Terreur Graphique
Publié le 19/06/2013

Les Sujets de Philo auxquels vous avez échappé #2


Bac 2013 seconde partie

Terreur Graphique, Auteur de Bandes Dessinées qui grattent un peu (Rorschach, hypocondrie(s) -six pieds sous terre- La Rupture tranquille - Même Pas Mal- La Musique Actuelle Pour les sourds, Make My Day Punk ! - Vraoum), tumblriste forcené.

Membre de la maison Vide Cocagne, rédacteur en chef de la revue "Alimentation Générale"

la belle vie.

 

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Le 24 janvier 2013 à 10:51

Un papa, une maman, trois possibilités

Je dis pas ça pour râler mais au début, le mariage pour tous, j'étais plutôt contre : je suis un farouche partisan du mariage pour personne. Je veux dire, je n'ai rien contre les buffets de dessert et les oncles saouls, mais si ça implique de sacrifier à des traditions archaïques et patriarcales, autant aller directement au stand de tir. Seulement, il paraît que c'est pas ça, la contre-proposition. Je dis pas ça pour râler, mais en revanche, l'adoption pour tous, au début, j'étais plutôt pour, même si j'ai mal saisi le glissement sémantique qui fait invariablement passer à l'un quand on parle de l'autre et inversement. Mais comme je suis un garçon instruit, j'ai quand même lu les arguments des opposants, pour pouvoir me moquer. Il ne faut jamais faire ça. J'ai failli changer d'avis. A cause de cet argument si pertinent : oui mais après, à l'école, les autres enfants se moqueront. Car c'est bien connu, les enfants dont on se moque finissent très mal, il paraît que certains sont même chroniqueurs pour Ventscontraires, la revue participative du théâtre du rond-point, terrible repaire de gauchistes et, pire, d'artistes, c'est dire s'il y a danger. Donc, oui, aujourd'hui, je le clame, supprimons la moquerie, ce si terrible fléau. Et pour cela, la solution la plus évidente est évidemment de supprimer toutes les possibilités de se moquer. Commençons par prohiber la rousseur. Et dans la foulée, interdisons aux gens d'être petits (quelle idée saugrenue!), grands, gros, maigres ou suisses allemands. Plus jamais de Bouboule qui va toujours au but quand on fait du foot, plus jamais ! Et combien de temps devrons-nous encore tolérer les premiers de classe, ces gens si quolibetogènes ? Puis nous nous attaquerons aux défauts de prononciation. A la maladresse et à la nullité en sport. Puis, enfin, nous fermerons nos écoles à tous ceux qui aiment les épinards.

Le 3 avril 2014 à 08:40

Christine

Hier soir, j'ai croisé Christine Boutin au petit PMU de Bar-sur-Issoire. C'était une soirée printanière très agréable : j'avais sorti mon T-Shirt. Elle disait, comme ça, l'air de rien tout en sirotant un sirop d'orgeat un peu trop chargé à mon goût (je suis diabétique) devant une assistance conquise : « Je n'ai jamais condamné un homosexuel. L'homosexualité est une abomination. Mais pas la personne. Le péché n'est jamais acceptable, mais le pécheur est toujours pardonné. (...) Je suis dans le péché, moi aussi, je suis une pécheresse, mais vous ne me verrez jamais faire l'apologie d'un péché ». (Entretien paru dans Charles, le 2 avril 2014). En face d'elle, accroché sur le mur à gauche de la cible à fléchettes et à droite des résultats du Numéro Gagnant (la première grille à 2 euros, la seconde à 1), était mentionné un des 10 commandements tels qu'on les apprend au catéchisme : « Tu n'utiliseras pas le nom de l'Éternel ton Dieu pour tromper (ou de manière abusive), car l'Éternel ne laisse pas impuni celui qui utilise son nom pour tromper ». J'ai un instant regardé cette femme, m'interrogeant sur le sens et la place à donner à ses mots, puis à celui à donner à une religion et à son interprétation. Puis j'ai contemplé son reflet dans le miroir crasseux et moucheté du fond. Ce dernier disait : « Je n'ai jamais condamné un noir. La négritude est une abomination » ou : « Je n'ai jamais condamné un tétraplégique. La tétraplégie est une abomination » Je me suis surpris à ne pas comprendre pourquoi l'assistance continuait à écouter Christine Boutin sans jamais vraiment la condamner, comme si dans ce PMU de Bar-sur-Issoire, l'homophobie n'était pas si condamnable que cela. Comme si elle n'était après tout qu'une sorte de coquetterie discursive plus acceptable néanmoins que ne l'est toute autre forme de discrimination et que les morts qui s'entassaient un peu partout dans le monde du fait des lois homophobes n'avaient que très peu de poids face au réconfort d'un sirop d'orgeat. Puis je me suis posé la question de l'Autre dans un sens plus large alors que Christine Boutin poursuivait : "Nous, les femmes, avons vraiment la séduction inhérente à notre ADN, de façon encore plus profonde que les hommes. Et c'est du reste pour ça que les femmes entre elles sont tellement dures. Il y a des compétitions de séduction très fortes entre femmes". De la même façon et comme précédemment, je me suis mis à réfléchir sur ces paroles, ces dernières me confrontant à cette idée très couramment convoquée qui prétend que c'est très exactement cette même séduction « génétiquement acquise » qui explique pourquoi la femme reste « violable » par nature, cette « violabilité » étant intrinsèquement lié à la nature féminine et à son consentement induit. Dans le reflet du miroir, Gisèle Halimi qui elle aussi s'était invitée au PMU de Bar-sur-Issoire pour se descendre un petit verre de Côtes du Rhône, déclarait : « À peu près quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent, quand une femme est violée, il n'y a pas de témoins et, par conséquent, quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent, les violeurs qui expliquent tout ce qui a pu se passer auparavant concluent : « Oui, mais à ce moment-là, elles ont été consentantes ». Le drame de cette attitude, c'est que, qu'on le veille ou non, nous sommes acculées, nous, plaignantes, à devenir accusées à essayer de vous démontrer que : « Mais non, nous n'avons pas consenti ! » [?] Il y a une chose abominable en soi, s'agissant du droit pour une femme de dire « non ». Et quand une femme dit « non », il faut qu'on le comprenne une fois pour toutes, c'est « non », ce n'est pas « oui ».» (Gisèle Halimi, plaidoirie du 03 mai 1978, Aix-en-Provence) J'ai quitté le petit PMU de Bar-sur-Issoire avec une certaine nausée (j'ai un peu vomi aussi, je le concède) en me questionnant sur le poids des mots, leur relais et leurs conséquences. Et puis je me suis posé une dernière question qui semblait prévaloir sur toutes les autres : « Dans cette société, n'apprenons-nous jamais vraiment ? ». J'ai essuyé ma bouche, mis un pull. La nuit était tombée et il faisait froid : en avril, ne te découvre pas d'un fil et reste vigilant.   (Illustration Pochep)

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