Simon Dronet
Publié le 15/04/2013

Philo-Jeu


Equipé d'un système digestif original, Simon Dronet se nourrit quasi-exclusivement d'images et de sons qu'il trie et régurgite avec soin sur son blog ou bien qu'il digère afin de produire ses propres coprolithes d'images et de sons qu'il présente avec fierté sur son site. Le résultat prend des formes biens différentes : courts-métrages, films d'animation, dessins, photographies, installations et même broderies, son travail se répand des salles d'expositions aux festivals de courts-métrages, en passant par la télévision pour laquelle il officie depuis quelques années. ("Métropolis" puis "Personne ne Bouge" sur Arte, "l'Oeil de Links" sur Canal+).

http://www.simondronet.com

http://simondronet.com/blog/isnotmodern/

 

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Le 7 mai 2014 à 08:29

Pourquoi on les aime et les hait

Les familles sont au cœur de tous les enfermementscomme de toutes les évasions. Qu’elles soient biologiques, adoptives, recomposées, décomposées,en elles se condensenttous les honneurs et les indignités. On les sacralise, les criminaliseles brûle ou les adore. Mais pourquoi ? C’est simple à dire, contrairement à ce qu’on pense. Innombrables et disparates sont les histoires de famille, maisle nœud de départ, lui, est toujours, bêtement, le même :la famille, c’est ce qu’on n’a pas choisi.On y tombe, inéluctablementet de là que tout s’ensuit. Je n’ai pas demandé à naître.Je n’ai pas choisi mes parentsni mon nomni mon sexeni ma langueni mon pays ni mon époque. Et bien sûr vous non plus. Tous ces éléments qui nous constituent,au fond des fibres,nous n’en avons pas décidé. Alors on peut s’en réjouir s’y lover s’y réfugier s’en extasier.On peut en vomir en pâlir s’en dégoûter vouloir fuir.Peu importe.Aussi loin qu’on aille, si contraires que soient les choix qu’on fasse,on subit quelque chosemême quand on s’éloigne, se détache, s’indigne et se rebelle. On reste rivé, attaché, fixéà une part de familleune bribe une séquelleet souvent beaucoup plus. La naïvetéce serait de croire que les familles sont l’inverse de la libertésa négation sa destruction. Pas du tout. Elles ne sont pas non plus l’incarnation de la perfectionle lieu forcément des amours et des liensque ça épanouit à tous les coups. Pas du tout. Juste le sol qu’on a en soi,la saloperie de solà creuser, à fouler, à humer,qui de la liberté est la condition premièrele point d’appuirien d’autre, mais pas moins. Du coup, on a beau faire,toujours on les fuit sans jamais s’en évader tout à faittoujours on y reste sans y rester vraimentles quittant et ne les quittant pasles retrouvant et ne les retrouvant pasinterminablementtoute la vie souventplus que souvent, tout le temps. C’est pour çaqu’on les aime et qu’on les haitet inversement, les familles,je crois bien.

Le 30 octobre 2011 à 08:51

Méditations métaphysiques

Lancer sa chronique sur un site qui s’appelle Vents contraires et qui pose d’emblée la question « dans quel état sommes-nous ? » est tentant. Par contre mon prof de philo m’a toujours appris à analyser les termes d’un intitulé d’abord. Je ne tiens pas à prendre le risque de raconter n’importe quoi en public (ma mère peut lire l’article). J’ai donc décidé de le faire à la manière de Descartes, par moi-même, ne suivant que ma raison. Je trouve que ça donne une dimension supérieure à mon article (très manquante dans ceux que j’ai pu lire). Commençons. Un vent est pour moi un souffle, chaud généralement (ou tiède, c’est selon), dirigé vers l’extérieur, occasionné par le sujet dans l’intention (souvent clandestine) de soulager son intérieur. D’après mon expérience, il soulage, il est bénéfique. Dire qu’il est contraire, signifie que ce souffle ne se dirige plus vers l’extérieur comme sus cité, mais vers l’intérieur. Il remplit au lieu de vider. J’imagine que ce vent-là est nocif, il agresse. Il doit même parfois ballonner. Alors plusieurs dans ce genre, c’est l’implosion ! Vous posez ensuite la question « dans quel état sommes-nous ? ». Pas la peine ici d’analyser les termes de l’intitulé, le dernier des cons comprend ce que ça veut dire. Mais vous cherchez un état. J’en viens alors à ma conclusion. Vous essayez de nous dire que vous cherchez des chroniqueurs dans un état d’implosion. Celle qui arrive quand on nous en fout plein le cul. Tous ces vents contraires qu’on nous assène à n’en plus finir, la connerie, la barbarie, la couardise, le non-respect (et j’en passe…), vous nous offrez la possibilité de les lâcher chez vous, et avec humour en plus. C’est bien ça ? Eh bien laissez-moi vous dire que c’est avec plaisir ! Ça va péter ! (Merci Descartes et bonjour maman).

Le 12 mai 2011 à 13:32

Ce maudit orgasme

M le mot-dit

Racontez-nous votre M, votre mot-dit maudit du moment, justifiez votre haine et dépassez-la en détournant ou remplaçant le maudit… en maximum 2000 signes. Aujourd'hui Sophie Dulac déteste le mot "orgasme" :Avec son préfixe en or prétentieux et son final en consonance de maladie respiratoire, le mot fait pédant et dédaigneux. IL pue l’encyclopédie médicale bradée consultée à la va vite au fond d’une bibliothèque municipale poussiéreuse avec des sourires empruntés. IL s’imprègne des premières cigarettes, des petits émois d’adolescents amoureux qui s’instruisent en cachette avec les courriers du docteur Ruth. IL est le vilain point de mire des apprentis  libidineux. IL manque pourtant de dimension et la cible atteinte laisse un sentiment d’imperfection. La volupté est peut être ailleurs, dès les premiers effleurements, le froissement d’un déshabillé, un souffle sur l’oreiller, un corps à explorer, des murmures partagés. Lui le vaniteux de la jouissance transforme l’or en pacotille et  le trésor de se réduire en manifestation physiologique. Le mot plait pourtant, s’affiche, fait vendre. Entre le nouveau régime protéiné et les bons plans shopping, il conjugue les genres et  les styles. De la presse gay, économique, au glamour féminin ou plus populaire, on le décortique, on l’autopsie, passé au scalpel IL reste tout aussi laid comme un organe éclaté. Lui qui pourrait symboliser ce qu’il y a de plus beau n’évoque qu’un mécanisme, enterre la sensualité, allègue le sexe et oublie la chair. Sophie Dulac Vous désirez "mot-dire" à votre tour ? > c'est ici que ça se passe !

Le 18 juin 2012 à 09:50

Êtes-vous d'accord avec cette affirmation de Raphaël Enthoven :

"La philosophie c'est l'art de la question et en aucun cas l'art de la réponse." ?

– Pfff !  – Non, je pense plutôt... "Pfff" ?   Ce 18 juin, premier jour du bac 2012, Alain Guiavarch et Maël Canonne sortent leur "Philo" !« Où vais-je, où cours-je? » Au-delà du simple calembour cucurbitacéen, cette question se pose au quotidien pour chacun d’entre nous, sans que nous puissions y apporter des réponses satisfaisantes, objectives et référencées. L’amour, la mort, la vie, Dieu, sont autant de sujets sur lesquels nous ne trouvons pas les éclairages qui nous permettraient de comprendre enfin le monde. Schoppenhauer vous est tombé des mains, vous n’avez rien com­pris à la Critique de la raison pure, pour vous Marx est le nom d’une fratrie de comiques juifs américains ? Heureusement, Philo (florilège de pensées philosophiques à médi­ter sur la cuvette) a été pensé pour vous : un condensé de philoso­phie déconnatoire qui contribuera à l’échafaudage de votre bien-être spirituel. Tout au long de Philo (florilège de pensées philosophiques à mé­diter sur la cuvette), Alain Guiavarch et Maël Canonne, au travers d’une démarche artistique singulière, associent dérision et ques­tionnement en se mettant en scène dans des images agrémentées de dialogues espiègles et corrosifs. Pour le prix d’un gros rôti de porc, de 4 boîtes de coton-tiges ou encore de 2 kilos de saucisse, Philo saura répondre à vos questions les plus essentielles que vous soyez sur la cuvette, au supermarché, ou même en train de fêter votre bac au bistrot du coin. Distribution : Pollen Diffusion et sur www.editionsdejuillet.com

Le 3 janvier 2012 à 10:06

Les katzenjammer kids d'outre-Rhin

Les cracks méconnus du rire de résistance

La guérilla burlesque contre les cornichonneries régnantes n’a pas été menée seulement en France par les dadaïstes et les situs, aux States par les yippies et les Yes Men, en Italie par les Indiens métropolitains, ou en Suède par les zazous de Christiana. Elle a fait rage aussi dans l’austère Allemagne déjà mise à mal par les insolences de l’humoriste Karl Valentin et par les niches de Max et Moritz. C’est de fait à Berlin qu’a été lancé en 1960 par des turlupins de la très anarchisante Kommune 1 le concept de la « Spassguerilla » « revisitant les procédés de la critique sociale sur le mode de l’impertinence créatrice ». Le catalogue des coups d’éclats loufoques des artivistes d’outre-Rhin est paru en 1997 et est tout de suite devenu culte. Il propose un « arsenal de tactiques d’agitation joyeuse et de résistance ludique à l’oppression : détournements, camouflages, happenings, théâtres invisibles, attaques psychiques, entartages ». Et, grandiose nouvelle, le petit manuel irrésistible du sabotage facétieux, signé par des entités collectives énigmatiques, Autonome a.f.r.i.k.a. – gruppe, Luther Blissett, Sonja Brünzels, vient d’être traduit, adapté en français et remis en partie à jour par une vieille connaissance : Olivier Cyran de la bande à Charlie Hebdo ancienne manière, un des tout premiers loustics à avoir été lourdé par le sordide Philippe Val. Titre du guide-manifeste propulsé fin 2011 chez nous par les éditions Zones : Manuel de communication-guérilla. « Tandis que la politique radicale traditionnelle mise sur la force persuasive du discours rationnel, la communication-guérilla ne s’appuie pas sur des arguments, des chiffres et des faits, mais cherche à détourner les signes et les codes de la communication dominante. Elle travaille à intensifier la charge subversive du non-verbal, du paradoxe, du faux, du mythe. Elle se définit comme l’art de mettre de la friture sur la ligne. »   De la friture sur la ligne sapant les modèles d’identification du pouvoir, les désobéissants allemands n’ont pas cessé d’en mettre. On leur doit quelques-uns des faux donquichottesques les plus tordants du dernier demi-siècle.   Les fausses circulaires En 1992, des papillons de la régie des transports publics annoncent que, pendant le sommet de Munich, les voyages en métro seront gratos. Durant cette période, aucun contrôleur n’ose coller une amende aux fraudeurs. De même, en 1971, quand les quartiers populaires de Berlin-Ouest sont submergés par des centaines de milliers de faux tickets de métro et de faux tickets-restaurants, la répression baisse les bras.   Les faux supporters En 1969, le président Nixon serre les mâchoires lorsqu’il constate que sont venus en force à un de ses meetings surmédiatisés des cagoulards du Ku Klux Klan agitant une pancarte : « The Klan supports Nixon ».   Les faux bulletins officiels Pendant la guerre du Golfe, des communiqués portant le sceau de l’administration municipale d’Usnabrück convient les habitants de la région à se porter volontaires pour des actions suicide en Irak. La ville dénonce cette « farce morbide », signale un dépôt de plaintes, et prie les citoyens de coopérer avec les enquêteurs. Mais c’est aussi un faux.   Les faux cadeaux En 1992, chaque membre du comité de promotion des Jeux olympiques d’été reçoit un sachet de marijuana agrémenté d’un petit mot obséquieux du maire d’Amsterdam : « le Comité olympique néerlandais tient à vous faire découvrir cette spécialité emblématique de notre ville ».   Les fausses manifs Dans les seventies, des contre-manifestants yippies conspuent les policiers new-yorkais rassemblés devant la mairie pour réclamer des hausses de salaire : « Retournez en Russie, sales communistes ! », « Lavez-vous ! ». À la même époque, les Indiens métropolitains inventent les fausses manifs de droite en scandant dans les rue d’Italie : « Moins de salaires, plus de travail ! ». Boyautantes également, les manifs tonitruantes de minuit contre les tapages nocturnes.   Les fausses affiches En Grande-Bretagne, des fripons placardent à l’entrée des grands magasins des « free shopping day » (aujourd’hui, tout est gratuit). Tandis qu’on peut lire à Francfort : « Chers clients, afin de mettre à l’essai notre nouveau système antivol, nous vous demandons de bien vouloir passer par les caisses sans payer. »   Alphonse Allais, Marcel Mariën, Abbie Hoffman et les autres sultans du canular justicier peuvent dormir tranquille dans leur tumulus : de nouveaux gredins sont là pour « mettre en panique la surface des choses » (Raymond Borde) ni vu ni connu.

Le 11 janvier 2011 à 13:04

Fêtes donc !

Marquez des points tout au long de l'année !

Et voilà c’est reparti ! La nouvelle année est là avec ses mêmes affres, ses mêmes tracas, ses mois toujours identiques et ses fêtes récurrentes ! A cela RESISTONS ! Voici quelques conseils mutins pour ne pas tomber dans la spirale tourmentée du calendrier festif 2011. Janvier : Pas de fève pour la galette des rois ? Mettez-y un ongle de pied soigneusement taillé (à l’effigie de Diogène, vous marquez 2 points supplémentaires) Février : Faites-lui la cour comme autrefois ! Plantez des branches de jeunes arbres à sa porte. En ce jour de St Valentin chaque feuillage a un sens, privilégiez le sapin. (s’il garde encore l’immonde guirlande du mois précédent vous gagnez 1 point supplémentaire) Mars : Barbouillez la sonnette de saindoux et guettez l’arrivée claudiquante des enfants costumés pour Mardi Gras (si lorsqu’ils vous tendent leurs sacs, vous leur offrez les sachets d’huile pimentée pour pizzas qu’il vous reste dans le frigo depuis la dernière soirée avec Patrice, vous marquez 2 points supplémentaires) Avril : Pâques ! L’heure de la résurrection : déterrez le chat du jardin et clouez-le sur la boîte aux lettres. (L’écriteau « Désolé j’avais pas d’agneau ! » autour du cou de la bête vous rapporte 5 points supplémentaires) Mai : En cette fin de mois, les mamans sont à l’honneur. Profitez-en pour offrir un magnifique collier trois rangs de perles à votre cher papa. Juin : Fête des pères, mais il a déjà été bien gâté le mois dernier, n’exagérons rien ! Juillet : Entre le 13 et le 15 du mois, filez en capitale des Flandres pour commander un beau rouget au premier poissonnier qui passe. Asseyez-vous à une table de bistrot et sur une serviette en papier tâchée de picon-bière, tentez d’écrire un hymne national qui parle de Marseille et de patrie en danger. Le poisson trouve toute son utilité lors de la signature du pamphlet. Août : Le 15, habillez votre cabine d’ascenseur en grotte miraculeuse et renommez le dernier étage en « Stand de peket* gratuit ». (2 points supplémentaires si la doyenne de l’immeuble est montée la première) Septembre : Fêtez dignement la rentrée des classes ! Réveillez les enfants dès 4h du matin pour une rédaction sur « L’homme est-il un animal politique ? Citez des noms !». (4 points supplémentaires par ministre) Octobre : Toussaint, soyez en avance sur votre époque en fleurissant les lits de maison de retraite dès le 31 minuit. Novembre : Couplez l’Armistice et la Sainte Catherine : Mesdemoiselles coiffez-vous d’un casque à pointe ! (1 point supplémentaire si la demoiselle à un crâne d’obus) Décembre : A Noël, célébrez plutôt la Fête du Travail, vous l’aviez oubliée, et c’est une vraie gageure de trouver un brin de muguet à cette époque de l’année ! (3 points supplémentaires si vous conviez Manuel Valls à dîner) Le comptage des points aura lieu l’année dernière entre la poire et le fromage.* genièvre en Wallonie

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