Frédéric Lordon : De quoi ce que nous vivons est-il la crise ? #13


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"Économiste atterré et pugnace, Frédéric Lordon vous invite à scruter avec lui les derniers rebondissements de la crise en Europe et au-delà. Car la crise n’est pas ce que l’on croit. Et si elle n’était qu’une grande méprise, un splendide malentendu fait d’arrangements langagiers et de non-dits surprenants ?"

Enregistré le 6 décembre 2012 dans la salle Topor du Théâtre du Rond-Point

En partenariat avec Cinaps TV et Rue 89

Vous pouvez également retrouver le podcast audio complet de cette conférence-performance.

A une situation d’urgence, il faut une « trousse de secours », des antidotes au fatalisme et au découragement, une boîte à outil pour stimuler notre capacité de rebond, regonfler le moral de ceux que la crise aura découragé.
En partenariat avec Rue89 et Cinaps.TV.

 

 

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Le 14 février 2017 à 18:03
Le 31 mars 2015 à 04:40

Jérôme Rouger : "Je crois que l'humanité fait sa crise d'adolescence"

En spécialiste des allocutions détournées, Jérôme Rouger vient le 3 avril au Rond-Point défendre les droits de la poule et les conditions de vie de l’œuf en venant poser la question : mais pourquoi donc les poules préfèrent-elles être élevées en batterie et ressentent-elles le besoin de se coller les unes aux autres, dans des conditions qui paraissent pourtant peu enviables ? Ventscontraires – On dit souvent que chaque époque a ses usages propres de la langue. Comment caractérisez-vous notre rapport à la langue aujourd’hui ?Jérôme Rouger – Et bien je dois dire que je m’estime parfaitement incompétent pour répondre à cette question. Et comme je pense régulièrement : si à chaque fois que quelqu’un d’incompétent qui a quelque chose de pas intéressant à dire quand on l’interroge sur un sujet, s’abstenait, la langue, la littérature et l’humanité ne s’en porteraient pas plus mal, aussi vous me permettrez donc de passer directement à la seconde question. – Selon-vous qu'est-ce qui menace la langue et qu'est-ce qui la « sauve » ?– Mes grands-parents parlaient le patois là où ils vivaient, dans le nord des Deux-Sèvres. J'ai encore un oncle qui parle ce parlhange dans la vie de tous les jours. Mais au cours de mon existence, cette façon de parler aura disparu, du moins dans son usage par des gens au quotidien. Mes oreilles auront entendu une langue faire silence définitivement.Ma mère me racontait que quand elle était enfant, elle parlait ce patois à l’école, et on se moquait d’elle, alors elle a appris à parler toujours en français. Si je me réfère à cet exemple, qu’on considère ou pas que ce parlhange est une langue n’a à mon avis par d’importance, ce qui l’a menacée et tuée, c’est le fait d’être parlée uniquement par des « dominés », des gens qui n’avaient pas assez d’outils pour la défendre. Et on a donc réussi, par désir d’uniformisation, pour renforcer l’adhésion à la communauté nationale, non seulement à retirer aux gens toute fierté de la parler, mais même à leur en faire éprouver un sentiment de honte.A l’inverse, ce qui sauve une langue, ou la conserve, c’est qu’elle soit pratiquée, enseignée, c’est surtout qu’elle fasse communauté, qu’elle soit un objet de fierté pour ceux qui la parlent, voire un moyen de défendre la communauté, et qu’elle soit parlée par tous les corps, sans distinction sociale, de cette communauté.Même s’il y a certainement des « langues de résistance », il me semble que leur pérennité passe par là. – Et votre propre langue, qu'avez-vous à en dire ?– En prolongement de ce que je viens de répondre à la question précédente, je dirai que ma langue est une langue qui parle de la domination et de la manipulation. Elle le fait de façon j’espère astucieuse, c'est-à-dire sans dire son nom, en cachette. C’est pour cela que j’en ai déjà trop dit et que je n’en dirai pas plus sur cet aspect.C’est aussi une langue du rire, et ce n’est pas ici que je vais faire la leçon sur la puissance du rire. C’est d’ailleurs bien pour cela qu’il est si souvent dénigré. Mon rire à moi joue plutôt avec la syntaxe, le rythme et le sens, qu’avec les jeux de mots. J’aime aussi le rire pour son aspect fédérateur, il ne laisse pas grand monde de côté.C'est souvent aussi une langue de l'oralité, écrite pour que ça coule, pour que ça donne comme l'impression de ne pas avoir été écrit. – Quel événement et/ou quelles rencontres ont façonné votre langue et qu'est-ce qui la nourrit au quotidien ?– Dans ma famille maternelle, il y a beaucoup de légèreté, ce qui pourrait s’apparenter à une espèce de sagesse populaire. Mon grand-père et ses enfants, particulièrement mon plus jeune oncle, font énormément de blagues aux autres dans la vie quotidienne, ils sont fantaisistes, et très certainement cela m’a marqué.J’ai aussi toujours été attiré par les gens décalés, les fous, je crois parce qu’ils nous interpellent sur notre propre condition et sur la relativité de toute chose... J’aime les gens qui ne font pas comme les autres, qui ne sont pas lisses, qui ne mettent pas leurs qualités au service de la domination de l’homme par l’homme ou d’une vie toute tracée.Ce qui nourrit ma langue au quotidien, c’est toute cette histoire et l’observation de l’autre. Je prends grand plaisir à observer comment les gens d’un même milieu épousent les mêmes codes, se copient, s'imitent, bref, s’envoient des signes de reconnaissance, parfois jusqu’à la parodie d’eux-mêmes.La langue de la Culture par exemple, c’est quelque chose.C’est certainement pour cela que je m’intéresse aussi beaucoup à l’observation des différentes rhétoriques : celle de l'élu, celle du prof, celle du lobbyiste, celle du militant, celle du directeur de théâtre… Je m’intéresse à observer comment les gens parlent et comment cela indique ou pas leur place dans la société, ou la conditionne. Parce que si j’entends aussi par langue, une façon de l’utiliser, elle traduit une appartenance à un corps social, à des repères… bien observée, elle dit non seulement l’appartenance sociale de quelqu’un mais traduit aussi comment cette personne en est plus ou moins détachée.Après il y a toutes les "rencontres" avec l’art sous toutes ses formes : les lectures, les spectacles… et tous les gens que j’ai rencontrés en exerçant ce métier.Même si je crois que ça ne se voit pas du tout dans ce que je vais faire chez vous, j’ai été marqué par la rencontre avec la poésie (de Rimbaud à René Char). Tous ces textes qui vont vous chercher et vous trouver immédiatement, dans ce que vous considérez comme la partie la plus noble de votre être, qui raisonnent en vous, et sans que vous ne sachiez expliquer précisément pourquoi, sans que vous ne puissiez donner un sens précis à ce que vous lisez. « Nous ne pouvons comprendre toute la vérité : mais nous pouvons parfois comme la saisir sans la prendre, tendre nos mains mentales » dit si joliment Valère Novarina. C’est pour cela qu’il n’y a aucune vérité définitive dans ce que j’écris. Le théâtre ne trouve pas de réponses, il cherche des nouvelles questions, ou de nouvelles façons de se les poser.Autrement, ces dernières années, comme le milieu des arts de la parole a souhaité se développer au-delà du seul conte, j’ai souvent été invité dans des manifestations qui entendent « arts de la parole » au sens très large, et j’ai ainsi rencontré beaucoup de conteurs.J’ai ainsi pu prendre conscience que je ne me sentais pas du tout conteur. Je compte beaucoup d’amis conteurs, mais je dois dire que le conte et la diction du conteur m’ennuient souvent. C’est certainement pendant certains spectacles de conte que je me suis le plus ennuyé (et pourtant j’ai assisté à beaucoup de concerts de jazz expérimental !) Mais cela m’a aussi permis de comprendre ma différence, et peut-être ainsi de pouvoir la désigner.Je suis beaucoup plus marqué par le phrasé de gens comme Jacques Bonnaffé, Laurence Vielle, Bernard Lubat, Bernard Combi… des phrasés du rythme, de la syntaxe, de Jean-Quentin Châtelain, ou encore de Dominique Pinon dans « Pour Louis de Funès » de Novarina (mis en scène par Renaud Cojo).Et puis il y a aussi tous ces gens qui me font beaucoup rire, dans des genres très différents : Fred Toush, Albert Meslay, le Théâtre Group’, Nicolas Jules, même si c’est un chanteur la liste est longue. – Nous vous avons proposé de venir au Rond-Point "rattraper la langue" avec votre performance : "Pourquoi les poules préfèrent-elles être élevées en batterie"? Est-ce à dire que notre part grégaire nous condamne au gloussement vain et à l'impuissance ?– Certes, si l’on se fait encore des illusions sur l’émancipation de la poule et le grand soir des gallinacées, il y a des raisons de désespérer. Mais aucun gloussement n’est vain, sauf si l’on pense sauver l’humanité avec un petit gloussement. C’est l’histoire du colibri de Pierre Rabhi. Car un peu partout naissent des initiatives passionnantes, des gens se fédèrent pour fonctionner autrement, en dehors des circuits traditionnels, inventent d’autres façon de vivre ensemble, de subvenir à leurs besoins,…Je crois que l’humanité fait sa crise d’adolescence. Elle a besoin d’expérimenter, de se faire mal, peut-être même très mal, elle a besoin de chercher ses limites.Mais je pense qu’elle s’en remettra. Et notamment grâce à tous ces gloussements qui ne sont pas vains.Il y a certes mille raisons de penser comme Einstein « deux choses sont infinies : l'Univers et la bêtise humaine. Mais, en ce qui concerne l'Univers, je n'en ai pas encore acquis la certitude absolue. » Et quand on sort son nez de l’actualité quotidienne, et qu’on voit tous ces gens formidables qui nous entourent, il y a aussi mille raisons d’espérer.  

Le 1 février 2014 à 14:19

Paule Orsoni : Les Clairières du bois, de Maria Zambrano

L'Université Populaire de Caen... à Paris

Une conférence de Paule Orsoni Laissons parler Marie Zambaro. "Parmi mes oeuvres publiées, c’est je crois le livre qui répond le mieux à cette idée longtemps formulée que penser est avant tout à la racine en tant qu’acte, déchiffrer ce que l’on sent, si on entend par sentir le “sentir originel” (expression que j’emploie depuis des années). Et aussi cette idée que l’homme est l’être qui souffre sa propre transcendance en un incessant processus d’unification entre la passivité et la connaissance, l’être et la vie. Vie véritable surprise seulement dans quelques clairières qui s’ouvrent entre ciel et terre, au sein de l’initiale frondaison. Et à l’horizon lointain où se noient le ciel et la terre, la vie et la mort."Nous tâcherons avec elle d’entrer dans ces "clairières" rares et puissantes, accessibles au coeur qui se veut philosophe et poète. Sa compagnie belle et forte ouvre pour nous des champs inexplorés. Avec elle, et son retour aux sources, nous pouvons dire que "penser vivifie". Son père Blas José Zambrano fut le fondateur de l’Université Populaire de Segovie et ami d’Antonio Machado…Elle étudie à l’Université centrale de Madrid, influencée par son professeur J.Ortega y Gasset. Elle enseigne, elle participe à la guerre d’Espagne aux côtés des Républicains espagnols, et fut forcée à l’exil sous F.Franco. Elle voyage à travers le monde et retourne définitivement en Espagne où elle mourra le 6 février 1991. Durée : 01:23:00 Enregistré le 16 janvier 2014 dans la salle Jean Tardieu du Théâtre du Rond-Point

Le 17 avril 2019 à 12:02

Stanislas Nordey : "Je ne suis pas Fassbinder"

Stanislas Nordey revient au Rond-Point avec "Je suis Fassbinder", spectacle créé il y a trois ans au TNS en complicité avec l'auteur et metteur en scène allemand Falk Richter. Vague de migrants accueillis en Allemagne, montée des extrêmes droites européennes, comment aurait réagi le réalisateur Reiner Maria Fassbinder s'il était encore parmi nous ? Trois ans plus tard, alors que la France est bouleversée par un mouvement social sans précédent, la pièce vibre de manière renouvelée.Rond-Point – Vous présentez "Je suis Fassbinder"... Mais y-a-t-il un rapport avec Fassbinder ? Lequel ?Stanislas Nordey – Toute  la  matière  du  spectacle,  c’est  Fassbinder.  Et  avec lui, son œuvre, sa parole et les années soixante-dix. La liberté de cette époque. C’est un créateur libre dans  sa  manière  d’évoquer  l’intime,  le  politique,  de  mêler  les  deux.  Au  cœur  du  spectacle,  il  y  a  un  film  de  Fassbinder  sorti  en  1977,  L’Allemagne  en  automne, c’est l’un des moteurs du travail. Dans ce film court, il  se  met  en  scène  lui-même  avec  sa  mère  et  son  amant, au moment des affaires de la Fraction Armée Rouge.  Cette  conversation  dans  la  cuisine  est  une  matrice  centrale  de  la  pièce.  À  ce  dialogue  tiré  du  film,  s’ajoute  une  recherche  documentaire  que  Falk  Richter  nous  a  demandé  de  fournir  :  lire  toutes  les  interviews,  voir  tous  les  films,  lire  ses  pièces.  Il  y  a  des  scènes  entièrement  décalquées  des  films  et  des  situations  imaginées  par  Fassbinder,  réécrites  par  Richter. La pièce parle bien sûr de Fassbinder, comme elle parle de Richter, de nous tous... C’est un point de rencontre, qui a d’ailleurs failli s’intituler Je suis Falk Binder, puisque c’est une intersection entre ces deux hommes, auteurs de théâtre et de cinéma...Rond-Point – Ici, tout est politique, tout l’était à la création, texte écrit presque au jour le jour pour sa représentation... Est-ce encore le cas ? Qu’est-ce "Je suis Fassbinder" a à nous dire d’aujourd’hui ?Stanislas Nordey – Est-ce que "Je suis Fassbinder" a vieilli depuis sa création ? Je ne crois pas. On a eu cette angoisse lors de la reprise, au moment de la tournée du spectacle. Mais l’actualité n’a pas cessé de nous rattraper. Dans le spectacle, il est beaucoup question du harcèlement sexuel. À la création, quand la pièce s’est écrite, l’affaire Weinstein n’avait pas  éclatée.  Je  suis  Fassbinder  connaît  aujourd’hui  d’autres  résonnances,  et  le  spectacle  raisonnera  sans  cesse  différemment. Falk Richter écrit à partir d’aujourd’hui, mais c’est un aujourd’hui large, vaste, ouvert. Il écrit sur  les  migrants,  la  crise  des  réfugiés.  Mais  il  est  écrivain,  il  n’est  ni  chroniqueur  ni  journaliste.  Il  aborde  ses  sujets en profondeur, il ne s’intéresse pas à l’anecdote.Interview texte par Pierre Notte.Propos vidéo recueillis par Jean-Daniel Magnin

Le 8 janvier 2015 à 10:10

Charb : "J'en ai marre qu'on s'inquiète de voir les musulmans modérés ne pas réagir"

Charb : "On s'inquiète de voir les musulmans modérés ne pas réagir. Il n'y a pas de musulmans modérés en France, il n'y a pas de musulmans du tout, il y a des gens qui sont de culture musulmane, qui respectent le ramadan comme moi je peux faire Noël et bouffer de la dinde chez mes parents, mais ils n'ont pas à s'engager plus que ça contre l'Islam radical en tant que musulmans modérés, puisqu'ils ne sont pas musulmans modérés, ils sont citoyens. Et en tant que citoyens oui ils agissent, ils achètent Charlie Hebdo, ils manifestent à nos côtés, ils votent contre des gros cons de droite. Ce qui me fait chier c'est qu'on les interpelle toujours en tant que musulmans modérés, il n'y en a pas de musulmans modérés. C'est comme si on me disait à moi :« Réagis en tant que catholique modéré. » Je ne suis pas catholique modéré, même si je suis baptisé. Je ne suis pas catholique du tout." Nous avions publié cette vidéo le 11 décembre 2011, alors que le Théâtre du Rond-Point était assiégé par les intégristes catholiques qui voulaient interrompre les représentations du spectacle Golgota Picnic de Rodrigo Garcia. Charlie Hebdo nous avait soutenu sans faille. La rencontre avec Charb a eu lieu dans les nouveaux locaux où le journal s'était réfugié après la destruction de ses bureaux par un cocktail molotov. Charb: "I'm frustrated by the growing concern regarding moderate muslims' lack of engagement" Charb: "People are worried by moderate muslims’ lack of political engagement. There are no moderate Muslims in France, there are no Muslims at all. There are people of Muslim heritage, who respect the Ramadan as much as I respect Christmas when I gobble down my turkey at my parents’ place. But it no way does this oblige them to be more involved against Radical Islam, since they are not moderate Muslims, they are citizens. And as citizens, they do react, as they buy Charlie Hebdo, as they demonstrate with us and vote against these right wing assholes. What pisses me off is that they’re always called out as moderate Muslims. There are no moderate Muslims. It’s as if someone were to demand from me that I «React, speaking as a moderate Catholic.» I’m not a moderate Catholic, although I am baptized. I’m not a Catholic at all."   We uploaded this video on 11 December 2011 when Catholic fundamentalist were demonstrating and attempting to disrupt the performances of Rodrigo Garcia’s «Golgota Picnic». Charlie Hebdo defended us relentlessly. The meeting with Charb took place in the new headquarters they moved in following the destruction of their precedent address by a Molotov cocktail.

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