Jean-Marie Gourio
Publié le 17/08/2013

Haïku de comptoir 102


Soleil de nuit

Ricard de onze heures

Pastis de minuit

Il commence à écrire en 1976 dans le magazine Hara-Kiri, dont il devient bientôt rédacteur en chef adjoint. C'est là que paraissent ses premières "brèves de comptoir". Il écrit aussi pour la radio, la télévision, le cinéma et la bande dessinée. Et puis des romans, 9 à ce jour. Depuis 1987, il publie un recueil de Brèves de comptoir par an. Après ses Nouvelles Brèves de comptoir au Rond-Point avec Jean-Michel Ribes, il va lancer sur ventscontraire.net des Haïku de comptoir, des essais philosophiques épais comme un fil, des visions, des pensées en rond, des tribunes de stade...
 

Plus de...

Jean-Marie Gourio

 ! 

Partager ce billet :

À voir aussi

Le 25 mars 2017 à 09:54

Gérald Garutti : Pierre Richard, étoile dans la nuit

Avec Petit éloge de la nuit, le metteur en scène Gérald Garutti s’inspire de ses nuits au cœur de Londres où il crée ses spectacles – Shakespeare, Dostoïevski, Edgar Poe. A partir du texte d'Ingrid Astier, il construit un écrin à l’acteur Pierre Richard et montre une autre face de ce Pierrot lunaire. Théâtre du Rond-Point —Comment cela va se passer, sur le plateau ? Que va-t-il se passer ? Dans quel lieu Pierre Richard va-t-il lire, jouer, évoquer la nuit ? Gérald Garutti — Avec ce spectacle, chacun sort de son univers défini pour découvrir, en lui-même et hors de soi, une terra incognita. La romancière aborde l’incarnation théâtrale, l’acteur comique plonge dans l’œuvre au noir, le metteur en scène d’histoires (re)constituées s’immerge dans le labyrinthe des formes ouvertes. Cette multitude des possibles – la nuit, Pierre Richard, des fragments – nous a plongé dans une recherche qui m’a incité à croiser les inspirations. L’exigence de symbiose entre les arts – le théâtre, la musique, le cinéma, la danse – a été nourrie par les contributions essentielles d’une excellente équipe artistique : le cinéaste Pierre-Henri Gibert et le compositeur Laurent Petitgand, le scénographe-éclairagiste Éric Soyer et le plasticien-vidéaste Renaud Rubiano, la danseuse étoile Marie-Agnès Gillot et le costumier Thibaut Welchlin. J’ai ainsi conçu ce spectacle comme une invitation au voyage qui semble s’inventer à chaque pas. Pour que, de l’intensité de la nuit et de cet acteur inouï, résonne la parole et rayonnent les visions, pulse l’essentiel et s’ébatte la vie. Ce qui en ressort, ce qui va se passer, d’où il parlera, vous le verrez par vous-même – la nuit relève surtout du mystère...

Le 22 mars 2017 à 12:19

Gérald Garutti : théâtre diurne ou théâtre nocturne ?

Avec Petit éloge de la nuit, le metteur en scène Gérald Garutti s’inspire de ses nuits au cœur de Londres où il crée ses spectacles – Shakespeare, Dostoïevski, Edgar Poe. A partir du texte d'Ingrid Astier, il construit un écrin à l’acteur Pierre Richard et montre une autre face de ce Pierrot lunaire. Théâtre du Rond-Point — Qu’est-ce qui vous touche dans ce texte ? S’agit-il d’un poème ? D’un conte ? D’une évocation philosophique ?Gérald Garutti —Le texte d’Ingrid Astier se compose de savoureux fragments d’un discours nocturne, allant d’Abyssalà Zoomen passant par Ciel; Appel de la nuit; Armée des ombres; Feu d’artifices... L’écriture en est somptueusement ouvragée d’une main d’esthète et d’un regard gourmand. L’ensemble invite à la rêverie, par sauts et gambades, à l’association disparate, à la plongée dans les replis de la phrase nocturne. Le réel défi était de passer d’une telle introspection littéraire, fragmentaire et analytique, à un propos théâtral incarné, à un véritable voyage au cœur de la nuit. J’ai ainsi procédé à un travail d’adaptation durant plusieurs mois, afin de mettre en valeur la portée poétique du texte initial. Avec l’aide de mes collaborateurs artistiques Païkan Garutti et Laurent Letrillard, de ma dramaturge Zelda Bourquin et de mon assistant à la mise en scène Raphaël Joly, nous avons sillonné de nombreuses œuvres évoquant la nuit. Dans le même temps, je sélectionnais dans lePetit élogeles entrées qui me paraissaient les plus pertinentes, les taillais, les agençais pour construire un parcours non plus alphabétique mais progressif –une traversée de la nuit dans ses versants contrastées, le rêve et le cauchemar, le désir et la méditation, le fantasme et la folie, la solitude et la fête...Tout en bâtissant cette architecture, au fil du travail avec mon équipe, j’ai choisi des textes complémentaires issus de différents genres – poésie, roman, philosophie, etc. – pour que résonnent les harmoniques du texte d’Ingrid. J’ai souvent suivi les hommages qu’elle rendait à certains poètes de la nuit que nous aimons tous deux (Poe, Baudelaire, Doyle, Cyrano), mais parfois aussi préféré d’autres figures plus en phase avec ma sensibilité et le sens du spectacle (Dostoïevski, Desnos). Au fil de ce processus, nous avons constamment essayé les textes avec Pierre Richard afin qu’ils soient en consonance avec lui ou révèlent de lui une facette que je souhaitais mettre en exergue. Au final, il s’agit véritablement d’un voyage à travers la Nuit. Il est porté par un homme qui la fait vivre, la suit, la vit, voire, par moments, l’incarne : un homme au sein de la nuit, la nuit au sein d’un homme.

Le 11 avril 2012 à 09:50

De qui se moque-t-on ?

10. Le cheveu

Le cheveu, si nous n’en avions qu’un, j’admets qu’il serait chose précieuse, le fil le plus fin du tricot de soi, le filament radieux de notre ampoule de tête ; rai de soleil ou trait de pluie nous liant harmonieusement au monde environnant. Mais cette quantité ! Ce mystère sans intérêt de leur nombre ! Si l’ennui a une origine, il faut la chercher dans cette mauvaise herbe proliférante. Le cheveu est un piège à guêpe, la tige de la pipistrelle affolée, un nid douillet pour le pou qui ne se défait que pour tremper dans la soupe ; au soir, il est un suffocant nuage de gaz carbonique, de graillon et de tabac. Puis il nous embrouille. Le visage le plus franc, la figure la plus candide disparaissent sous ce gribouillage. Il n’y a plus moyen d’être honnête. Alors le cheveu nous dénonce sur les scènes de crime malgré toutes les précautions prises pour ne laisser ni trace ni empreinte. Il veut nous voir en prison ; il fournit, pour notre cachot, la première brassée de paille humide.       Tout le hérisse. C’est un pleutre doublé d’un gardien sourcilleux de l’ordre et de la morale. Toutefois, il suffit que l’ennemi l’empoigne pour nous tenir à sa merci. Nous n’avons plus de secrets pour lui, voici les noms, voici les plans, voici les codes. C’est que la douleur a son siège à la racine du cheveu. Si onduleux et souple soit-il, nous n’en sommes pas moins criblés de crin, d’aiguilles, d’épingles, d’épines, voués à toutes les malédictions, à tous les envoûtements.       Ah ! si Dieu est un marionnettiste, devinez un peu quelles ficelles il tire pour nous manipuler, et pourquoi nous dansons misérablement sur le flot, et pourquoi nous ratons si souvent la marche.       Ah ! nous nous croyions définitivement descendus du singe, nos pieds touchaient le sol sous le cocotier, mais c’est encore par le cheveu que le chimpanzé nous retient en l’air ; sa main velue nous gratte paternellement l’occiput. Serions-nous si ébouriffés si nous en avions tout à fait fini avec la préhistoire ?       Et pourtant, comme nous prenons soin du cheveu ! Shampoing au lait d’amande, peigne de nacre, brosse en loupe de noyer, rubans, barrettes, fleurettes, rien n’est trop beau pour lui. Croyez-vous qu’il nous en sache gré ? Il se ternit plus vite que la pomme de terre pelée ; blond, brun ou roux au départ, il vire au gris, il tombe en cendres, il nous vieillit de dix ans du jour au lendemain. Le vent qui nous décoiffait hier disperse à présent la poussière dont nous sommes faits. Le cheveu est le premier à partir, il nous laisse grelotter dans les frimas. Ou alors, il nous trahit plus sournoisement encore : il s’accroche, au contraire, quand tout notre corps défaille, se lézarde puis succombe – il continue à croître après notre mort, doué d’une vigueur nouvelle, il se nourrit de notre cadavre comme un ver !       Que faire, mes amis, comment nous rebeller à notre tour contre ces mèches qui nous aveuglent, ces frisettes qui nous infantilisent, ces épis qui nous ridiculisent, ces brosses qui nous militarisent, comment nous soustraire à ces rets, à ce filet qui déjà nous coiffe et qui, si nous n’y prenions garde, s’enroulerait aussi bientôt autour de nos chevilles pour nous paralyser complètement ? Nous ne sommes pas démunis : le cheveu redoute les ciseaux, la tondeuse, la pierre ponce, le papier de verre et le rabot. Rasons-le, polissons, astiquons nos crânes ; alors enfin nous serons vraiment nus sous notre bonnet et, celui-ci ôté, la lucidité nous reviendra avec la lumière.

Tous nos invités
Tous les dossiers

derniers podcasts

je m'abonne :   
Kader Aoun et des stand-uppers : "Je n'abandonnerai jamais la banlieue"
Live • 23/03/2019
Tania de Montaigne : L'Assignation
Live • 07/02/2019
Florence Aubenas au grand oral désopilant du Barreau de Paris
Live • 07/02/2019
Eric Vuillard en conversation avec Pierre Assouline
Live • 13/02/2018
Tobie Nathan : Le Parlement des dieux
Live • 13/02/2018
Tous les podcasts

ventscontraires sur Youtube

Découvrez la chaîne
La revue en ligne du Rond-Point
Auteurs maison   Vedettes etc.   Confs & Perfs   Archives   Tous les chroniqueurs
Les vidéos   Les sons   Les images   Les textes  Nous contacter   Presse
ventscontraires.net, revue en ligne, vous est proposée par le Théâtre du Rond-Point.
Site administré par
© 2014 - CC.Communication