Stéphane Trapier
Publié le 17/07/2013

0,34 euros


Né le 15 juillet 1790, Stéphane Trapier a toujours raté les rendez-vous de l’histoire. Ancien avant-centre de l’équipe de France, il n’a jamais gagné la coupe du Monde. Il collabore à Fluide Glacial (après le départ de Gotlib), au Monde (sans jamais croiser Beuve-Méry) ou encore à Télérama (dès la retraite de Jean-Claude Bourret). Il a illustré deux ouvrages de Jean-Michel Ribes, et son Rond-Point. Il ne connait pas personnellement Henri Guaino. 

Plus de...

Stéphane Trapier

 ! 

Partager ce billet :

À voir aussi

Le 14 juin 2011 à 05:39

Lettre démodée à un libertin...

Les libertins sont avisés, surtout ne pas dépasser les limites du bon goût des petits jeux qu'ils jouent. Un zeste de sadisme, un zeste de romantisme, un soupçon de luxure, délicieuse blessure. On se délecte des lectures du divin Marquis, on se donne en pâture... oh vraiment, c'est exquis ! On s'épanche, on caresse, on frappe avec rudesse, et puis on se mélange. On est bien dans la fange! On observe discret, derrière des glaces sans tain. On déguste en gourmet, des corps qui seront siens. Peu importe le sexe, tout est bon à toucher. On a plus de complexes à sucer, à lécher. On se masque, on se cherche pour mieux se découvrir, on saisit mille perches qui vont nous faire plaisir. Derrière le loup de soie se cache l'agneau tendre. On tâtonne, on perçoit, on a soif de surprendre. La manipulation  est un état jouissif et la domination un droit définitif. Plus fine est la partie, plus grand est le danger. La douce mélancolie des liaisons inavouées.  Tout ce beau monde s'adonne à ces plaisirs pervers sans penser un instant à ces nombreux revers, qui arrivent pourtant et qui leur jouent des tours...Le mot n'est pas fréquent, chez ces gens élégants. Elégants dans l'habit et non dans tout le reste. Ils sont toujours bien mis, une rose à la veste. Le mot qui n'a plus cours et qu'ils ont oublié, ce mot est un état, un état démodé. Ce mot qui joue des tours, on ne peut le contourner. Ce mot devient suspect. Il s'agit de l'amour.

Le 30 septembre 2011 à 11:20

Oscar Wilde, le scandale du plaisir

D’après ce que nous enseignent les livres de sciences naturelles, des millénaires ont été nécessaires à la Terre pour donner naissance à Oscar Wilde. La gestation fut longue. Les époques qui ont précédé sa naissance n’ont pourtant pas été inutiles ; elles ont fourni un parfait compost. Bien sûr, il y eut un choix à faire. Pour qu’Oscar Wilde naisse les dinosaures ont dû disparaître. Ils n’auraient pu coexister, Wilde n’aurait pas toléré leurs manières grossières et leur habitude de piétiner les fleurs des champs. Il fut aimé et haï pour la même raison : on comprenait ses livres parfaitement mal. La haine est là, il faut la dévoiler sous les baisers et les applaudissements. Sans doute aurait-il vécu plus heureux et plus longtemps si on l’avait haï plus tôt. La haine vaccine quand elle est injectée dès l’enfance, laissant aux anticorps de l’indifférence le loisir de se développer. Il maniait la langue comme le plus efficace des fouets, capable aussi bien de gifler que de caresser. Il pensait avoir dompté l’Angleterre. Mais le vieux lion cessa de s’amuser et le dévora dans un tribunal. On porta les restes du prince déchu dans une cellule de la prison de Reading où, pendant deux ans, ses derniers muscles furent rongés par la fatigue et les rats. Né en Irlande, il acheva de mourir en France. L’Angleterre n’eut que sa vie. Oscar Wilde est aimé aujourd’hui, et il ne peut rien contre cet amour. On aime les artistes morts, car ils sont sans défense. La société les tue pour qu’ils deviennent le symbole de ce dont elle les accuse. Homosexualité et débauche étaient des accusations imparables sous le règne de Victoria. Les crimes de Wilde sont ailleurs. Son génie passe pour une génération spontanée d’idées brillantes. L’horrible vérité est qu’Oscar Wilde travaillait énormément. Il jouait la facilité par pudeur. Il faisait trop de bruit pour qu’on remarque combien il était humble. Il parlait trop de lui pour qu’on comprenne combien il était préoccupé des autres. Il prenait trop soin de son apparence pour qu’on voie à quel point il ne s’en souciait guère. Le grand scandale d’Oscar Wilde est le plaisir qu’il donne, plus que celui dont il parle. Il est aphrodisiaque quand il aborde la politique. Il est aphrodisiaque quand il écrit sur les fleurs, les costumes de scène, l’amour ou la morale. On ne pardonne pas à un écrivain d’avoir un style si excitant. Le faible lecteur se sent coupable. Habitué à souffrir pour apprendre, il en déduit que, s’il jouit, cela ne doit pas être bien sérieux. Wilde a réussi la fusion de l’intellect, de l’apollinien et du dionysiaque. On trouve Wilde drôle, brillant et inventif, on le couvre de qualités secondaires, pour ne pas voir qu’il est, avant tout, un artiste tragique et un penseur. Il y a des artistes qui éloignent le public par leur inaccessibilité. L’inaccessibilité de Wilde est son accessibilité. Peu de gens ont compris son désespoir et la profondeur de sa révolte. S’il n’était défendu de rire dans les amphithéâtres de philosophie, il serait considéré comme un des plus grands philosophes. Il faut lire ses contes, voir ses pièces et étudier ses essais pour se rendre compte qu’il fait partie de ce petit nombre d’artistes capables à la fois de nous émouvoir, de nous faire rire, de nous donner du plaisir et de changer notre regard sur le monde. Un seul de ses aphorismes constitue un repas complet : « Le succès, c’est aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme. » Il est mort aussi. Ce n’est pas le moindre de ses talents. Le propre des grands artistes n’est pas d’être immortel, mais de mourir. Dire que seuls les grands artistes sont immortels est une bêtise. La vérité est que seuls les grands artistes meurent. Le reste de l’humanité arrête seulement de respirer. Allez vous recueillir devant la tombe d’Oscar Wilde au cimetière du Père-Lachaise. Touchez la pierre et regardez le Sphinx. Vous comprendrez, alors, que cette tombe est le seul endroit de la planète où Oscar Wilde ne se trouve pas.   Article édité dans le catalogue Le Rire de résistance, BeauxArts éditions et Théâtre du Rond-Point (Photo Napoléon Sarony)

Le 10 mars 2015 à 08:19

L'autre, espèce menacée

Dans mon pays, noir comme la beauté, où il pleut du soleil sur l'humain à longueur d'année grégorienne, nous avons un problème : nous ne sommes, en définitive, que des Hommes. Nous aimons, haïssons... et avons la perfidie fatale et suave d'être des Hommes dans toute la complexité contiguë au genre.Donc, dans mon pays, noir comme un jour de guerre, il y a une sagesse colorée qui dit : "Celui qui n'a personne ne se permet d'avoir une plaie dans le dos". Au delà de la proverbialisation atypique de la langue fongbé* que j'ai essayé de traduire sans en altérer l'essence du sens, que comprendre de la sagesse tropicale de mes ancêtres ? N'avoir personne au Bénin porte le sens de "ne pas avoir de famille (père, mère, frères/sœurs...)." C'est qu'au Bénin, l'individu se définit par le patronyme et par sa provenance géographique sur les 112.622 km² du territoire-pays. Et quand un Béninois rencontre un Béninois, il recherche l'altérité du Béninois d'en face. Parce que le ciment social n'a pas la même portée sémantique, cognitive ou sociologique partout sur notre belle bleue tourneuse, ici, il commence par "Comment t'appelles-tu?" et "De quelle région es-tu?" avant le "Je t'aime" expiatoire qui re-lie les sables liés dans le sablier de l'humain, ou le fatal "Tu es l'autre" qui ostracise et jette aux gémonies l'humain de par le fait de l'humain. Je suis l'autre, mais dans la communauté de nos peines et de nos pains ; de cette terre, ses scènes et son sein, il nous reste – c'est ma foi têtue – une parcelle de poésie qui nous permettra de sauver "notre" espèce car si je suis ton autre, tu es le mien. Nous sommes tous les "autre" des uns. De mon pays, noir comme un espoir, j'inaugure le geste enfanteur. Je croque la pomme en égérie sacrificielle d'un poème nouveau pour qu'il ne soit mal écrit et je signe l'ouvrage entamé de l'unique ardeur de mon vœu vivant.  C'est une invitation violente : "Inhumons l'inhumain" et soyons l'autre qui aime l'autre ! ______________________ *Fongbé : langue du continuum "gbé" parlée majoritairement au Bénin et au Togo (Afrique de l'Ouest)

Le 19 juin 2014 à 07:19

L'amour dure des millions d'années

Histoires d'os 49

N’en déplaise à notre versatilité moderne, ils s’aiment depuis 47 millions d’années. Une constance amoureuse que même Baucis et Philémon leur jalousent secrétement. Héros de cette intrique : neuf couples de tortues lacustres, aujourd’hui disparues vue la lenteur extravagante de leur procréation. On les a retrouvés, fossilisés en pleins ébats, sur de belles  plaques de schiste. Cas pour le moins exceptionnel d’érotisme paléontologique, tant il est vrai que la fossilisation surprend assez rarement ses victimes en pleine action. Les couples se sont formés à la surface de l’eau où le mâle, obstinément, a tenté d'enjamber la carapace glissante de sa docile partenaire. Puis, enfin parvenu à arrimer son impatience, il a aimé sa belle sans prendre la peine de dégrafer son encombrant corset d’écailles. Les amants satisfaits sont ainsi demeurés dans cette étreinte sportive, assez peu favorable à l’exercice de la nage. Lentement, ils ont coulé vers les eaux plus profondes où la mort les attendait sous forme de vapeurs toxiques. Ces amants éternels n’ont qu’assez peu de points communs avec Roméo et Juliette et il est douteux que le grand Shakespeare aurait daigné écrire le moindre vers sur leur infortune. Mais leur étreinte post mortem les rapproche des grands destins tragiques qui alimentent notre vision poétique de l'amour. Comment ne pas songer aux estampes japonaises devant cet émouvant Kamasutra zoologique ? A moins de laisser la parole à la sagesse de La Fontaine : qui veut voyager loin, ménage sa monture ? A défaut de septième ciel, la course de l’amour peut conduire au Musée. 

Le 3 août 2011 à 08:19
Le 12 août 2011 à 13:31

Jeudi en me concentrant j'ai réussi à empêcher une feuille de tomber d'un arbre

Ce matin j'étais devant mon bol de porridge quand j'ai vu ma cuillère se lever toute seule, prendre du sucre dans le sucrier, le verser dans mon bol, mon couteau se lever, prendre du beurre dans le beurrier, tartiner mon pain, se lever le pack de jus d'orange, en verser dans mon verre, puis j'ai senti un tendre baiser sur ma joue. C'était ma femme, mais tout ça s'est passé si vite.Hier j'ai rencontré Mme Douglas. Elle m'a embrassé sur les lèvres en murmurant, toi mon chéri tu es fait pour l'amour. C'est en s'éloignant qu'elle me lança "je m'appelle Mme Douglas". Un soir, au cinéma, j'ai fait du plat à mon voisin en croyant que c'était une femme, alors qu'en réalité, c'était un chien. C'est lui qui me l'a dit, au moment où je m'apprêtais à l'embrasser, il m'a murmuré, je serai ta chienne. Un matin en me levant je me suis aperçu que mes cheveux avaient poussé dans la nuit. Ma femme en me voyant s'est écriée, Qui êtes-vous Monsieur, voulez-vous bien sortir de mon lit ! Mais chérie, c'est moi Jean, mes cheveux ont poussé dans la nuit! Mon mari n'a pas de barbe Monsieur, a-t-elle dit. C'est à ce moment-là que je me suis souvenu que je m'appelais Bernard. Jeudi en me concentrant j'ai réussi à empêcher une feuille de tomber d'un arbre. Je l'ai vue hésiter à mi-chemin du sol, vaciller puis remonter et se fixer au point exact de la branche d'où elle s'était détachée. Au printemps j'avais déjà hâté l'éclosion d'un bourgeon en lui prétendant que tout le monde était déjà sorti.  (A suivre)

Le 29 juin 2014 à 11:07

Premières fois...

Et au lit, comment ça se passe ? C'est à peu près la question que j'avais posée à une quarantaine de personnes lors d'entretiens anonymes qui avaient nourri Sous ma peau, mon précédent spectacle. Je poursuis cette plongée dans l'intime en m'entretenant à présent avec des adolescents. Ils me confient leur "première fois".  Charlotte (15ans)– Moi je croyais que j’allais avoir un feu d’artifice à l’intérieur, alors j’ai pensé : Je suis infirme...! je ne trouve pas le plaisir …Anna (18ans)– Je ne lui ai pas dit que j'étais vierge ... On parlait pas la même langue, il était Libanais. Déjà c'est pas des sujets faciles à aborder, mais en plus dans une autre langue... Ça a été atroce parce que j'ai eu super mal. Mais ce qui était trop cool, c'est que quand il s'en est rendu compte, Il m'a dit : « Eh ben, eh ben... mais pourquoi tu me l'as pas dit ? »Il était très touché, il a fait vachement gaffe après. Comme il y avait du sang, il m'a emmenée à la salle de bain, il m'a lavée.... il m'a habillée… il m'a pris dans ses bras… il m’a câliné… C'était très joli...Joe (16ans)– Moi la première fois que j’ai failli réussir à ne plus être puceau, j'étais avec un pote à moi, Victor et sa copine et il y avait aussi une très jolie fille blonde, Clémence : des gros seins, un beau cul, une danseuse, cool... On buvait... on parlait cul.Victor, il paie pas de mine, hein, il est moche. C'est mon pote mais il est moche, il est petit et gros mais il se tapait des boulets de canon.A un moment il a dit : « Bon ben nous, on va baiser. » Ils y vont.Clémence et moi on se regarde et on monte aussi dans la chambre.« – On va essayer de faire l'amour aussi. »  Ah ! ben oui, d’acc ! Faites l'amour. »Ils étaient là, nous on était là. J'ai la trique, tout va bien. J'enfile la capote, on commence à s'embrasser, j'entendais l'autre jouir derrière, c'était énorme . Putain, ça va le faire ! Et là elle me regarde dans les yeux et elle me dit : « C'est ma première fois, donc t'y vas doucement. »Euh !!!! Bon d'accord, OK. J'essaie de rentrer, j'arrive pas à rentrer. Beppp je débande. Victor et sa copine, ils arrêtent :« Qu'est ce que t'as mon pote ? T'arrives pas à bander ? »Clémence elle dit : « – Tu veux te regarder un film de cul, Joe ? Peut être ça va te redonner la trique. »« – Oh…!!! Ben non, t'es là à côté de moi, t'es magnifique, je vais pas regarder un film de cul! »Je me souviendrais toute ma vie de ce jour-là, toute ma vie... Illustration : Sous ma peau, Geneviève de Kermabon DR

Tous nos invités
Tous les dossiers

derniers podcasts

je m'abonne :   
La masterclass d'Elise Noiraud
Live • 16/04/2021
La masterclass de Patrick Timsit
Live • 16/04/2021
La masterclass de Lolita Chammah
Live • 16/04/2021
La masterclass de Tania de Montaigne
Live • 08/03/2021
La masterclass de Sara Giraudeau
Live • 08/03/2021
Tous les podcasts

ventscontraires sur Youtube

Découvrez la chaîne
La revue en ligne du Rond-Point
Auteurs maison   Vedettes etc.   Confs & Perfs   Archives   Tous les chroniqueurs
Les vidéos   Les sons   Les images   Les textes  Nous contacter   Presse
ventscontraires.net, revue en ligne, vous est proposée par le Théâtre du Rond-Point.
Site administré par
© 2014 - CC.Communication