Thomas Vinau
Publié le 03/07/2010

Jules Mougin clochard céleste


Portraits 4

Mougin était facteur
Dubuffet et Chaissac lui écrivaient des lettres
Pendant qu’il leur dessinait des poèmes
Il peignait directement sur les branches de son jardin
Et sur ses filtres à café
C’était un petit chanteur de misère
Marqué par le ventre de putain
De l’usine et de la guerre
Occupe-toi de ta propre joie
Voilà ce qu’il écrivait
Sur les boîtes à camembert
Né en 1978. Habite dans le sud avec sa petite famille. S'intéresse aux choses sans importance et aux trucs qui ne poussent pas droit. Est un etc-iste et un brautiganiste. Se prend parfois pour le fils de Bob Marley et de Luke la main froide. S'assoit sur le canapé. Se reprend. Décapsule. Ecrit des textes courts et des livres petits.
etc-iste.blogspot.com 

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Le 3 mai 2012 à 09:20

Gaston Couté (1880-1911)

Les cracks méconnus du rire de résistance

On ne peut pas dire que de nos jours les poètes-agitateurs soient légions. À la Belle Époque, ils coururent un peu plus les grands chemins et les petits cabarets, les rhapsodes rebelles à la Paul Paillette et à la Jehan Rictus ou les goualeurs de combat comme Jules Jouy, Xavier Privas, Clovis Hugues. Et les chansons acidulées de l’un d’eux, Gaston Couté, sont même passées un tout petit peu à la postérité grâce à quelques interprètes de marque : Édith Piaf, Marc Ogeret, Fanchon Daemers, Pierre Brasseur, Bernard Lavilliers, René-Louis Laforgue.   Au Lycée Pothier d’Orléans, « l’enfant perdu de la révolte », comme on surnommera plus tard Gaston Couté, ne s’entend guère avec son maître d’école, « ce grand malfaiseux devant la nature » qui « i » pétrit à même « les p’tits carvell’s molles ». Le barbacole ne supporte pas que le petit Gaston fasse rimailler les diverses phrases de ses rédactions ainsi que le raconte Maurice Duhamel dans le n°7 des chansonniers de Montmartre (1906). « Le professeur. – M. Couté n’a pas encore appris sa leçon de géométrie ! Couté. - … Le professeur. – M. Couté a sans doute fait des vers ? Couté. - … Le professeur. – Si M. Couté avoue qu’il a fait des vers, il ne sera pas puni. Couté. – J’ai fait des vers. Le professeur. – Ah ! Ah ! Vous avez fait des vers ! Voulez-vous aller les chercher, ces vers, que nous les lisions ensemble. Couté sortit, gagna l’étude des internes, et revint au bout de quelques instants avec un poème que le professeur se mit en devoir de lire à voix haute. Il en regretta la mièvrerie et les sentiments vulgaires. Encouragé par les ricanements de la classe, il y trouva en outre de la rhétorique, du pathos, des coupes défectueuses, des chevilles. Or le poème que Couté s’était contenté de recopier était simplement de… Victor Hugo ».   Plantant là le « bahut », puis la perception d’Ingres qui l’a engagé comme commis, Gaston Couté, nu-pieds et sans un, gagne Paris où il réussit à se faire recruter comme trouvère au cabaret de l’Âne-Rouge. Mais là-bas son salaire quotidien se résume à… un café crème. Durant cette période de mouise, Couté couche à la belle étoile par tous les temps, se calfeutrant, souvent à cœur jeun, dans de gros tuyaux désaffectés. Quand il se débrouillera un peu mieux, il continuera volontiers à coincer la bulle en plein air. Une mauvaise habitude qui le perdra. Si une pneumonie l’emporte à 31 ans, c’est parce qu’il s’endort un soir où il pleut des hallebardes sur le toit d’un omnibus.   Plus polémique que tragique, plus satirique que misérabiliste, plus diablotine que spartiate, l’œuvre poético-mélodique de Gaston Couté ne nous file pas les papillons noirs. Elle est inouïment drôle et vole férocement dans les plumes des « grouss’es légum’s », des hauts placés. « Bourgeois ! Nous sommes des taureaux Qui démolirons nos barrières Et ce jour-là dans vos derrières Nos cornes feront des accrocs. »   C’est que « le gas qu’à mal tourné », comme il s’appelait lui-même, n’est pas précisément un « mouton en plaine ». « Parce qu’on n’veut plus être Des moutons humbles et doux Qui s’laiss’nt tondre par leur maître On nous trait’ comme des loups… Les loups, les loups ! Les loups sont à bout : Craignez leur courroux, Oui, gare aux loups. »   Et Couté de planter ses griffes dans le lard des « officiers de paix » qui chargent les manifestants du 1er mai, des « salopins » de juges, des fripouilles patronales, des garde-chasse ou de « la gent galonnée » (Ma vigne fera fusiller la guerre). Et de se payer la tronche des honnêtes travailleurs résignés. « Ceux qui travaillent en c’moment Y a d’quoi leur crier vraiment Trou la la… Les andouilles les v’là ! »   Et de prôner le sabotage ferroviaire (Cheminots, quel joli sabotage). Et d’exalter Les Joyeusetés de la grève perlée. Et d’inciter aux sérénades gâche-dodo sous la fenêtre des « vieux rapaces qui dorment près d’un coffre-fort ». « Sérénades des locataires Dont on augmente le loyer Vole pour les propriétaires En train de roupiller… Sérénade des locataires Va-t’en saboter sans pitié Le sommeil (bis) des propriétaires !   Si nous chantons sous ta fenêtre Avec ces accents enragés C’est pour te dire, ô notre maître, Que les temps vont bientôt changer. Il approche le grand Orage Dont l’aile viendra balayer Ton gros immeuble à six étages Niche à pauvres, mine à loyers !   Si nous chantons sous ta fenêtre À pleines gueules : « Ça ira ! À la lanterne il faut les mettre Les Proprios on les pendra ! » C’est pour te donner une idée De l’affreux terme qu’un beau jour Aux mains d’une foule excédée Tu devras payer à ton tour !... »   À lire : le régalant recueil Gaston Couté Le Merle du peuple orchestré par Alain Guillo (éd. Les points sur les i).

Le 11 août 2010 à 09:45

« Français ou voyou, il faut choisir"

Christian Estrosi, ministre de l'Industrie, Europe 1, lundi 9 août 2010

Normal, c’est la guerre, faut pas se tromper de camp. En cet été 2010, le pays est devenu belligérant  avec déclaration de «  guerre nationale »  par le général Sarkozy, inspection des troupes dans les quartiers des Beaudottes à Sevran et de la Villeneuve à Grenoble par le colonel Hortefeux, charges au clairon des lieutenants Estrosi, Lefebvre ou Marleix. Il faut avoir les oreilles bouchées à la crème bronzante, pour ignorer que la guerre est non pas à nos portes, mais dans nos murs. Les forces hostiles sont assez habiles pour ne pas se présenter en lignes repérables aux frontières, mais agir de l’intérieur en ordre dispersé : braquages,  snipers, caillassages, déprédations et même quelques campements  séditieux. L’adversaire peine ainsi à être cerné car les « voyous »  ne sont pas une nationalité, une ethnie, une classe, une communauté et encore moins une grande cause. Dès lors, avec qui des négociations d’armistice ou de paix pourraient-elles  être engagées ?  Qu’on se rassure,  il n’est pas envisagé par l’état-major sarkozyste d’autre victoire qu’éradicatrice. Christian Estrosi qui a commis une biographie de Napoléon III avec un « nègre » (en situation régulière), l’écrivain Raoul Mille, a-t-il songé pourtant que le sort de la guerre pourrait basculer et que l’ancien maire de Neuilly finisse à Sedan ? Ou même que l’heure de la retraite sonne après le 7 septembre, quand la cinquième colonne syndicale défilera dans les rues ?

Le 21 septembre 2011 à 08:41

Les amis qui viennent au Liban sont toujours sidérés de voir comment on arrive à vivre dans ce foutoir

Dans quel état est le Liban ? Lamentable à tous les niveaux, notamment au niveau gouvernemental et de l'Etat. Mais j’oserais dire qu’on est habitué à vivre dans cette merde, on s’en arrange très bien. Les amis qui viennent sont toujours sidérés de voir comment on arrive à vivre dans ce foutoir. Mais en même temps, on n’a pas Hadopi, on télécharge gratuitement, tu peux acheter n’importe quel nouveau programme pour 1$. Tu peux fuir les impôts sans problème, tout le monde s’en fout. De toute façon, la corruption passe au-dessus de tout ça. C’est des petites conneries qui contrebalancent la merde dans laquelle on vit et qui font qu’on est bien content de vivre là-bas. C’est bien sûr affreux, la corruption dans l’Etat. Mais d'un côté, la vie de tous les jours est un peu moins prise de tête qu’en Europe. Si à trois heures du matin tu arrives à un feu rouge et qu’il n’y a personne, tu peux passer. Même s’il y a un policier. Tu as encore ton libre-arbitre. Mais, on vit aussi dans un état d’entre-deux-guerres. On ne sait pas d’où elle va venir : est-ce que c’est d’Israël ? Est-ce que c’est une guerre civile ? Il y a plein de scénarios possibles et ça, c’est dur. Depuis qu’on est jeune, au Liban, on a appris à ne pas faire de projets à long terme. Dans trois ans, il y a de fortes chances que tu ne sois plus ici ou que tu ne sois plus du tout. C’est une vie au jour le jour et je m’en arrange très bien. Quand j'étais plus jeune, je voulais venir en France ou en Belgique, dans un pays francophone où j’aurais pu faire de la bande dessinée. Mais en voyageant avec les tournées de musique, j’ai découvert que ça n'est pas mieux ailleurs. Bien sûr ici il y a des subventions pour la culture, il n’y a pas de guerre. Mais en contrepartie, il y a aussi de moins bonnes choses. > Mazen Kerbaj "Gens de Beyrouth - gens de Paris", exposition à la librairie du Théâtre du Rond-Point jusqu'au 14 octobre 2011En partenariat avec les associations libanaises ASSABIL, les amis des bibliothèques publiques, et KITABAT, association pour le développement des ateliers d'écriture, et avec le soutien financier de la Région Ile-de-France

Le 15 janvier 2011 à 19:20

Quelqu'un comme moi

– Je voudrais te parler d'un fantasme. D'un de mes fantasmes. Je voudrais me battre contre toi. A mort. Je sais bien que c'est impossible. Que quelqu'un comme moi... Jamais n’aura sa chance. Pourtant, te défier... T'affronter. Rien qu'une fois, une seule... J'en rêve toutes les nuits. Tu crois que quelqu'un comme moi ne rêve pas. Lorsque tu me vois, bien sûr, je suis toujours debout, l'arme à la main. Les yeux grands ouverts, pour chercher la faille chez l'ennemi. Et le moment de l'attaquer. Tu ne te demandes jamais ce que je deviens lorsque tu ne me vois pas ? Peut-être que je dors. Peut-être que je rêve. Que je rêve de me battre avec toi. De te massacrer. Toi, tu te caches. Derrière cet écran. Moi aussi, je peux te voir. Mais c'est toi qui peux cliquer. C'est toi qui tiens la souris dans la main.  Et tu me forces à me battre. Ça dure depuis des mois. Les premiers temps, à cause de ta maladresse, je perdais tous mes combats. Ça signifie que je mourais à chaque fois. Un temps.– Très tôt, dans les débuts. Même pas le temps d'avoir peur. D'avoir mal. Tout ça, c'est venu plus tard. A force d'entraînement, tu as réussi à ne plus me faire perdre trop vite. C'est là que j'ai connu les sales blessures, celles qui ne te tuent pas... J'ai vu couler mon sang. Tu trouves sans doute que la couleur rouge passe bien, sur ton ordinateur... Et j'ai vu couler le sang des autres. Grâce à toi, je suis devenu le meilleur. C'est moi qui blesse, maintenant. Moi qui tue. Sais-tu combien sont morts par ma main ? A combien j'ai arraché un bras ou une jambe... Combien j'ai décapité... Combien de hurlements de souffrance j'ai provoqués ? Ils m'empêcheraient de dormir si quelqu'un comme moi pouvait dormir. Je n'ai pas dit que quelqu'un comme moi ne pouvait pas rêver. Mais toi, les cris, tu t'en fous. Tu ne les entends pas, tu as choisi la version muette pour pouvoir écouter ta techno. Le guide du jeu parle du réalisme des sons. Qui te gêne, sans doute. Je ne sais pas ce qui se passe, dans ton existence... Dans ton monde. Qui te pousse, tous les jours, à m'envoyer me battre. Aujourd'hui, après le mousquetaire et le samouraï, tu as voulu que j'affronte le gladiateur. Je voudrais te voir en face de lui. Il a beaucoup de chance. Pas seulement parce qu'il possède un bouclier, lui. Mais parce qu'on le libère s'il gagne. Encore un rêve. Mais celui-ci deviendra réel. Il m'est impossible de traverser l'écran pour en finir avec toi. Le programme ne le permet pas. Dans ton monde, quelqu'un comme moi n'existe pas. Mais ici, c'est différent. Il me reste une solution. Tu sais, il y a longtemps que je combats pour toi. Les autres guerriers,  les autres acteurs de ton théâtre... Je les connais bien, maintenant. L'un d'entre eux m'a donné la solution que j'attendais. Le samouraï. Ave, Cesar. Morituri, tout ça...

Le 22 mars 2012 à 08:05
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