Paroles de repentis de la mafia #1


D'après Attilio Bolzoni

      Partager la vidéo 

Autres épisodes :

Le grand comédien italien Marco Gambino dit les paroles des repentis de la mafia, telles que les a retranscrites, à l’état brut, le journaliste Attilio Bolzoni : glanées lors des procès ou au fil des interviews qu’il mène depuis trente ans, ces sentences sans fioritures nous plongent au cœur même du raisonnement mafieux qui n’est pas seulement une langue ou un code, mais un exercice d’intelligence, une exhibition permanente de pouvoir.
Un aperçu effrayant de la Sicile où parrains, soldats sortis du rang, prélats de Cosa Nostra parlent de crimes, de trahisons, de femmes, d’argent, de morale.

Enregistré le 16 février 2013 dans la salle Topor du Théâtre du Rond-Point

En partenariat avec Cinaps TV, Rue 89 et le théâtre Les Déchargeurs
et avec le soutien financier de l’Institut culturel italien de Paris.

A une situation d’urgence, il faut une « trousse de secours », des antidotes au fatalisme et au découragement, une boîte à outil pour stimuler notre capacité de rebond, regonfler le moral de ceux que la crise aura découragé.
En partenariat avec Rue89 et Cinaps.TV.

 

 

Partager ce billet :

À voir aussi

Le 4 novembre 2010 à 18:46
Le 1 juin 2015 à 10:20

Une chose qui n'a pas le moindre mot pour la nommer

Una cosa che non ci stanno nemmeno le parole per dirla*

Si la guerre des cerveaux commence… nous sommes tous désarmés. Voilà ce que me dit Gianni. Et en fait il a raison. Des mots manquent. Et quand des mots manquent pour dire les choses, ces choses disparaissent.J'étais à Pescara pour mon travail. Je l'ai su au matin car pendant la nuit j'avais éteint mon portable et quand je l'ai rallumé j'ai vu qu'à partir de deux heures, quand la chose est arrivée, jusque vers sept heures du matin, on n'avait pas cessé de m'appeler.Je me suis dit "Oh qu'est-ce qui se passe ? Une chose est arrivée à la maison ?" J'ai appelé ma sœur. Qui décroche… et me dit "écoute, reviens tout de suite parce que…" et moi j'étais justement avec un ami et elle me dit que la femme de cet ami a eu un accident. "Mais ne lui dis rien à ton ami. Revenez tout de suite parce qu'elle s'est fait… mal! Elle s'est fait mal mal. Elle va pas très bien."Et moi, eh bien j'ai réconforté le pauvre garçon… mon ami, pendant tout le voyage.Mais à lui, ils lui avaient dit "ça n'est pas ta femme, c'est le fils de Gianni… ils l'ont tué."Pendant tout le voyage de Pescara à Naples il m'a laissé le consoler, vu ?, sans rien dire.Une fois arrivés à Naples, je lui dit "allons voir ce qui est arrivé à ta femme, d'accord ?" et là juste au dernier moment il me dit "écoute Gianni, sois fort parce qu'un policier a tué ton fils."A deux heures d'une nuit de septembre il y a  huit mois dans la banlieue de Naples, une voiture de police a percuté une mobylette avec trois gamins en selle. Un agent descend et tire, un coup un seul, il tue un gamin de seize ans. Le flic aurait trébuché c'est comme ça que serait parti le coup. Mais pourquoi son flingue était-il armé ? Les policiers ont dit qu'ils étaient à la poursuite d'un fuyard, qu'il y a une loi qui date des années soixante-dix, les années de la lutte armée en Italie, on peut faire la ronde avec l'arme prête à tirer. Mais sur la mobylette il n'y avait pas des mafiosi en fuite. Il y avait trois garçons qui roulaient vers une salle de jeu. Ils roulaient tous les trois sans casque, mais la peine de mort n'est pas prévue pour ce type de délit.Alors je vais chez la famille Bifolco. Je parle avec les frères de David, avec les  amis et puis avec Gianni le père et Flora la mère. Ils habitent dans une cave illégalement transformée en appartement.Et pourquoi est-ce qu'il vivent dans un appartement illégal ? C'est Gianni qui me répond, le père de David.En 1982 j'ai fait une demande pour avoir un appartement pour jeune couple, on venait d'avoir un enfant, Tommaso, né en 82, au mois de mai.J'ai enfin eu droit à un appartement pour jeune couple en 93.Je vais voir ce logement qui était en construction… je suis entré et j'ai vu une famille pleine d'enfants… la chose que je devais faire c'était pratiquement la guerre des pauvres. Je devais mettre dehors cette femme avec tous ses gosses. Je ne me suis pas senti de faire ça.Et pour ne pas faire la guerre entre pauvres, ils ont construit un petit appartement dans une cave et ont été condamnés à 8 mois de prison pour ça, lui et sa femme Flora. Depuis trois autres enfants sont nés. Leur fille vit toujours avec eux, avec son compagnon, avec une fillette et un bébé en route. Elle travaille pour l'Etat italien. Gagne 150 euros par mois pour servir dans une cantine scolaire. Son mari est au chômage.Je passe un jour entier chez eux. Ils m'offrent un plat de spaghetti à la tomate et basilic. Gianni me demande tu bois du vin ? Tu veux que j'envoie quelqu'un en acheter ?Oui j'en bois, mais je ne veux pas qu'il dépense un sou pour moi. Et parce que je me rends compte qu'au milieu du repas il n'y a plus de pain et lui, en le regardant à peine, dit au mari de sa fille d'aller en acheter un autre. Pour ces gens qui vivent au-delà de la fin du monde, la dignité est l'unique salut.Après le café Gianni insiste auprès de sa femme Flora. Il veut qu'elle aussi parle du fils qu'on leur a tué.Je lui dis que je voudrais recueillir une belle histoire. Une chose belle dont elle se souvient. Et Flora me dit ces beaux souvenirs, c'était les baisers qu'il me donnait sur la bouche.C'était les souvenirs les plus… lorsqu'il me prenait dans ses bras, me faisait tourner et puis soudain je perdais l'équilibre et lui me maintenait pour ne pas tomber. Il me saisissait par derrière parce qu'il était joueur, c'était un gamin qui adorait la vie.Ensuite elle raconte la nuit où ils l'ont tué. Qu'il était venu vers 11 heures et demi.  Venu mettre une veste et moi je lui disais "reviens vite, ton père n'est pas là" et lui répond "bien bien, je dors avec toi, prépare-moi mon pyjama."Je lui ai préparé le pyjama. Je l'ai mis à la place du père… que j'attendais.Un peu plus tard vers une heure et demi deux heures… à deux heures une femme m'appelle… j'étais là… j'étais là j'allais me déshabiller, j'étais en train de me mettre au lit.Un coup de klaxon… tût… tût… tû… une femme "madame, madame, David est tombé sur une patrouille" le temps de me mettre quelque chose sur le dos, que je m'habille, j'ai pris mes papiers et les siens et je suis partie en courant.J'arrive en courant sur la place et je trouve mon fils mort par terre.Les policiers étaient à côté et je leur disais "qu'est-ce que vous avez fait ? Qu'est-ce que vous avez fait?"Personne ne répondait.Je me suis agenouillée près de mon fils et je criais "David, David, David" et il ne me répondait pas. J'ai compris tout de suite qu'il était mort.Nous sommes sans armes, a dit Gianni Bifolco. La guerre des cerveaux a commencé, et un cerveau nous n'en avons pas. Il nous manque les mots. Mais pas seulement à nous. C'est ce que m'enseigne Gianni quand il me dit que s'il demandait au policier qui a tué son fils "pourquoi tu as fait ça ?"… ce policier ne saurait pas répondre. Il me dit qu'ici nous restons comme Hitler, non ? Ils ont tué les gens dans des camps de d'extermination, non ? Et je suis convaincu que si tu leur demandes "pourquoi tu as fait ça ?" ils ne pourrons jamais te répondre. Ils ne te répondront rien, parce qu'ils ne le savent même pas eux-mêmes, vu ?Et moi je voudrais trouver quel policier m'a tué mon fils. Je voudrais le voir de près et lui dire "toi… quel était le mobile ? Allez sors tes couilles! Dis-le!" Lequel a dit qu'il a trébuché et que le coup est parti. Ou alors qu'il pensait poursuivre un fuyard. Enfin bon même lui ne sait pas pourquoi il a tué un enfant de seize ans.Voilà cette chose c'est la pauvreté. Une chose qui n'a pas le moindre mot pour la nommer.   Traduit de l'italien par Jean-Daniel Magnin ____________________________________ * Se scoppia la guerra dei cervelli… siamo tutti disarmati. Così mi dice Gianni. E infatti è vero. Gli mancano le parole. E quando mancano le parole per dire le cose, anche le cose scompaiono.Mi trovavo a Pescara per lavoro. L’ho saputo la mattina perché durante la notte avevo il cellulare spento e quando l’ho acceso ho visto che dalle due, quando è successo il fatto, fino alle sette del mattino in continuazione m’erano arrivate le chiamate.Ho detto “e che è successo? Qualcosa a casa! Ho chiamato e mia sorella. Mi ha risposto… mi ha detto “guarda, scendi subito perché…” …che io stavo con un altro amico.Mi dissero che la moglie del mio amico aveva fatto un incidente. “Però non dirgli niente all’amico tuo. Scendete direttamente perché questa si è fatta… male! Si è fatta male male. Non sta tanto bene”.E io, cioè, ho confortato il ragazzo… l’amico mio, tutto il viaggio.Però a lui gliel’avevano detto “non è tua moglie, ma il figlio di Gianni… gliel’hanno ammazzato”Durante il viaggio da Pescara a Napoli lui si faceva confortare da me, capito? Però non mi disse niente.Quando sono arrivato a Napoli, dissi “andiamo a vedere tua moglie cosa si è fatta, no?” invece, poi, alla fine mi disse “guarda Gianni, fatti forza perché un carabiniere ha ammazzato tuo figlio”.Alle due di una notte di settembre di otto mesi fa in un quartiere periferico di Napoli, una macchina dei carabinieri sperona un motorino con tre ragazzi a bordo. Un’agente scende e spara un colpo, uno solo, e ammazza un ragazzo di sedici anni. La guardia dice di aver inciampato e per questo è partito il colpo. Ma perché la sua arma era senza sicura? I carabinieri dicono che stavano cercando un latitante e per una legge degli anni settanta, gli anni della lotta armata in Italia, si può girare anche con l’arma pronta per uccidere. Ma su quel motorino non c’erano camorristi latitanti. C’erano tre ragazzi che andavano in una sala giochi. Ci andavano in tre senza casco, ma non è prevista la pena di morte per un comportamento del genere.Allora vado a casa della famiglia Bifolco. Parlo con i fratelli di Davide, con gli amici e anche col padre Gianni e con la madre Flora. Vivono in una cantina occupata per farci un appartamento abusivo.E perché vivono in una casa abusiva? Mi risponde Gianni, il padre di Davide.Nel 1982 ho inoltrato la domanda per avere un alloggio come giovane coppia perché avevo già un bambino, Tommaso, che nacque nell’82, di maggio.Nel lontano ’93 mi hanno assegnato un appartamento come giovane coppia.Vado a vedere questo alloggio che era in costruzione… sono andato dentro e ho visto una famiglia piena di bambini… cioè la cosa che io dovevo fare praticamente era la guerra dei poveri. Io dovevo buttare fuori a questa signora con tutti quei figli. Io non me la sono sentita.E per non fare la guerra tra poveri si costruisce un piccolo appartamento in una cantina e si prende una condanna di 8 mesi di galera per questo abuso, lui e la moglie Flora. Nel frattempo gli nascono altri tre figli. La femmina vive ancora con lui insieme al compagno, una bambina e un altro figlio in arrivo. Questa figlia lavora per lo Stato italiano. Guadagna 150 euro al mese per servire i bambini in una mensa scolastica. Il marito è disoccupato.Ci passo un giorno intero a casa loro. Mi offrono un piatto di spaghetti col pomodoro e il basilico. Gianni mi chiede bevi il vino? Vuoi che lo mando a comprare?Io lo bevo, ma non voglio che spenda altri soldi per me. Anche perché mi rendo conto che a metà del pranzo finisce il pane e lui, con mezzo sguardo, dice al marito della figlia di andare a comprarne dell’altro. Per questa gente, che vive oltre la fine del mondo, la dignità è l’unica salvezza.Dopo il caffè Gianni insiste con la moglie Flora. Vuole che parli anche lei del figlio che gli hanno ammazzato.Io le dico che vorrei raccogliere una storia bella. Una cosa bella che lei si ricorda. E Flora mi dice che i ricordi belli erano i suoi baci che mi dava in bocca.Questi erano i ricordi più… che mi prendeva in braccio, mi faceva girare e poi io all’improvviso perdevo l’equilibrio e lui mi manteneva per non farmi cadere. Per dietro mi pigliava perché era giocarellone, era un ragazzino che gli piaceva vivereMa poi mi racconta della notte che gliel’hanno ammazzato. Dice che  lui è venuto verso le 11 e mezzo. S’è venuto a mettere un giubbino e io dissi “vieni presto, tuo padre non ci sta”e lui disse “bello, bello, dormo con te, preparami il pigiama”.Io ci ho preparato il pigiama. L’ho messo al posto del padre… che lo aspettavo.Dopo un po’ verso  l’una e mezza due… le due mi chiama una signora… che io stavo… la per lì mi stavo a spogliare, mi stavo mettendo a letto.Una suonata di clacson… pi… pi…pi… una signora “signora, signora, Davide sta sotto a un posto di blocco” Il tempo di mettermi una cosa addosso, cioè mi sono vestita, ho preso i documenti miei e suoi e sono corsa.Quando sono corsa sul posto ho trovato mio figlio morto a terra.Ci stava la guardia vicina e ci dicevo “che gli avete fatto? che gli avete fatto?”Nessuno mi rispondeva.Io mi sono inginocchiata vicino a mio figlio e lo chiamavo “Davide, Davide, Davide” e non mi ha risposto. Ho capito subito che era morto.Siamo disarmati, dice Gianni Bifolco. Scoppia la guerra dei cervelli e un cervello non ce l’abbiamo. Ci mancano le parole. Ma non solo a noi. Me lo insegna Gianni quando mi dice che se chiedesse al carabiniere che gli ha ammazzato il figlio “perché lo hai fatto”… quel carabiniere non saprebbe rispondere. Mi dice che qua stiamo come Hitler, no? Hanno ammazzato la gente nei campi di sterminio, no? E io sono convinto che se gli chiedi “perché lo hai fatto?” non ti sapranno mai rispondere. Non ti risponderanno, perché non lo sanno nemmeno loro, capito?E io lo vorrei acchiappare a questo carabiniere che m’ha ammazzato il figlio. Lo vorrei prendere da vicino e dirgli “tu… quale è stata la motivazione? Almeno cacci le palle! Dillo!” Quello dice che ha inciampato e gli è partito il colpo. Oppure che pensava di inseguire un latitante. E insomma non lo sa nemmeno lui perché ha ammazzato un bambino di sedici anni.Ecco cos’è la povertà. Una cosa che non ci stanno nemmeno le parole per dirla.

Le 30 août 2011 à 10:00

"René l'énervé", facétie musicale et opéra tumultueux

Entretien avec Jean-Michel Ribes #1

"Depuis 2007, j'éprouve un malaise qui ne diminue pas" dit Jean-Michel Ribes en parlant de notre gouvernement. Pour en finir avec cette nausée, il a décidé de la transformer en farce joyeuse : un opéra bouffe mis en musique par Reinhardt Wagner, qui débute le 7 septembre prochain au Théâtre du Rond-Point. Un éclat de rire de résistance "face à l'affaissement du langage, au dénigrement de l'esprit, à cette agitation immobile dont la médiocrité nous étouffe". Quand vous tourniez Palace ou Merci Bernard, le mot d’ordre était : « Tout, sauf l’actualité ! ». Et jusqu’ici, on vous trouvait plutôt du côté de l’absurde, rarement vers la satire… C’est vrai que jusqu’ici, ma manière de me moquer du monde ou des étouffements de la société passait par l’absurde ou le non-sens. A l’ombre des dadaïstes, je m’efforçais de dynamiter l’esprit de sérieux à sa racine. René l’énervé s’approche beaucoup plus d’une réalité visible. Cela vient du fait que depuis plusieurs années, je ressens un malaise face à la gouvernance de notre pays et de la politique en général. Avant que cela ne se termine en aigreur, j’ai préféré tenter de le transformer en farce joyeuse. Un rire de résistance en chansons. De plus, j’ai une passion pour l’opéra bouffe où l’entrain et la légèreté emportent tout.   À la lecture du titre, René l’énervé, c’est au chef de l’État que l’on pense. Est-ce qu’on se trompe ? On doit plutôt penser à l’univers politique dans son ensemble, qui a été coloré par Nicolas Sarkozy. Car la force du Président de la République est d’avoir non seulement bouleversé la façon de faire de la politique, mais d’avoir transformé aussi son opposition, et toute la classe politique ! Le Sarkozysme, ce n’est pas uniquement Nicolas Sarkozy. C’est une sorte de contagion de lui-même qui envahit l’ensemble des politiques. Une mise en coma agité de la société ! C’est la raison pour laquelle cet opéra bouffe met en scène aussi bien un conseiller nommé Hurtzfuller qui aime les Arabes quand ils ressemblent aux habitants du Cantal, un ministre des hautes frontières, un autre de la prise de sang, mais aussi les opposantes Ginette et Gaufrette, des philosophes nouveaux, as du cerveau s’il en est ! Des écolos bio bio et encore bio, et bien sûr le parti montant des « Cons de la Nation »… C’est une galopade rigolote qui traverse le barnum politique en perpétuelle parade.   Propos recueillis par Pierre Notte

Le 17 septembre 2014 à 09:27

Gérard Watkins : "Un théâtre à la hauteur de nos craintes et de nos peurs"

Le théâtre de Gérard Watkins s'en va explorer nos intimes blessures, celles que le politique vient creuser au plus profond de notre être, souvent à notre insu. Comme à chaque époque, nos corps et nos esprits sont l'enjeu des batailles que se livent des géants. Aujourd'hui ils sont technologiques. "La différence principale entre un être vivant en 2014, et un autre un siècle auparavant, est l’avalanche d’informations qu’il ingurgite au quotidien. L’homme moderne est le réceptacle d’un savoir aussi superficiel que volumineux. Il est assiégé par une quantité infinie de détails qui ne le concernent pas mais qui savent se prétendre indispensables. Il doit consommer l’information au même titre qu’il doit consommer l’instrument qui le transmet et l’habitacle qui l’héberge. Il a donc su développer un réflexe pour se protéger, survivre :il tente de se constituer une mémoire sélective. Pour cela, il se fraye un chemin et choisit. Il choisit de se souvenir de la Shoah parce qu’il est difficile de faire autrement, mais choisit d’oublier les circonstances qui ont mené à la tragédie. Il se souvient de la joie et de la délivrance que procure une révolution en observant de loin le Printemps arabe, mais oublie d’accueillir en son pays les « dégâts collatéraux ». Il ne peut pas vraiment faire autrement. Il doit choisir, trier, faire ce long travail lui-même, sous peine d’implosion. Personne ne peut faire ce travail à sa place. C’est la seule responsabilité qui lui reste

Le 18 août 2010 à 12:46

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 16

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net, voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.vendredi 18 mai 2007 Premier gouvernement. La candidate l’avait promis paritaire et resserré : elle tient parole. La parité est scrupuleusement respectée, avec une seule présidente et un seul ministre, le Premier ministre — tous les autres ministres ayant disparu. Les ministères laissent la place à des secrétariats dont dépendent divers secteurs, sous-secteurs et sous-sous-secteurs, desquels dépendent à leur tour des antennes et des câbles — le tout, sous la tutelle de conseils participatifs qui dépendent, directement, ou bien de la présidente, ou bien du Premier ministre. C’en est donc fini du « trop de ministères » — puisqu’il n’y en a plus. Concernant la composition du nouveau gouvernement, l’ouverture au centre et la diversité partout se généralisent. On pressentait Jean-Marc Ayrault à la tête du gouvernement. L’intéressé, encore sous le choc de l’élection surprise, estime ne pas être prêt. Il est bien au courant, depuis le débat télévisé, de l’existence d’un programme ; mais il avoue ne jamais l’avoir vu ni lu. La présidente se tourne vers Dominique Strauss-Kahn. Ce dernier est un peu déçu qu’elle se tourne, mais son sens des responsabilités prend le dessus et il accepte. Sa prise de fonctions s’accompagnera, toutefois, d’une injonction thérapeutique. Dans un gouvernement strictement paritaire, Dominique Strauss-Kahn devra faire ses preuves : à la première incartade, c’est la porte. Bernard-Henri Lévy s’est vu proposer le portefeuille de la culture, à la condition de ne faire aucun favoritisme et d’écarter tous ses amis de son cabinet. La tâche se révèle impossible : Bernard-Henri trop d’amis. Il se retrouve porte-parole de l’Élysée. C’est donc lui qui annonce, fièrement mais humblement, la composition d’un gouvernement resserré, avec une cravate neuve achetée pour l’occasion par Arielle Dombasle, aux puces de Saint-Ouen, pour ne pas faire « trop ». Ce gouvernement, explique le porte-parole en guise d’introduction, est le meilleur possible, la quintessence d’une réflexion portée à son paroxysme devant l’énorme chantier humain que représente la création d’une société nouvelle, la naissance d’une ère moderne dans le berceau des droits de l’homme… « Et de la femme », ajoute-t-il, prenant une posture qui n’est pas sans rappeler les grands tribuns de l’époque révolutionnaire. Au moment où, changeant de posture, il s’apprête à résumer son discours préalable à la composition de l’équipe gouvernementale, un huissier de l’Élysée tend gentiment le doigt vers sa montre — dans l’espoir d’accélérer le mouvement. Le nouveau gouvernement s’inscrit sous un quadruple mot d’ordre : parité, ouverture, diversité et inconnus. Car c’est l’autre grande surprise de cette composition : elle fait la plus large place à la société civile et aux simples citoyens. Les figures politiques de premier plan s’y comptent sur les doigts d’une main. La présidente a réalisé, enfin, ce renouvellement en profondeur des classes dirigeantes que le Parti socialiste appelait de ses vœux depuis des années…   La suite demain...

Tous nos invités
Tous les dossiers

derniers podcasts

je m'abonne :   
Kader Aoun et des stand-uppers : "Je n'abandonnerai jamais la banlieue"
Live • 23/03/2019
Tania de Montaigne : L'Assignation
Live • 07/02/2019
Florence Aubenas au grand oral désopilant du Barreau de Paris
Live • 07/02/2019
Eric Vuillard en conversation avec Pierre Assouline
Live • 13/02/2018
Tobie Nathan : Le Parlement des dieux
Live • 13/02/2018
Tous les podcasts

ventscontraires sur Youtube

Découvrez la chaîne
La revue en ligne du Rond-Point
Auteurs maison   Vedettes etc.   Confs & Perfs   Archives   Tous les chroniqueurs
Les vidéos   Les sons   Les images   Les textes  Nous contacter   Presse
ventscontraires.net, revue en ligne, vous est proposée par le Théâtre du Rond-Point.
Site administré par
© 2014 - CC.Communication