Jean-Marie Gourio
Publié le 23/06/2013

Muscles dans l'ombre


L'art nous a familiarisé avec les ombres portées. Mais qui connait le destin tragique de ces porteurs d'ombre ?

Valets silencieux. Esclaves dévoués. Porteurs discrets qui dans la toile portent l'ombre jusqu'à son achèvement.

Serviteurs inconnus, souvent masqués d'un coup de pinceau du maitre, ils tiennent les ombres dans leurs mains, les tirent, les allongent, jusqu'à ce qu'elles construisent et quadrillent de leur profondeur le tableau.

On ne rendra jamais assez hommage aux porteurs d'ombres portées. 

Le soleil sans eux brillerait comme pâle lune.

Saviez vous que les porteurs d'ombres n'ont pas droit à la retraite ?

Sitôt l'ombre portée, ils finissent en bord de cadre. Porteurs d'ombres sur les poussières.

Rendons aux porteurs l'honneur des ombres !

Que justice leur soit faite. 

Et lumière rendue !

Il commence à écrire en 1976 dans le magazine Hara-Kiri, dont il devient bientôt rédacteur en chef adjoint. C'est là que paraissent ses premières "brèves de comptoir". Il écrit aussi pour la radio, la télévision, le cinéma et la bande dessinée. Et puis des romans, 9 à ce jour. Depuis 1987, il publie un recueil de Brèves de comptoir par an. Après ses Nouvelles Brèves de comptoir au Rond-Point avec Jean-Michel Ribes, il va lancer sur ventscontraire.net des Haïku de comptoir, des essais philosophiques épais comme un fil, des visions, des pensées en rond, des tribunes de stade...
 

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Jean-Marie Gourio

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Le 25 septembre 2013 à 09:08

Mon royaume pour un Tintin !

J'ai commencé à collectionner des grains de riz de tous les pays et puis je me suis mis à collectionner les pays. J'en ai quatorze dont sept pays d'Afrique. J'ai la Roumanie en double que j'échangerais bien contre la Turquie. Je vais me mettre aux continents. Ca sera vite fait, les cinq continents. Ensuite je collectionnerai les planètes. Enfin, les univers. J'ai déja les boites pour les ranger par taille, du plus petit au plus grand univers. Quand j'en aurai assez de collectionner les univers, j'echangerai contre les albums de Tintin. L'essentiel pour un collectionneur, c'est de collectionner. Les puces. Les têtes de chat. J'en ai cent six. J'ai commencé une collection de têtes de ma mère et de têtes de mon père. J'en ai une de chaque. Peut être vais-je ouvrir ma collection aux têtes des parents des autres ? Ou peut être aux autres ? Je vais collectionner les autres. J'en ai trois dans le frigo. J'ai commencé une collection de cachets de toutes les couleurs. Tous les matins j'en ai une quarantaine. Bientôt, je collectionnerai les cellules de l'HP. J'ai ai déja une. Capitonnée. Je vais collectionner les capitons. J'en ai mangé la moitié, arrachés avec la bouche. J'ai avalé ma langue ! Mon bras ! Je collectionne les handicaps. J'ai coupé mes doigts de pieds. Dans l'aile B, un Chinois collectionne les timbres. Il en a deux. Un timbre français. Un timbre chinois. Ah ah ! Le pauvre con ! Moi je collectionne les Chinois ! Je les colle au mur avec ma langue ! J'en ai un milliard, que je vais échanger contre des Tintin. Les Tintin, j'en ai aucun. Tout le monde a des Tintin ! Moi pas. J'ai pas de Tintin ! C'est ça, je crois, qui m'a rendu fou.

Le 11 août 2011 à 09:02

Le Petit Cadre rangé sur ma bibliothèque

Patrick Robine explorateur du familier

Il existe quelque part non loin de Killarney, en Irlande un délicieux coin de pêche sous l’arche d’un vieux pont à trois piles cernées de roches blanches qu’affectionnent en saison les perches franches, les bass et les brochets ; un beau plan d’eau cerné de bosquets de grands frênes  jusqu’à l’horizon, et puis là-bas très loin contre un peu de ciel, des montagnes bleues. Ce paysage se trouve enfermé sur mon bureau depuis 1968 dans un petit châssis carré de bois brun de 15 cm à peine de côté et profond dans sa hausse d’environ 3cm… je l’ai trouvé dans la rue au marché aux puces de Portobello dans la neige sale sur un tas de vielles revues, il y a une dizaine d’années. J’en devins le  propriétaire pour trois livres cinquante. C’est une sorte de vivarium une nature morte avec pour toile de fond, une vue assez large du lieu en kodachrome, un faux relief forcé de couleurs artificielles à peine passées. Avec au premier plan, collé sur la rive : de la mousse sèche, trois gros graviers enchevêtrés, un granit et des éclats de roches grises et puis deux touffes de junipérus jaunies laquées probablement… Ce sont là certainement des échantillons prélevés sur place dans la nature du lieu de façon à ce que l’on se sente transporté dans ce petit coin d’Irlande histoire de prendre un petit bol d’air à peu de frais, là-bas… là-bas, car ici entre mes mains ce paysage est protégé, il est sous verre.Alors je reste là, à l’affût sur la berge. Au second plan, derrière les premiers joncs, de l’endroit où je suis posté, à quelques mètres du bord, un couple affairé à maintenir une barque dans le cadre sans trop faire de remous. Ce qui est fou, c’est que miss Saundoris, on le sent bien, n’était pas prévue dans la scène ; elle passait par là au volant de son Austin sur la petite route qui l’amenait à Killarney et puis elle a dû s’arrêter afin que son petit schnauzer se dégourdisse les pattes, et puis bavardant de fil en aiguille elle se laisse embarquer dans l’histoire.Alors elle essaie de sourire, de se détendre, sur les conseils de l’opérateur, elle ne sait pas très bien nager, elle l’a dit, le rameur la fixe, rassurant, balbutiant une conversation maladroite. Elle regarde la surface sombre, un peu comme on évalue chez la mercière un coupon de crêpe noir.Sur la rive exactement à l’endroit où je me trouve, le photographe attend sous le drap derrière le verre dépoli de sa chambre Plaubel. Ce qui n’était pas prévu non plus, c’est cette bourrasque de vent qui balaya d’un seul coup la nappe d’eau et fouetta la robe liberty et découvrit les cuisses blanches et le duvet roux de Miss Saundoris et que ce soir-là on ne l’a pas vue, ni à son cours de trompette, ni au manoir chez sa tante… Linda a choisi de rester là, bien au chaud avec moi, derrière la vitre.

Le 11 septembre 2012 à 10:56

Sex Toy

Entretien avec Jean-Marie Gourio

Jean-Marie Gourio est l'auteur d'un des romans remarqués de cette rentrée littéraire. Son Sex Toy publié chez Julliard nous entraîne dans le sillage de Didrie, une jeune fille de 13 ans, perdue dans un monde trop grand pour elle, entre pornographie omniprésente, binge drinking et questions existentielles. Un ouvrage sombre, inspiré, haletant, désespéré, tragique et dérangeant. Pour ventscontraires.net - où il a déjà publié 135 pensées, brèves et haïkus - Jean-Marie Gourio a accepté de répondre à quelques questions. - L'univers que vous décrivez dans Sex Toy est très sombre. Considérez-vous qu'il est conforme à la réalité ou avez-vous noirci le trait ? - Les deux. Il est conforme à ce que vivent certains adolescents. Quant à noircir le trait, il fonce de lui-même du fait même que c'est la gamine de 13 ans qui raconte sa vie et donc trace les contours de son désarroi, c'est elle qui parle, nous sommes dans sa tête. Il faut imaginer une fillette au bord d'une falaise sujette à un terrible vertige, il y aura donc l'image de cette silhouette immobile au bord du gouffre et ce qu'elle ressent. Le malaise ressenti est immense. Bien plus grand que ce que nous pourrions discerner en restant hors d'elle. Peut-on dire que nous grossirions le trait en quittant la périphérie et en nous installant en son coeur pour le décrire ? Au même titre, il y a une monde entre l'image d'un alcoolique qui titube en criant des insanités et ce qui se passe dans sa tête à ce moment-là. La noirceur totale. La mort. La peur. La rage. La violence. Il n'y a pas de noir ajouté à la noirceur. Au contraire, les mots l'éclairent et la font voir. Comme chez Soulages.   - Sexe, alcool, Internet, l'univers des adolescents en 2012 vous semble-t-il plus dangereux que celui dans lequel vous avez évolué ? - L'Univers dans lequel j'ai évolué, un lycée en banlieue, à Vitry, était très proche de celui de Didrie. Alcool. Scarifications en classe. La violence sexuelle me paraît avoir été moins grande, même si je me souviens avoir assisté très jeune à des scènes extrêmement violentes qui se passaient au bord de la Seine, près de la centrale hydroélectrique d'Alfortville, un lieu où nous allions traîner. Je me souviens du surnom donné à la gamine malmenée, Pip-Pip. ( Les deux cheminées rouges de cette centrale sont visibles depuis les trains qui arrivent en Gare de Lyon) Chaque fois que j'arrive à Paris, je repense à ces moments, au Lycée Romain Rolland, à la Cité des combattants, à la Cité Balzac, dont une barre vient d'être détruite à l'explosif. C'est dans cette cité qu'une gamine a été aspergée d'essence et brulée vive, dans un local à poubelles, il n'y a pas si longtemps. Je suis de là-bas.   - Les adolescents que vous mettez en scène sont en perte totale de repères. Le retour annoncé de la morale à l'école vous semble-t-il une solution pour y remédier ? - Bien sûr que non. Il n'y a de morale que celle du cœur. L'affection doit être la morale à respecter entre jeunes élèves et professeurs. Je ne connais pas de savoir qui ne se transmette sans chaleur.   - Est-ce plus difficile d'être un parent aujourd'hui qu'il y a 20 ans ? - Il est toujours très difficile d'être parent. Curieusement, si faire des enfants est un acte naturel, être parent ne l'est pas du tout. On apprend à conduire en conduisant. Cela peut être dangereux quand la vie tourne et se perd en lacets.   On vous connaît subversif et anti-conformiste. Peut-on dénoncer les dérives d'une société sans devenir un vieux con ? - C'est vite arrivé et c'est bien de le savoir. Cela permet de faire taire ce vieux con qui n'a de cesse de vouloir installer son mobile home au milieu de votre esprit et de faire des barbecues en regardant la télé, dos tourné à la mer. A cela sert le théâtre, le cinéma, la littérature. A regarder la mer. Et voir les baigneurs qui s'y noient.   - Quels retours avez-vous reçu de vos lecteurs ? - Beaucoup de lectrices ont été frappées par la justesse de la voix de la petite Didrie. J'ai eu la plaisir de m'entendre dire que ce livre était mon meilleur texte. Je croise les doigts. Le culot aura payé.   - S'il fallait trouver une note d'espoir dans votre roman, laquelle pourrait-ce être ? - Ce livre existe. Il a été écrit, compris, édité, et peut être lu. Jean-Marie Gourio, Sex Toy, Julliard

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