Ne nous emballons pas !
Monsieur,
J’ai bien reçu
votre silence et je vous en remercie. Croyez en ma vive reconnaissance pour
l’intérêt que vous avez bien voulu porter à cette petite affaire. Vous ne
souhaitez ni m‘épouser, ni d’ailleurs me rencontrer. C’est tout à fait curieux,
car pour ma part je n’ai nul souvenir d’avoir jamais exprimé l’une ou l’autre
de ces requêtes. Cependant, si vous le permettez, je prendrai le temps d’une
réflexion sage et calmement menée pour répondre à mon tour aux vôtres, que vous
avez d’ailleurs eu la bonté de taire. Cher Monsieur, Il n’est jamais
souhaitable de laisser aller son existence au rythme d’un cheval emballé - soit
environ soixante kilomètres à l’heure - et, le moment venu, vous me bénirez de cette
sagesse. Je vous ferai donc savoir, au plus tard demain en fin de matinée,
l’heure d’arrivée de mon vol et le numéro du terminal. Soyez assez aimable, je
vous prie, de ne pas vous en soucier, car il serait très regrettable de voir
deux inconnus si promptement fâchés.