Elosterv
Publié le 18/07/2013

La rupture


Elosterv La rupture
Elosterv naît le 25 juin 1703 à Atlanta pendant les grandes émeutes. Témoin de son époque, Elosterv sera tour à tour dentiste équestre, chercheur à l'INRA dans le domaine de la mie de pain et enfin groseille dans un verger à Plougastel. Aujourd'hui auteur de bande dessinée installée à Rennes, elle est à ce jour la personne la plus agée sur terre.

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Le 8 octobre 2011 à 09:25

J'attrape mon coeur

Pastiche de Frédéric Beigbeder datant de la préhistoire, c'est-à-dire d'avant son "Roman français"

C’était peu après les attentats du 11 septembre. Et c’était surtout après une nuit bien alcoolisée. Ou peut-être que c’était le contraire. Je ne suis pas bon en chronologie des événements. À part pour déshabiller une fille. Ça, je sais qu’il faut toujours commencer par le bas. C’était d’ailleurs sûrement ce qui s’est passé la veille, puisque je me réveille près d’une fille. Une fille aux seins littéraires. Enfin, quand je dis seins littéraires, je pense best-seller. Une fille aux seins Marc Lévy si vous préférez. Je n’ai plus la moindre idée de qui elle est. Faut dire aussi que je ne suis même pas foutu de me souvenir dans quelle ville je suis. Elles se ressemblent toutes, avec leur Zara et leur Macdo. C’est bien simple : plus je voyage, plus j’ai l’impression d’être chez moi. Même si chez moi, c’est aussi vague que le temps où je n’avais pas de succès. Je suis une putain de star, je me dis parfois, tout en sachant que rien ne changera à rien, que la vie c’est juste une course pour monter tout en haut des tours jumelles de New York.« Je m’appelle Lola, a dit la fille.- Et tu n’étais pas avec une copine hier soir ?- Si, ma sœur jumelle.- Ah les jumelles encore.- Mais elle a dû partir. Elle avait cours.- Ah bon. Mais vous avez quel âge ?- Heu… 16 ans.- 16 ans ?- Oui, enfin dans six mois.- Quoi ? Mais tu es beaucoup trop vieille pour moi !- Mais… mais non…- Et puis tu n’as pas assez d’expérience.- Pas du tout. J’ai déjà vécu trois ans avec Gabriel Matzneff.- Ah tu vois ! L’amour dure trois ans ! Ça ne m’intéresse plus de savoir la fin avant le début. Et puis le matin, rien n’est pareil. Je ne suis pas drôle. J’ai l’impression de vivre à Bagdad ».C’est une phrase que je sors souvent. C’est fou le nombre de fois où j’ai répété les mêmes choses aux mêmes filles dans les mêmes endroits où j’étais habillé pareil, avec ma carte qui a toujours la même couleur : bleue. Et toujours, cette phrase attendrit les filles. C’est le mot Bagdad. Elles aiment ça. Les plus jeunes pensent que c’est un truc sexuel, que je vais leur bagdader le cul, ou quelque chose comme ça. Alors celle-là, la Marc Lévy poitrinaire, elle s’est approchée de moi, comme si elle n’avait pas compris que la veille au soir, c’était juste un autre siècle. Je l’ai repoussée avec mes doigts de pied.« Mais…- Il n’y a pas de mais. Tu t’en vas.- …- Laisse-moi ta culotte, et file ! »La fille est partie. Je me suis levé : c’était la conquête d’une nouvelle journée, qui serait la conquête d’une nouvelle soirée. Ma vie était celle d’un égoïste romantique, d’un homme sans qualités, d’un Ulysse à la recherche du temps perdu, d’un voyage au bout de la nuit, tous les mots et tous les chefs-d’œuvres me tombaient sur la tête, comme les pluies lentes d’automne. Je voulais pleurer en imaginant ce bonheur que je trouverais un jour dans des prairies aux pétales multicolores. Mais cela faisait si longtemps que je n’avais pas pleuré. À part peut-être devant le visage de Natalie Portman dans le dernier film de Wes Anderson. Ou alors c’était peut-être à cause des valises Vuitton ? Je n’ai plus de larmes en moi : je bois trop pour cela. C’était le matin, l’heure d’appeler le room service. Le soir, j’appelle des putes, et le matin, je mange des pâtes. Ah, ah. Et je rêvais surtout de ne plus être moi. De m’oublier, et de disparaître comme l’avait fait Salinger. Si un jour je voulais attraper un cœur, ce serait le mien.

Le 30 juin 2014 à 12:00
Le 20 juillet 2015 à 10:19

De ces petits riens du tout qui nous gâchent nos soirées dansantes

Parmi les désagréments récurrents de leur vie quotidienne, les femmes subissent les types qui les tripotent sans leur consentement. Et ceux qui les insultent. Et ceux qui, sans mots orduriers, les insultent plus encore. Et c’est de cela dont je vais te parler aujourd’hui. J’appartiens à ce que les sociologues ont nommé jenesaisplustropcomment, mais tu sais cette nouvelle catégorie socio-professionnelle : milieu culturellement privilégié mais économiquement pas super à l’aise*. Je te raconte ma vie pour t’expliquer mon contexte. Donc je fréquente tout un tas de personnes de même catégorie socio-professionnelle (grosso modo), je vis en province (au fin fond du monde pour tout dire) et je ne suis pas confrontée au « harcèlement de rue » tel qu’il existe dans les grandes villes. Non, je suis confrontée au mec super lourd, sexiste, cultivé, de classe moyenne à moyenne supérieure. Alors je ne sais pas comment ça se passe rapport au harcèlement de rue, mais celui que je viens de décrire, c’est une plaie.   Parce qu’il a raison. Parce qu’il a fait des études supérieures ou qu’il a un job socialement valorisé. Parce que tout le monde sait, mais que personne n’en parle. L’omerta. Parce que franchement, tu pourrais rigoler, quoi. C’est pas méchant. Oh ça va, n’en fais pas tout un pataquès.   Ras le bonbon. Et c’est vraiment le cas de le dire. Ce qui n’est pas supportable dans certains quartiers ne l’est pas plus un cocktail à la main. L’argent n’achète pas tout (tu le vois là, le Carlton qui se rapproche, mais je ne sombrerai pas dans cette facilité). Ma problématique face à cette espèce de néandertalien, c’est que je m’en veux. Beaucoup. Par mon manque de réaction, à chaud. Par cet effarement qui a chaque fois me prend à la gorge et m’empêche de renvoyer droit dans ses cordes l’importun. - « Comment un homme cultivé peut se comporter ainsi au 21ème siècle ? » - « Peut-être qu’il rigolait en fait ? » - « C’est moi qui suis trop réactive… » Etc. Etc. Etc. Culpabilisation culturelle et éducative (et pourtant vis-à-vis de cette dernière, j’ai plutôt été bien instruite). Finalement, « je dois bien la chercher » cette façon de faire chez l’homo erectus qui me fait face. Et puis j’apprends au fil des conversations, des bavardages des uns et des autres, qu’il n’y a pas de fumée sans feu. Qu’untel est très connu pour avoir la main leste sur toute rotondité qui passe à sa portée, que tel autre aime bien coincer les filles dans des coins sombres « sans vraiment leur faire de mal, hein ». Ah ? Et il commence où « le mal » que l’on fait à un être humain ? Là où les autres ont décidé qu’il devait l’être pour leur propre confort moral ? Il commence là où il y a plainte. Où la personne (homme, femme) incriminée dans une relation subie – même « uniquement » verbale – dit qu’elle a vécu cela de façon négative, humiliante, qu’elle s’est sentie salie. Et si elle n’est pas reconnue comme victime (« Oui, c’est un connard, non ce n’est pas de ta faute » fait déjà l’affaire pour moi) il y a fort à parier que la prochaine fois elle laissera de nouveau passer le harceleur, sans le faire trépasser (métaphoriquement, je suis pour la non-violence). Enfin, lui ou un de ses congénères. Et culpabilisera encore. Et le cercle vicieux, blablabli. Alors, toi, homme égalitariste, féministe, du 21ème siècle, s’il te plaît, quand tu es au courant qu’un type n’est pas bien reluisant dans ses attitudes avec la gent féminine, aucune d’entre nous ne te demande d’aller lui casser le nez APRES qu’il se soit comporté comme le dernier des Cro-Magnon. En revanche, n’hésite pas à nous mettre en garde AVANT. On y gagnera tous du temps, de l’énergie et du LOVE sur cette planète. Parce que ce Cro-Magnon-là, il te fait du mal à toi aussi, à ton genre, à ton sexe, à ce que les femmes pourraient trimballer comme préjugés et réactions, par défense. Give Peace a Chance. Mais Fuck les affreux.   * « Intellos précaires » me souffle l’oreillette. Dessin : James

Le 23 avril 2014 à 10:21

Les bagatelles de la porte

Depuis le XIIe siècle et jusqu'à la Révolution française, se tenaient à Paris deux Foires : la Foire Saint-Germain près de l'église Saint-Germain-des-Prés actuelle, et la Foire Saint-Laurent, dans les environs de la gare de l'Est ; l'une au printemps, l'autre à l’automne. La Foire s'écrit ici avec une majuscule afin de ne pas la confondre avec la fête foraine née sous le Second Empire. Ces Foires se présentaient comme de véritables villes éphémères avec des rues bordées de loges. Certaines d'entre elles proposaient des spectacles. C'est là, d'ailleurs, qu'est né un genre : l'opéra-comique. Pour attirer le chaland, ces loges donnaient sur un balcon appelé « parapet » des « parades » obscènes interprétées par Arlequin, le séducteur ; par Polichinelle, le bossu et par Pierrot, l'amoureux transi. Ces « parades » consistaient en des petits textes égrillards destinés à allécher le public avant « le plat de résistance » donné à l'intérieur de la loge. On les nommait les bagatelles de la porte. Ces mises en bouche alertes étaient l'une des distractions favorites de l'aristocratie. N'avait-elle pas tout son temps ? En matière d'érotisme ne savait-elle pas cultiver l'art du différé ? Si bien qu'au XIXe siècle, s'amuser à la bagatelle renvoyait aux préliminaires amoureux avec la foutaise, les plaisirs de la fantaisie, la pacotille, l'amour à la dérobée. En rester aux bagatelles de la porte, c'est, littéralement, ne pas pénétrer, rester sur le seuil. La porte correspondant au portail de rubis, à la porte du palais d'amour, à la porte du paradis, du jardin des délices. C'est alors qu'il est opportun de convoquer un personnage de théâtre : Célimène, la coquette du Misanthrope. Elle est entourée de petits marquis qui restent dans la cour, sur le seuil, sans pénétrer. D'ailleurs dans Célimène, n'entends-on pas « c'est l'hymen » ? Elle est courtisée, certes, mais ne se laisse pas prendre. La coquette d'autrefois, c'est l'allumeuse d'aujourd'hui. Si vous voulez en savoir plus sur le sujet, n'hésitez pas à vous procurer mon dernier ouvrage paru : les bagatelles de la porte. Précis des préliminaires amoureux, Pauvert éditeur. Et, pour employer un proverbe bien connu et ambigu : « on n'est jamais si bien servi que par soi-même »...

Le 14 avril 2012 à 08:41
Le 12 juillet 2015 à 12:16

Mon gynécologue

Une fois une femme m’a quitté quand elle s’est rendu compte que nous avions le même gynécologue.Cela fait des années que je vais voir un gynécologue.Il y a quelque chose de très doux chez un gynécologue. J’aime comme il pose sa main sur mon épaule et me prie de m’asseoir sur la banquette. Je trouve ça rassurant d’aller voir un médecin qui aime et respecte les femmes. Il ne va pas parler d’un stupide match de foot l’haleine chargée de bière. Il soutient le droit à la contraception et à l’avortement.Je n’aime pas les médecins généralistes. Ils vérifient votre tension et tapotent votre genou pour voir si vous fonctionnez bien. Vous pouvez parler, ils ne vous écoutent pas : ils interrogent votre corps. Et puis, un généraliste n’a choisi aucune spécialité, il prend toutes les maladies, tous les patients, sans distinction d’âge ou de sexe. C’est suspect. Ça me fait penser à ces restaurants où on peut manger du chili con carne, de la choucroute et du cassoulet. Ce n’est pas très bon signe. Les autres médecins spécialistes ne me plaisent pas plus. Vous imaginez un jeune étudiant en médecine qui se dit « je rêve de me spécialiser en phlébologie » ? Comment peut-on envisager de passer sa vie à soigner des veines ? Non, définitivement, la gynécologie est la seule spécialité valable. Personnellement, j’ai porté mon choix sur un gynécologue obstétricien. Un professionnel habitué aux nouveaux-nés saura prendre soin de moi. C’est vrai, le premier rendez-vous a été un peu tendu, mais rapidement il s’est pris d’affection pour moi. Je lui change les idées. Et je lui permets de réviser. La première fois que je me suis déshabillé devant lui, j’ai vu l’émotion dans son regard : il n’avait pas vu de corps d’homme depuis la fin de ses études. Il était fou de joie. Mon gynéco est devenu mon médecin-traitant. Je vais le voir dès que j’ai un rhume. J’en profite pour lui poser des questions sur les femmes. Il n’y a pas meilleure source de renseignements. Nous nous entendons à merveille, après tout nous avons la même passion.

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