Maxime Courban
Publié le 18/06/2010

Les façons dont la femme et l'enfant accélèrent le pas dans les escaliers


(Chose vue)

La main de la femme est dans le dos de l’enfant, la pousse. La femme se penche, elle voit la rame de métro stationnée depuis longtemps maintenant. L’enfant accélère le pas tant bien que mal, ses yeux s’agrandissent et deviennent ronds, ils scrutent chacune des trop hautes marches pour ses petits pieds. La femme dit quelque chose dans une langue que l’homme ne comprend pas ; l’enfant tord la bouche et ses pieds sur les hautes marches alors l’autre main de la femme se colle contre le ventre de l’enfant. Les deux mains de la femme enserrent l’enfant et la soulèvent du sol. L’enfant tout contre la poitrine de la femme s’agrippe à son cou. La femme dévale d’un pas assuré les dernières marches. La femme court vers la porte encore ouverte avec l’enfant dans ses bras. La femme crie quelque chose à l’enfant. Les paroles de la femme se mélangent au signal sonore de la rame métropolitaine, l’homme ne l’entend pas. Les portes se ferment et la femme et l’enfant restent sur le quai. La femme dépose l’enfant sur le sol. L’enfant regarde le quai et la femme, le métro qui disparaît. L’enfant enfouit les deux mains dans les poches de ses pantalons, se retourne, regarde d’une drôle de façon la volée d’escaliers. Sur le quai, la femme trépigne et tape un peu du pied, regarde l’heure à sa montre, puis caresse doucement la tête de l’enfant. La femme dit encore quelque chose à l’enfant. La femme et l’enfant rient.

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Le 19 mai 2014 à 08:24
Le 22 août 2011 à 08:03

Elle est très belle, ma maman

Elle est très belle, ma maman. Le matin, quand elle vient me faire un câlin, j'aime bien comme elle sourit, son nez il bouge et ça fait des fossettes. Des fois, c'est moi qui la peigne. Elle a des beaux cheveux, ma maman, qui vont jusqu'en bas du dos et qui font des vagues. Quand je l'ai bien peignée, ils brillent et je peux lui faire une grosse tresse qui se balance quand elle fait le ménage. Ils sont noirs mais des fois ça fait bleu. Les cheveux de ma maman, ils sont bien plus beaux que ceux de la mère de Lionel, qui sont jaunes et tout bizarres, comme les herbes quand il fait trop chaud.Ma maman, quand elle me raconte des histoires, ses mains elles dansent en l'air et même que Papa il dit toujours qu'elle a des mains comme des colombes.Elle sent bon en plus, comme les gâteaux. C'est pas comme la mère de Justin qui sent bizarre, comme les trucs qui sentent dans les cabinets.   Ses yeux, à ma maman, ils ont la même couleur que le chocolat, pas comme ceux de la mère de Lucie qui sont tout pâles, qu'on dirait qu'on voit à travers.   Mon papa, il dit que c'est des yeux de gazelle (c'est comme un Bambi).   Je suis très fière de ma maman et quand on va se promener, j'aimerais que tout le monde voie comme elle est belle !   Seulement les autres, ils ont pas le droit. Ma maman, quand on va dehors, elle se met un grand drap noir sur la tête et même des gants et même quand il fait très chaud.   Elle est très belle, ma maman, mais personne le sait à part Papa et moi.

Le 10 septembre 2015 à 21:10

Créatrices ? Vous avez dit créatrices ?

Un artiste, lorsqu'il est en contact avec ce qui le pousse jusqu'au geste de produire une œuvre, n'est plus, ni homme, ni femme, ni enfant, ni vieillard, ni mémoire, ni amnésie, ni destruction, ni construction, ni désir, ni volonté, ni peur, ni courage, ni mensonge, ni vérité, ni silence, ni larmes, ni sourire, ni bruit, ni animal, ni humain, ni matière, ni vide, et pourtant aussi tout cela à la fois, et bien d'autres choses encore ! Il se livre alors à une solitude absolument nécessaire. Une solitude qui est le lieu même de la création, mais une solitude qui, si elle se prolonge ou devient une obligation peut devenir dangereuse jusqu'à la folie ou la mort. Dans cette confrontation où pour l'un, l'Autre est féminin, cet envol dans l'inconnu, vers les cimes et les abîmes de soi qui privilégie "l'anima", la finesse, la fragilité, le don... bien souvent les hommes s'accomplissent. Ils ouvrent le grand livre, entrent dans l'aventure du "Je est un autre", s'étonnent de ce secret fertile d'être double, de ce double jeu exaltant. De l'écart du monde, de la si nécessaire solitude, du dialogue avec leur féminité, ils sortent grandis, gagnants. Et très souvent, dans l'ombre, au moins une autre personne veille sur eux, les soutient. Les femmes, elles, devant le choix de se confronter à "l'animus", de vivre une virilité qui leur semble, la plupart du temps, encombrante et même destructrice, ou de tourner en rond dans le vertige du féminin qui va vers encore plus de fêlure, de faille, de vulnérabilité... Livrées à un esseulement obligatoire, prisonnières d'une spirale folle et sans issue, les voilà qui se désarment, s'épuisent, se démultiplient, se désagrègent. Et, sauf si elles deviennent George Sand, Gertrude Stein, Marguerite Yourcenar, Hélène Cixous, Ariane Mnouchkine... (ces femmes qui ont assumé la rencontre avec leur part masculine et qui ont été protégées aussi bien que des hommes créateurs), elles deviennent souvent folles, déconsidérées, détruites, abandonnées, suicidées, violées... Camille Claudel, Clara Schumann, Virginia Woolf, Diane Arbus, Janis Joplin, Marilyn Monroe, Séraphine de Senlis, Sarah Kane, Amy Winehouse... Ou il arrive qu'on les supprime : Olympe de Gouges décapitée, Dulcie September luttant contre l'apartheid, descendue à bout portant à Paris (ses assassins courent toujours...), la chanteuse populaire Ghazala Javed, -"trop libre !"-, assassinée par six balles à bout portant en juin 2012... À moins que, comme Colette, Duras ou Piaf... vers la fin de leur vie, faisant mine d'être revenues de leur insolente jeunesse, une rencontre amoureuse, une passion, étaye et calme ce corps de luttes avec l'ange et les dragons qu'est le corps de l'artiste... Que seraient devenues Marguerite Duras et son œuvre sans la rencontre avec Yann Andréa, dans un moment où, dangereusement alcoolique, elle était visiblement rentrée dans un processus final ? Nous n'aurions jamais pu lire "La maladie de la mort", "La pluie d'été", "la douleur", "L'amant"... et ses films et ses mises en scène, et ses propos. Quant à Colette, elle aussi très choyée jusque sur le tard, elle fut, finalement, si entourée de gens aimants, aimés, qu'elle eut le loisir de décider librement du rythme de ses moments choisis d'écriture, de solitude, ou de dialogue avec le monde. Et pour Piaf on a tous été émus par ce chant du cygne que fut son duo avec le jeune Théo Sarapo. On pourrait aussi évoquer la fin assez belle — quoique assez folle — de Sarah Bernhardt cette frondeuse dont la devise était "Quand même !" Un mot vient d'être inventé : c'est "feminicide", qui signifie : meurtre d'une femme tuée sans aucune autre raison que d'être une femme. Il existe même un calcul des "femmes manquantes" : plusieurs millions, particulièrement en Chine et aux Indes, par avortement, à l'annonce du sexe du bébé à venir. Pourtant, c'est sûr, tout pourrait être autrement, si...

Le 4 juin 2015 à 17:26

Le jeu le plus long

« Venez voir, j’ai trouvé quelque chose ! » L’urgence dans la voix de Christophe nous fit oublier instantanément nos jeux d’Indiens ; nous laissons tomber nos fougères, arcs de fortune, pour rejoindre notre camarade immobile, penché au-dessus d’une crevasse, dans cette partie de la forêt encore vierge de nos aventures. Lorsque nous vîmes ce qu’avait découvert Christophe, un silence terrifiant pétrifia nos petites personnes. Au fond du ravin, parmi la mousse et les orties, le corps d’un homme, inanimé. De son long bâton, autrefois un fusil, Jérémi toucha la dépouille. À notre surprise, l’homme n’était pas mort, et fut réveillé par ce contact timide. Nous ne bougions toujours pas, tétanisés — curieux aussi. « Que... qu’est-ce que je fous là, demanda le ressuscité, hagard ? »Il nous regarda un à un, se redressant difficilement sur ses coudes, les membres crissants enserrés dans ses habits en charpie.« Vous êtes qui, les gosses ?— Des Indiens, répondit Christophe, qui n’était visiblement pas sorti de son rôle. Je suis le grand chef sioux... Et Jérémi est un guerrier d’une tribu adverse.— Des Indiens, hein, réfléchit l’homme... Et les cow-boys ? Qui joue les cow-boys ?— Personne, expliqua Christophe. On n’aime pas les cow-boys. On est tous des Indiens.— Mais des Indiens qui se font la guerre, précise Louis.— Et toi, qui tu es, demandais-je à l’homme ?— Eh bien... Un cow-boy, je suppose... Il en faut bien un. » D’un geste sûr et maîtrisé, il extirpa de son holster invisible deux doigts vengeurs et « pan, pan, pan, pan », nous abattit un par un, sans que nous ayons eu le temps de bander nos arcs ou brandir nos tomahawks. Il souffla satisfait la fumée de son index, et tourna les talons, tandis que nos corps troués dévalaient dans des râles de souffrance les versants du ravin duquel nous l’avions réveillé. Et c’est à ce moment-là que nous nous retrouvâmes confrontés à la question de la mort. À quel moment, exactement, est-il toléré d’arrêter de jouer au mort ?De se lever... et d’enfin reprendre le cours normal de sa vie ?N’est-il pas raisonnable de rester immobile quelques minutes au moins, pour reconnaître, et rendre digne, l’acte de bravoure de celui qui nous exécute ? Ou bien l’étiquette exige-t-elle de feindre la mort pendant plus longtemps, bien plus longtemps, sans quoi le jeu de la vie et de la mort ne serait qu’une série de conflits arbitraires et sans issue satisfaisante ? Ces questions nous taraudèrent bien des nuits — des nuits qui se transformèrent en semaines, puis en années, et nous restions là, inanimés au fond de ce petit ravin, des acteurs de marbre enfermés dans le dilemme insoluble du jeu et du réel, de la mascarade et de la vérité. Nos trois corps poussaient, étouffés petit à petit par les vêtements infantiles dans lesquels ils avaient chu. Jusqu’au jour où un groupe de petites filles essoufflées croise notre sépulture sylvestre.L’une d’elles nous jette un caillou. « Arrête Sophie, tu es folle !— Quoi, c’est des morts, qu’est-ce que ça peut faire ?— Ils sont morts, tu crois ?— Ben oui, ils sont tout ridés tu vois bien. »Toutes poussèrent un délicieux cri en voyant Jérémi se redresser, grinçant et gémissant, extirpé de son rôle par le projectile.— Qu’est-ce que vous faites là, les filles ?— On...— Arrête, lui réponds pas, c’est un fantôme !, redoute la plus petite.— Mais non ; Sophie hausse les épaules : on joue aux princesses, qui s’enfuient du château.— C’est notre père, le roi, qui veut nous marier à un affreux type, explique une rouquine.— Ah... Je vois... » Jérémi observe un à un les petits visages, confondus entre terreur et curiosité, puis reprend :« Et les archers du roi... Ils sont à votre poursuite, j’imagine ?— Oui... Et toute son armée », précise une mignonne, tandis que secrètement, Jérémi extrait avec sang-froid trois flèches invisibles de son carquois imaginaire.

Le 29 septembre 2015 à 08:30

Les pigeons parisiens évoluent avec leur environnement et deviennent de plus en plus arrogants

Charles Darwin disait « Ce n’est pas la plus intelligente des espèces qui survivra mais celle qui sera le plus apte à changer ». Et si cette espèce « hyper adaptable » était le pigeon ? Reportage. Au contraire des écologistes, Il semblerait bien que « le roi des villes » ne soit pas près de disparaître. En tout cas c’est que semble confirmer une étude de Pigeon Magazine. Selon le très sérieux hebdomadaire « Les pigeons parisiens ont muté pour s’adapter et survivre dans la jungle parisienne. Ils sont notamment devenus très arrogants. Deux à trois fois plus qu’un paon ou qu’un producteur tv pour vous donner un ordre d’idée.  » « Nous sommes les plus beaux et les meilleurs pigeons du monde » Une mutation clairement assumée par les pigeons parisiens. Michel, pigeon parisien depuis 5 ans vient confirmer la tendance « Un pigeon gentil, qui ne snobe pas, n’a aucune chance de survivre dans des univers comme la ligne une du métro ou le quartier de Saint Germain. Je pense que de toutes les façons nous sommes les plus beaux et les meilleurs pigeons du monde. » Évoluer pour survivre Cette capacité d’adaptation du pigeon en milieu urbain a été remarquée également dans d’autres villes de France. Par exemple dans la ville de Limoges ou le pigeon a évolué en fonction de son environnement. Il sécrète maintenant naturellement des antidépresseurs, essentiels pour pourvoir survivre dans la cité comme dans l’ensemble de la région Limousine.

Le 6 mai 2014 à 06:26

Trop souriant dans le métro, il finit en garde à vue

Une histoire bien singulière dont se souviendra sans doute pendant longtemps Jean Baptiste Rumelier. Alors qu’il se rendait sur son lieu de travail en métro, il a, à plusieurs reprises esquissé plusieurs sourires envers les autres voyageurs de sa rame.  Il a par ailleurs été plusieurs fois  aimable avec d’autres voyageurs, n’hésitant pas à laisser son siège à une personne âgée. Jugeant son comportement suspect, plusieurs voyageurs ont averti le service de sécurité de la RATP. L’individu a été appréhendé dans le calme. Récit. Comportement suspect Il est à peine dix heures du matin dans cette rame de la ligne 4 lorsque les usagers remarquent le comportement suspect d’un voyageur. Celui-ci vient de laisser, sans préavis, son siège à une personne âgée. Auparavant, l’homme s’est fait plusieurs fois remarquer. Alors qu’il entre dans la rame, il lance un « Bonjour tout le monde » avant d’aller s’asseoir et de s’excuser à plusieurs reprises tandis qu’il bouscule involontairement des usagers. Un peu plus tard, il n’hésite pas à donner son journal gratuit qu’il vient de finir de lire. La tension monte un peu plus dans la rame, quand par inadvertance, une jeune femme lui marche sur les pieds. Alors qu’elle s’excuse, celui-ci répond de manière péremptoire selon les témoignages  « Ce n’est rien du tout, voyons. » C’est alors que tout bascule. Une personne âgée, ayant visiblement du mal à se déplacer pénètre dans la rame. Aussitôt, l’homme se lève et propose à la vieille dame de prendre sa place. Les usagers, inquiets d’un tel comportement, ont alors demandé l’intervention du service de sécurité de la RATP. L’homme a été interpellé à la station suivante et placé en garde à vue. Retour de vacances Interrogé, l’homme a expliqué son comportement par « un reste d’euphorie des vacances » et une volonté de commencer cette rentrée dans la bonne humeur. « J’ai pensé bien faire, je ne voulais pas créer une psychose » a-t-il confessé. Pour la police, la réaction des usagers peut se comprendre: « Dans un contexte marqué par le terrorisme, certains comportements apparaissent plus suspects que d’autres, ce qui permet de rapidement localiser ces individus » saluant aussi la réaction prompte et maîtrisée des usagers.

Le 25 décembre 2011 à 08:55
Le 1 juillet 2011 à 08:29

Ce que veulent les femmes

Pubologie pour tous

En publicité comme en politique, on a besoin d’une opinion publique. On l’appelle « les gens », « les Français », « la ménagère » ou « Monsieur Dugenou », mais la réalité de base est toujours la même : il existe une kyrielle de personnes différentes, avec des avis différents, des besoins différents et des aspirations différentes, mais aussi un peu pareils des fois. Et il faut en faire un tout compact et transparent, qu’on peut facilement saisir et qui offre des généralisations bien pratiques, du type « les Français veulent plus de sécurité » ou « la ménagère veut qu’on lui vende du rêve ».En publicité comme en politique, il n’est pas question de tirer cette opinion publique vers l’avant. Il est question de la suivre. De la comprendre au mieux. De savoir de quoi parlent tous les Monsieur Dugenou et les Madame Duchemin quand ils prennent le thé. Mais en publicité comme en politique, on ne croise pas Monsieur Dugenou et Madame Duchemin tous les jours (on a arrêté de prendre le métro, c’est sombre et ça pue la pisse).En publicité comme en politique, Monsieur Dugenou et Madame Duchemin sont donc des graphiques en bâtons, des courbes, des camemberts et de bons vieux clichés réacs. Une pincée de mépris et l’on obtient des certitudes sur ce qu’ils veulent entendre. Et l’on a bon espoir que si on leur dit ce qu’ils veulent entendre, ils nous donneront ce qu’on attend d’eux.Dans une France où tout le monde penserait ainsi, la peine de mort aurait cours, l’on avorterait encore avec des kits de loisirs créatifs et la publicité ne serait que le tas infâme et fade de clichés que cette chronique essaie de dénoncer.Et maintenant, une parenthèse de fiction théâtrale (toute ressemblance avec des faits réels est probablement garantie par une étude d’opinion) :MONSIEUR DUGENOU. - Ah vous verriez ma petite-fille. A 6 ans c’est déjà une vraie petite femme. Comme elle minaude ! Tout ce qu’elle veut, elle l’obtient ! MADAME DUCHEMIN. - C’est celle dont les parents ont divorcé ?MONSIEUR DUGENOU. - Non, ça c’est mon autre petite-fille. Mon fils n’a pas aimé que sa femme lui fasse un gosse dans le dos. Il était pas prêt vous voyez. Mais c’est comme ça les femmes, quand y’a les hormones qui se réveillent, elles peuvent pas attendre. Elles sont faites pour ça après tout !MADAME DUCHEMIN. - Ah ben oui hein, c’est la nature. Les femmes elles ont le charme pour elles, les hommes c’est la force. Il faut respecter ça.MONSIEUR DUCHEMIN. - C’est bien vrai ça : il faut respecter la nature. Tenez, les homosexuels, moi j’ai toujours dit : c’est contre-nature. C’est qu’ils ont pas essayé d’être normaux, ou que ça s’est mal passé. J’ai toujours dit : un homme, ça ne peut pas résister à une belle femme !MADAME DUCHEMIN. - Bien sûr. Y'a quoi à la télé ce soir ?

Le 9 octobre 2010 à 08:00

La rue encombrée

(chose vue)

La rue est encombrée par les échafaudages. Dans la rue encombrée par les échafaudages les piétons peinent à avancer. La lumière est belle ce soir. La température est basse et la ville humide, les gouttelettes de pluie, fines, font se crisper les visages, elles apparaissent dans les phares jaunes ou blancs des voitures empêchées et pressées aux carrefours de la ville ce soir. Vendredi. Vendredi soir l’excitation citadine est palpable. Ressentie. Chacun se dépêche ; il est question ce soir de se défouler. Demain est un jour calme un peu. Sans travail. Les klaxons. L’heure chienne est hivernale. L’on ne sait pas. Il fait jour et nuit dans le même temps. L’on ne sait pas. Cela ne durera pas. Bientôt les choses rentreront dans l’ordre ; la nuit. La femme dans la rue tient l’enfant par la main. L’enfant se laisse porter par la main de la femme. Elle la guide. La main de la femme guide celle de l’enfant et tout son corps avec. La femme et l’enfant descendent du bus. La femme fait un grand pas et du bus au trottoir elle enjambe le caniveau. L’enfant fait un saut, s’appuie et s’aide de la main de la femme, l’enfant saute du haut bus jusqu’au trottoir ; l’enfant saute par-dessus le fleuve, le caniveau. L’enfant sourit. Victoire. La femme ne voit le sourire de l’enfant. La femme ne regarde pas l’enfant. La femme regarde le pictogramme vert qui devient rouge. La femme et l’enfant ne traverseront pas la rue. Elles patientent. La femme et l’enfant patientent.

Le 23 mai 2011 à 08:51

Elodie

Recette pour un dîner réussi

Prenez les hommes. Jetez-les en pluie dans de l’eau bouillante au préalablement salée. Attendez quelques minutes. Attendez qu’ils remontent. Attendez qu’ils soient bien gonflés. Attendez qu’ils soient prêts. Attendez ce moment très exact où ils seront tous parfaits. Egouttez-les à l’aide d’un écumoire, disposez-les dans un plat bien approprié : rond, oval, carré. Si nécessaire, épongez le surplus de gras avec une feuille de papier absorbant pliée en trois. Mieux : pressez-les. Retirez quelques organes (la rate notamment, pleine de spleen et de romantisme, risque de gâcher votre plat). Remisez quelques minutes avant de les tasser dans un emporte pièce. Saupoudrez d’ambition, de perfidie et d’opportunisme. Ajoutez selon votre goût un peu d’hypocrisie, mais attention, cette dernière n’est pas appréciée de tous : l’homme étant par nature déjà fortement hypocrite, la saveur peut s’avérée trop forte pour certains. Servez très chaud. Admirez le dégoût de vos convives. Leurs regards médusés. Desservir très vite. Mettre le tout à la poubelle en ayant pris soin au préalable de laisser refroidir (les feux de poubelle sont la cause de nombreux accidents domestiques). Insultez vos invités pour leur manque de goût. Finissez le repas en proposant un miroir au chocolat. Puis, prenez congés d’eux en fuyant votre propre appartement. Recommencez dès le lendemain à leur préparer des choses bien dégueulasses. Il convient d’habituer au plus vite vos amis aux dures réalités de l’existence. Bon appétit ! (in Les Cahiers Gourmands d’Elodie)

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