. Ils liront sur l’actualité, sur l’air du temps qui passe. Ils seront toujours de bonne composition mais souvent de mauvais poil…"

Pour répondre à la crise, Marcel Bénabou, Paul Fournel, Hervé Le Tellier et Olivier Salon passent quelques petites annonces, se font disciples et écoutent la parole du Maître ou cuisinent les chatons de 1000 façons.

Vous pouvez également retrouver le podcast audio complet de cette conférence-performance.

Enregistré le 8 décembre 2012 dans la salle Topor du Théâtre du Rond-Point

En partenariat avec Cinaps TV et Rue 89

A une situation d’urgence, il faut une « trousse de secours », des antidotes au fatalisme et au découragement, une boîte à outil pour stimuler notre capacité de rebond, regonfler le moral de ceux que la crise aura découragé.
En partenariat avec Rue89 et Cinaps.TV.

 

 

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Le 14 septembre 2015 à 08:32

En avant le progrès !

— Savez-vous, monsieur, que j’ai une montre connectée ?— Pas possible !— Mais oui, monsieur, comme je vous le dis.— Mais que faites-vous de votre montre connectée ?— Hé bien, je peux, par exemple, vous dire le nombre de pas que j’ai effectués dans la seule journée d’aujourd’hui.— Grandiose ! et vous en avez fait combien ?— Alors, laissez-moi consulter ma montre… J’en ai fait 1789.— Ça, c’est vraiment stupéfiant, c’est une révolution. La montre indique la marche, c’est preuve que votre montre marche.— Je ne vous le fais pas dire ! On n’arrête pas le progrès.— Quant à moi, monsieur, j’ai là un petit essai de Jean-Pierre Siméon sur la poésie.— Remarquez que je peux faire beaucoup d’autres choses avec ma montre connectée.— Il y est beaucoup question de poètes, vous comprenez ?— Par exemple, ma montre est connectée avec mon téléphone.— On n’arrête pas le progrès ! « La poésie sauvera le monde », nous dit Jean-Pierre Siméon.— Même si je me sauve, voyez, j’ai un GPS sur ma montre, alors je peux me retrouver.— Il faut dire que le monde est un peu chamboulé, voyez par exemple les médias qui vous servent une langue toute préparée, et qui vous disent ce que vous devez penser de tout. Tandis que la langue des poètes…— C’est que, voyez-vous, je n’ai plus besoin des autres pour penser, puisque je suis connecté en permanence.— Oui mais l’alexandrin ?— Hé bien voyez, il me suffit de taper « alexandrin » sur ma montre, et je peux vous en trouver un.— Vous n’en connaissez pas vous-même ?— Vous voulez dire : un habitant d’Alexandrie ?— Enfin… pas tout à fait, je parle de vers.— Des verres ? Mais quels verres ? Ma montre connectée a aussi un verre. Ça la protège, naturellement.— Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.— Je vois : ma montre est noir brillant, elle sonne à chaque réception de mail, mais elle n’a pas d’odeur.— Ça viendra, ça viendra. Les constructeurs n’ont pas encore pensé à tout.— Et l’écran est tactile.— Qui rime avec futile.— Pourtant, regardez comme ma montre a peu d’épaisseur.— La poésie, en revanche, ne cherche que l’épaisseur.— Et ma montre me permet de recevoir mes mèles.— Cherchons justement un vers se terminant par mèle, pour faire la rime.— Vous voulez que je cherche sur ma montre ?— Non, non merci. « Les vœux où le regret au souvenir se mêle » c’est du Chénier. J’ai trouvé celui-là dans ma mémoire.— Moi, j’ai 10 giga octets de mémoire vive au poignet.— La mémoire, voyez, c’est ce qui reste quand on a tout oublié.— Pas du tout, monsieur ! Ma montre a tout en mémoire.— Oui mais quand elle est en panne ? ou quand elle n’est plus rechargée ?— Voyons, monsieur, c’est une Watch !— Je vois, je vois, en effet. Pas très commode pour la rime, votre Watch.— ???— Ah, si ! Attendez un peu…« Je vis au jour le jour, à l’heure de ma Watch,Elle colle à ma peau, elle est mon parfait patch. »— Mais dites-moi au moins, monsieur, vous avez l’iphone 6 ?

Le 1 avril 2010

Florence Aubenas

Rire en pleine catastrophe

"Il faut commencer par se souvenir de l’Algérie en 2003, au moment où un tremblement de terre avait ravagé la moitié de la côte, entre Alger et Boumerdès, suivi par un torrent de boue qui avait submergé Bab-El-Oued, puis par une secousse qui avait fini d’anéantir les rares bâtiments encore debout. Les sauveteurs n’ont aucun matériel, même les pioches manquent. Ils sont à genoux et déblayent des montagnes de décombres avec leurs ongles. Des cris, des appels percent parfois sous les gravats, très forts d’abord, puis de plus en plus faibles jusqu’à s’éteindre. On parle de 2500 morts, mais il y en a tant qu’aucun bilan ne réussit à les chiffrer, et tant de réfugiés que l’horizon se couvre de tentes. Ceci est aussi le début d’une histoire drôle, vous allez voir. Ou plutôt une histoire de rires. La présidence et l’armée ont pris l’organisation des secours sous leur coupe et en ont fait leur domaine réservé. Dans le pays, rien ne doit échapper à leur contrôle, même pas le malheur. Des barrages sont dressés sur les routes et à l’entrée des camps sinistrés. Tout citoyen qui, dans un élan de solidarité, tente d’apporter aux réfugiés de l’aide, du pain, des vêtements, est refoulé comme un brigand. L’Etat a décrété qu’il s’occuperait de tout : « Chaque sinistré aura droit a un repas chaud par jour. »L’été approche, juin est déjà bien entamé. Il fait plus de 40 degrés sous les tentes. Dans un camp près de Boufarik, un scout en grand uniforme distribue le fameux « repas chaud » : macaronis et œufs durs, ce jour-là. Les rescapés prennent les œufs mais tous, ou presque, remercient pour les pâtes : « Il fait trop chaud, l’eau manque… » Le scout ne dit rien d’abord, mais on le sent fulminer. D’un coup, il finit par hurler : « Maintenant ça suffit. On a dit qu’il fallait un repas chaud par jour. Celui qui ne prend pas ses macaronis n’aura pas droit à l’œuf. » Encadrée par des gradés, armes au côté, la file des rescapés s’est immobilisée, gamelle à la main. Plus un bruit, sauf celui des bottes. C’est Ahmed qui a ri le premier, ce maçon qui a perdu toute sa famille dans l’effondrement de son immeuble. Puis, Mouloud – dont un enfant sur six a survécu – commence à glousser, puis Djamila, qui est sans nouvelles de ses parents, puis tout un groupe de footballeurs, miraculés de l’effondrement d’un stade, se met à hoqueter à son tour. Et voilà le camp entier secoué de spasmes irrépressibles, des dizaines de réfugiés qui pleurent de rire devant le petit scout en uniforme. A ce rire-là, donc, à tous ces rires-là."Florence Aubenas, journaliste, écrivainArticle édité dans le catalogue Le Rire de résistance, BeauxArts éditions et Théâtre du Rond-Point

Le 6 novembre 2014 à 07:02

Olivier Salon : "Il n'y a rien de secret à l'Oulipo"

Marcel Bénabou, Paul Fournel, Hervé Le Tellier, Olivier Salon, le quarteron d'attaque de l'OuLiPo, revient au Rond-Point avec une conférence-performance gargantuesque : Dis-moi quelle langue tu manges – langue crue, langue cuite et recuite, tranches de littérature mangées vivantes, vieux boucanés, langue fumée, langue plagiée chère aux vautours et autres charognards… Ventscontraires – On dit souvent que chaque époque a ses usages propres de la langue. Comment caractérisez-vous notre rapport à la langue aujourd’hui ?Olivier Salon – Notre langue est un muscle mobile, agile, fertile, en mouvement permanent. Il convient de l’entretenir, ce muscle, mais aussi de le retenir, car il aurait tendance à s’égarer dans tous les recoins que le journalisme, le langage rapide, l’écriture texto, la technologie détournent sans pudeur aucune. Restons explorateurs, certes, mais explorateurs avertis. Un explorateur averti en vaut deux. Buvons et voyons double. Fréquentons les lieux d’expression poétique ou artistique, lisons et relisons, car c’est en lisant qu’on devient liseron. – Selon vous, qu’est-ce qui menace la langue et qu’est-ce qui la « sauve » ?– L’une des menaces principales de la langue est la banalisation de mots importants, le dévoiement de concepts, l’oubli des origines et des valeurs des mots. Ainsi l’adjectif poétique est-il utilisé en lieu et place de émouvant, sans aucun rapport avec la poésie ; l’adjectif surréaliste remplace le mot extravagant, sans aucun rapport avec la révolution du surréalisme. Par ailleurs, de bien vilains mots issus en général de la technologie se sont imposés : le verbe impacter, par exemple, qu’on utilise à toute sauce, y compris vinaigrée ; ou bien générer en lieu et place d’engendrer.Mais ce qui sauve notre langue, c’est le plaisir toujours intact dans toutes les couches de la société de l’utiliser à des fins littéraires, la jouissance qu’elle procure à tant de ses utilisateurs. Il n’est qu’à voir le nombre considérable d’ateliers d’écriture, et le plaisir que ces derniers procurent au nombre toujours croissant de ses participants. L’écriture en atelier tisse un lien social, fondé sur ce partage de la langue et de l’expression.Vivent les écriverons et les liserons ! – Et votre propre langue, qu’avez-vous à en dire ?– Quant à ma propre langue, elle évolue également, mais reste constamment dans la recherche de constructions nouvelles, dans l’invention et l’utilisation de formes d’expression neuves ; elle reste sujette au plaisir des jeux de mots, des jeux de langage, de la connivence qu’elle permet d’établir avec l’interlocuteur, le lecteur, l’auditeur. Quel plaisir inouï que d’imaginer seulement un lecteur éventuel en train de comprendre un jeu de mots abandonné, hasardeux, inattendu, au fil des pages. Ce partage in absentia est l’un des miracles de la littérature. – Quel événement et/ou quelles rencontres ont façonné votre langue et qu’est-ce qui la nourrit au quotidien ?– Étant devenu membre de l’Oulipo en l’an 2000, cette cooptation m’a fait entièrement reconsidérer mon rapport à la langue. Je n’ai jamais été aussi sensible à l’alexandrin classique que depuis que je pratique l’écriture oulipienne. Car cette dernière, pour novatrice qu’elle soit, reste ancrée dans l’histoire de la littérature, dans l’aventure historique des formes littéraires, et me permet de jouir beaucoup plus qu’auparavant des grands poètes et écrivains du passé, d’admirer les formidables inventeurs, les façonneurs de notre langue. – Nous vous avons proposé de venir au Rond-Point « rattraper la langue »… Comment allez-vous vous y prendre ?– Ne comptez pas sur moi pour dévoiler ici l’un quelconque de nos secrets. Au demeurant, il n’y a rien de secret à l’Oulipo : toute invention oulipienne appartient aussitôt à tous, à tous ceux qui souhaitent s’en emparer. Pas de copyright, pas de droit d’exploitation, mais bien au contraire, une libre circulation. Ce qui est sûr, c’est que la langue commune a du retard. Et ce retard, nous allons le rattraper le plus vite possible. Alors ce muscle bien vivant qu’elle la langue, et cette langue elle-même, nous allons l’accommoder vigoureusement, nous allons la saupoudrer de salpêtre et de jeux de mots, nous allons la laisser égorger sans rendre lame toutefois, pardon, dégorger sans rendre l’âme toutefois, et nous allons la déguster ensemble, accompagnée de cornichons, de lipogrammes, de câpres et de contrepets, le tout servi avec un petit vin blanc, je ne vous dis que cela : au fait, aimez-vous le goût du blanc ? > plus sur la conférence-performance de l'OuLiPo

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