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Publié le 04/07/2010
 

Jeanne Lacland


Chroniqueuse

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La femme la plus profonde du monde


Tant qu'il y aura du froid, recherche extime sur une sensation en voie de disparition

Brigitte Lenoir, la femme la plus profonde du monde est froide.
Brigitte Lenoir s’entraîne.
À la profondeur, au froid, aux mélanges de nitrox, de trimix et d’héliox, des mélanges réservés aux nageurs de combat.
Elle plonge. Elle plonge des années durant. Des années de profondeur et de froid, des années à -110 mètres, à -120 mètres dans l’eau à quatre degrés du lac Léman.
Le 10 avril 2010, elle bat un premier record : -154 mètres à Saint-Gingolph, en eau froide et douce. Dix jours plus tard, le 20 avril 2010, le record est pulvérisé par Sofia Ponce, au Venezuela : -190 mètres en autonomie complète, en eau chaude et salée, grâce aux mélanges minutieux de trimix 7/67, de trimix 10/50, de nitrox 32, de nitrox 50 et de nitrox 80.
Alors Brigitte Lenoir s’entraîne, se prépare, se concentre.
Ce sera au large de Dahab, en Égypte.
Le 15 mai 2010, Elle atteint -200 mètres et remonte. Pallier, par pallier. Elle a dépassé Sofia Ponce de dix mètres, elle est tranquille, elle peut remonter calmement. Elle détient le record de profondeur féminine en eau salée.
Mais chaude.
À -147 mètres, son recycleur reste bloqué en position oxygène, un gaz bien trop simple pour des poumons mortels. Hyperoxie, perte de connaissance et convulsions. Personne ne pourra rien faire. Son corps restera dans la noirceur de la mer rouge.
Depuis le 15 mai 2010, Brigitte Lenoir, la femme la plus profonde du monde, est froide.
 

Mohamed Rouabhi et l'Internationale lettriste


Projet d'embellissements rationnels de la ville de Paris 1

paris par Guy Debord

Extrait de son Cabinet de curiosité : l'écrivain Mohamed Rouabhi vous dit avec la comédienne Gaëlle Héraut quelques projets d'embellissement rationnels de la ville de Paris concoctés dans les années cinquante par l'Internationale lettriste, préfiguration du mouvement situationniste...

> réalisation Laure Egoroff à écouter sur le site de France Culture, Drôles de drames


Illustration : Paris dans le film de Guy Debord In girum imus nocte et consumimur igni (1978)

La Moustache parce que !


Le Grandiloquent Moustache Poésie Club se dévoile

le Grandiloquent Moustache Poésie Club,slam,ventscontraires.net,théâtre du Rond-Point
Avant de monter sur la scène du Rond-Point, Astien Bosche, Julien Pauriol (Ed Wood) et Mathurin Meslay dévoilent pour ventscontraires.net les liens profonds qui unissent poésie et moustache. Cette découverte a basculé leur vie, depuis ils ont fait leur entrée dans le club de la Moustache Poétique :
 

La Moustache parce que !

slam viril et sincère envoyé par Ed Wood

La moustache parce qu’elle est mon emblème
Deux armoiries qui tranchent sur ma peau blême
Deux ailes de papillon lisses et extra fines
Qui battent pavillon noir sous mes fières narines  
La moustache parce qu’elle pimente mes french kisses
La moustache parce qu’elle chatouille les pubis
La moustache parce que je préfère la fantaisie sous le nez
Qu’une coquetterie dans l’œil quand on tire mon portrait  
La moustache parce que Fairbanks et Errol Flynn
Parce que l’immense Charlie Chaplin
Parce que Dewaere, parce que Groucho
La moustache parce que Frida Khalo

La moustache parce qu’elle a toujours été là
Même si on ne la voyait pas, cachée dans ma barbe
Comme la sculpture qui existe déjà
Mais qu’il faut aller chercher au cœur du bloc de marbre  
La moustache parce que flic undercover
Parce que gentleman cambrioleur
La moustache parce qu’un seul de ses battements
Provoque sous la jupe des filles le pire des ouragans  
La moustache parce que le vague souvenir de mon père
Parce que les bécots piquants de ma grand-mère
La moustache parce qu’après tout je le vaux bien

La moustache parce que ma chérie le veut bien 
La moustache parce que sur toi c’est ringard
Alors que sur moi c’est trop la classe
Parce qu’elle attire vraiment tous les regards
Comme un tatouage en plein milieu de la face   
La moustache parce qu’elle est mon jardin zen
Je la soigne patiemment avant d’entrée en scène
Chaque jour je la taille, je la structure en l’affinant
Comme un bonsaï, comme l’écriture, comme un diamant  

La moustache parce que je suis un homme
Parce qu’elle est mon grigri, mon vade-mecum
La moustache parce que c’est là que se cache mon âme
Bref, la moustache même si j’étais une femme !

De qui se moque-t-on ?


3. Le temps

Si ce n’est pour donner aux écrivains l’occasion d’écrire en se lançant sur le tard à sa recherche, j’avoue ne pas très bien comprendre pourquoi le temps passe. Pourquoi le temps passe-t-il ? Certes, les horlogers y trouvent aussi leur compte, mais à quel prix ? Pour ma part, je ne connais pas de jeune horloger, je crois bien n’en avoir jamais vu. L’horloger semble le plus exposé au passage du temps, il est en première ligne : c’est un vieil homme, prématurément usé, voûté, à demi aveugle, et ses mains tremblent à force d’émietter en fractions de secondes le gros bloc d’heures qu’il travaille chaque jour aux brucelles, aux pointeaux et même au chasse-goupille. Il se constitue sans doute un joli pactole en vendant ou réparant ses montres et ses pendules ; il n’aura pas le loisir d’en jouir.      
Bien fait. Quelle idée aussi d’actionner des mécanismes si pernicieux ? Un beau jour, il explose avec sa bombe. On ne le regrettera pas.      
Le temps passe – mais il ne nous emporte pas comme on le suppose ; non : il nous passe dessus, voilà le vrai, son interminable galop nous passe sur le corps. Les éléphants d’Hannibal piétinaient l’ennemi avec moins de hargne. Notre ruine est bientôt consommée. L’enfant écrasé, aplati par ce char implacable s’étire comme une pâte sous le rouleau à pâtisserie jusqu’en des dimensions grotesques. Puis cet adulte à son tour roule dans la farine, mord la poussière, sa face devient bientôt horrible à voir, modelée par le sabot du temps, son nez s’effrite, ses joues se creusent, ses dents tombent, ses yeux apeurés, larmoyants, frappés de cécité voudraient pouvoir s’enfoncer plutôt dans le conduit spiralé de ses oreilles conchoïdales qui au reste n’entendent plus rien, ni même la rumeur de la mer. Ce vieillard accroche encore comme des linges élimés ses chairs grises et jaunes aux tringles mal jointes de son squelette tordu, brinquebalant, désormais inapte à la locomotion, à la préhension et qui rassemble ses dernières forces pour se roidir dignement dans son suaire.      
Le temps a fait son œuvre, et cette œuvre est une ruine. Les mousses et les mouches la convoitent et s’y agrègent. Puis le temps s’acharne à pilonner ce débris. Il n’en doit plus rien rester, ni le plus pâle souvenir : tout doit disparaître. Alors que faire ? Que faire pour survivre dans le temps, malgré le temps ? Suspendons-le, mes amis ! Je ne vois pas d’autre solution. À une patère ou à un clou, à un cintre dans une penderie comme une redingote démodée dont les basques ne savent que traîner dans le passé irrévolu, alourdies de boues et de patelles. Ainsi nous irons, frais émoulus chaque matin, vêtus de notre seule peau désormais infroissable, émus par la douceur toujours nouvelle des choses.
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