Louise Dumas
Publié le 01/04/2015

Le Parisien #2


Louise Dumas fait le grand écart entre commandes d'illustrations pour des agences de communication et collaborations artistiques pour la scène. Une seule obsession : la ligne.

http://louisedumas.fr/

 

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Le 11 juin 2010 à 08:00

C'est quoi l'esprit "ventscontraires.net" ?

Une question qui nous est souvent posée

Cher ami et co-rédacteur en chef,Nous sommes drôlement contents, les internautes sont de plus en plus nombreux à proposer leur contribution à ventscontraires.net. Il est vrai que nous ne publions pas toutes les propositions qui nous sont faites, loin s'en faut, au nom du sacro-saint "esprit ventscontraires.net". Mais qu'en est-il de cet esprit ? Saurions-nous nous-mêmes le définir ? Sans doute pas. Il se dessine, au fil des jours et des publications, il se précise. Nous en sommes vous et moi les garants, parce qu'il faut bien trancher, vous êtes d'accord ? Aussi faisons-nous des mécontents, des mal-comprenants, des coléreux, des "j'en-ai-marre-votre-club-est-trop-fermé". Je ne sais quoi leur répondre, cher ami et co-rédacteur en chef…Votre Laure Albernhe bien embêtéeChère amie et co-rédactrice en chef,Qu'est-ce que l'esprit ventscontraires.net demandez-vous ? C'est vrai, bonne question, je me lance. Premier temps : imaginez un avion à décollage vertical. Au début il fallait décoller. On dirait que c'est fait. C'était l'esprit vertical de ces deux derniers mois. Même si certains se sont montrés déçus par nos refus, déjà sept internautes nous ont rejoint comme chroniqueurs, d'autres suivent. Et rappelez-vous, le premier billet est arrivé d'Atlanta, le dernier du Mexique... Bon, nous avons décollé. A présent il faut avancer, non ? Je me dis que l'esprit que nous invoquons n'est pas simplement le pur désir d'écrire ou de jouer avec les mots, les images ou les sons. C'est aussi l'envie de nous lancer en avant et de foncer à contre courant. En survolant quoi ? Eh bien l'actualité, cette grosse crêpe mondiale à la sauce mantra qui nous aligne les cerveaux où que l'on se trouve sur la planète. Alors hop, chers Internautes, chers chroniqueurs, chère Laure-bien-embêtée, à nous de jouer, survolons-la, l'omelette baveuse, piquons dessus, griffons-la du bout de nos ailes – en rase-motte ou en tourbillonnant comme des hirondelles. A nous l'actualité. Si nous restons légers, chère amie et co-rédactrice en chef, nous lui peindrons une moustache !Votre Jean-Daniel Magnin fort enthousiaste

Le 22 décembre 2012 à 11:44
Le 26 décembre 2010 à 15:01

Il était une fois...

Carte postale de Finlande

En Finlande, on aime les téléphones portables. Et plus en particulier, ceux de la marque Nokia. Question de fierté nationale. Dans le petit village de Pukkila, près d’Helsinki, Nokia rime avec Père Noël (on n’est pas bien loin de la Laponie, où l’on sait que réside l’illustre bonhomme des neiges)…Il était une fois un gentil monsieur répondant au doux prénom d’Onni, et qui ne pensait pas mal. Il pensait même fort bien, puisqu’à sa mort, il léga à la petite maison de retraite de sa bourgade natale (il était parti faire fortune aux Etats-Unis) une grosse poignée d’actions Nokia. Laquelle finlandaise entreprise produisait, entre autres, de finlandaises bottes en caoutchouc. Pas de quoi, à l’époque, casser trois pattes à un canard, fût-il finlandais itou. Si délicat qu’il était été, Onni n’avait pas imaginé faire un si beau cadeau aux retraités de Pukkila, Nokia ayant par la suite décidé de devenir le principal fabricant de téléphones mobiles dans le monde. Avec le chiffre d’affaires qui allait avec. Oui, mais voilà : lorsque le prix des actions Nokia grimpa, grimpa jusqu’à crever le plafond de la Finlande, certains concitoyens de Pukkila souhaitèrent les vendre, ce que le doux Onni avait formellement interdit…Après une longue bataille juridique opposant les teneurs de parole aux visionnaires de la bourse, les actions, finalement, furent vendues. Au plus haut de leur cours. Avec l’argent, on fit construire non seulement une plus belle maison de retraite, mais aussi un complexe très fonctionnel autour, avec tout ce qu’il fallait dedans pour rendre ses pensionnaires et leurs familles plus heureux. Ce fut une excellente initiative. Car Nokia ne connaît plus le lustre de ses années passées et la vente de ses actions aujourd’hui rapporterait à peine de quoi repeindre les murs de la petite maison de retraite. Où, depuis, on ne lit plus le cours de la bourse.

Le 26 juillet 2012 à 08:15

Une robe et beaucoup de bourrins

En France certains trucs, avec moi ça ne prend pas. Je suis à moitié française et à moitié slovène, ceci doit expliquer cela. Il y a quelques années, je me souviens, on a fait tout un foin du téléfilm "La journée de la jupe", avec Isabelle Adjani. Soit disant que les filles et les femmes de la banlieue ne pouvaient pas se mettre en jupe sans être traitées de putes. Par qui ? Par les "jeunes des cités", ces gars au teint basané voire chocolat et à la casquette vissée de travers. Une "racaille" que l'ex président Sarkozy voulait nettoyer au Karcher. Depuis, Sarkozy s'est fait nettoyer (c'est celui qui dit qui y est), et la racaille a essaimé. On fait semblant de ne pas la voir, mais moi je sais où elle est. Dans les endroits chics, de haute "chiquitude" même. A l'Assemblée nationale, au sein du CAC 40. Elle a troqué casquette, baskets et survêts contre costards cravate, chemises impec et chaussures cirées. Elle s'est fait blanchir la peau, les cheveux, elle est sortie de grandes écoles style Polytechnique ou l'ENA, elle a pris des patronymes qui fleurent bon le bon français, elle a hérité de parents fortunés, émigré dans les hôtels particuliers des beaux quartiers, elle a tout fait pour tromper son monde, la garce. Mais dès qu'une femme s'habille en femme, rien à faire, elle se lâche! En plein mois de juillet, Cécile Duflot se pointe à l'hémicycle en robe bleue chamarrée (traînée !) et hop, voilà notre racaille de souche qui la hue et la chahute, avec l'élégance que le monde entier lui envie. Du coup j'ai enfin compris pourquoi la France interdit le port de la burqa : c'est pour mieux siffler les salopes mon enfant !

Le 29 janvier 2012 à 08:52

James Castle, artiste sourd muet et sans doute autiste

à la Galerie Karsten Greve jusqu'au 17 mars 2012

James Castle est né une année avant la fin du XIXe siècle. Il n'a jamais su parler, lire, écrire, signer ou lire sur les lèvres. Il a vécu avec ses parents dans l'Idaho, USA. Son père fermier tenait aussi le bureau de poste dans le village. James Castle y récupérait emballages, cartons et brochures publicitaires pour les utiliser comme du papier à dessin. Il préparait sa palette en mélangeant de la suie, du papier crépon et de la salive, et dessinait à l'aide d'une baguette de bois taillée ou d'un carton souple roulé. Il a dessiné les bâtiments dans la campagne, les maisons, les granges et les clôtures. Ses maisons et ses intérieurs avec poële à charbon ou cheminée ont la précision fantômatique de ces images qui restent un instant imprimées au fond de la rétine. On ne sait comment il s'y est pris mais s'il le veut il maîtrise parfaitement la perspective. Les êtres humains, lorsqu'il les fait entrer dans ses dessins, ont l'air posés les uns à côté des autres, encapsulés par une chrysalide. Peut-être est-ce ainsi qu'il se percevait lui-même. Il recopiait fasciné les lettres de l'alphabet et les chiffres, réalisait des livres, des sculptures ou des collages avec tout ce qu'il pouvait récupérer. Son travail a été reconnu une quinzaine d'années avant sa mort en 1977 et il a pu ainsi assister à sa première exposition personnelle au Musée de Boise, dans l'Idaho. C'est depuis 2009 qu'on a redécouvert son travail. Courez à la galerie Karsten Greve, 5 rue Debeylleyme dans le Marais à Paris, une partie de son œuvre y est rassemblée jusqu'au 17 mars 2012.

Le 27 avril 2011 à 15:13

Restons soudés

(Comme titre, j'avais aussi "caustique dans les prés")

On m'a dit « Pas mal, ta première chronique, mais la prochaine fois, il faudrait être plus caustique. » « Super », j'ai répondu, parce que j'ai des lettres. Avant de faire une semaine d'angoisse de la page blanche aiguë (j'ai essayé d'écrire en vert sur fond mauve, ça n'a pas aidé et j'ai eu un peu mal au coeur). Parce que pour un Suisse (je suis suisse, je ne sais pas si j'en avais parlé), ce n'est pas si évident d'être caustique, à cause de la neutralité, du calvinisme et des erreurs de traduction. En France, c'est beaucoup plus facile : on te refile une chronique et hop, tu parles de politique, tu balances tes vannes caustiques avec la verve d'un chacal et la faconde d'un narval, « Nicolas Sarkozy est petit », « Marine Le Pen est la fille de Jean-Marie Le Pen, qui est borgne », « Nicolas Hulot a présenté Ushuaia, comme le savon », c'est drôle, c'est efficace et avec un peu de chance, tu te fais renvoyer ou insulter par un autre chroniqueur et là, c'est le succès garanti. En Suisse, c'est plus compliqué, parce qu'avec la présidence tournante (oui, oui, comme le ping-pong), personne ne sait jamais trop qui est le Chef d'état. Le temps qu'on fasse une blague sur sa taille, ses dents ou ses cheveux (nous aussi, on a de fins analystes de la chose publique, tu crois quoi?), il a déjà cédé sa place. Et puis de toutes façons, le caustique, j'y touche pas trop, à cause de mon hypocondrie.

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