Stéphane Trapier
Publié le 02/09/2015

Beauté intérieure


Né le 15 juillet 1790, Stéphane Trapier a toujours raté les rendez-vous de l’histoire. Ancien avant-centre de l’équipe de France, il n’a jamais gagné la coupe du Monde. Il collabore à Fluide Glacial (après le départ de Gotlib), au Monde (sans jamais croiser Beuve-Méry) ou encore à Télérama (dès la retraite de Jean-Claude Bourret). Il a illustré deux ouvrages de Jean-Michel Ribes, et son Rond-Point. Il ne connait pas personnellement Henri Guaino. 

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Le 14 mars 2011 à 11:46

Vacances en France

Visite guidée

« Quiconque va visiter l'Algérie ou la Tunisie — et aujourd'hui cette excursion est tellement facile que tout le monde l'aura bientôt faite — ne peut s'embarquer sans s'être muni du Guide-Joanne, dont l'auteur pour l'Algérie et la Tunisie est Louis Piesse. Mais bien peu des voyageurs qui en feuillettent distraitement les pages se doutent qu'ils ont à la main un chef-d'œuvre d'érudition et de conscience artistique ; bien peu se doutent que l'auteur est, en même temps qu'un savant hors ligne, un littérateur de premier ordre ; bien peu se doutent de la modestie, de la ténacité, de l'honnêteté de cet écrivain qui, à soixante-dix ans passés, partait tantôt pour les pays qu'il avait déjà tant de fois visités, et, les trouvant passablement changés, entreprenait de refaire son guide, véritable monument qu'il ne semblait pas possible de perfectionner. » [Je savais] que Piesse, l'été, vivait en famille dans sa maison des bords de l'Yonne, ou plutôt dans son jardin et dans son bateau, car il a un bateau, l'heureux homme ! Or nous traversions précisément le village qu'il habite. L'idée nous vint d'aller lui faire à l'improviste une petite visite. Il était, c'est vrai, bientôt l'heure du dîner. Mais cette considération ne nous arrêta pas, au contraire, et cinq minutes après, avec nos costumes hétéroclites, nos bicyclettes, nos dents longues d'une aune, nous apportions le trouble en ce paisible intérieur, en cette vraie maison du sage, toute tapissée de verdure et de fleurs sous lesquelles disparaissent les murs. »(Jean Bertot, Août 1893 : la France en bicyclette : étapes d'un touriste de Paris à Grenoble et Marseille)

Le 26 septembre 2011 à 08:27
Le 23 juillet 2015 à 11:18

Femme, réveille-toi et coupe le câble !

Une pétroleuse belge daignant me lire sur ce site, Gwendoline M.D. d’Ottignies, à qui il semble que ce soit une cheville ouvrière du Rond-Point qui ait refilé élégamment mon numéro de turlu privé (merci l’ami !), m’a réveillé en pleine nuit pour m’accuser cruellement d’être un phallo-flic de plus. La diablesse a en effet relevé qu’à l’instar de la plupart de mes trépidants co-équipiers de ventscontraires, j’avais une tendance prononcée à n’exhorter pratiquement sur le net qu’à la lecture de plumes manifestement masculines. Avec, bien sûr, quelques menues exceptions jésuistiques, pour donner le change comme Corinne Maier et Nelly Kaplan. Piqué au vif par cette volcanique Gwendoline qui souligne aussi, pour enfoncer le clou, qu’en un demi-siècle d’attentartes donquichottesques, je n’avais gloupinisé pâtissièrement que trois gonzesses célèbres (Marguerite Duras, Hélène Rolles, Arielle Dombasle) alors que… je rends les armes sans discuter. Et je vous engage à sons de trompe à ne traîner avec vous cet été sur les plages, les monts et les vaux que des livres concoctés par des amazones dessalées ayant « le courage grotesque, selon le souhait du grand Dario Fo, de s’avancer hors de tout code et de toute logique ». Les Filles en série de l’essayiste Martine Delvaux (Éditions remue-ménage). La saga des filles-ornements « reproduites mécaniquement par l’usine ordinaire de la misogynie » débouche sur un galvanisant et fort drôle appel à la révolte contre ce qu’on appelait dans les seventies le chauvinisme mâle. Considérant que la figure des serial girls est double, qu’il y a chez ces marchandises vivantes un satané pouvoir de subversion, l’espiègle Martine Delvaux raconte ce qui peut se passer quand les « pin-ups se détachent du calendrier », quand les ballerines en tutu blanc deviennent cygnes noirs déchaînés, quand les Barbies se métamorphosent en Pussy Riot ingouvernables. Femmes et anarchistes (Éditions Black Jack) des fameuses passionarias Voltairine de Cleyre (1866-1912) et Emma Goldman (1869-1940) immortalisée par le film Red. Pour la plupart inédits en français, des textes incendiaires sur la redéfinition des statuts des femmes propres à horrifier mieux que jamais les grenouilles de bénitier hystériques à la Christine Boutin. Emma et Voltairine rentrent notamment dans la barbaque des faux-derches pourfendant la prostitution tout en encourageant cette autre forme de prostitution selon elles qu’est le mariage. « Chaque femme mariée est une esclave attachée qui reçoit le nom de son maître. » Même raccourci fulgurant — « Qu’est-ce que la femme ? Une propriété » — dans un autre vieux texte (1908) roboratif de Voltairine de Cleyre ressuscité par les éditions du Sextan, Anarchisme et traditions américaines qui démontre méthodiquement à quel point nous sommes couillonnés par les diverses formes de gouvernement[1]. Une pamphlétaire féroce de la même Belle Époque non moins inspirée, André Léo, revient vers nous grâce au petit éditeur Dittmar. Son testament Coupons le câble ! (1899) file une sacrée peignée à la « tourbe régnante » d’alors complètement sous la coupe de la caste religieuse ayant voulu ratatouiller Dreyfus. On recule encore plus loin dans le temps avec l’indomptée Olympe de Gouges à qui nous devons la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (1791). Sous le titre Femme, réveille-toi !, on trouve désormais, en Folio, ses principaux cris de colère contre les oppressions et les inégalités de toute farine. Rayon bios toniques de vaillantes amazones justicières, nous avons, aux éditions du Monde libertaire, fricassé par Hugues Lenoir, un Madeline Vernet, une pionnière des orphelinats antiautoritaires parigots qui se piquait de protéger les mouflets de la classe ouvrière contre « la morale des bien-pensants ». Et, aux Mille Sources, frigoussé par Anne Steiner, un Rirette l’insoumise retraçant la guérilla contre les préjugés et les normalités-flic d’une âme damnée de l’hebdo L’Anarchie qui sera inculpée pour complicité avec la bande à Bonnot. Mini orange tomatillos sur le gâteau de la rébellion féminine, la revue Invece sort un spécial Mary Read, ma femme pirate préférée, qui « maîtrisait l’épée et les canons et aussi les remèdes et les poisons, et menait ses hommes aux pillages des privilèges à travers les mers comme sur un manège ». Et puis encore la romancière déchaînée Isabelle Wéry avec son Marilyn désossée (Maelström) qui « ouvre les frontières des possibles » : « Prends-moi avec toi et de nos deux misères, nous ferons une espèce de java. » La maîtresse-queue Fatéma Hal avec son Fille des frontières (Philippe Rey). Les souvenirs épicés d’une cuisinière pulpeuse de la Bastille dont les pastillas aux pigeons affolèrent notamment Raoul Vaneigem, Pierre Desproges, François Mitterrand et Jean-Pierre Bouyxou. Et encore l’artiviste Stéphanie Lemoine avec son Art urbain. Du graffiti au street art (Gallimard-Découvertes) qui nous fait jouir grave par tous les bouts. Parmi nos partenaires d’orgies : Maïakovski (« Les rues sont nos pinceaux, les places nos palettes »), Gordon Matta-Clark (qui découpe artistiquement des maisons à la tronçonneuse, c’est le splitting), les situs (et leurs « fantaisies architecturales » et graphiques), Christo (qui fit scandale en barrant la rue Visconti de Paris d’un « rideau de fer » constitué de barils de pétrole), Miss.Tic (« s’offrir quand tout se vend »), Blek le rat (qui, le long des murs qu’il bombe, fait courir des rats, « le seul animal libre dans la ville), les guérillas girls portant des masques de gorille (qui couvrent les abords des musées d’affiches, s’étonnant qu’on n’y expose pas les minorités ethniques et les femmes) ou, bien sûr, le risque-tout Banksy (qui a tatoué le mur de séparation israélien, esclandre total !, et qui a accroché en douce ses propres œuvres au milieu des collections de musées prestigieux). [1] À noter que c’est exactement là le propos de la géniale Hannah Arendt quand, dans De la révolution, à présent chez Folio, elle oppose l’auto-organisation de style Commune de Paris et conseils ouvriers hongrois à « l’oligarchie des partis » toujours émasculante. Illustration Banksy

Le 15 septembre 2014 à 15:21
Le 17 décembre 2015 à 10:05
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