Augustin Fleurs
Publié le 23/06/2010

"Il ne faut jamais perdre le désespoir", Cuauhtémoc Blanco


Le match France-Mexique vu de Mexico

Ça fut la dernière phrase de Cuauhtémoc Blanco après avoir obtenu la qualification du Mexique à la coupe du monde. Huit mois plus tard, le Mexique gagne 2-0 contre la France, quatre jours plus tard on perd contre l'Uruguay, désillusion, l’espoir s’évanouit, seul nous reste « le désespoir ».  Chaque jour les choses  sont plus compliquées au Mexique : l’économie, la violence, la délinquance, tout !  Je récuse complètement ceux qui disent que le football est seulement un sport. C'est peut-être vrai pour eux, mais au Mexique c’est un phénomène social. Après la victoire contre la France, tout le pays était en fête. Imaginez une ville comme Mexico où vivent plus de vingt-deux millions de personnes, et maintenant imaginez ces vingt-deux millions dans la rue, fêtant le Mexique avec cet appétit de victoire, je dirais pas seulement une victoire sportive, mais une victoire dans la vie. La sélection mexicaine a rassemblé les rêves d’un peuple divisé, d’un peuple qui vit en état d’apathie, de famine, de pauvreté avec l’illusion de voir un jour les choses s'améliorer, et la vie leur réussir. Le football est bien plus qu'une passion, bien plus qu'un business, c’est d'avoir vu soudain un homme riche serrer dans ses bras un homme pauvre, c’est d'oublier  un instant la réalité et la souffrance. Je me souviens d’un ami qui m'a raconté la Coupe du monde en France. Quand Zidane a levé le trophée tout a paru changer. Les rues de Paris étaient bondées, les Français se sentait fiers de cette victoire, surtout face au Brésil. Je voudrais que les Mexicains vivent ce bonheur, cette sortie de la réalité – au moins un jour – un instant où tous les problèmes s’éloignent, un instant où nous nous sentons fiers d’être Mexicains. Mais la réalité aujourd’hui s'appelle Uruguay, notre réalité footbalistique (voilà un mot franco-mexicaine). La vie est comme ça, les échecs nous font regarder nos erreurs et aller de l'avant. C'est seulement en regardant notre réalité en face qu'on pourra la changer, seulement en acceptant nos faiblesses qu'on sera plus forts. Il ne faut pas rêver, il ne faut pas avoir de vains espoirs, il faut se préparer à tout. Le Mexique va peut-être perdre contre l’Argentine, mais même pour perdre il faut une préparation. Je suis probablement pessimiste, mais non, tout ce que je veux (j’allais dire « j’espère » ), c'est simplement voir un bon match entre le Mexique et l’Argentine. C’est tout.
Né en 1986 à Tijuana, une des villes plus dangereuses de Mexique. Après deux ans sa famille l'a apporté à Mexico, sa ville actuelle. 4 ans de sa vie il a voyagé dans son pays et dans autres pays parce que "la vraie liberté c'est la vagabundance". Étudiant de littérature francaise à l'UNAM, passe son temps libre écoutant musique, marchant dans les rues et lisant. 

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Le 27 octobre 2015 à 08:05

Un couple trouve miraculeusement un sujet de conversation après 9 ans de vie commune

L’exploit vaut bien qu’on s’y arrête un peu. Hier soir, aux alentours de 21H15, Céline et Jérôme, en couple sous le même toit depuis 2004, ont réussi de manière inattendue à faire survivre leur unionquelques instants de plus. En effet, alors que rien ne les y préparait, les deux conjoints sont parvenus à avoir un bref échange de paroles sur un sujet plutôt commun, repoussant ainsi l’échéance fatidique où plus rien d’autre que la routine ne les unira. Une faible lueur d’espoir qu’ils racontent sans concession. Reportage. « On pensait pas que ça puisse encore arriver » Ce sont donc un homme et une femme quelque peu surpris par ce qui leur arrive qui répondent à nos questions. Jamais Céline, 37 ans et Jérôme, 34 ans, n’auraient imaginé que ce soit possible. Interrogés sur cet « accident » comme ils l’appellent, ils racontent : « On était là sur le canapé. On regardait la télé sans se parler. Comme d’hab’ quoi. Et comme d’hab’ on s’ennuyait. Puis là, comme ça, sans réfléchir, j’ai dit à Céline « Et toi t’en penses quoi du mariage pour tous ? ». Là, elle m’a répondu et on en a discuté au moins 10 longues minutes ! » témoigne Jérôme. Un type de conversation que le couple n’a pas eu depuis plusieurs mois déjà, mettant ainsi entre parenthèses le morne quotidien dans lequel il s’est progressivement enfermé. Mais ce matin, c’est Céline qui semble particulièrement troublée par cet épisode : « On pensait pas que ça puisse encore arriver. A titre personnel, je croyais être arrivée au bout de notre relation. Mais peut-être que c’est pas totalement fini en fait. Je m’interroge… » Didier Salles est psychothérapeute spécialiste du couple. Pour lui, ce sursaut d’intérêt commun n’est pas si positif qu’il peut le laisser paraître : « C’est un genre de phénomène assez récurrent chez les couples en période d’effondrement. Alors qu’on pense avoir touché le fond et n’avoir plus rien à se dire, un sujet, un thème quelconque ressurgit spontanément et donne ainsi l’illusion que le couple peut encore avoir une chance de survivre. » et le thérapeute de continuer : « C’est généralement le genre d’évènement qui précède la fin définitive du rapport entre les deux partenaires. » Un petit-déjeuner sous haute pression Cette conversation plutôt inattendue a certes relancé momentanément les deux tourtereaux mais elle apporte aussi son lot de pression comme l’analyse Didier Salles : « Ils vont probablement passer un petit-déjeuner avec une certaine pression, dans l’attente de voir si l’un des deux amorce une nouvelle conversation comme hier soir ou si c’était simplement une fausse alerte. Mais bon…restons positifs. Peut-être qu’ils auront la présence d’esprit de lancer un débat, même bref, sur leurs préférences respectives en matière de beurre salé ou doux. » Le Gorafi Illustration: Istock /  pajson  

Le 13 août 2011 à 06:20

Javi Poves réinvente le hors jeu

Carte postale d'Espagne

Il y a quelques jour, Javi Poves n'était encore qu'un joueur de football anonyme. Evoluant au sein du Sporting de Gijón (Espagne), il n'avait porté que 10 minutes en tout le maillot de l'équipe. Il ne s'était pas non plus rendu célèbre pour ses exploits sportifs ou son salaire mirobolant. Pourtant il est aujourd'hui sur le point de devenir une star.Ce qui a propulsé la notoriété de Javi Poves c'est sa décision de raccrocher les crampons pour rester en accord avec ses convictions. Le quotidien La Nueva España qualifie même de "tsunami" la déferlante que ses déclarations tonitruantes ont provoqué sur les réseaux sociaux. A mille lieues de l’image traditionnelle du footballeur professionnel au QI atrophié et uniquement préoccupé par sa carrière et ses intérêts financiers, Javi Poves  a décidé de fuir un milieu du football qu'il décrit dans plusieurs interviews comme pourri et mortifère, gangréné par l’argent, endormant délibérément les citoyens pour annihiler tout risque de révolte.Ni communiste ni anarchiste, à la limite anti-système, Javi Poves est plus radical qu’un Cantona qui incitait il y a quelques mois les épargnants à retirer leur argent des banques avant de prêter son image à une nouvelle campagne publicitaire.Mais celui qui aurait pu devenir le porte-étendard des jeunes indignados espagnols ne se reconnaît pas non plus dans ce mouvement qu’il juge créé par les médias pour canaliser le mal-être et pour empêcher qu’une étincelle devienne dangereuse et incontrôlable. Il rejette tout lifting du système capitaliste et appelle à un changement radical. Pour le moment, le jeune homme envisage de reprendre des études d’histoire,  et souhaite lire et voyager pour mieux comprendre le monde.Atypique, anticonformiste et irrécupérable, il est malgré tout en passe, même s’il s’en défend, de devenir une icône.

Le 11 février 2012 à 09:20

La bourse ou la vie !

Comme je n’attends pas que la vie me donne des coups ou qu’un type me braque pour me piquer mon fric, je me suis mis un bon coup de poing dans le ventre, puis j'ai mordu ma main, avant de me tirer les oreilles. Je n’ai même pas eu mal, car je n’ai pas du tout peur de moi ! C’est tout de même moins impressionnant de se faire agresser par soi-même ! Dans la vitre de l’abribus, je me suis lancé un regard froid avec un tas d’insultes : « Pov con ! Donne-moi ton sac ! » avant de me menacer avec un couteau, à bout rond, en plastique — parce que je ne voulais pas avoir de problèmes avec les flics ! Je me suis fait les poches, puis j'ai couru, avec mon portefeuille sous mon pull, vers les toilettes publiques plantées sur la place de ma ville-dortoir. À l’intérieur, je suis tombé sur un vieux (aux grosses valises sous les yeux) qui pissait dans un urinoir bouché, en fredonnant du Brel. Quand il m’a vu, il a vite remonté sa braguette, et il est sorti, sans se laver les mains. En nage, j'ai plongé ma tête sous le robinet du lavabo, avant de me fixer avec un sourire carnassier, dans un miroir moucheté d'eau. J’ai ouvert le portefeuille que je venais de me voler, mais — cruelle déception — il ne contenait qu’un billet de cinq euros. Pourquoi prendre autant de risque pour si peu ? C’est vraiment la crise, les gens n’ont plus un rond sur eux ! Alors, j’ai foncé dans le premier café perdu, pour m’acheter un jeu à gratter. Optimiste ? Sûrement ! Je crois que la chance, ça existe encore, et qu’on ne peut pas recevoir que des coups dans la vie !

Le 4 juin 2010 à 10:00

Zapiro

Dessinateurs et caricaturistes du monde entier (4)

Non, il ne signe pas ses dessins d’un Z qui veut dire Zapiro, son nom de caricaturiste. Même si le Sud-africain Jonathan Shapiro est un bretteur et qu’il ferraille depuis vingt-cinq ans, d’abord comme militant anti-apartheid puis comme dessinateur critiquant l’actuel président, le controversé Jacob Zuma qu’il chapeaute d’un pommeau de douche depuis que celui-ci a déclaré en 2006 lors de son procès pour le viol d’une femme séropositive, qu’il s’était douché après l’acte sexuel pour minimiser les risques d’infection. Résultat ? L’arroseur arrosé. Plus le président sud-africain dérape, plus la pomme de douche, devenue un baromètre de vérité, se rapproche de sa tête. Zuma qui n’a pas non plus apprécié lors de son procès pour corruption, d’être représenté sur le point de violer la justice incarnée par une femme maintenue par ses alliés politiques a, d’ailleurs, intenté plusieurs procès en diffamation à Zapiro. La justice n’a pas encore tranché.Dénoncer par l’humour la bêtise et les violations du droit, frapper d’estoc avec son crayon, telle est la mission de cet élève d’Art Spiegelman et de Will Eisner. Mais porter des armes, jamais. Comme il s’y refusait lors de son service militaire, un caporal aussi idiot qu’obtus lui fit monter la garde du camp avec… une perche de plomb. La scène aurait pu sortir d’un court-métrage de Charlot. En 1987, le blanc Jonathan Shapiro a alors 29 ans, il est arrêté pour son appartenance au Front démocratique uni, fédérant près de 700 organisations anti-apartheid. Devenu l’année suivante collaborateur de publications progressistes, il est à nouveau mis sous les verrous par la police de sécurité. Seize ans après la fin de l’apartheid, la caricature reste, pour Zapiro, un sport de combat. En témoigne ce récent dessin (publié dans le Sunday Time le 23 mai 2010) où il s’est croqué marchant avec prudence sur un champ de mines, lesquelles sont des coiffes religieuses dépassant du sol. Le 20 mai, après une fatwa visant des collègues, il publie dans le Sunday Times une vignette où Mahomet est allongé sur un divan. « D’autres prophètes ont des disciples, déplore-t-il, avec le sens de l’humour. » A voir…La Coupe du monde de football qui se tient du 11 juin au 11 juillet dans son pays sera, à n’en pas douter, pour Zapiro une source féconde et féroce d’inspiration. Déjà, il s’en donne à cœur joie. Zapiro, roi du tacle. > www.zapiro.com

Le 2 juillet 2010 à 18:23

Partenaires officiels de l'équipe de France, où êtes-vous ?

Partenaires officiels de l'équipe de France, où êtes vous ? Où sont les chariots de feu de vos spots télévisés ventant le goût de l’effort, de l’engagement et du don de soi. Où sont vos monumentales affiches offrant au peuple les portraits serrés de fiers buteurs portant dans le regard la violente certitude d’une victoire à venir ? Où êtes-vous cachés ?J’ai beau fouiller frénétiquement le sac en papier de mon menu maxi best of, rien !!! Je n’y trouve pas l’autocollante figurine d’un Ribéry ni même le verre à soda sérigraphié d’un Anelka... Partenaires officiels de l'équipe de France, ne faites pas les timides ! Ne soyez pas modestes, montrez-vous ! Oui, le succès est incontestablement le fruit de la combativité des joueurs, de la clairvoyance de leur entraîneur et de l’implication de la fédération, oui, triple oui ! Mais la Régie souhaite aujourd’hui réparer l’injuste ingratitude du peuple français envers vous, humbles partenaires officiels de l'équipe de France qui, par votre soutien sans faille, votre investissement total, participez dans l’ombre à la victoire collective d’une nation tout entière.Je vous entends déjà rougir : « Oh non… non… merci, ça n’est pas nécessaire… vraiment merci mais non… ». Allons, allons ! La Régie, serviteur fidèle et dévoué des intérêts privés, a décidé de vous rendre hommage en publiant gratuitement vos noms et logos dans sa chronique. Bravo à Adidas, Carrefour, GDF Suez, Crédit Agricole, SFR, Toyota, Coca Cola, RTL, Ferrero, et Sport 2000. Après tout, cette belle victoire est aussi un peu la vôtre ! Profondément, La Régie

Le 19 mai 2015 à 09:30

L'ouroboros de la douleur

Le problème de l’argent, c’est que tout est fait pour qu’on n’y comprenne rien. Tout ce qu’on y comprend, c’est qu’on a beau faire tout ce qui est en notre pouvoir pour gagner un tout petit peu plus, à la fin, on perd toujours beaucoup plus que ce qu’on gagne. Comprendre l’argent est une activité à plein temps : il faudrait être payé pour ça ! D’où l’aplomb des économistes médiatisés, des experts en science du fric, des spécialistes des gros sous, des professeurs de pognonlogie : ils savent que nous ne comprenons jamais rien à ce qu’ils disent. Ou si peu. Tout ce qu’on comprend, et c’est pas une nouveauté, c’est que nos poches sont toujours un peu plus vides et celles de nos chefs toujours beaucoup plus pleines. Tout ce qu’on comprend, c’est que l’inégalité a atteint des proportions hyperboliques, stratosphériques, cosmiques. Et que tout, mais alors absolument tout, est fait pour qu’elle continue à s’accroître. Leur travail, leur mission, c’est l’accroissement de notre misère et le plaidoyer en faveur de nos chefs. Leur travail, leur mission, ce n’est pas de nous faire aimer cette situation, encore moins de nous la faire comprendre, mais de nous gronder pour nos tentatives de mutinerie, et de nous rappeler, gentiment mais fermement, à l’ordre. Et nous, notre épuisant travail, notre impossible mission, c’est d’appliquer à la lettre la chanson que Serge Gainsbourg avait écrit pour Régine : « Ouvre la bouche, ferme les yeux, tu verras ça passera mieux. Si les mouches entrent un peu, t’en fais donc pas pour si peu : ouvre la bouche, ferme les yeux. »  Il faut dire que c’est si pénible de réussir à être payé aujourd’hui. C’est presque un autre travail. Il y a d’un côté notre travail, et, de l’autre, il y a le travail d’être payé pour notre travail ! Remplir des formulaires, signer des contrats, produire des documents, renvoyer des mails, attendre trois mois, écrire, rappeler, insister. La mauvaise volonté est devenue une des stratégies les plus payantes de nos chefs : laisser traîner, ne pas répondre aux mails, faire le mort, tout faire pour qu’on oublie, pour qu’on se décourage, qu’on s’épuise… On est devant l’imminence de notre chèque comme devant la porte de la Loi dans la parabole kafkaïenne. On cherche en vain à comprendre ce qu’on doit faire pour l’obtenir. On présente nos numéros de Siret, compte en banque, sécurité sociale, Agessa, etc. On finit par mourir d’épuisement devant le gérant qui nous explique : « Ce chèque n’avait été signé que pour toi, mais maintenant c’est trop tard, et je vais le déchirer. » Qui veut gagner sa vie la perdra. Après L’Amérique, Le Procès, Le Château, il faudrait que Kafka revienne d’entre les morts et écrive un quatrième roman métaphysique inachevé qui s’appellerait La Banque.  Il y a pire que notre misère, il y a l’humiliation permanente que nous devons subir de la part de nos chefs. Ils n’en ont pas assez de nous voir pauvres ; ils voudraient nous voir à genoux, honteux, leur demandant pardon pour toutes nos croyances ridicules, toutes nos espérances idiotes et nos stupides chagrins. C’est déjà assez pénible de savoir que nous trimons essentiellement pour qu’une poignée de sales types engraisse comme des porcs. Il faut en plus qu’ils nous fassent honte. C’est déjà assez pénible de vivre selon les règles d’un jeu que nous n’avons pas choisi. Il faut en plus que ceux à qui ces saletés profitent nous fassent des émissions de télévision et des livres pour nous expliquer l’excellence de leur âme et la médiocrité de nos esprits. Pourtant ça se lit sur leur corps, qu’ils ont depuis longtemps quitté les verdoyantes vallées de la joie de vivre, et qu’ils s’épuisent en vain à grimper les arides montagnes de la fortune et du pouvoir. Et on leur laisserait volontiers le monde, « tous les royaumes et leur gloire », si la condition de leur folie n’était pas l’accroissement de notre misère. S’ils n’avaient pas besoin de mettre en pièces tout ce qui est beau et juste pour arriver à leurs fins.  On en arrive toujours au même point : la richesse est l’ouroboros de la douleur. L’argent fait souffrir tout le monde. Il fait souffrir ceux qui n’en ont pas et ceux qui en ont. L’argent fait souffrir ceux qui n’en ont pas en les séparant de ce qu’ils pourraient avoir, et en leur faisant honte de ne pas l’avoir. Et il fait souffrir ceux qui en ont en leur faisant craindre qu’ils pourraient venir à en manquer, et en les enjoignant à s’en préoccuper. L’argent est la pire des drogues. Dès qu’on commence à faire un peu d’argent, on veut toujours en faire un peu plus. Dès qu’on en fait beaucoup, on a l’impression de ne jamais en faire assez.  La solution n’est pas dans la création de richesses, mais dans l’organisation du pessimisme en matière d’argent. Ce qu’il faut, c’est tout faire pour que l’argent n’ait plus aucune valeur. Savoir que nous vivrons pauvres et mourrons misérables – mais tout faire pour que cette pauvreté soit la fenêtre vers des rapports plus justes, des relations plus belles, et cette misère la porte vers des combats plus intenses et des amours plus nobles. Se battre, non pour nous enrichir à la place de nos chefs, mais pour que ceux-ci ne détruisent pas davantage la nature, les animaux et les hommes dans leur voyage aller simple vers l’Enfer sur Terre. Se battre, parce que nous ne voulons pas de ce monde illusoire : né de l’intérêt, vivant par la corruption, crevant dans la solitude. Se battre, parce que c’est la seule façon d’accéder à quelque chose qui ressemble à un destin collectif. Se battre, parce que ce combat est la seule chose qu’ils ne peuvent pas nous prendre et, partant, la seule chose qui ne puisse pas être négociée.

Le 1 octobre 2011 à 09:30

Troisième mi-temps

Une virgule ovale, par Larpenteur, trois-quart aile depuis 1971

Peut-on parler de sport ici ? Je ne sais pas, mais je le pense. Surtout lorsqu’on sait combien les footballeurs peuvent être bon comédiens…Et le sport du moment, surtout au bout du monde, c’est le rugby, qui vient d’Angleterre, comme tous les sports, sauf le sumo, qui vient des problèmes d’obésité. Ça ressemble au football. Mais en fait non. Le foot est très violent : au moindre contact entre deux joueurs, l’attaquant vole dans les airs, retombe le nez dans l’herbe en se tenant le genou gauche, roule sur des dizaines de mètres, emporté par la violence du choc, et pleure en appelant sa mère. Un docteur vient avec du déodorant, et vaporise sur le genou du numéro 9, pour que ça ne sente plus le gazon mouillé, mais les cocotiers un matin de printemps. Les joueurs de rugby sont plus solides. Il faut se mettre à XV (ou XIII) pour en faire tomber un. Et si cela arrive, personne ne lui amène du déodorant. Du coup, les rugbymen sentent mauvais des genoux. Ils ont un cerveau, et pour ne pas le perdre pendant le match, ils se mettent du scotch autour de la tête, ça tient mieux que le gel. Par contre, les footballeurs se coiffent avec du gel, et mettent du scotch à leurs chevilles, pour ne pas perdre leurs pieds (d’où l’expression con comme ses pieds?). Le ballon est ovale (l’inventeur du rugby était très facétieux et un peu rouquin), il rebondit n’importe où et les joueurs ont de la peine à l’attraper. Ce qui engendre la mêlée, un élément essentiel de ce sport : pour empêcher le ballon de rebondir n’importe où, les joueurs s’entassent dessus. Cette phase de jeu est très délicate parce que, je le rappelle, personne n’apporte de déodorant aux rugbymen. C’est pour ça que beaucoup préfèrent avoir le nez cassé, plutôt qu’un nez qui fonctionne. Quand l’arbitre a trouvé celui qui a attrapé le ballon, il lève un bras et siffle. Alors tout le monde remet ses shorts en place, et le gagnant rend le ballon à l’arbitre, qui est content. Le but du rugby, c’est de gagner le match. Mais ce n’est pas si facile, et il faut faire des essais. Lorsqu’un joueur porte le ballon derrière la ligne, c’est un très bel essai. Pour le récompenser, on lui permet du tirer par-dessus les buts, s’il arrive à marcher en arrière en comptant ses pas. Paradoxalement, au rugby, pour faire avancer le ballon, il faut le passer en arrière. Ça s’appelle une superbe ouverture, alors qu’au foot « c’est de l’antijeu, ils font chier à toujours temporiser ces Italiens ». Au début du match, ceux qui sont habillés en noir se tapent sur les cuisses en tirant la langue à leurs adversaires, ce qui n’est pas très poli, mais ils s’en foutent car de toute façon, ce sont eux qui gagnent, et les autres qui ont des bleus… Et après le match, les joueurs posent pour des calendriers dans les vestiaires, pour savoir quand ils doivent revenir au stade. Et enfin la troisième mi-temps peut commencer…

Le 4 avril 2012 à 09:10

Pauvres gens !

Interrogé ce mardi dans la Matinale de Canal + sur ses relations avec André Bettencourt et les soupçons de financement illégal de sa campagne de 2007, Nicolas Sarkozy a démenti catégoriquement les accusations portées contre lui en dénonçant les « boules puantes » de ses adversaires politiques. Contredisant sa ligne de défense habituelle, le président-candidat a admis qu'il était « bien sûr » possible qu'il ait pu rencontrer l'ancien dirigeant de L'Oréal, précisant que ce dernier n'était pas un délinquant et que le « pauvre homme » était mort depuis des années.   Celui que beaucoup qualifient de « candidat des riches » révèle donc une nouvelle fois le lien particulier qu'il entretient avec les concepts de « richesse » et de « pauvreté ».   Déjà, en 2008, alors qu'un visiteur du Salon de l'Agriculture refusait de lui serrer la main, l'ancien maire de Neuilly-sur-seine lui avait lâché le désormais mythique « casse toi pov' con ».   Car dans la bouche de Nicolas Sarkozy, l'adjectif « pauvre » revêt une tonalité particulière : le pauvre est un objet de pitié ou de mépris, de condescendance et d'incompréhension.   A défaut d'éradiquer la pauvreté en France, celui qui prétendait être le président du pouvoir d'achat et dont le patrimoine personnel s'est accru de 28% en 5 ans fait donc habilement disparaître du champ sémantique de la pauvreté son étymologie première, celle de la misère et du dénuement.   Pour mémoire, en 2009, on considérait comme « pauvre » un individu dont les revenus mensuels sont inférieurs à 795 ou 954 euros. La veuve du « pauvre » André, Liliane Bettencourt, est à la tête d'une fortune estimée à 17 milliards d'euros et percevrait, excusez du peu, un revenu mensuel de plus de 34 millions d'euros. On a la pauvreté qu'on peut.

Le 27 juin 2010 à 16:36

Laissez Noël en paix

Conseil Citoyen 6

Nous ne sommes qu’en juin et ton moral en berne Face au jeu malicieux de ceux qui nous gouvernent Te fait déjà penser que pour le réveillon Tes rejetons n’auront ni cadeau ni bonbon, Que seuls de pauvres trous rempliront leurs chaussettes, Que tu n’auras pour feu que quelques allumettes Et que le seul sapin restant à décorer Ce sera ton cercueil et ses quatre poignées.   Arrête-là, veux-tu  et redresse la tête Surtout pour ce qui est de préparer les fêtes. Ne sais-tu pas, l’ami, que la nuit de Noël, Avec tous ses présents et sa bonne nouvelle, C’est l’arnaque du siècle et le baise couillon Le plus élaboré pour prendre ton pognon ? Si tu crains de sombrer au cœur de la tourmente Ne va pas te mêler aux masses consommantes. Il y a des moyens pour remplir une hotte Qui ne coûtent pas plus qu’une boite de crottes.   Surtout pour ce qui est des tout petits enfants, Je veux parler de ceux qui ont moins de trois ans. Dis-toi bien que ceux-là ne savent pas du tout Si Noël est en mai, en décembre ou en août. C’est donc quand tu le veux, si tu veux bien le faire Et il en va de même à leur anniversaire. Et si pour eux quelqu’un te donne des étrennes Tu les mets dans ta poche et puis tu les fais tiennes.   A partir de trois ans et disons jusqu’à sept Si tu ne donnes rien, ils te feront la tête. Alors n’hésite-pas, vas-y le cœur en liesse, Rends leurs allègrement le menu de leur pièce ; Tableaux de grains de riz, cendriers de Saint-Jacques Poupées de mie de pain ou colliers de pâtes.   Pour les plus grands, ma foi, tout est dans l’emballage Et dans la marque aussi. Ce qu’il faut pour leur âge, C’est un logo connu qu’ils pourront exhiber. Dans ce goût tout est bon et rien n’est prohibé. Passe chez Emmaüs et pique une étiquette Recouds là bien en vue sur une autre liquette Et ne t’affole pas à cacher l’origine Grande marque ou chiffon tout est cousu en Chine.

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