Tant qu'il y aura du froid, recherche extime sur une sensation en voie de disparition
Moscou, juin 2010 Artour Tchilingarov est dans son bureau de la Douma. Il
n’arrive plus à suivre l’activité parlementaire russe. Le Kirghizistan est à
feu et à sang, la corruption du Kremlin est surmédiatisée, un juge vient encore
d’être assassiné, les néonazis tiennent les rues de Moscou, la Slovénie a
éliminé la Russie des sélections pour la coupe du monde, Dimitri Medv… Dimitri
emmerde Artour. Il lui demande encore des nouvelles de l’ONU au sujet des
sous-sols arctiques : l’extension du monde russe doit se passer sous la
calotte glaciaire. L’idée d’Artour peut tout régler : la reconnaissance
internationale de son statut d’explorateur polaire, l’accès russe à une réserve
de pétrole équivalente à celle du Golfe persique et la domination énergétique
de la Russie sur le monde.
Artour Tchilingarov est dans son bureau de la Douma. Il
apprend que Vladimir Poutine inaugure une expo au Grand Palais à Paris. Artour
en a un peu marre. Il étend ses jambes, croise ses bras derrière la tête et
repense au 2 août 2007. C’est lui qui était à la tête de l’expédition
arctique 2007 et des deux bathyscaphes, Mir-1 et Mir-2. Il était là, tout au
fond, quand Mir-2 a planté un drapeau russe en titane, à 4302m de profondeur, à
la verticale du Pole Nord. Plus il y repense, plus il trouve que c’était l’idée
du siècle.
Artour Tchilingarov est dans son bureau de la Douma. Il
apprend qu’Elena Dementieva ne participera pas à Wimbledon. C’est fois-ci, il
abandonne. Il est fatigué de la lenteur de l’ONU à accorder à la Russie la
souveraineté de cette zone nordique. Il va autoriser les pétroliers à traverser
l’Arctique. Ça va contrarier l’ONU et en plus, ça calmera Dimitri.
Ce qui l’embête, c’est son statut d’explorateur polaire
international. Il a pourtant fait comme les autres, il a mis un message
d’espoir sous le drapeau : c’est une petite plongée pour l’Homme ...
Parmi les millions de photos du mariage du Prince William et de Kate Middleton, il en est une qui est en train de se faire une place toute particulière. Il s'agit d'un cliché pris au moment du deuxième baiser du couple princier au balcon du palais de Buckingham. Quand on y regarde de plus près, on découvre la petite Grace van Cutsem, filleule du prince, qui se cache les oreilles pour se protéger du tumulte de la foule en liesse. La mine de l'enfant et son geste inattendu ont depuis quelques heures transformé la gamine au rang de star et elle est en passe de voler la vedette aux tourtereaux couronnés. Le jeu consiste à reprendre l'image de la petite fille et de l'intégrer dans une nouvelle image aussi improbable que possible. Le Hashtag #royalweddinggirl est de plus en plus suivi sur twitter et un site internet vient d'être lancé pour accueillir les "meilleurs" détournements : http://royalweddinggirl.tumblr.com/
Devant un phénomène d'une telle importance, tant politique que culturelle, ventscontraires.net se devait d'informer ses lecteurs et de proposer sa pierre à l'édifice en construction.
Dans mon jardin, il y a des
feuilles. Mortes. Des feuilles qui ne tiennent plus aux branches et se laissent
tomber au sol. Des feuilles qu’il faut rassembler avec un râteau, ramasser avec
une pelle et un balai. Des kilos de feuilles humides qui sentent le moisi et
qui emplissent ma poubelle jusqu’à la gueule. Des saletés de feuilles d’automne
dégoulinantes de pluie grise et acide.
Dans mon jardin il y a des
arbres, plein d’arbres qui perdent plein de feuilles. Des arbres qu’il faut
élaguer en novembre. Et ça fait des branches qu’il faut ligoter en fagots. Ou
découper en morceaux pour compléter les poubelles de sales feuilles. Des
putains de vieilles branches poisseuses couvertes de mousse et de cacas d’oiseaux.
Dans mon jardin y’a des
rosiers. Des dizaines de rosiers qui font des centaines de saloperies de roses
avec des pétales qui s’envolent au moindre coup de vent et bouchent les
gouttières. Des conneries de rosiers avec des conneries de ronces qui t’arrachent
la peau, te déchirent le pantalon, t’enveniment le derme, font des conneries de
plaies qui s’infectent sous les ongles et te provoquent des conneries de gros
panaris. Et ces putains de bordel de saloperies de rosiers ont besoin d’être
taillés, tous les ans, toutes ces enfoirées d’années à la con, juste avant
l’hiver, quand on se gèle les mains et qu’on piétine dans l’eau glacée.
Et dans mon jardin, au-delà
des arbres dénudés, j’aperçois les yeux de ceux qui sont bien au chaud dans
leur HLM et qui me regardent. Et je me demande : Quand ? Quand n’aurai-je
plus, enfin, les moyens d’entretenir mon jardin ? Quand irai-je, moi
aussi, dans une saloperie d’appartement pourri regarder des fleurs en
plastique, des arbres de papier peint, des jardins chromos sous verre et des
roses en carton parfumé dans des cartes d’anniversaire poussiéreuses ?
J'en ai ma tasse de thé ma tasse de cet été J'en ai mon bol de café du pas d'bol de c'que j'fais J'en ai ma coupe de champ' de cette coupe à la con J'en ai mon ballon de rouge du mépris d'tous ces bourg' J'en ai mon verre d'eau des vers d'Edgar Poe J'en ai ma carafe de sirop d'avoir le cafard aussitôt J'en ai mon pichet de vin de mes pêchés sans lendemain J'en ai ma bouteille d'Ice Tea de cette mode seventies J'en ai mon calice d'eau bénite des promesses fortuites J'en ai mon robinet d'eau calcaire d'endurer ce calvaire J'en ai mon thermos du nucléaire J'en ai mon fut de cidre de mon faux cynisme J'en ai mon magnum des trous d’bal J'en ai mon pack de panaché des pâtes et du steak haché J'en ai mon broc de grenadine des bras de Géraldine J'en ai mon godet d'orangeade des galères d'argent J'en ai ma coupelle de grog du cartel de la drogue J'en ai mon cubi de rosé d'être toujours désolé J'en ai mon gobelet de sangria envie de dégobiller sur tout ça J'en ai ma canette de Minute Maid j'vais caner dans la minute mais je finis d'épancher ma soif de vivre J'en ai mon tonneau de vin jamais étonné en vain J'en ai mon shaker à cocktail de Shakira et ses jumelles J'en ai mon biberon de lait de ba-ba-balbutier J'en ai mon récipient vide de réciter ma vie