Agnès Pierron
Publié le 09/09/2013

La boîte à sels


Vous avez bien lu, ce n'est pas une coquille : « sels » avec un « s ».

En effet, il ne s'agit pas du sel mais des sels. Sels de réanimation pour les spectateurs – et surtout les spectatrices – trop sensibles aux représentations des mélodrames à la Porte-Saint-Martin, à la Gaîté, à l'Ambigu-Comique, au cours de la première moitié du XIXe siècle ou au Grand-Guignol à la Belle-Epoque et pendant les Années Folles.

C'est en bas de la boîte à sels que le médecin de service – toujours obligatoire à chaque représentation et dont le théâtre d'épouvante avait fait un véritable personnage – dépose sa trousse contenu les premiers secours, en particulier des sels.

On a beaucoup glosé sur cette boîte, puisqu'autrefois les boîtes à sel (sans « s ») étaient hautes. De l'importance de l’orthographe...

Aujourd'hui, à « boîte à sels » est préféré le mot « contrôle ». beaucoup moins poétique, moins imagé et surtout plus impérieux. C'est là que les spectateurs invités peuvent retirer leurs billets avant la représentation. Elle est située dans le hall, à l'accueil.

Au T.N.P de Villeurbanne, elle est surnommée, en raison de sa forme, « camembert ».

Il y a d'autres boîtes au théâtre : la boîte noire liée aux pendrillons, ces lourds tissus noirs garants de l'illusion théâtrale.

Il est une autre boîte, celle à rictus ou à inflexions, renvoyant à tous ces trucs, à ce catalogue d'inflexions stéréotypées mis à la disposition des comédiens. C'est Samson Fainsilber, disparu en 1984, que j'ai rencontré à plusieurs reprises, qui se plaisait à perpétuer cette survivance du vieux jeu.

Ce ne sont plus que les vieux briscards du théâtre qui osent lancer : « rendez-vous à 20 heures devant la boîte à sels ! ». Les autres, les up-to-date, préféreront « on se retrouve à l'accueil ! »

Une phrase, un destin. C'est parce qu'un copain de Fac me reprochait de « ne pas faire assez la con » que je suis entrée au Conservatoire de Nancy. C'est ainsi que, comme disent les Québécois, je suis tombée en amour avec le théâtre.

A mon grand étonnement, j'y ai appris que j'étais une « nature comique »...

C'est pour rendre au théâtre ce qu'il m'avait apporté que j'ai écrit La Langue du théâtre (Dictionnaires Robert), une œuvre testamentaire en quelque sorte.

C'est parce que, travaillant sur les citations du Robert des noms propres, j'avais l'impression de ne rien saisir, tant le champ d'investigation était vaste, que je me suis vouée à un « théâtre de spécialité » : le Grand-Guignol, sur lequel j'ai écrit plusieurs ouvrages qui m'ont entraînée à faire des conférences dans plusieurs pays.

 

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Agnès Pierron

 ! 

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Le 13 juin 2013 à 09:54

Le relâche

Oui, vous avez bien lu : « relâche » s'emploie au masculin. Ce dont on ne se rend guère compte puisque le mot se trouve rarement seul : faire relâche, jour de relâche. Il s'agit de la fermeture temporaire d'un théâtre. La plupart du temps pour cause de congés annuels. C'est le relâche annuel. Au XIXe siècle, on parlait de repos des banquettes. Avant la Révolution, les causes de relâches étaient nombreuses. La mort du souverain ou celle d'un membre de la famille royale pouvait occasionner jusqu'à trois semaines de fermeture. Aujourd'hui, il y a le relâche hebdomadaire, généralement le lundi, accordé au personnel et aux comédiens. Quand le bâtiment exige des travaux de rénovation, c'est le relâche pour travaux. Quand une création demande la mise à disposition du plateau, c'est le relâche pour répétitions. En cas de deuil national, il peut y avoir le relâche exceptionnel. Bon vivant, le maréchal de Saxe, l'ancêtre de George Sand, voulant de la joue dans ses armées, tenait toujours en réserve un opéra comique. C'était le théâtre qui réglait l'ordre des batailles. L'actrice principale n'hésitait pas à annoncer : « Messieurs, demain relâche au théâtre, à cause de la bataille que donnera Monsieur le Maréchal ; après-demain, le Coq du village, les Amours grivois... Faire relâche peut avoir des connotations égrillardes quand il est l'équivalent d'afficher complet au Grand-Guignol, quand une femme a ses camélias, ses coquelicots. Ce qu'enregistre ce coquin quatrain : Il faut que tous les mois l'artiste se repose.Une affiche à la porte, affiche de couleur,Sur laquelle, en travers, une bande s'attache,Avertit le public, qu'ici l'on fait relâche.

Le 12 juin 2012 à 10:07

Il y a un loup !

Quand c'est flou, c'est qu'il y a un loup !   C'est la formule, venue, dit-elle, de sa grand-mère, que Martine Aubry reprend à son compte pour dévaloriser François Hollande se présentant à la Présidence de la République. Le jeu de la rime mis à part, il n'est pas certain que tous les électeurs aient bien compris de quel loup il s'agit. Ségolène Royal non plus, d'ailleurs, puisqu'elle a rétorqué qu'il vaudrait mieux se méfier d'un loup qui, s'il lui arrivait de montrer les crocs, serait bien susceptible de mordre...   En fait, le loup est un mot de l'argot des coulisses qui est lié, justement, à du flou, à un moment de flottement, à une impression de vague, de confus... donnés par un texte en cours de répétition. En retravaillant, il est possible d'arriver à tuer le loup.   Une seconde acception du mot est à considérer au moment de la représentation. C'est encore un instant de flottement, puisqu'il s'agit vide laissé entre la sortie d'un personnage et l'entrée d'un autre. Ce qui rend mal à l'aise le spectateur, par une attente inassouvie.   L'histoire du théâtre a retenu deux célèbres loups. Un soir que Madame Dorval jouait avec Bocage l'Antony d'Alexandre Dumas, le régisseur fit tomber le rideau avant la phrase finale : « Elle me résistait, je l'ai assassinée ! » L'effet attendu étant grillé, le public réclame de relever la toile. Ce qui est fait ; Mme Dorval reprend sur son fauteuil sa pose de femme assassinée ; mais Bocage n'apparaît pas. Ce qui a pour conséquence un tumulte monstre de la part du public. C'est alors que, ne perdant rien de son sang-froid, l'actrice se lève, s'avance jusqu'à la rampe et annonce : « Mesdames et Messieurs, je lui résistais, il m'a assassinée ! »   Une autre fois, c'est M. de Féraudy qui, jouant à la Comédie Française, se fit attendre pendant une bonne minute. Un siècle au théâtre, où le spectacle doit avoir trouvé son rythme. Inquiets, ses camarades s'adressent des signes désespérés. Le public commence à murmurer. Enfin, le retardataire entre en scène sur les chapeaux de roue et sur ces mots : « J'arrive à temps ! »   C'est ce qui s'appelle faire une entrée !

Le 21 janvier 2014 à 10:19

Morceau de de sucre et petite côtelette

Le morceau de sucre désigne les applaudissements que reçoivent certaines vedettes dès leur entrée en scène. Elles marquent alors un temps d'arrêt afin de mieux jouir de cette reconnaissance du public. Mlle Mars, l'interprète préférée de Victor Hugo, ne commençait à jouer qu'à partir du moment où elle avait eu son morceau de sucre... La locution, qui n'est plus guère employée aujourd'hui, est révélatrice de la manière dont on considère un(e) comédien(ne) : comme une bête de cirque qui doit être stimulée, flattée avant de faire son numéro. C'est le chien savant qui, au cirque, reçoit un morceau de sucre tandis que la carotte est réservée au cheval et le morceau de viande crue donné au bout de la canne à viande est dévolu aux fauves. Le théâtre, avant le cirque, a proposé des chiens savants. Le Théâtre des Funambules, où se produisait le mime Deburau, fut appelé le « Théâtre des chiens savants ». Ils étaient costumés en tenue grand siècle : marquis à museau noir, duchesses à pattes blanches. Nicolas Brazier, dans l'une de ses chroniques (1837), présente le tableau suivant : « Ces artistes à quatre pattes jouaient un mélodrame émouvant, dont l'héroïne était une jeune princesse russe enfermée dans un château par un tyran farouche et que son fiancé voulait délivrer. La princesse, jolie épagneule à longues soies, se promenait mélancoliquement sur la tour, au pied de laquelle rôdait, langoureux et triste, le prince son fiancé, appartenait à la race des caniches. Tous deux aboyaient tendrement leur amour. » Le cheval, lui aussi, devait jouer un grand rôle parmi les animaux devenus comédiens. Nicolas Brazier de poursuivre : « acteurs modestes qui, pour appointements, ne demandent qu'un picotin d'avoine ; pour scène un manège, pour costume une selle, pour feux deux ou trois morceaux de sucre et pour souffleur un fouet de poste. » Le morceau de sucre, qui contient l'idée de numéro – de cirque – ne convient pas à notre époque qui, depuis les années 70, privilégie l'esprit d'équipe. Il est pourtant toujours en vigueur dans les théâtres de boulevard. Il n'empêche que les acteurs apprécient la petite côtelette. C'est quand, leur prestation terminée, ils reçoivent les applaudissements du public. Ils rentrent alors en coulisses en buvant du petit lait et en disant : « ce soir, j'ai eu ma petite côtelette ! » On dit aussi : avoir des côtelettes. Si le morceau de sucre n'a plus les faveurs du vocabulaire du théâtre, la petite côtelette, qui procède moins du vedettariat que de la qualité du jeu, perdure, surtout auprès des vieux briscards.

Le 9 juillet 2010 à 12:44

En Avignon fais du pognon

Conseil Citoyen 7

Ton père, m’écris-tu, te laisse en héritage Avec un potager,  un très joli garage Aligné parmi d’autres au cœur d’une cité Et c’est dans cet endroit que tu vas habiter. Fermant par une porte de bois coulissante, Une autre porte arrière, et c’est ce qui t’enchante, Donne sur le jardin aligné lui aussi Avec ceux des voisins. De plus un établi Solide, tout en bois et de largeur notable Pourrais, racontes-tu, faire office de table. Tout cela est charmant, pourquoi pas après tout, Toi qui a tant de mal à joindre les deux bouts. Mais dans un post scriptum, ai-je là bien compris ? Ce garage n’est pas en banlieue de Paris, Mais en Avignon même, à deux pas des remparts ?Alors là, mon ami, c’est un nouveau départ. Sache qu’en Avignon, même un fond de soupente Rapporte du pognon plus qu’un remonte-pente. Tu tiens là ta revanche et mon esprit s’emballe. Avec jardin en fond, c’est Bussang, c’est royal ! Tu vas être patron, écoute je t’explique : Moi mon rôle sera Directeur Artistique. La cabane à outils fera le foyer bar, L’établi ; le plateau. C’est l’enfance de l’art ! Les compagnies que nous auront sélectionnées Camperont au jardin moyennant un loyer. Reste à trouver un nom de théâtre et ça coince. « Le Garage » ça fait discothèque en province. Il faut tirer un nom de l’histoire du lieu, Un nom qui rende hommage à l’esprit de ton vieux. D’ailleurs à ce propos, il a fini comment ? Suicidé ?! Asphyxié au gaz d’échappement …?! Le nom est tout trouvé : Théâtre Suce Idée. Ça tourne bien en bouche et fait subventionné..

Le 19 novembre 2011 à 09:00
Le 6 décembre 2012 à 09:05

L'Internationale du poil à gratter

Les cracks méconnus du rire de résistance

En guise de prélude, rendons hommage à l'ex-premier violon du Café de la cloche de la rue Custine, Henri Massier, dit Henri Grégeois, un chansonnier d'actualité du Conservatoire de Montmartre qui devint peu à peu à la Belle Époque le cauchemar des huissiers de justice. Le bibliothécaire Michel Herbert nous explique pourquoi : « Un jour, notamment, pour mystifier un officier ministériel venu le saisir, il avait remplacé les meubles énumérés sur l'acte de saisie par des meubles de poupée. Ne pouvant instrumenter, le fâcheux n'avait même pas pu sauver la face en se retirant dignement car ses chaussures étaient collées au sol sur lequel Grégeois avait si insidieusement répandu de la glu. » Je recueille depuis un demi-siècle des coupures de presse et des témoignages épicés sur les guérilleros de la farce-attrape de la trempe d'Henri Grégeois. Voici un petit florilège des mauvais tours culottés joués dans les seventies (un bon cru !) à des incarnations remarquables du vieux monde rigoriste.   Contre le théâtre traditionnel Octobre 1971. Dans un théâtre montréalais où l'on joue En attendant Godot de Samuel Beckett, le rideau se baisse dix minutes après le début du spectacle lorsque Godot arrive réellement avec ses tartines et un litron de rouge. Mars 1972, Bruxelles. À l'affiche du Palais des Beaux-Arts, La Ville dont le prince est un enfant d'Henry de Montherlant, interprété par le Théâtre du Rideau. Sur scène, un curé confesse un lycéen dans une chambrette lorsque le futur écrivain rebelle Anatole Atlas frappe à la porte. « Entrez », répond idiotement l'ecclésiastique. Le jeune intrus s'exécute et s'écrie : « M'sieur ! M'sieur ! Le proviseur est à l'agonie. Il demande que vous veniez lui faire une dernière branlette. »   Contre le cinéma péteux Avril 1970, Londres. Le metteur en scène luxembourgeois André Turdulle invite dans une salle privée de 150 places de nombreuses personnalités à la première de son court métrage burlesque L'Arroseur arrosé 1970 qui doit être suivi d'une réception. À l'instant le plus attendu du film, lorsque l'arroseur est arrosé par son propre tuyau, Turdulle, qui a bien mijoté son coup, fait passer un authentique jet d'eau à travers un orifice percé dans l'écran et arrose perfidement la distinguée assemblée.   Contre l'État nixonien 1971, USA. Le secrétaire américain à la Défense, Melvin R. Laird, number one de l'espionnage, est à son tour espionné vingt-quatre heures sur vingt-quatre par de jeunes yippies attifés à la Dick Tracy. Il en perd bientôt le sommeil et l'appétit, avoue-t-il.   Contre le stalinisme Août 1969, Liège. Un tract du parti communiste belge ressemblant à s'y méprendre dans sa facture et dans son langage aux communiqués précédents de l'organisation politique est distribué au petit matin à la sortie des grandes usines de Seraing-la-rouge. Applaudissant l'invasion soviétique de la Tchécoslovaquie, qui vient d'avoir lieu, il invite les travailleurs à un meeting de soutien aux forces d'intervention russes devant le local du parti. Le soir-même, de violentes bagarres éclatent sur le quai de la Batte entre ouvriers indignés et militants communistes complètement dépassés. Malgré que ses volets soient clos, le quartier général du PC est mis à mal.   Contre le fisc Septembre 1969, Paris. En l'espace d'une semaine, deux polyvalents retrouvent leurs belles voitures là où ils les ont parquées, certes, mais… emballées en pièces détachées dans un gros paquet.   Contre le syndicalisme félon Octobre 1979, banlieue de Londres. Surprise vespérale pour M. Frank Mannering, délégué syndical. À peine a-t-il pénétré dans son living room qu'il se retrouve dans les WC. Affolé, il court dans la pièce voisine, un petit salon. Las, c'est encore dans un WC qu'il aboutit. Livide, il veut se retrancher dans la cuisine. Mais c'est toujours dans un WC qu'il débouche. À moitié anéanti, il court jusqu'à sa chambre, ou plutôt son ex-chambre car elle s'est transformée elle aussi en WC. M. Mannering cherche alors à appeler à l'aide mais en lieu et place du téléphone, il ne déniche qu'une chasse d'eau. Scotland Yard découvrira bientôt le pot aux roses. Pour sanctionner sa collusion avec le patronat, des dockers en colère ont profité du fait que la maison du délégué syndical était isolée pour la vider complètement en chargeant ses meubles dans des camions et pour agencer dans les pièces vides des cabinets désaffectés.   Contre les banques 1971, France. Les auteurs de la plaquette clandestine La Guérilla pour tous stencilée et brochée dans un secrétariat de faculté sur du papier chapardé m'ont assuré avoir expérimenté eux-mêmes chacune des suggestions friponnes de la brochure. À commencer par celle-ci : « Une récente affaire (cambriolage en douceur de la banque Rothschild) nous a rappelé que personne d'autre que son titulaire (même un flic) n'a le droit d'ouvrir un coffre en banque. Louez-en donc un sous un faux nom et mettez-y un reste de poisson. Laissez fermenter le tout. L'odeur qui s'en dégage petit à petit oblige normalement la banque à fermer ses portes. À la place du poisson, on peut mettre du fromage. »

Le 29 juin 2010 à 12:15

Quai d'Orsay (chroniques diplomatiques)

Une bande dessinée sur le pouvoir qui arrive à nous faire rire!

Drôle d'idée de faire une BD sur un homme politique, un album qui ne soit ni une chronique, ni une critique, ni une satire. C'est pourtant celle qu'ont eue Christophe Blain et Abel Lanzac. il faut dire que si le premier, dessinateur primé au prestigieux festival d'Angoulême, a plutôt l'habitude des récits d'aventure (à sa manière très particulière), le second a fréquenté de très près les cabinets ministériels, et en l'occurrence, surtout celui de Dominique de Villepin, lorsque ce dernier était ministre des Affaires Etrangères. Un poste particulièrement exposé que celui de ministre de la diplomatie où il faut avoir du doigté encore davantage que dans tout autre ministère. Or le personnage de Quai d'Orsay (chroniques diplomatiques) n'en a guère, du moins avec ses collaborateurs qu'il presse comme des citrons, alternant ordres et contre-ordres, soufflant le chaud et le froid, et arrivant chaque matin avec une nouvelle phrase de son livre de chevet, écrit il y a quinze siècles par le philosophe grec Héraclite. Allez donc caser ça dans un discours sur la politique étrangère! Les hommes de l'ombre n'en peuvent plus et lui, il va toujours plus vite. Une suractivité fort habilement suggérée par le dessin et la mise en scène de Christophe Blain, qui n'hésite pas, parfois, à le transformer en Darkvador (de la Guerre des Etoiles)! On croit lire une BD sur les coulisses de la politique, il s'agit plutôt d'une aventure humaine, qui n'a rien de drôle et arrive pourtant, par un sens certain du burlesque, à nous faire rire. Vrai. Essayez donc.Quai d'Orsay (chroniques diplomatiques), de Christophe Blain et Abel Lanzac (Ed. Dargaud)

Le 21 novembre 2013 à 10:00

Méfions-nous des dessous !

Dans le langage courant, on peut se retrouver dans le 36e dessous, autrement dit tomber dans une situation inférieure ou être déprimé. N'y aurait-il pas 36 situations dramatiques comme il y a les 36 raisons d'Arlequin ? Les dessous, au théâtre, renvoient à l'espace qui s'étend en dessous de toute la surface du plancher de scène et nécessaire à la manœuvre des décors ; dans un théâtre machiné à l'italienne, du moins. Les dessous comportent trois étages, sauf à la Comédie Française où il y en a quatre. Ces dessous peuvent être dangereux. Au XIXe siècle, dans les pièces à machines, les machinistes des dessous risquaient de se faire éborgner par le passage d'une hallebarde ou par une épée brisée qui traversait une costière – la rainure pratiquée dans le plancher de scène, destinée aux portants des décors – lors d'une scène de combat. De cette dangerosité, les artificiers d'aujourd'hui en savent quelque chose. Il n'empêche que les dessous peuvent être salvateurs... pour certains petits malins. F. Harel, le directeur du Théâtre de la Porte-Saint-Martin, avait des dettes, d'énormes dettes. Quand il était harcelé par ses créanciers, qui n'hésitaient pas à venir le relancer jusque sur la scène, il se dérobait à leurs poursuites de la façon suivante : de mèche avec un machiniste, il disparaissait brusquement ; il était passé dans le premier dessous ! D'après un chroniqueur du XIXe siècle, le premier et le second dessous étaient des endroits paisibles pour ceux qui y travaillaient. C'est ainsi qu'ils étaient plus gais que leurs collègues des cintres... des dessus. En même temps, comme ils partageaient saucissons à l'ail et bons mots, ils avaient développé un argot tout à fait savoureux. Mais le texte dramatique peut, lui-même, comporter des dessous. Ce que l'on appelle aujourd'hui le « sous-texte » ou l' « intertextualité ». Pour un acteur, jouer avec dessous, c'est rendre les multiples facettes d'un texte, jouer tout en nuances, mettre en valeur les deuxièmes, troisièmes dessous, les seconds degrés, voire les troisièmes.  

Le 16 mai 2011 à 11:55

Concours Semianyki, nous avons une gagnante : Virginie T.

Le lècheculisme a triomphé ! Le 7 mai dernier, nous vous proposions de nous tresser des lauriers pour nous convaincre de vous offrir deux places pour le sublime spectacle des Semianyki et nous avons pu constater que vous étiez de redoutables experts en la matière. Parmi le flot sirupeux de messages aussi dithyrambiques que flagorneurs, notre jury a décidé de sélectionner la sympathique Virginie T. (lisez donc ceci à haute voix, ça pourrait vous amuser autant que nous) pour son émouvant compliment parfaitement intéressé. Elle aura donc la chance et le privilège de découvrir à la fois le Rond-Point et le spectacle des Semianyki. Elle nous a bien ciré les pompes, là voilà logiquement vernie.Bonjour à vous, équipe de ventscontraires.net. Ce mail fait suite à votre sollicitation ouverte de cirage de pompes (article publié le 7 mai dernier). Ma démarche est donc simple : vous convaincre que je mérite plus que d'autres ces deux places offertes. Moultes possibilités s'offrent donc à moi : vous stimuler par des photos dénudées (mais finalement non), vous donner un pot de vin (peu logique ici), vous supplier platement de m'offrir ces places (ce n'est malheureusement pas vraiment mon genre)... Je finis donc par penser que je vais simplement opter pour une solution simple : celle de la dérision, merveilleusement bien choisie et amenée, par vous-même, dans cet article (premier crachat sur vos chaussures). J'y mêlerai un peu de compassion, en vous parlant de mon statut de stagiaire dans le milieu culturel, ne me donnant pas accès aux invitations et autres places gratos bling bling (sentez-vous ce délicat mouvement de chiffon sur vos chaussures ?), et puis surtout de l'honnêteté, en vous avouant que je ne suis encore jamais venue au théâtre du Rond-Point et que ma soif de culture doit être apaisée par ce merveilleux endroit (ne cachez pas votre joie, oui, vos chaussures sont encore plus étincelantes qu'à l'achat ! ). En vous remerciant d'avoir lu ces quelques lignes vénales. J'espère au moins vous avoir fait sourire, et en vous souhaitant une bonne journée, j'espère très fort pouvoir vous dire "à bientot !" Virginie T.

Le 6 décembre 2011 à 08:39
Le 3 septembre 2012 à 11:50

Faire Fiasco

Une pièce qui fait fiasco est un bide, un four, une gadiche, un flop, autant dire un insuccès complet. Elle se ramasse une gadiche, prend un gadin, tombe, chute. Et, si l'on veut jouer sur les mots, elle prend un billet de parterre; le parterre correspondant aux places d'orchestre aujourd'hui, était composé d'un public très exigeant, qui n'hésitait pas à manifester, violemment, sa désapprobation. L'on y entend "par terre", tomber par terre, même plus bas que terre. L'expression est d'origine italienne "ha fatto fiasco". Fiasco est une bouteille entourée de paille, celle qui contient le vin de Chianti. Le lien entre cette bouteille et le théâtre est celui-ci : un jour du XVIIe siècle, l'acteur Guiseppe-Domenico Biancolelli, le fameux interprète du personnage d'Arlequin, a raté son effet – il n'a pas réussi à faire rire le public à l'occasion d'un jeu de scène où intervenait un accessoire : une bouteille paillée. Déçu, le public hurla "Fiasco! Fiasco!" : c'est la faute à la bouteille... Le compositeur italien Rossini annonça, dans une lettre à sa mère, le four réservé à la représentation de l'un de ses opéras, par le dessin d'une énorme fiasque de Chianti, bien ventrue. Mais le mot n'est pas resté dans le domaine du théâtre. En 1820, par un détour inattendu, il est passé dans le vocabulaire érotique par la littérature. Stendhal, l'auteur de La Chartreuse de Parme, était un grand amateur d'opéra et... de ses interprètes féminines. Pour dire qu'un homme se trouve dans l'inconfortable situation de ne pas parvenir à ses fins, il a dit : c'est le fiasco! Un fiasco est devenu l'équivalent de ces mots employés au XVIIIe siècle : un accident, un contretemps, un embarras.

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