Pierre Notte
Publié le 26/08/2013

Les Misérables


Pièce à un euro


"Jean Valjean - l'homme est mauvais

Le prêtre - mais non

 Javert - mais si

 Fantine - mais non

 Thénardier - mais si

 Marius - faut que ça change

 Cosette - mais non

 Gavroche - mais si

 Javert - bon moi j'arrête tout

 Jean Valjean - oh ben moi aussi

 Cosette - oh ben non

 Marius - eh ben si"

Ex Secrétaire général de la Comédie-Française, Pierre Notte a été trois fois nommé aux Molières dans la catégorie auteur. Il chante, joue, écrit, met en scène ses pièces à Paris ou à Tokyo, il est auteur associé et conseiller au Théâtre du Rond-Point, se prend pour Catherine Deneuve et c'est rien de le dire qu'il se la pète. 

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Le 22 mai 2010 à 15:05
Le 2 août 2013 à 08:32

"Vous êtes tous des auteurs dramatiques"

Cet été j'écris une comédie puis une tragédie ! Jean-Michel Ribes vous tient la main

Il n'est plus admissible aujourd'hui, alors que la lune est à portée de la main, que l'on guérit et comprend tout, que vous ne puissiez écrire une pièce de théâtre - simplement parce que vous n'êtes ni doué, ni créatif, ni inventif. Nous vous proposons un certain nombre d'éléments qui vous permettront aisément d'écrire un drame ou une comédie, sans avoir un instant recours au talent que vous n'avez pas.20 personnages au choix :- Le Roi - Madame Andrée - le fils - le conseiller - la mère du conseiller - Jean-Claude - Michel son demi-frère - le capitaine de la garde écossaise - Andromaque - Andromaquette - Monsieur Peyrol (peut être anglais ou grec) - le jardinier - saint Antoine - l'Homme qui revient - Hermione - le chanteur musulman - Madame Sardine - Périclès - Richard III du Portugal12 répliques au choix et quelques rimes :1/ Bonjour2/ Tu sais, Michel, si tu continues...3/ La mer tout entière enragée t'emportera jusqu'au port.4/ Je vous rappelle que c'est ma femme que vous aimez.5/ Oui! Oui!6/ Si vous dites demain, je suppose que vous avez vos raisons!7/ Madame, s'il vous plaît... il faut qu'à petits coups de hache je me détache de vous... (Peut être utilisé au masculin en remplaçant "Madame" par Monsieur".)8/ A quelle heure tu rentres (ou "rentres-tu" si on préfère) Jean-François?9/ Juste te regarder sourire, et puis fermer les yeux, et puis t'aimer doucement au fond de moi...10/ Madame, fuyez, le Roi est hors de lui. (A dire essoufflé.)11/ -Hector? Je pensais que vous vous appeliez Alain?12/ Je pense que c'est mieux ainsi Simone, le mensonge n'a pas d'issue. (Si on est gêné par l'allitération ainSi Simone, on peut appeler Simone Bernard.)Pour ceux qui seraient tentés d'écrire une œuvre dramatique en vers, voici quelques rimes :A/ Pain, vain, matin, Simonin, alors, hein!?, cabotin, chien de chasse (enlever "de chasse").B/ Bateau, allô, pas beau, caraco, San Francisco, bateau (attention, très utilisé), Dario Moreno.C/ Chandernagor, changer de bord, alors, tribord, totor, Salvador, bague en or, cors de chasse (enlever "de chasse").4 idées de décros au choix :- la Place Saint-Marc à Venise;- la salle de bains de la fille du personnage principal;- une partie de chasse (enlever "de chasse");- un magasin de canapés.6 intrigues au choix :1/ Le père de Jean s'aperçoit qu'il est norvégien. L'avouer, ne pas l'avouer? Tout se finit bien grâce à Denise qui vient lui rendre visite dans un rêve. Il comprend que c'est elle qu'il aime, il quitte aussitôt son emploi de juriste dans une grande société dont on taira le nom.2/ Urbain de Casterheim, seigneur de Livarie, n'a qu'une fille. Cosme VII, comte d'Estremadure et de Roubaix, n'a qu'un fils. Louis le Pieux dit Louis le Brave (ou le Sérieux), évêque de Tunis, de Saint-Mandé et de Brestlitovsk, n'a qu'un rein. C'est à ce moment de l'action que débarque André, envoyé du pape Camille VI, père de trois jumeaux qui n'ont qu'un oeil.3/ Françoise aime Paul qui ne l'aime pas. Paul aime Catherine qui ne l'aime pas. Catherine aime Françoise dont le vrai nom est Liliane.4/ Jean se réveille sur une île déserte perdue au milieu de l'océan. Soudain il aperçoit son visage dans une flaque d'eau et réalise que l'île n'est pas déserte. Bouleversé il se pend. (Pour une pièce en un acte, ou un lever de rideau.)5/ Le docteur F., célèbre psychanalyste, découvre que sa patiente Mireille G. n'est autre que lui-même. Il refuse de la faire payer.6/ Koa-tang vient de mourir, sa femme Tsi-buhli le veille en silence.8 titres au choix :- Cours mon beau printemps;- La Camaraderie;- Le Cendrier attendu;- Le Tigre et la Rascasse;- L'Anniversaire de Paula;- L'Echafaud cartilagineux;- Le Décès de la veuve;- Les Alouettes suisses.Prix des places (quelques propositions) :- 2 euros;- 15 euros;- 23 euros;- 15075 euros.Une fois que vous aurez terminé votre pièce, si vous souhaitez un metteur en scène et des acteurs, vous trouverez quelques conseils pour les choisir dans un prochain article de ventscontraires.net.Bravo d'y être arrivé et merci de ne pas nous envoyer votre manuscrit. Extrait de Multilogues suivi de Si Dieu le veut, © Actes Sud, 2006.http://www.actes-sud.fr/ficheisbn.php?isbn=9782742760701

Le 27 mai 2016 à 11:22

Gonzalo Demaría : "Pour écrire du théâtre, il faut entendre des voix"

L'auteur argentin Gonzalo Demaría a écrit avec Alfredo Arias les spectacles Mambo Mistico et Trois tangos, vus au Rond-Point les saisons dernières. Et dernièrement Déshonorée, présenté en ce moment sur la scène Tardieu et qui nous a valu le plaisir de le rencontrer. Jean-Daniel Magnin — J'ai eu la chance de passer quelque jours à Buenos Aires il y a quelques années, et j'ai été frappé par le formidable amour du théâtre qui règne dans ta ville.  Gonzalo Demaría — Nous les Argentins nous sommes des survivants, avant tout dans notre propre Histoire. C'est pareil pour le théâtre. C'est vrai qu'à Buenos Aires il y a une surabondance d'activités théâtrales. On se demande d'où vient tout ce public qui vient assister à nos productions. Pour les auteurs de théâtre bien sûr la situation est difficile. Chez nous on ne peut pas vivre du théâtre en général. Et les écrivains encore moins que les acteurs. Mais il y a une profusion de spectacles. On se débrouille. On va souvent voir des spectacles au domicile des auteurs ou les metteurs en scène. Des expériences avec environ 25 spectateurs.Pour survivre j'écris par exemple un soap très amusant pour la télévision, ou des articles sur la généalogie dans la presse, ce qui est une passion chez moi. Mais en gros j'ai de la chance parce que par moments je peux faire du théâtre mon gagne-pain. – Comment ça a commencé l'écriture théâtrale pour toi ?– On dit chez nous que le théâtre s'écrit avec l'oreille. Et justement je me souviens, enfant, d'avoir entendu des voix. Comme Jeanne d'Arc. C'est notre côté mystique à nous les Argentins ! Sans plaisanter, écrire pour le théâtre, ça n'est pas de la littérature ou la poésie, ça passe par d'autres biais. Par d'autres chemins. De grands auteurs comme Balzac ont essayé sans y parvenir à écrire du théâtre, toutes ses tentatives ase sont soldées par des échecs. Il faut entendre, dans la tête, c'est tridimensionnel. Je vois ça de manière mystique. Ensuite il y a la discipline, la rigueur. Je n'écris pas sur l'ordinateur mais sur le papier. La main a son propre rythme, sa transe. J'ai une addiction à la lecture, il y a tout le poids de la littérature qui vient m'irriguer.– Ta première pièce ?La première c'était à l'école élémentaire, avec l'aide de ma maîtresse, une pièce patriotique pour une fête nationale, celle du 25 mai. Elle a vu que j'avais quelque chose, elle m'a pointé du doigt : "Toi tu veux écrire avec moi la pièce du 25 mai ?" On l'a jouée à l'école ! A quinze ans, mon père, un avocat, a montré mes feuillets à son ami le grand auteur dramatique Roberto Cossa. Il m'a encouragé à continuer. Ma première pièce a été montée au Théâtre National quand j'avais 26 ans. Une autre étape importante a été la rencontre avec Alfredo Arias. Il était venu voir une pièce musicale que j'avais écrite, texte et musique, et m'a invité à écrire avec René de Ceccaty une adaptation des Liaison dangereuses... Ça a donné Les Liaisons tropicales.– Tu es proche du plateau, des acteurs ?– Ça dépend. Parfois je fais la mise en scène. Et donc quand je travaille avec un metteur en scène je suis très respectueux. Je viens s'il m'appelle. Le théâtre n'est pas de la littérature comme je disais, c'est une collaboration. Par exemple Shakespeare écrivait ses pièces sans aucun respect pour sa propre écriture. Il modifiait le texte en fonction des acteurs, des distributions. Il ne voyait pas la pièce comme une œuvre littéraire. Comment ne pas être d'accord avec Shakespeare !– Comment est venue la pièce que nous présentons au Rond-Point : Déshonorée ?– J'avais en tête une espèce de Sunset boulevard : une vieille star du Péronisme enfermée avec ses fantômes dans son hôtel particulier en ruine. Je la voyais en conversation avec la tête coupée de son amant – feu le frère d'Eva Péron. Alfredo m'a dit que ce serait mieux de s'appuyer sur un fait réel, puisqu'elle a existé : Fanny Navarro a subi un interrogatoire avec une espèce de fou qui joue à être médecin, militaire — un personnage réel lui aussi. Je voulais écrire depuis longtemps sur Fanny Navarro, l'amie d'Eva Peron. Alfredo l'admire. Et il m'a suggéré de camper la pièce au commissariat. C'était une très bonne idée, c'est plus intense. Et à la fin, il y a tout de même la conversation de Fanny avec la tête de son amant. Il y a des réminiscences avec La Morte amoureuse de Théophile Gauthier.– Quels sont les obsessions qui parcourent tes pièces ?– Je partage avec Alfredo Arias un même amour pour les marginaux, les déplacés. Par exemple les cartoneros, ces pauvres si nombreux qui ramassent papiers et cartons dans les rues de Buenos Aires. J'ai été très impressionné par les prisons où j'ai rendu visite des amis incarcérés. L'horreur de la prison m'a bouleversé. Chez nous elles sont terribles. Une expérience qui a changé mon écriture.– Qui sont les écrivains de théâtre argentins que tu apprécies ?– Notre maître à tous, s'appelle Mauricio Kartun. Un auteur très concerné par les mots et notre Histoire. Il a formé une horde d'auteurs dramatiques. Les auteurs de ma génération, nous sommes tous passés entre ses mains. Parmi eux, je recommande Santiago Loza, Maria Marull, Erika Halvorsen.– Comment vois-tu la crise qui traverse notre époque ?– Nous sommes des gymnastes de la crise. J'ai 46 ans et j'ai vu des révoltes, des tirs contre la foule, des meurtres. Quand je prends de la distance, je regarde l'Argentine avec un sentiment mélangé. C'est un très bon pays, mais il est ravagé par des gouvernements aussi affreux les un que les autres. On ne sait pas comment sortir de ça. J'enrage en entendant tant de faux discours, de mensonges, de corruption. On ne peut pas parler des pauvres en étant excessivement riche. C'est catastrophique.

Le 10 février 2014 à 13:13

Grand Magasin : D'orfèvre et de Cochon

Trousses de secours en période de crise, saison 2 : la crise du travail

Une conférence-performance de Pascale Murtin et François Hiffler (avec la participation exceptionnelle de Liviu-Adrien Dârgãu) Le travail ? Connais pas. « Nous ne sommes pas très bien placés, peut-être même très mal placés pour parler du travail, n'ayant à ce jour et après trente ans d'activité jamais travaillé. C'est précisément à ce titre que nous allons nous risquer à discourir quelques quarts d'heure sur le sujet, histoire de faire part de notre inexpérience en la matière. »Les performers Pascale Murtin et François Hiffler prétendent – en dépit et grâce à une méconnaissance quasi-totale du théâtre, de la danse et de la musique – réaliser les spectacles auxquels ils rêveraient d’assister. Et ça marche : leurs spectacles sont très réussis et les émeuvent. Depuis 1982 (avènement de Grand Magasin), leur ambition consiste à croire possible que d’autres partagent cet enthousiasme.Grand Magasin :Un beau jour, Pascale Murtin et François Hiffler, deux danseurs contemporains, décrètent que la danse est une discipline contre nature. Ils tournent le dos à leur formation classique et fondent en 1982 la Cie Grand Magasin, "une association de bons intérêts". Ensemble, ils ont créé une vingtaine de pièces, numéros et performances, s’adjoignant parfois les services de leurs amis (dont Bettina Atala de 2001 à 2010) : des spectacles sans costume, sans décor, ni prouesse technique, à la poésie parfois absurde... de drôles d’objets spectaculaires mariant humour et rhétorique.Leur manière de jouer des mots et de l’absurde, leurs créations intelligemment décalées leur ont valu des comparaisons avec Queneau, Tati ou encore de participer à l’exposition Dada organisée par le Centre Pompidou en 2005. Leur style au pragmatisme faussement naïf et à l’humour pince-sans-rire, c’est encore eux qui le définissent le mieux : fuite du spectaculaire, raréfaction des accessoires et des paroles, évacuation de la scénographie, répugnance à gesticuler, dégoût de l’illusionnisme. Conférences en auditorium, interventions en décor naturel, démonstrations dans une galerie d’art ou déploiements sur une scène de théâtre, il s’agit dans tous les cas de grand spectacle. Enregistré le 6 février 2014 dans la salle Roland Topor Théâtre du Rond-Point. Durée : 42:28 > les autres Trousses de secours dédiées au travail En partenariat avec Cinaps TV et Rue 89

Le 12 avril 2010

Guérison

Pièce brève de Jean-Michel Ribes

Ils discutent en marchant.-    Le mot théâtre vous donne-t-il envie d’aller au théâtre ?-    Ce sont plutôt des amis.-    Qui vous donnent envie ?-    Disons qui m’y entraînent.-    Jamais le mot ?-    Le mot théâtre ?-    Oui.-    Rarement.-    Comme moi. A mon avis, il est foutu.-    Le mot théâtre ?-    Oui, peut-être même est-il mort sans qu’on s’en soit aperçu.-    On en aurait parlé dans les journaux ou à la télé.-    Il n’y a pas de théâtre à la télévision.-    Non, mais il y a des nouvelles, et le décès d’un mot comme théâtre aurait fait des vagues, quand même.-    Vous avez peut-être raison.-    Il est toujours là c’est sûr.-    Pas en grande forme en tout cas.-    Possible.-    Amoindri.-    Probablement.-    Je me demande s’il n’est pas temps qu’on lui rajoute des lettres.-    Des lettres ?-    Oui. Un « e », un « o », un « p » ou mieux un « t », le « t » renforce bien le mot, ça le structure. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si « structure » en a deux. Vous imaginez « structure » sans « t » : « srucure ».-    C’est vrai ça ne donne pas très envie de se construire.-    Pour le moins.-    J’ignorais totalement l’importance de la lettre « T » pour le soutien du mot, pour son dynamisme.-    Elle est essentielle. Regardez, pour la prévention du danger, on en a mis trois : ATTENTION ! que serait ce mot alarme sans ses trois « T » : (il crie)« A-en-ion  l’immeuble s’écroule ! » personne ne bougerait.-    C’est fou, on ne réalise pas que le T peut nous sauver la vie.-    Très souvent.-    Ce qui m’inquiète tout à coup c’est qu’il n’y en a pas dans « médecin ».-    C’est pour ça que moi j’appelle toujours un docteur. Au moins il y en a un.-    Les bons devraient en avoir deux.-    Doctteur.-    Oui, ou docteurt. Vous avez un rhume, vous consultez un docteur, pour une angine de poitrine, vous  courrez chez un docteurt.-    Ce serait beaucoup plus simple c’est vrai.-    Plus juste surtout. Et quand à ceux qui ne guérissent jamais personne on leur enlèverait leur « t » au bout de six morts par exemple. Qui alors irait se faire soigner chez un « doceur » !?-    Personne bien sûr.-    Je pense qu’il faudrait organiser une réévaluation des performances de l’ensemble des praticiens suivie d’une répartition de la lettre « t » aux vues de leurs résultats.-    Cela permettrait sûrement  de rééquilibrer le budget de la santé.-    Ne vaudrait-il pas mieux dire « avec t » ?-    Que santé ?-    Oui.-    Non, santé convient parfaitement pour désigner la bonne forme, un mot sans « t » est un mot qui va bien, regardez plaisir, paradis, rebond, envol, cognac.-    Crevette, escargot et lansquenet ne vont pas mal non plus.-    Enlevez leur donc le « t » et vous verrez leur mine.-    Vous avez raison.-    Le « t » est un renfort, une vitamine, parfois une prothèse.-    Mais j’y pense tout d’un coup, le mot théâtre en a déjà deux !-    Vous vous rendez compte ce qu’il porte ?-    Quoi de plus ?-    Deux mille cinq ans de tragédies, farces, drames et comédies ! d’Eschyle à Becket !     Toute l’angoisse et l’ironie du monde qu’il doit dire avec seulement sept petites lettres !-    Mon Dieu ! vite, rajoutons-lui un T.-    A mon avis deux est un minimum.-    Deux ! ça ferait quatre !?-    Pensez à l’avenir.-    Ça va continuer encre longtemps le théâtre ?-    J’en ai peur.-    Bon va pour quatre. Ce qui donne ?-    Thétatret.-    Thétatret ?-    Oui. Alors ? -    pas mal.-    Si je vous proposais d’aller au thétatret ce soir…-    Je ne dirai pas non, une soirée au thétatret, ça donne envie !-    Je crois que nous l’avons sauvé !Un temps-    Dites moi ?-    Oui.-    Le mot apéritif vous donne-t-il envie de boire un apéritif ?-    Toujours.-    Moi aussi. Je vous invite à boire un verre au bar du thetatret, ça vous dit ?-    J’adore les théatrets qui ont un bar ! Extrait de Multilogues suivi de Si Dieu le veut, © Actes Sud, 2006.http://www.actes-sud.fr/ficheisbn.php?isbn=9782742760701

Le 22 juin 2010 à 14:49

Appelez-moi le Directeur !

Ça c'est le Rond-Point

Hall du Théâtre du Rond-Point. Une spectatrice compulse fébrilement le programme de saison. Soudain elle se dirige vers le responsable de l’accueil. LA SPECTATRICE. – S’il vous plaît, appelez-moi le Directeur !Le Directeur apparaît aussitôt derrière elle. LE DIRECTEUR. – Madame ? LA SPECTATRICE. – Je ne peux pas le croire, il n’y a aucun auteur mort ici ? LE DIRECTEUR. – C’est un théâtre Madame, pas un cimetière. LA SPECTATRICE. – Et ce n’est pas dans les théâtres que sont joués les grands auteurs ? LE DIRECTEUR. – C’est ce que nous faisons Madame. LA SPECTATRICE. – Vous plaisantez ? LE DIRECTEUR. – Du tout. LA SPECTATRICE (montrant le programme). – Mais ils sont tous vivants chez vous !LE DIRECTEUR. – Et alors ? LA SPECTATRICE. – Comment pouvez-vous savoir si ce sont de bons auteurs ? LE DIRECTEUR. – Nous faisons confiance à notre goût, Madame. LA SPECTATRICE. – Quel goût ? Vous êtes capable vous, de dire si l’entrecôte est bonne quand la vache est encore vivante ? Qui peut jurer de la saveur d’une saucisse ou de la qualité d’une rillette quand le cochon patauge dans les topinambours ? LE DIRECTEUR. – Madame, je vous assure qu’ici…LA SPECTATRICE. – Non, pas à moi, je connais la chanson ! Vous connaissez Lucien Karl ? Jacques Lecalin ? André Granbourg ? LE DIRECTEUR. – Non. LA SPECTATRICE. – Normal. Tous oubliés. Des nuls. Seulement, de leur vivant, leurs pièces ont assommé des centaines de spectateurs imprudents, dont ma propre famille, qui s’étaient jetés dans des théâtres sans vérifier l’acte de décès de l’auteur…, et je ne parle pas des acteurs indigents qui les jouaient…LE DIRECTEUR. – Ah ça, les acteurs, vous comprendrez que nous sommes obligés de les engager vivants. Même si j’imagine que pour vous, l’idéal serait que des acteurs morts jouent des auteurs morts. LA SPECTATRICE. – Ah ça c’est sûr ! Croyez-moi, si vous programmiez Sarah Bernhardt dans une pièce de Corneille, ce serait un tabac ! Et nous les spectateurs on viendrait les yeux fermés. LE DIRECTEUR. – Mais vivants ? LA SPECTATRICE. – Et heureux de l’être !… Quand même, reconnaissez que ce que je vous dis est l’évidence même. LE DIRECTEUR. – Je n’en suis pas sûr. LA SPECTATRICE. – Ah bon et pourquoi ?!LE DIRECTEUR. – Vous êtes vivante, Madame. LA SPECTATRICE. – Exact (elle reste interdite un instant). Ce n’est pas faux. LE DIRECTEUR. – J’en ai l’impression. LA SPECTATRICE. – C’est ce que me dit souvent mon mari quand je lui parle. LE DIRECTEUR. – Qu’est-ce qu’il vous dit ? LA SPECTATRICE. – « Tu sais Simone, par moments je te préfèrerais morte que vivante ». LE DIRECTEUR. – Je le comprends. LA SPECTATRICE. – Seulement c’est pas gagné parce que si une fois morte je ne valais plus rien ? LE DIRECTEUR. – Ça, mystère… !LA SPECTATRICE. – La solution serait…LE DIRECTEUR. – Peut-être que vous ne mangiez plus de viande…LA SPECTATRICE. – Voilà ! Comme ça on est tranquille… peu importe que la vache soit vivante ou pas…LE DIRECTEUR. – Je vous propose un abonnement ? LA SPECTATRICE. – Pourquoi pas. LE DIRECTEUR. – La caisse est ici Madame. Autre chose ? LA SPECTATRICE. – Non… tout va bien. Merci. LE DIRECTEUR. – À bientôt Madame. La spectatrice sort son carnet de chèque en fusillant du regard le Directeur qui s’éloigne…LA SPECTATRICE. – Je l’aurai… un jour je l’aurai…FIN

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