Frédéric Lordon : De quoi ce que nous vivons est-il la crise ?

Trousses de secours en période de crise

Économiste atterré et pugnace, Frédéric Lordon vous invite à scruter avec lui les derniers rebondissements de la crise en Europe et au-delà. Car la crise n’est pas ce que l’on croit. Et si elle n’était qu’une grande méprise, un splendide malentendu fait d’arrangements langagiers et de non-dits surprenants ?

En raison d'un problème technique, le son de cet enregistrement est malheureusement de mauvaise qualité

Enregistré le jeudi 6 décembre 2012 dans la salle Topor du Théâtre du Rond-Point

Durée :1:09:00

En partenariat avec Rue89 et Cinaps.tv



A une situation d’urgence, il faut une « trousse de secours », des antidotes au fatalisme et au découragement, une boîte à outil pour stimuler notre capacité de rebond, regonfler le moral de ceux que la crise aura découragé.
En partenariat avec Rue89 et Cinaps.TV.

 

 

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Le 24 mai 2015 à 09:27

Paul Jorion : "Je voudrais que les Grecs gagnent"

L'affaire grecqueOn a dans la zone euro des pays qui peuvent se retrouver dans des situations financières difficiles et on leur envoie la troïka (FMI, BCE, UE), des gens qui partagent la même conception d'extrême droite son une nouvelle féodalité qui juge les gens à leur capacité à faire de l'argent. Le démenti de ce système a eu lieu en septembre 2008, avec la crise ça crevait les yeux que ce système ne marche pas. Mais le rapport de force ensuite, malgré cela, est toujours en faveur de ces gens-là. Le FMI a reconnu en 2012 que le calcul conduisant à l'austérité était tout à fait faux. Il y a eu une erreur. Le vrai calcul aurait dû conduire à une relance par la dépense publique. Autocritique, mais le FMI n'a absolument pas changé sa politique. Imperméables aux faits, ils avancent avec leur rouleau compresseur toujours dans la même direction. Personnellement je voudrais que les Grecs gagnent contre cette position libérale "TINA" (there is no alternative). Non, il n'y a pas que ça qui est bon. Votre système s'est écroulé en 2008, il faudrait le reconnaître. Donc soutenons les Grecs quand ils disent qu'il y a une autre possibilité : entre rembourser les dettes consenties par le FMI ou payer les retraités et les salaires des fonctionnaires, comme le disent messieurs Tsipras et Varoufakis, payer ceux qui méritent d'être payés et ne pas payer les dettes injustes des gouvernements précédents qui étaient sous la domination des armateurs et de l'église. Faut-il attendre 50% de chômage des jeunes, que les gens soient dans la misère, avant la prise de conscience qu'il faudrait peut-être voter pour des gens qui proposent ces mesures-là ? Le problème en France c'est que les partis audibles qui proposent des choses en dehors du cadre sont à l'extrême droite dont les intérêts sont alignés à cette troïka. C'est une extrême droite de l'aristocratie de l'argent qui dit : "malheur aux vaincus"...

Le 18 février 2015 à 14:38

"Le Prix à payer" : révoltons-nous en faisant de ce film un blockbuster

L'évasion fiscale n'est pas illégale, elle est immorale Courez voir en salle le documentaire Le Prix à payer, réalisé par le canadien Harold Crooks et co-écrit par la québecoise Brigitte Alepin à partir de son livre La Crise fiscale qui vient. En gros : les 1% qui possèdent plus de la moitié du monde – parmi eux Google, Apple, Amazon, Facebook... – ne paient pas leurs impôts, mais les 99% si ! Quitte à être tondu, autant savoir comment et par qui. Réponse : un autre monde nous domine. Un monde hors du monde, offshore. Un réseau de paradis fiscaux dont l'épicentre démoniaque a pour emblême le griffon de la City de Londres. Cette enclave en centre ville profite de passe droits médiévaux tout en régnant sur les vestiges insulaires de l'ex-empire britannique. L'empire est devenu virtuel, et encore plus puissant. Et depuis Reagan et Thatcher, nous sommes les dindons d'une tragique farce mondialisée, le plus grand hold up de tous les temps. Les tensions économiques générées par cette injustice sont devenues sociales, elles menacent aujourd'hui l'existence de nos démocraties. Je suis sorti de ce film révolté, prêt à refourbir les piques de 1789... vous aussi le serez aussi j'en suis sûr. Puis après quelques bières passées à chanter la désobéissance civile et à fomenter la grève des impôts avec vos amis, vous vous retrouverez encore à fouiller le Net à la recherche de révélations et de réflexions éclairées sur cette injustice. C'est ainsi que vous dénicherez peut-être quelques séries vidéo parues dans nos colonnes : Bernard Stiegler : "Sommes-nous capables aujourd'hui de prendre des décisions ? Je veux dire vous et moi ?" Frédéric Lordon :"De quoi ce que nous vivons est-il la crise ?" Paul Jorion : "Nous nous débarrassons du travail de manière massive" Denis Robert : "C'est kafkaïen d'être chargé de la lutte antifinancière dans un paradis fiscal" Jérémie Zimmermann : "Google et Facebook sont devenus des monstres" Comme le disait Frédéric Lordon lors d'une conférence donnée au Rond-Point, notre meilleure arme de défense est de nous tenir au courant et d'en parler tant et tant entre nous que l'immoralité impériale qui nous écrase finisse par éclater aux yeux de tous. Bref : encouragez vos amis à aller voir le film, en espérant que son succès devienne si insolent que notre gouvernement se sente enfin autorisé à brandir quelques réglementations et taxes Robin des Bois dignes de ce nom sous le nez du monstre. Par exemple.

Le 4 juillet 2014 à 15:28

Bernard Stiegler : "Dans 20 ans l'emploi aura disparu, tout le monde sera intermittent"

Travailler demain #1

Dans ce premier épisodeLa crise des intermittents ne doit pas nous cacher une crise généralisée de l'emploi, qui est amené à disparaître avec le développement universel de l'automation. Mais travail n'est pas emploi : et si le modèle de l'intermittence était appelé à devenir le régime de tous ? À l’époque de l’automatisation généralisée Le siècle dernier était celui du consumer capitalism, produit dérivé du taylorisme : produire à la chaîne et consommer comme le marketing le dicte. On a parlé du keynésianisme et du welfare state de Roosevelt. Mais aujourd’hui, ce modèle semble s’écrouler sous la pression de ses propres contradictions, cependant que se planétarisait la mise en réseau numérique. Celle-ci va provoquer dans les années qui viennent un processus d’automatisation généralisée où l’emploi salarié deviendra exceptionnel : les robots se substitueront massivement aux employés humains. Cette nouvelle époque industrielle ne sera viable que si elle consiste en une renaissance du travail dans une société de contribution où les gains de temps issus de l’automatisation seront massivement réinvestis dans la capacitation et la déprolétarisation du travail : les robots sont des machines qui n’ont pas besoin des esclaves humains pour fonctionner. > écouter le podcast audio complet Enregistré le 20 mars 2014 dans la salle Roland Topor Théâtre du Rond-Point. En partenariat avec Cinaps TV et Rue 89      

Le 6 août 2011 à 11:55

Pourquoi les agences de notation conservent sa note AAA+ à la France

Alors que Standard and Poor's dégrade la note de la dette américaine

ventscontraires.net s’est procuré la copie d’une circulaire du ministère de l’Agriculture adressée à la charcuterie Befalon & fils de Vire, à partir de laquelle on peut déduire que Bercy a lancé un vaste plan de mobilisation des éleveurs de porcs, particulièrement en Bretagne, pour augmenter de manière drastique la qualité et la quantité d’andouillettes produite ces douze derniers mois. Entre juillet 2010 et juillet 2011, la France est passée d’une production de 18 257 tonnes d’andouillettes dont la note moyenne est AAA à 43.943 tonnes d’andouillettes avec un pourcentage AAAAAA (la note maximale) en augmentation de 48%. Résultat dû au sens civique des éleveurs de porcs et charcutiers, heureux de quitter leur image d'empoisonneur au nitrate des nappes phréatiques. Leur enthousiasme  a explosé les projections les plus optimistes du ministère de l’Economie, qui tablait sur 29.000 tonnes d’andouillettes AAAA en douze mois. Cet excédent a permis à la France d’augmenter sa production de A, de AA, de AAA, de AAAA et de AAAAA dans des proportions sans précédent. Bercy a su ainsi maintenir sa position AAA+ chez les trois principales agences de notation, et mieux que ça, puisqu’elle va pouvoir exprimer sa solidarité envers la Grèce et les autres pays latins membres de l’UE en leur versant les milliards d’Euros votés récemment en nature – sous forme d’andouillettes. Pour d’autres raisons, essentiellement linguistiques, la Pologne qui souffre dans sa langue nationale d’un manque congénital de voyelles (problème signalé pour la première fois par Roland Topor), s’est montrée également intéressée.

Le 10 mai 2016 à 16:10

Stefano Massini : "Nous n'avons rien appris de la crise de 29"

A propos de "Chapitres de la chute", sa saga sur Lehman Brothers

L'auteur et metteur en scène italien Stefano Massini voit sa trilogie sur la grandeur et la chute de l'empire Lehman Brothers créée pour la première fois dans une mise en scène remarquée d'Arnaud Meunier et une traduction de Pietro Pizzuti. Jean-Daniel Magnin – C'est sur le thème et le titre de la pièce que de nombreux spectateurs du Rond-Point ont été attirés par la pièce. Comme si nous avions un grand besoin d'en savoir plus sur l'économie. Comme s'il s'agissait là d'une histoire qui nous importait au plus haut point. Une histoire dont personne ne nous parle en fait.Stefano Massini – Je crois que le théâtre a toujours été un espace de connaissance. Le spectateur devrait en sortir enrichi, chaque fois. Non pas pour dire que les spectacles doivent "donner un enseignement", car éprouver une émotion forte (quel qu'en soit le type) est une forme de connaissance. Dans le cas présent je pense que la véritable expérience ne consiste pas à connaître la vie familiale des Lehman, mais à devenir un peu plus experts sur une chose (l'économie) qui nous affecte tous, mais que nous ne connaissons pas en fait. J'ai trouvé que la saga Lehman offrait l'occasion idéale de faire pénétrer le public dans un milieu hostile comme celui de la finance : j'avais besoin d'un cheval de Troie et je l'ai trouvé dans le grand écheveau biographique qui compose l'histoire de cette banque. On peut dire que la saga des Lehman n'est pas l'objet de ma trilogie, mais l'outil que j'ai utilisé pour rendre le public un peu plus "économiste". – Est-ce que tu t'es inspiré d'œuvres antérieures, comme par exemple les Buddenbrock de Thomas Mann ? – Plutôt que de m'inspirer d'un texte ou d'une œuvre, j'ai eu une confiance totale dans les potentialités de cette idée. Comme je l'ai déjà dit, je n'avais pas l'intention d'écrire sur les Lehman, mais l'idée était de pouvoir rendre le public plus expert dans une matière difficile et théâtralement vierge - et par conséquence extrêmement intéressante. Bien sûr, s'il fallait pointer des modèles, il faudrait aller plutôt du côté de la littérature que vers le théâtre, car je crois que le théâtre lui-même est aujourd'hui en quête d'un minimalisme dans lequel je ne me reconnais pas. – Comment définir ta pièce ? Un long blues post-capitaliste ? Une saga ? Une série américaine ? Un poème épique ? Un conte des temps jadis ?– Je le définirais comme du "matériel scénique". C'est un grand mélange de récit, de roman, de drame, de comédie, d'éléments documentaires - et même de poésie. Je pense qu'aujourd'hui nous vivons un total dépassement des genres. Et pas seulement parce que tout a été désormais essayé, mais parce que chaque "genre" est dépassé aussitôt qu'il a été expérimenté.  Et ainsi je préfère concevoir chacune de mes oeuvres comme un matériau, un ensemble de suggestions, un catalogue de possibilités. Puis c'est au metteur en scène et aux acteurs (mais aussi aux lecteurs) de faire un choix, en se frayant chemin à l'intérieur de ce que je leur offre.– L'humour et la poésie du texte me plaisent beaucoup. Cette manière si simple de raconter, tu l'as trouvée tout de suite ?– Crois-moi : cette ironie m'appartient, je ne l'ai pas choisie. Parfois c'est même pénible de voir comment les choses de la vie - même les plus tragiques - prennent des contours dont nous ne pouvons nous empêcher de rire. Et le rire est la plus forte expérience émotive de l'être humain, car le rire implique une pleine connaissance de ce qui le déclenche (alors que les pleurs non, les pleurs sont passifs, ils subissent la réalité, ils ne la contrôlent pas). – Tu n'as pas décrit en détails la faillite Lehman de 2008, probablement parce que nous connaissons "de l'intérieur" cette crise. C'est bien ça ?– Oui mais pas uniquement pour cette raison. J'ai décidé de ne pas raconter la faillite de 2008 (ou mieux : de ne pas la raconter dans les mêmes détails que je ne l'ai fait par contre pour la crise de 1929), justement parce que je voulais qu'une chose saute aux yeux : la crise de 1929 a été un précédent dont il aurait fallu apprendre beaucoup de choses. Hélas ça ne s'est pas passé comme ça : les mêmes erreurs ont été refaites, une fois passée la panique. Ça me semblait intéressant de raconter la crise actuelle à travers un miroir vieux de 80 ans.– Selon toi, les ferments de la faillite Lehman étaient déjà présent au début de leur histoire ?– Je ne pense pas qu'il s'agisse d'un mal génétique. Le problème réside dans les profondes mutations de tout le système capitaliste qui, comme le raconte la Trilogie, est passé d'une recherche de fonds pour financer l'industrie à une recherche d'argent visant juste à la création de gains virtuels. C'est ici que s'ouvre le gouffre : l'argent ne doit générer que de l'argent. Et par dessus le marché, les évolutions technologiques ont entraîné une dépersonnalisation encore plus grande, avec pour résultat un labyrinthe de chiffres et d'argent n'ayant plus aucun lien avec la réalité.– Les rituels juifs et la Bible t'ont beaucoup inspiré dans cette pièce. Tu as aussi écrit "Je crois en un seul Dieu", une pièce qui se déroule en Israël - nous allons la lire en public avec Anne Alvaro en avril prochain. Est-ce une coïncidence, ou la question juive t'intéresse-t-elle particulièrement ?– En fait j'ai eu la grande chance d'avoir une "double vie" dans mon enfance, chrétienne et juive. Cela vient du fait que certains événements dans ma famille m'ont conduit à assister assidûment à la vie de la communauté juive dans le Temple de Florence. Cela dit, ma famille étant chrétienne et pas juive, chaque année nous célébrions Noël mais aussi Hanoukah - et je connaissais les prières du Seder (Pessah) aussi bien que les prières catholiques. Je pense que c'était important, pour moi, car la culture juive est un élément clé de la culture moderne, aussi bien européenne que nord-américaine. L'histoire des Lehman le démontre, leur saga est un très bon exemple du changement subi par les immigrants juifs en Amérique au siècle dernier.– Nous avons immédiatement décidé de programmer le spectacle avec Arnaud Meunier après avoir découvert seulement la première partie du texte au comité de lecture du Rond-Point. Tu as écrit les deux autres ensuite. Elles sont venues facilement ?– La seconde et la troisième partie ont été sans nul doute les plus difficiles à écrire. Surtout "L'immortel", la troisième. J'ai toujours pensé que la première partie de la trilogie était une "zone mythologique", alors que la deuxième est une comédie et la troisième un drame qui tourne entièrement autour de la solitude de Bobbie et de la partie d'échecs périlleuse qu'il joue avec un monde qui change autour de lui de manière vertigineuse. J'ai dû me documenter énormément avant d'écrire, lire des centaines (milliers) de pages sur l'Histoire américaine, des traités d'économie et bien sûr des livres sur la famille Lehman qui m'ont été envoyés des Etats Unis. Chapitres de la chute, saga des Lehman Brothers, de Stefano Massini, traduction Pietro Pizzuti, L'Arche éditions

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