Jean-Michel Ribes
Publié le 24/04/2013

"Moteur"


Les mots que j'aime et quelques autres

Je viens de m'apercevoir avec effroi que ce mot sans grand intérêt est celui que j'aurais prononcé le plus dans ma vie. Comme vous ne l'ignorez pas, « moteur » est lancé par le réalisateur au début du tournage d'une scène pour que l'ingénieur du son démarre sa machine, elle-même déclenchant la caméra. Scène qui peut être recommencé des dizaines de fois si elle ne satisfait pas le dit réalisateur, en l’occurrence moi dans le cas qui nous occupe.

J'ai calculé qu'entre les nombreuses séries télévisées, les films courts, longs ou publicitaires que j'ai réalisés, j'ai au jour d'aujourd'hui dû prononcer le mot « moteur » plus de deux millions cinq cent mille fois.

Si j'avais eu le courage de remplacer ce mot médiocre par « Lac de Constance », « rose trémière » ou « rêve de toi », j'aurais sans doute fait de meilleurs films.


 
Extrait de Les mots que j'aime et quelques autres © Points 2013
 
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Auteur dramatique, metteur en scène et cinéaste, Jean-Michel Ribes dirige le Théâtre du Rond-Point depuis 2002. Il écrit et met en scène une vingtaine de pièces, dont Les Fraises musclées (1970), Tout contre un petit bois (1976), Théâtre sans animaux (2001, recréation en 2012), Musée Haut, Musée Bas (2004) et René l'énervé – opéra bouffe et tumultueux (2011)

Récemment, il signe plusieurs mises en scène : Batailles (2008) co-écrit avec Roland Topor, Un garçon impossible (2009) de Petter S.Rosenlund, Les Diablogues (2009) de Roland Dubillard, Les Nouvelles Brèves de Comptoir (2010), adapté du recueil de Jean-Marie Gourio et L'Origine du monde (2013) de Sébastien Thiéry.

Il écrit et réalise des téléfilms, des séries cultes comme Merci Bernard (1982 à 1984) et Palace (à partir de 1988) ainsi que des films, Musée Haut, Musée Bas (2008) et Brèves de comptoir (2013) qu'il adapte avec Jean-Marie Gourio à partir de son oeuvre éponyme.

Parmi ses derniers ouvrages, citons Le Rire de résistance (2007, Tome I De Diogène à Charlie Hebdo - 2010, Tome II De Plaute à Reiser), un catalogue-manifeste d'insolence, de drôlerie et de liberté. En 2013, il publie chez Points dans la collection Le goût des mots dirigée par Philippe Delerm, Les mots que j'aime et quelques autres.

 

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J'ai commencé à collectionner des grains de riz de tous les pays et puis je me suis mis à collectionner les pays. J'en ai quatorze dont sept pays d'Afrique. J'ai la Roumanie en double que j'échangerais bien contre la Turquie. Je vais me mettre aux continents. Ca sera vite fait, les cinq continents. Ensuite je collectionnerai les planètes. Enfin, les univers. J'ai déja les boites pour les ranger par taille, du plus petit au plus grand univers. Quand j'en aurai assez de collectionner les univers, j'echangerai contre les albums de Tintin. L'essentiel pour un collectionneur, c'est de collectionner. Les puces. Les têtes de chat. J'en ai cent six. J'ai commencé une collection de têtes de ma mère et de têtes de mon père. J'en ai une de chaque. Peut être vais-je ouvrir ma collection aux têtes des parents des autres ? Ou peut être aux autres ? Je vais collectionner les autres. J'en ai trois dans le frigo. J'ai commencé une collection de cachets de toutes les couleurs. Tous les matins j'en ai une quarantaine. Bientôt, je collectionnerai les cellules de l'HP. J'ai ai déja une. Capitonnée. Je vais collectionner les capitons. J'en ai mangé la moitié, arrachés avec la bouche. J'ai avalé ma langue ! Mon bras ! Je collectionne les handicaps. J'ai coupé mes doigts de pieds. Dans l'aile B, un Chinois collectionne les timbres. Il en a deux. Un timbre français. Un timbre chinois. Ah ah ! Le pauvre con ! Moi je collectionne les Chinois ! Je les colle au mur avec ma langue ! J'en ai un milliard, que je vais échanger contre des Tintin. Les Tintin, j'en ai aucun. Tout le monde a des Tintin ! Moi pas. J'ai pas de Tintin ! C'est ça, je crois, qui m'a rendu fou.

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Echappés de sa pièce Musée Haut, Musée Bas, les personnages-œuvres Sulki et Sulku reviennent au Rond-Point pour de nouvelles conversations culte, ils sont les protagonistes de la dernière pièce de Jean-Michel Ribes. Sulki et Sulku parlent beaucoup... Ils n’agissent jamais ? Jean-Michel Ribes — Parler c’est agir. Ne serait-ce que la langue qui bouge, la mâchoire qui remue, les yeux qui cillent et puis surtout les mots qui, s’ils ne sont pas en mouvement, meurent. Pour moi Sulki et Sulku, ce sont deux personnages source de fantaisie dans la liberté d’un dialogue à la fois aérien, cocasse et surtout surprenant. J’ai écrit ces deux personnages en leur demandant avant tout de me désennuyer, c’est-à-dire de m’emmener ailleurs en me faisant rire.   Ce sont deux figures d’un même rêve ? Sulki et Sulku ne sortent pas d’un rêve, ils sortent de ma pièce Musée Haut, Musée Bas où ils étaient deux œuvres d’art vivantes. J’ai senti qu’ils voulaient continuer leurs discussions comme des enfants qui s’amusent et ne veulent pas arrêter de jouer même quand leurs parents leur demandent d’arrêter et de passer à table. Sulki et Sulku eux continuent de jouer sous la table.   Ils s’affrontent ? Disons que parfois ils se disputent. Comme tous les gens qui se livrent bataille sachant que c’est la meilleure des façons de rester amis. Ils discutent donc se comprennent, ce qui leur permet de s’envoler tous les deux vers des destinations qu’ils jubilent de ne pas connaître.   Peut-il s’agir de la même personne ? Non. Il y a Sulki qui est Sulki et Sulku qui est Sulku, ce n’est ni un monologue coupé en deux ni une seule âme habitant deux personnes.   Ne serait-ce pas un rêve de Dubillard, de Ionesco, ou de Topor ? Ce n’est pas impossible. J’aimerais bien mais pour vous dire vrai ni Dubillard, ni Ionesco, ni Topor ne dorment avec moi et Sulki et Sulku non seulement je les ai rêvés tout seul mais ils m’ont parfois accompagné quand je ne dormais pas. Je les ai souvent sentis près de moi pour me porter secours quand la réalité devenait trop étouffante. Sulki et Sulku sont un peu mon gilet de sauvetage quand vous risquez de vous noyer dans les certitudes des gens qui savent.   Ils parlent du pape, du terrorisme, des intégrismes... Et en même temps ils n’en parlent pas. Ils ont cette capacité magique de discuter de gens connus sans jamais les décrire ou les caricaturer. Ils les réinventent dans d’autres situations, ils les devinent dans des endroits où personne ne les a jamais vus. De qui parlaient Picabia, Desnos, Breton ou Aragon lorsqu’ils racontaient leurs histoires ? De leurs désirs, de leurs caprices, de leurs envies ! Sulki et Sulku sont deux personnages qui ont l’insolence d’être eux-mêmes pour leur plus grand plaisir et le mien.   Ils s’inscrivent dans ton projet de rire de résistance ? Oui... puisqu’ils résistent à la banalité du discours, au consensus de ce qui nous est donné pour beau, pour bien ou mal... Ils imaginent le pape, par exemple, dans un supermarché, et pourquoi pas ? Même si ce pape-là, François, m’a un peu devancé, il a sans doute lu la pièce...   Interview texte Pierre Notte Propos vidéo recueillis par Jean-Daniel Magnin

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