Jean-Marie Gourio
Publié le 01/11/2015

Poème en forme de vélo


Je suis un poème

En forme de vélo

Une roue devant

Une roue derrière

Un guidon

Deux pédales

Une sonnette

Qui fait dring dring

Je suis un poème

En forme de vélo

Un poème sans frein

Qui roule

Roule

Roule

Roule

Roule

Roule

Sans pouvoir s'arrêter

Je suis un poème sans frein

Qu'on arrête avec les pieds

Franchement y'a mieux comme poème

Pour faire le Tourmalet

Il commence à écrire en 1976 dans le magazine Hara-Kiri, dont il devient bientôt rédacteur en chef adjoint. C'est là que paraissent ses premières "brèves de comptoir". Il écrit aussi pour la radio, la télévision, le cinéma et la bande dessinée. Et puis des romans, 9 à ce jour. Depuis 1987, il publie un recueil de Brèves de comptoir par an. Après ses Nouvelles Brèves de comptoir au Rond-Point avec Jean-Michel Ribes, il va lancer sur ventscontraire.net des Haïku de comptoir, des essais philosophiques épais comme un fil, des visions, des pensées en rond, des tribunes de stade...
 

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Le 4 novembre 2014 à 10:55

Le Poème du Management et de la Mort

Article paru conjointement dans Le 1 n°30

La vie d’une langue ne dépend pas de ceux qui la parlent mais de ceux à qui elle s’adresse. La chaîne des causes et des conséquences y est inversée comme dans l’amour – où la puissance tantrique dépend moins de la finesse d’émission de ceux qui désirent que de la force de réception de ceux qui sont désirés. La langue n’est un outil de communication que secondairement ; elle est d’abord une maille pour attraper les êtres invisibles, un masque à pensées et une boîte à rêves. C’est pour ça que nous pouvons lire Finnegans Wake, alors que Joyce écrit dans une langue qui n’est parlée par personne. A la source de chaque langue, il y a sa relation avec la « langue des oiseaux », c’est-à-dire la façon dont elle entre en relation avec d’autres états de notre être – ceux que l’on appelle, à défaut d’un meilleur terme, les Anges. Ceux qui parlent « la Langue des Oiseaux » parlent secondairement aux hommes. A travers les hommes, ils s’adressent toujours aux êtres invisibles, aux animaux, aux âmes ou aux forces. Et tous les poètes parlent la « langue des oiseaux », qui n’est pas seulement une question de jargon secret mais parfois la simple découverte d’un rythme ou d’une syntaxe émotive inédite. Toute parole poétique, comme tout amour, est un passage vers l’au-delà. Ce n’est pas son mélange avec les autres langues qui appauvrit le français ; même celui de l’anglais des films et de la musique pop. Come on, dudes ! C’est sa contamination par le langage de l’entreprise, le jargon des publicitaires et politiques, la langue de l’information et de la communication. Ce qui tue une langue c’est son usage « de communication », c’est sa volonté d’être « comprise » à tout prix, son obsession à pénétrer dans le cerveau de son interlocuteur. Cette langue-là, qu’on voit à l’œuvre dans n’importe quel débat d’idées, on peut franchement la haïr comme un viol, parce qu’elle ne s’adresse qu’à ce qui nous rabaisse. Elle ne nous perçoit que comme de la viande à voter, acheter, se faire bien baiser, payer le prix fort et recommencer. Elle ne s’adresse jamais à l’Ange ou à l’Animal qui est en nous, mais toujours à cette sous-merde à laquelle nous voudrions échapper. Et on ne peut jamais lui répondre, puisque c’est à cet usage polémique qu’elle cherche toujours à nous rabaisser. C’est comme les oiseaux mécaniques qui pourrissent la vie du président Schreber : ça ne fait pas « débat » qu’il ne sert à rien de les insulter ou de les frapper ; le névropathe doit leur répondre par d’étranges variations homophoniques pour qu’ils se taisent : il doit les « confondre », les « rendre idiots ». On doit faire pareil avec les managers, les publicitaires, les chroniqueurs et les experts : seule l’interruption poétique pourra mettre fin à leur règne. On doit les tuer par un mystère qui les enferme et les dépasse. La presse quotidienne devrait ouvrir des pages « rebonds » aux écrivains asilaires, aux excentriques scientifiques, aux messies sans disciples : ce sont eux qui commenteraient l’actualité. Eux, mieux que personne, vivent dans les ténèbres de leur chair ce que nous expérimentons superficiellement à l’air libre. Comme Renfield dans Dracula, leur angoissant délire n’est jamais que la vision prophétique de l’apparition imminente d’un Maître de mort. Qui mieux que Jean-Pierre-Aimé Lucas, auteur d’un invraisemblable Traité d’application des tracés géométriques dans lequel il nie l’existence de l’hyperbole ou dissèque la charpente osseuse du cercle dans lequel il découvre quatre carrés de parfaite égalité, a décrit la folie extrême des instituts scientifiques du XIXe siècle ? Les affirmations de la linguistique furent explosées par les visions de Jean-Pierre Brisset, pour qui toutes les langues descendent du bassin d’Anjou, lorsque la grenouille se transforma en homme à l’apparition de son sexe. Le grotesque inhérent à l’appréciation esthétique est démontré par la Balance de la nature de Marie Le Masson Le Golft, qui donnait des notes au cyclamen, au jaguar, à la saveur du crabe ou à l’odeur du laurier rose. Aujourd’hui, les hollow men du monde de la politique et des médias, comme les storytellings épuisants et insistants de leurs spin-doctors, devraient être analysés par les descendants de Berbiguier de Terre-Neuve du Thym qui voyait dans les moindres actions des hommes la main des Farfadets, « perturbateurs du repos et du bonheur du genre humain ». Qui écrira enfin Le poème du management et de la mort ? Car c’est ainsi que prend fin le monde. Pas sur un boum ni sur un murmure. Sur une émission de BFM-TV. On dit que les hommes d’autrefois, menés par Nemrod, le roi-chasseur, avaient construit une Tour pour accéder au ciel. Le démiurge la détruisit ; et de cette destruction provint la multiplicité des langues. Franz Kafka et Raymond Abellio ont tous deux parlé de la Fosse de Babel. Mais le monde de la communication et du management nous apprend que Babel n’est ni une tour ni une fosse. C’est une plateforme – et c’est sur la Plateforme de Babel que nous marchons tous aujourd’hui, priant pour qu’un démiurge revienne afin de la mettre en pièces une bonne fois pour toutes. Car on ne meurt ni dans l’unification titanesque des Anciens, ni dans la dissémination des Modernes. On meurt dans la langue aplatie des ministres et des hommes d’affaire, des technocrates et des chroniqueurs télévisuels. Une langue que tout le monde parle, mais que personne n’écoute. > Retrouvez Pacôme Thiellement au Théâtre du Rond-Point le samedi 29 novembre à 18h30 : La Société secrète du spectacle Cet article est parudans une version plus courte dans le n°30 de l'hebdo Le 1partenaire de ventscontraireset du Théâtre du Rond-Point

Le 20 octobre 2015 à 10:20

Fausto Coppi c'est moi !

Croyez moi ou non, je suis Fausto Coppi. Je suis né le 4 janvier 1960, date de la mort officielle du campionissimo. Je suis brun, chauve, petit et grassouillet, et à vélo je souffre le martyre dès que la route s’élève. C’est dire mon calvaire d’être Coppi, mais je ne dis pas cela pour me défiler. Je devine à votre sourire un brin d’incrédulité, peut-être même de l’agacement, à moins que ce ne soit de l’indignation. Peu m’importe, je sais ce que je sais, y compris les circonstances de la mort du champion puisque c’était un malentendu, d’où ma présence ici. Pensez-vous sérieusement que le grand Fausto aurait succombé à une crise de malaria contactée en Afrique, qu’une fièvre l’aurait emporté, lui qui n’aimait que la chaleur ? A son palmarès je vous serais reconnaissant d’ajouter les grands prix cadet de Saint-Symphorien (Deux-Sèvres), de Nieul-le-Dolent (Vendée), le prix des médaillés sportifs de la Ville d’Etaules (Charente-Maritime), puis en catégorie junior la course de Côtes de la Chapelle des Pots (idem), les kermesses de Villiers-en-Plaine (Deux-Sèvres), Angoulins-sur-mer (Charente-Maritime encore) et de Sigournais (Vendée), marquée par une péripétie avec une vipère prise dans ma roue arrière. Je conçois que ces victoires n’ont pas le prestige d’un Giro ou d’une Flèche Wallonne, mais j’ai fait ce que je pouvais avec mes modestes moyens pour honorer le nom de Fausto dont je suis, si vous me passez l’expression, une manière de réincarnation. J’y reviendrai si vous m’accordez un peu de votre temps. Officiellement Fausto a été emporté par une maladie exotique contractée avec son ami Geminiani, alias Gem ou le Grand Fusil, lors d’un critérium disputé fin 1959 au Burkina-Faso. Il se raconte que Gem survécut au prix d’un traitement de cheval prodigué dans le bon hôpital de Clermont-Ferrand. Alors que Coppi, soigné à tort pour une grippe, fut emporté illico presto. La presse de l’époque tira quelques conclusions sévères sur l’état de la Faculté transalpine, sur le diagnostic de ses médecins, et sur les vengeances possibles d’un bon dieu que le champion n’avait pas ménagé de son vivant, allant même jusqu’à lui disputer son rang, surtout en haut des cols pentus. Ce qu’il ne faut pas entendre ! Je n’aime guère parler de moi mais puisque vous m’y poussez (discrètement tout de même, les commissaires de course sanctionnent sévèrement les poussettes aux coureurs), je vais vous dire ce que je sais des temps reculés où j’étais Coppi. Ce n’est pas pour rien qu’à ma naissance mes parents m’ont appelé Fausto. Un Fausto de seconde main, je vous l’accorde, encore que les mains soient des outils mineurs dans l’art de pédaler. S’accrocher au guidon ou se pendre à la potence est à la portée du premier empoté venu. Pour faire de plus amples présentations, permettez-moi de vous en dire davantage sur l’authentique Fausto qui sortait de la cuisse de Jupiter. Je me tais car le voici qui s’avance et si l’envie vous vient de l’applaudir, n’hésitez pas, un champion même disparu est toujours une vieille coquette. De loin la silhouette est effilée. Aérienne et légère. Un Giacometti de chair et d’os qui frôle le ciel comme une catastrophe. Le coureur fait corps avec sa bicyclette qui lui tient lieu de squelette. Dressé sur les pédales, il se joue de la pente. C’est à se demander s’il peine pour monter. Il donne une sensation d’apesanteur. Ses boyaux lisses et minces ressemblent à de jeunes orvets dont la peau vert pâle se marbre au contact du goudron. Il grimpe en danseuse, coupe les virages au plus près selon une trajectoire parfaite. Ses jambes de feu tournent sans accroc dans un va-et-vient harmonieux semblable au mouvement perpétuel. Le coureur abolit le temps, aplanit la montagne, défie en souplesse les lois de la gravité. Il avale le goudron que le soleil liquéfie. La sueur forme un film liquide sur sa peau. Parfois il secoue la tête et des gouttes fusent de toute part, son corps est une masse d’eau salée. Il a le visage creusé du Christ. Le teint have d’un supplicié. On l’appelle Fausto, la terre entière l’appelle Fausto. Son premier prénom, celui que prononce sa mère la désormais vieille dona Maria avec son chignon blanc serré comme un poing transpercé par une aiguille de buis, celui qui figure sur sa feuille d’état civil établie le 15 septembre 1919 à Castellania, dans le Piémont, son prénom devant Dieu c’est Angelo. Le petit ange, le messager. Il n’est pas l’ange de la montagne. Il a laissé l’appellation au luxembourgeois Charly Gaul qui n’aime les cols que sous la pluie. Lui porte le soleil et l’ombre en lui. Il est Fausto. Faust dort dans son nom. Parfois il se réveille et Fausto est le jouet du diable. Au bout de Fausto roule le o de Méphisto.  

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