Industrie et rouflaquettes : le retour de la contrainte extérieure
Econotrucs #6
Dans le débat économique de ces derniers mois, le sujet de
la « politique industrielle », cette vieille lanterne pompidolienne, a fait un come back détonnant. OK, je l’admets,
ces jours-ci, d’autres choses peuvent nous rappeler la France de Pompidou,
comme la peur des Chinois, le contrôle de la télévision publique (et de l’O.R.TF1),
ou encore Jacques… Heu, Thomas Dutronc. Mais ceci est une rubrique économique…
Si sauver quelques emplois ouvriers juste avant les élections
ne relève pas de la politique industrielle, mais de la cosmétique, cela vous a au moins permis de découvrir, la
larme à l’œil, que notre pays avait perdu une large partie de son
industrie. On se rappelle subitement qu’on
ne peut pas vivre sans industrie.
On assiste en fait au retour d’une ancienne terreur, qu’on
avait plus connue depuis que nos
ministres ont abandonné les lunettes en plastique marron et les rouflaquettes :
celui de la « contrainte extérieure ». Un pays est « contraint »
lorsqu’il voit ses importations progresser plus vite que ses exportations. Il
doit donc les financer par la dette, et cet endettement va peser sur la valeur
de sa monnaie. Dans les années 70, cela voulait souvent dire une monnaie attaquée,
une dévaluation pour trouver sa compétitivité extérieure. C’est une des raisons
pour lesquelles on à créé le SME puis la monnaie unique. Une dette en euros
essentiellement détenue par des investisseurs européens éliminait les questions
de contrainte extérieure. Ce qui devenait important, c’était l’équilibre commercial
de la zone euro, qui était grosso modo assuré grâce aux excédents commerciaux
allemands. L’Europe restait globalement
légèrement excédentaire vis-à-vis du reste du monde.
Pour être plus clair, disons que d’un point de vue
financier, on voyait l’Europe un peu comme les
Etats-Unis ou les excédents de tel état vont compenser les déficits de
tel autre : personne n’a songé à attaquer le dollar lorsque la Californie était
au bord de la faillite. Mais la crise a rappelé que la dette grecque et la
dette allemande quoique libellées dans la même monnaie, n’étaient pas équivalentes,
et donc que l’euro n’était pas suffisant pour éliminer la contrainte extérieure.
Elle a souligné les faiblesses de l’Europe
: une construction inachevée avec un faible budget communautaire, une
mobilité faible du facteur travail, et des mécanismes de solidarité
inexistants, que l’on est obligé d’inventer en catastrophe, à la faveur de la
crise.
Sur une planète où les trois quarts des échanges mondiaux
portent sur des biens industriels, un pays qui n’est pas compétitif, (c’est-à-dire
qui n’est pas capable de vendre les biens demandés sur le marché international)
est conduit à avoir des difficultés grandissantes. Entre 1978 et 82, puis au début
des années 90, la France a déjà connu deux vagues de désindustrialisation, au point qu’on se demande si cette troisième
vague ne vas pas sonner le glas de nos derniers bastions industriels. Le désarroi
s’installe, que peut-on faire, face aux petits chinois sous-payés ?
On admet en effet désormais que la concurrence des pays émergents
est largement responsable de la disparition de tout un pan de l‘industrie française
: L’aspect positif des choses, c’est que la crise a sonné la fin d’une certaine
mythologie libérale arrivée avec la mondialisation (une « économie de service »,
des entreprises « sans usines »). Mais puisque d‘autres pays européens
sont parvenus à maintenir leur base industrielle, (en particulier l’Allemagne),
ne peut-on pas nous aussi envisager une politique industrielle sans
rouflaquettes et sans pantalon pattes d’ef, bref, une politique industrielle
innovante, basé sur un nouveau modèle ?
Je tenterai de vous apporter des éléments de réponse au
prochain épisode, mais j’ajouterai pour conclure que Pompidou, lorsqu’il
passait à télé, avait de la classe, de la culture, et la cigarette au bec,
choses qui nous manquent cruellement ces derniers temps.