Les façons dont la femme et l'enfant accélèrent le pas dans les escaliers
(Chose vue)
La main de la femme est dans le dos de l’enfant, la
pousse. La femme se penche, elle voit la rame de métro stationnée depuis
longtemps maintenant. L’enfant accélère le pas tant bien que mal, ses yeux
s’agrandissent et deviennent ronds, ils scrutent chacune des trop hautes
marches pour ses petits pieds. La femme dit quelque chose dans une langue que l’homme
ne comprend pas ; l’enfant tord la bouche et ses pieds sur les hautes
marches alors l’autre main de la femme se colle contre le ventre de l’enfant.
Les deux mains de la femme enserrent l’enfant et la soulèvent du sol. L’enfant tout
contre la poitrine de la femme s’agrippe à son cou. La femme dévale d’un pas
assuré les dernières marches. La femme court vers la porte encore ouverte avec l’enfant
dans ses bras. La femme crie quelque chose à l’enfant. Les paroles de la femme se
mélangent au signal sonore de la rame métropolitaine, l’homme ne l’entend pas.
Les portes se ferment et la femme et l’enfant restent sur le quai. La femme
dépose l’enfant sur le sol. L’enfant regarde le quai et la femme, le métro qui disparaît.
L’enfant enfouit les deux mains dans les poches de ses pantalons, se retourne, regarde
d’une drôle de façon la volée d’escaliers. Sur le quai, la femme trépigne et
tape un peu du pied, regarde l’heure à sa montre, puis caresse doucement la
tête de l’enfant. La femme dit encore quelque chose à l’enfant. La femme et
l’enfant rient.
J'en ai ma tasse de thé ma tasse de cet été J'en ai mon bol de café du pas d'bol de c'que j'fais J'en ai ma coupe de champ' de cette coupe à la con J'en ai mon ballon de rouge du mépris d'tous ces bourg' J'en ai mon verre d'eau des vers d'Edgar Poe J'en ai ma carafe de sirop d'avoir le cafard aussitôt J'en ai mon pichet de vin de mes pêchés sans lendemain J'en ai ma bouteille d'Ice Tea de cette mode seventies J'en ai mon calice d'eau bénite des promesses fortuites J'en ai mon robinet d'eau calcaire d'endurer ce calvaire J'en ai mon thermos du nucléaire J'en ai mon fut de cidre de mon faux cynisme J'en ai mon magnum des trous d’bal J'en ai mon pack de panaché des pâtes et du steak haché J'en ai mon broc de grenadine des bras de Géraldine J'en ai mon godet d'orangeade des galères d'argent J'en ai ma coupelle de grog du cartel de la drogue J'en ai mon cubi de rosé d'être toujours désolé J'en ai mon gobelet de sangria envie de dégobiller sur tout ça J'en ai ma canette de Minute Maid j'vais caner dans la minute mais je finis d'épancher ma soif de vivre J'en ai mon tonneau de vin jamais étonné en vain J'en ai mon shaker à cocktail de Shakira et ses jumelles J'en ai mon biberon de lait de ba-ba-balbutier J'en ai mon récipient vide de réciter ma vie
A Séoul on trouve souvent deux sortes de Mercedes dans la
même famille. La voiture allemande et la femme de ménage des Philippines.
Beaucoup de jeunes filles Coréennes prient le Seigneur pour obtenir au moins l’une
des deux ; de préférence la voiture. Ainsi dans ces temples nocturnes que
sont les bars à karaoké on entend les voix s’élever reprenant en chœur le
couplet de la célèbre chanson de Janis Joplin « Oh Lord won’t you buy me a
Mercedes Benz ? Celles dont les
prières ne sont pas exaucées se contentent du deuxième couplet « Oh Lord,
won't you buy me a color TV ? » Et là le miracle se produit chaque fois, car
Séoul est le royaume de Samsung et il y a des TV partout et pour tout le monde.
Il existe un rapport entre Mercedes et Samsung dans la symbolique croisée des
noms et logos. L’étoile de Mercedes est à trois branches pour la terre, la mer
et le ciel et Samsung signifie « trois étoiles ». Puisqu’il est
question de Trinité, allons jusqu’au troisième couplet pour celles qui vraiment
n’ont vraiment pas eu de chance avec les deux premiers : « Oh Lord,
won't you buy me a night on the town ? » Plus facile à obtenir de la part
de Lord qui ne se fait pas trop prier sur cet article. Ainsi partent dans la
nuit des millions de jeunes filles en quête de grandeur et de fortune, de
berlines rutilantes, de « housemaid » et d’une vie de rêve qui
ressemble à un film. « I'm counting on you, Lord, please don't let me
down. Prove that you love me and buy the next round »
(Another Barbarian in Asia –
Henry Halfwarm)