Jean-Marie Gourio
Publié le 07/10/2015

Noble sport


A la boxe, il faut être deux, maximum quatre.

Il faut des gants de boxe, à la limite des gants de cuisine rembourrés.

Il faut un short, à la limite une robe de chambre à molletons avec dans le dos le jour et la date du match.

Il faut se mettre au centre du ring, à la limite dans les tribunes.

Il faut donner des coups sur le nez de l'adversaire, à la limite des coups de pied aux fesses, à la limite couper à pique sur carreau.

Il faut tomber ko, à la limite il faut tourner deux fois sur soi même, à la limite il faut faire le pigeon en se posant sur la corde et en roucoulant.

Les quatre boxeurs posés sur la corde peuvent aussi faire les hirondelles. A la limite, les pinces à linge.

A la limite, il est possible aux boxeurs de faire sécher les robes de chambre accrochées aux pinces à linge.

La boxe est un noble art. A la limite, on peut faire des gouaches ou même de la pate à modeler, des santons en terre cuite, qui sont aussi un art.

A la limite, on peut vendre du poisson.

A la limite, des frites.

La boxe a des règles strictes.

Les frites doivent être cuites en deux fois.

La boxe est un sport magnifique.

A la limite, on peut aller au cinéma.

Il commence à écrire en 1976 dans le magazine Hara-Kiri, dont il devient bientôt rédacteur en chef adjoint. C'est là que paraissent ses premières "brèves de comptoir". Il écrit aussi pour la radio, la télévision, le cinéma et la bande dessinée. Et puis des romans, 9 à ce jour. Depuis 1987, il publie un recueil de Brèves de comptoir par an. Après ses Nouvelles Brèves de comptoir au Rond-Point avec Jean-Michel Ribes, il va lancer sur ventscontraire.net des Haïku de comptoir, des essais philosophiques épais comme un fil, des visions, des pensées en rond, des tribunes de stade...
 

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Jean-Marie Gourio

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Le 9 octobre 2015 à 09:02

Massimo Furlan : "Enfant je refaisais tout le championnat italien dans ma chambre"

Enfant il rejouait les matches du championnat italien dans sa chambre, rivé à un transistor grandes ondes pas toujours fiable. Son lien avec son pays d'origine. S'en souvenant en 2002, il décide une folie : rejouer seul, dans un vrai stade et en temps réel, un match mythique de l'histoire du foot. Il commence dans sa ville au stade de la Pontaise, à Lausanne. L'artiste Massimo Furlan endosse les couleurs de l’Italie pour une performance hors norme : il est le joueur numéro 23, il remet en action seul sur la pelouse la finale Italie-Allemagne du championnat du monde 1982, qui se termina sur la victoire de l’Italie. Seul et sans ballon, il revit la totalité de ce match, dans toute sa dramaturgie. Avec le récit en direct de Jean-Jacques Tillmann, ancien commentateur de la télévision suisse romande, et sous les yeux d’un public qui revit le match avec lui, endossant le rôle des supporters. Puis il enchaîne au Parc des Princes en revêtant le numéro 10, celui de Platini lors de la demi-finale homérique entre la France et l'Allemagne, sous le regard de Michel Hidalgo. Jusqu'à aujourd'hui, il s'entraîne plusieurs mois comme un sportif pour traverser ainsi de grandes parties restées dans la mémoire collective, avec la complicité de commentateurs sportifs et d'entraîneurs de l'époque, comme à Marseille, Vienne, Hambourg, Varsovie, Porto, Séoul... > l'actualité de Massimo Furlan

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