Isabelle Cousteil
Publié le 24/06/2010

Della Monna Lisa al Cavaliere della Notte


Réponse aux textos de Pierre Notte à Mona Lisa

Treize messages reçus.  Archivés. Tredici piccoli testi en mémoire dans ma petite boîte noire. Treize, nombre étoilé au ciel mathématique, mon chevalier de la nuit.
Pourquoi répondre ? Si tu m’avais vraiment regardée, tu aurais vu ce que cachaient mes mains abandonnées sur mon giron. Si tu m’avais observée, tandis que d’un coup de pouce tu expédiais tes messages, tu aurais vu s’abaisser mon regard, s’entrouvrir discrètement mes doigts. A chacune des treize fois, tu aurais perçu le frisson sur ma peau à l’apparition de ton nom. Tu aurais vu se creuser mes fossettes et se fendre mes yeux. « Regardez ! Elle sourit ! », s'extasiaient les convenus. « C’est moi qu’elle regarde ! », clamaient les vaniteux. Non je ne répondais pas. Je cherchais par-delà le troupeau moutonnant ta silhouette fébrile. T’apercevais me regardant mais ne me voyant pas. D’ailleurs tu étais souvent en compagnie. Gérard Philipe, Catherine Deneuve, des journalistes, deux petites dames du Nord… Rarement seul.
Alors… Garce ? Non ! Juste une ragazza comme une autre, un peu sage, un peu folle, un tantinet perverse. Tu m’en veux, n’est-ce pas, d’avoir publié mon courrier intime, et toi seulement en page 117, entre Valmont et Sibleyras ! Tu ne supportes pas d’être un parmi d’autres ! Petit garçon… Mais si j’avais répondu, je n’aurais plus reçu ton désarroi, tes impatiences, tes menaces et tes serments ! Nous nous serions perdus à parler pour ne rien dire que des banalités.
Pourtant, je romps l’omerta aujourd’hui. Parce que j’ai peur. Oui, moi, la Gioconda ! Peur qu’un jour tu ne te lasses, ne te taises à ton tour.
Peur de ne plus sentir vibrer tes mots et que meure à jamais mon envie de sourire quand je pense à toi.

> voir Pierre Notte "Textos restés à ce jour sans réponse à madame Lisa" 

Au début
Montmartre. Théâtre au biberon. Pose des lapins à la télé. Parle à l’oreille des chevaux, moins à celle des hommes.

Après
Joyeuse Khâgne et festoiement. Fonde son agence d’ingénierie culturelle. Collectionne les prix et entre au Panthéon.

Ensuite
Passe à la grande entreprise, y sème l’Archaos. Ecrivaille. Reprend sa liberté.

Depuis
Reçoit le prix « Littérature – expression de vie 2009 ». Répond à des lettres adressées à Mona Lisa.
Laisse Triartis fouiller dans ses papiers et publier « Quand les loups avaient des plumes » et « Cyrano ou la maladie de gloire ».

 

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Isabelle Cousteil

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Le 23 septembre 2012 à 10:47

Mona Mailing n°5

Attendez voir si je me lève !

Dites-donc vous ne voyez pas que derrière mon écran de sfumato, je suis brûlante comme l’Etna ? Et entière ! Un jour, je vous jure, je sortirai de mes gonds. Les alarmes pourront bien hurler, je sauterai par-dessus votre fichu cordon sanitaire et je sortirai la boîte à gifles. Je ferai voler les appareils photos et les téléphones mobiles, je fendrai la foule, je dégringolerai les marches 4 à 4, et, ô jouissance absolue... j’exploserai les présentoirs. Fini la Joconde en tête de gondoles, non mais quelle infamie pour une Florentine ! Je pulvériserai les tasses, tordrai le cou aux cravates, lacérerai les livres. Je laisserai juste les cahiers de coloriage pour que les gosses et les Duchamp continuent à m’en faire voir de toutes les couleurs. Qu’est ce que ça fera du bien, depuis le temps que j’en rêve… plus de deux siècles que ce traître d’italien francisé, ce révolutionnaire césarisé m’a livrée aux peuples acculturés. Moi qui aimais tant l’intimité troublante des cabinets privés, la confidence et l’exclusivité, le souffle chaud et les doigts caressants sur mon décolleté. Que du prince, que du roi, que du gibier de choix ! Maintenant c’est le tout venant. Pas de tri sélectif, l’incessant défilé et jamais de sévices. Fini le gémissement du vernis qu’on écorche, le craquement du bois qu’on lapide, les enlèvements romantiques, les amants éperdus qui risquent la prison, les amours défendues. J’avais l’habitude avec Giocondo ! L’amour qui déchire, cris et réconciliations et pour finir la couche et de jolis enfants. Voilà, vous êtes contents : je suis cataloguée ! Me voici définitivement fille publique, en pâture. Mona Lisa, fille de joie. 9€ la passe. Produits dérivés en sus. Sauf le mardi pour cause de repos et contrôle sanitaire.

Le 18 juin 2010 à 18:45

Les façons dont la femme et l'enfant accélèrent le pas dans les escaliers

(Chose vue)

La main de la femme est dans le dos de l’enfant, la pousse. La femme se penche, elle voit la rame de métro stationnée depuis longtemps maintenant. L’enfant accélère le pas tant bien que mal, ses yeux s’agrandissent et deviennent ronds, ils scrutent chacune des trop hautes marches pour ses petits pieds. La femme dit quelque chose dans une langue que l’homme ne comprend pas ; l’enfant tord la bouche et ses pieds sur les hautes marches alors l’autre main de la femme se colle contre le ventre de l’enfant. Les deux mains de la femme enserrent l’enfant et la soulèvent du sol. L’enfant tout contre la poitrine de la femme s’agrippe à son cou. La femme dévale d’un pas assuré les dernières marches. La femme court vers la porte encore ouverte avec l’enfant dans ses bras. La femme crie quelque chose à l’enfant. Les paroles de la femme se mélangent au signal sonore de la rame métropolitaine, l’homme ne l’entend pas. Les portes se ferment et la femme et l’enfant restent sur le quai. La femme dépose l’enfant sur le sol. L’enfant regarde le quai et la femme, le métro qui disparaît. L’enfant enfouit les deux mains dans les poches de ses pantalons, se retourne, regarde d’une drôle de façon la volée d’escaliers. Sur le quai, la femme trépigne et tape un peu du pied, regarde l’heure à sa montre, puis caresse doucement la tête de l’enfant. La femme dit encore quelque chose à l’enfant. La femme et l’enfant rient.

Le 20 janvier 2015 à 15:07

Oecuménique amer

Bonjour. Il me semble que j'avais une place de chroniqueur ici, mais je n'ai plus rien écrit depuis longtemps, il me semble, même si je n'ai jamais vraiment eu la notion du temps. Mais que voulez-vous, Dieu, c'est pas mal de boulot. Il faut créer la Terre et les Cieux, recevoir les prières, accueillir les âmes défuntes, organiser les tournois de ping-pong. Heureusement que j'ai quelques collègues, sinon je ne m'en sortirais pas.   En plus, je ne sais pas ce que vous avez fichu, au juste, mais St-Pierre est dans tous ses états. Il paraît que vous avez décidé de tous vous appeler Charlie et que c'est l'enfer à gérer au niveau des registres d'entrée. Il a marmonné que si ça continuait, il allait mettre la clé sous la porte. En plus, il y a des petits nouveaux qui ont débarqué récemment, qui chahutent beaucoup. Normalement, on devrait pas les accueillir ici : les catholiques vont au Paradis, les protestants au paradis, les bouddhistes se réincarnent en loutres s'ils ont été bons et en humains s'ils ont mal agi, les athées vont au bistro. Mais eux, ils voulaient absolument passer un moment voir des saints.  Ils sont sympas d'ailleurs ceux-là. Depuis le temps que je cherchais à relancer l'atelier dessin, ça va apporter un peu de nouveauté. Léonard est pas hyper content, mais bon les jocondes et les cènes, ça va 500 ans et c'est quand même beaucoup plus drôle avec des poils et des nichons.    Justement, à propos de dessins et d'entraide, il y a un collègue, Allah, qui a l'air un peu préoccupé, en ce moment. Je sais pas si vous le connaissez. Il est nouveau, dans ce métier, à peine quatorze siècles. Mais son affaire marche bien. Je l'avais pas mal aidé à se lancer, au début, je lui avais prêté quelques prophètes. Même le Petit avait donné un petit coup de main. Je lui avait aussi dit : "prends un pape, ça aide et puis c'est rigolo", mais il a refusé. Il a dit "non mais je vais leur laisser un manuel d'instructions suffisamment clair, avec plein de sourates, ça passera tout seul". J'ai trouvé ça bizarre, mais j'avais compris souris, il faut dire. Résultat, il se trouve lui aussi avec plein de petits nouveaux qui essaient de passer par l'entrée des Martyrs alors qu'ils sont attendus à l'entrée de service, à côté des poubelles. Il a peut-être pas tort, d'ailleurs. Le mien, de pape, je suis en train de le perdre. Au début, je l'aimais bien. Le Petit m'avait assuré que c'était un pape moderne, qu'il allait me reconnecter avec mon électorat, des trucs de marketing, ça sonnait bien. Et puis là, il sort "si un grand ami parle mal de ma mère, il peut s’attendre à un coup de poing, et c’est normal". Moderne, je veux bien, mais de là à se mettre à parler comme le premier petit caïd de cour de récré venu, je sais pas si je suis prêt à franchir le pas.   Mais je digresse, je m'égare, et j'ai un tournoi de ping-pong à préparer. C'est pas mal, le ping-pong. Un excellent moyen de résoudre les conflits. Vous devriez essayer, un peu.

Le 24 février 2011 à 15:43

S'écrire, dit-il.

Un texte de Carole Zalberg, à propos du dernier roman de François Bégaudeau

A l'occasion du "Problème", la pièce de François Bégaudeau à voir au Théâtre du Rond-Point jusqu'au 3 avril, ventscontraires.net vous propose un texte de Carole Zalberg (que vous connaissez pour sa contribution à "Au secours les mots!") sur La blessure la vraie, le dernier livre de cet auteur très polyvalent…Tout est dans le titre qui d’emblée annonce le jeu. Que sait-on avant d’entamer la lecture du dernier roman de Bégaudeau ? Ou plutôt, que croit-on savoir ?On sait que l’histoire se déroule durant l’été 86. Et pourquoi celui-là plutôt qu’un autre ? Parce que c’est celui d’un basculement : les étés qui ont précédé étaient ceux de l’enfance. On ne se préoccupait pas encore de poser.Le 7 juillet 86, François, 15 ans, arrive à Saint-Michel-en-l’Herm avec un objectif : coucher. Perdre enfin une virginité traînée comme un boulet. Il n’est d’ailleurs plus question que de ça au sein de la petite bande de garçons qui se retrouvent chaque année au moment des vacances dans ce village de Vendée. Coucher, le dire ou tenter de le faire. Tout se réorganise autour de cette injonction émanant autant des corps que du monde où l’on ne doit plus trop tarder à occuper sa place. Et c’est bien le problème de François, éternel décalé, qui se regardait vivre alors comme il s’écrit aujourd’hui, communiste lettré quand d’autres ne sont que jouisseurs et pressés d’en découdre, plein de phrases à l’heure des baisers. Mais il est volontaire, sait que la vie s’emballe et que faire chou-blanc n’est pas une option. Il se jette dans le bain de la grossièreté, d’une misogynie bon enfant puisque ceux qui y nagent à l’aise sont, étrangement, les élus des filles même s’ils finissent toujours par les faire pleurer.François emploie donc les mêmes mots, prend comme eux l’air de celui qui ne veut remplir que ses mains et s’en vante, mais au fond il a tendance à se pâmer, il rêve de partager plus que de la salive, succombe quand il sent les pensées irradier sous la peau.Et l’on revient au titre qui insinue l’échec ou, en tout cas, une déception. Mais là encore, pas seulement. En affublant la blessure d’un « la vraie », l’auteur, dont on connaît la précision, sème le doute. Ce qui s’affirme authentique est forcément douteux. C’est comme clamer partout qu’on est heureux.Cela ne signifie pas qu'on ne trouvera aucune trace de blessure dans ce récit. Elles se ramassent même à la pelle et presque à chaque page, autant que le rire souvent voilé de nostalgie. Les vannes, les rejets, les chutes, les défaites, les trahisons dont le narrateur est tour à tour victime ou coupable font mille entailles qui ne cicatriseront pas. Elles sont le relief des individus, leur géographie.N’est-ce pas finalement cela qu’observe Bégaudeau avec une justesse telle qu’après lecture on a le sentiment d’avoir vécu ces péripéties, porté ces habits connotés ? On était là quand les plaisanteries souvent lourdes, et vives, en même temps, gorgées de vitalité, fusaient au bar du village, on était là quand il fallait se lever et marcher jusqu’à l’eau, sur la plage, passer ainsi l’épreuve des regards. On était là quand un idiot, un sublime innocent était malmené par le groupe tandis qu’on se taisait. On était là, dans les conversations poussives et aussi dans l’évidence d’une ultime rencontre, sa promesse qui ne serait jamais tenue. On était dans ce rythme et ce décor daté, quasi disparu, dans ces lieux que la tempête, vingt ans plus tard, viendrait effacer.On était là quand Bégaudeau, sous nos yeux, s’inventait écrivain. Et l’on en sait gré à la blessure quelle qu’elle soit.Voir un autre texte de Carole Zalberg, dans la rubrique "Au secours les mots"

Le 27 janvier 2012 à 08:40
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