La crise du travail
Publié le 07/10/2013

Patrick Pelloux : "N'enterrons pas trop vite les livres, les cafés et les théâtres"


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Avec une plume aussi précise qu’un bistouri et son humour généreux, le docteur urgentiste Patrick Pelloux se penche sur le travail des médecins à travers les âges. À ce moment curieux où la mort travaille elle aussi – au corps – une ribambelle d’illustres patients : rois, révolutionnaires, résistants, savants, écrivains, artistes… Sans oublier la foule anonyme des grognards napoléoniens, des jeunes G.I. fauchés lors du Débarquement. Une recherche inédite, à la fois médicale et historique, qui raconte les évolutions du métier de médecin et de notre rapport au corps.

Le 7 octobre prochain, entouré de ses amis comédiens, Bénabar, Marilyne Fontaine, Patrick Mille, François Morel et Isabelle Nanty, qui viennent lire les passages qu’il a choisi dans son livre paru aux éditions Robert Laffont, Patrick Pelloux vous dira d’autres histoires qu’il n’a pas encore écrites.

En avant-première, pour ventscontraires.net, il entr'ouvre sa trousse de secours et nous confie ce dont, selon lui, notre époque a besoin.

Trousses de secours 2e saison : conférences-performances autour de la crise du travail

Formation ouverte à tous : soyez encore plus flexibles, plus compétitifs, plus « zéro défaut » qu’on vous le demande… mais autrement ! Les écrivains, chercheurs, artistes des conférences-performances du Théâtre du Rond-Point renversent perspectives et idées reçues, croient au partage horizontal des savoirs, déboulonnent férocement les piliers de la pensée dominante.

> le programme complet

 

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Le 19 novembre 2014 à 10:44

Vous avez perdu votre langue ?

– Vous avez perdu votre langue ?– Ben oui, c’est idiot, je l’avais tout à l’heure.– Elle ne doit pas être loin alors…– C’est malheureux, je m’en suis servie il n’y a pas si longtemps et puis là, impossible de remettre la main dessus…– La main sur votre langue ?– C’est énervant. Qu’est-ce que je vais faire sans elle ?– Pas de panique. On devrait pouvoir la retrouver. Elle était comment ?– Ma langue ?– Comment voulez-vous que je vous aide à la retrouver si vous ne me la décrivez pas un minimum ?– Bien sûr. Mais ce n’est pas facile…– Faites un petit effort ! Elle était comment je vous demande ? Vive ? Littéraire ? Populaire ? Argotique ? Soutenue ? Claire ? Commune ? Naturelle ? Construite ?– Un peu tout ça, oui, ça dépend des moments…– Vivante ?– Vivante, ça oui !– Le lendemain des soirées que je passe avec vous. Pâteuse même on peut dire.– Vous ne m’aidez pas beaucoup…– Je sais bien. En tous cas, elle m’était très utile. Aussi bien au quotidien, quand je faisais mes courses que dans ces moments de béatitude où je flirte avec les étoiles. Elle était ma compagne fidèle, mon rapport aux autres. Elle était changeante, inattendue, originale parfois. Et puis amicale, chaleureuse, colorée. Enfin, elle avait son caractère. Parfois, elle était plus ombrageuse, plus mélancolique. Mais elle était joueuse, elle me mettait des mots au bout d’elle-même que je perdais, que je n’arrivais plus à retrouver et puis qui me revenaient. Quand je m’y attendais le moins. Elle m’exprimait à demi-mots. Elle s’échappait bien parfois un peu mais jamais très longtemps. J’avais besoin d’elle. Elle était pour moi tellement… maternelle.– Ecoutez… J’ai l’impression qu’elle vous est revenue…– Vous croyez ?– À mon avis, il suffit de parler d’elle pour la faire revenir.– Pourvu…

Le 19 juin 2015 à 08:59

Animal, transe, trou

Tu as 65 ans, pour une raison médicale qui te regarde tu sais que tu vas bientôt mourir, sur base de discussions que tu as eues avec lui ton entrepreneur de pompes funèbres expérimentales te conseille, pour ton enterrement, de te faire manger par des loups en Mongolie, comme d’ailleurs c’est la pratique traditionnelle là-bas. Tu imagines ton cadavre se faire manger, dépecer par des loups, ça te plaît tellement que tu te dis : « Eh mais je veux vivre ça de mon vivant nom de Dieu ! » Tu t’en vas en Mongolie, sur place tu te procures une dose de drogues anesthésiantes suffisantes pour endormir un yak, tu te pointes dans la steppe, marche 4 jours et 4 nuits sans t’arrêter, t’écroules par terre, les loups s’approchent, tu prends tes drogues. Le temps que la chimie fasse son effet les loups te reniflent, tu t’endors aux premiers grognements. A ton réveil tu es toujours insensible et tu constates que les loups se font bien plaisir, il te manque de solides morceaux de viande. Bizarrement, tout ceci te fait tellement triper que tu te dis : « Hors de question que je meure sans vivre encore d’autres expériences dans ce goût-là ! » De retour dans le monde civilisé tu survis, et tu survis d’autant mieux que les loups auraient apparemment bouffé toutes les saloperies qui te ravageaient le corps ; après quelques mois tu pètes la forme, tout va bien mais il manque quelque chose : tu voudrais réitérer l’expérience de ton corps livré à la faim des loups. Un jour en rue tu sympathises avec un chien qui semble sauvage, très drôle, très intelligent, très fin, subtil, rapide et rusé, drôle. Il a l’air de vouloir te montrer quelque chose, tu le suis, il t’emmène chez quelqu’un qui te dit : « Bonjour je suis une pute biohardcore anarcho-autonome, je suis sûre que je peux vous aider. » Tu lui dis : « Je veux me prostituer le corps, la viande du corps aux loups. Je veux donner un max de plaisir à une meute de loups, je veux payer de ma personne, votre métier m’intéresse, je suis fasciné par la charge mystique des fantasmes générés par votre métier de pute, je veux vivre cette charge à fond, être à fond dans le don, dans le don prostitutionnel, animal, mystico-biologique, hardcore du vivant, biohardcore. » Bref tu lui racontes ton fantasme de te faire bouffer encore par des loups, elle marche à fond mais te propose un truc encore mieux car moins cher, plus facile d’accès et très intense : un truc incroyable avec elle et des carpes, ça se passe dans un étang, sous l’eau, expérience extatique dingue. Quelques jours après ça y est, tu es complètement addict et pars vivre dans un trou dans la forêt.

Le 17 juillet 2011 à 09:02

De la nécrologie comme crotte de chien

Le deuil est un chien comme les autres

Aux fantômes on s’en prend comme aux chiens. On les mate, on les dresse. Assis, debout, couché, attaque, à la niche, lève la patte. Adopter, apprivoiser l’animal, c’est se garantir une domination définitive, s’aliéner un amour à vie. On a son chien, on est quelqu’un. Obéissant, fidèle, loyal, protecteur, craintif, il se montre reconnaissant à jamais de la dépendance où on le tient, l’animal domestique. Il ne connaît ni la rancœur ni l’ingratitude. Sa jalousie, une plus-value, grandit le maître. Le deuil est un chien comme les autres. On asservit le spectre, on le nourrit. On le soumet à nos peurs du grand néant inconcevable. On a une ardoise avec le ciel, on en appelle aux morts, on prie pour la paix de leur âme dans tous les bénéfices du doute. C’est faire avec ce qu’on a, exactement rien. Le deuil, c’est faire avec rien. Et les morts et les deuils s’entrechoquent, on mélange bientôt nos fantômes, les spectres sont pratiques ; ils rapprochent ceux qui restent. Pareils, les chiens se reniflent le trou du cul sous l’œil mouillé de ceux qu’ils baladent, et qui grâce à eux s’accostent enfin. Puis on ramasse les excréments, c’est la moindre des choses. Il faut bien que les vivants traversent le monde sans marcher toujours dedans. Goûter de la nécrologie, guetter l’hommage de tf1, acheter le journal match ou libé parce qu’il a fait sa grande une avec le petit mort de l’année, c’est ramasser dans un sac plastique la crotte de chien ; pour que les vivants marchent un peu au propre, au clair, au calme d’une conscience débarrassée momentanément du suprême effroi d’être soi-même le jouet de la mort.

Le 9 mai 2013 à 10:15

Christian Salmon : Ces histoires qui nous gouvernent #6

> Premier épisode           > Episode suivant Dans sa conférence-performance "Ces histoires qui nous gouvernent", l'écrivain et journaliste Christian Salmon poursuit son salutaire travail d'analyse du story-telling. Dans cet extrait, il revient sur un récit édifiant mais fictif qui a joué un rôle décisif dans l'intervention américaine en Afghanistan et même au-delà. "Quoi de plus innocent et charmant qu’une histoire bien tournée ? Les histoires nous distraient et nous instruisent en nous faisant rêver. Désormais, avec la technique du storytelling, elles nous gouvernent et sont devenues un instrument de contrôle des opinions, une « arme de distraction massive ».L’entrée en guerre préventive contre l’Irak, le reality show au début du mandat de Sarkozy, sa métamorphose en capitaine courage face à la crise financière, l’épopée victorieuse de Barack Obama… Autant de fictions préparées dans le secret de war rooms où s’élabore le storytelling intégré. Christian Salmon nous propose un voyage dans les démocraties contaminées par l’hypermédiatisation, une exploration des mythes politiques à l’âge du néolibéralisme. Une traversée de la crédulité contemporaine. " Enregistré le 30 novembre 2012 dans la salle Topor du Théâtre du Rond-Point En partenariat avec Cinaps TV et Rue 89 Vous pouvez également retrouver le podcast audio complet de cette conférence-performance.

Le 12 décembre 2014 à 08:46

Croire

– Le Bon Dieu n’existe pas.– Pas possible !– Comme je vous le dis.– Mais qu’est-ce qui vous fait croire ça ?– Je n’en sais rien. Une intuition.– Autant dire que vous n’en savez rien…– Comment voulez-vous savoir ? On n’est sûr de rien. Juste un faisceau de présomptions…– Hum, hum…– Depuis le temps qu’on annonce son retour sur la Terre et qu’on ne voit rien arriver… Au moins le Père Noël, lui, il est ponctuel.– Vous croyez au Père Noël ?– Pas vous ?– Si, bien sûr. La petite souris, en revanche, j’ai des doutes.– Vous pensez que ce serait un stratagème parental ?– Quelque chose comme ça, oui…– En même temps, sous l’oreiller, la dent disparue est bien remplacée par un bonbon ou un chocolat…– C’est vrai.– Et ça je suis désolé mais ça n’arrive quand même pas par l’opération du Saint-Esprit !– En ce qui me concerne, ça fait longtemps que la petite souris ne se déplace plus chaque fois que je perds une dent.– Mais quand vous perdez une dent, vous la mettez sous l’oreiller ?– Non.– C’est bien ce que je pensais…– C’est-à-dire, à mon âge…– Bien sûr ! Vous perdez une dent et c’est comme si vous n’en aviez rien à foutre. Vous abandonnez la malheureuse chez votre dentiste qui va vous mettre un implant.– Exactement.– Et la petite souris oubliée, négligée, délaissée, qui voit, comme ça, une dent passer sous son museau, vous y pensez ?– Pas tellement.– C’est bien ce qu’il me semblait. Pour croire, il faut quand même y mettre du sien.

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