Claude Chanaud & May Livory
Publié le 29/12/2013

La Dame-Jeanne


Epistémologie des récipients amis de l'homme #2

Outre sa capacité à tenir du vin à disposition, la Dame Jeanne, rebondie de la fesse, se révèle l’accompagnatrice incontournable de la règle des trois unités du théâtre classique. Animé d’une rigueur donnant priorité au devoir devant les passions, Pierre Corneille osa comparer son large cul à une forme féminine accentuée. Phantasme révélateur : son rapport avec Le Cid devint  évident et l’honneur bafoué d’un grand seigneur de la Castille ne fut qu’un prétexte pour le cacher.

En fait, Rodrigue provoqua le comte Gormas parce que ce dernier voulait lui imposer d’épouser sa fille aînée. Contrairement à Chimène svelte et séduisante, elle possédait un physique ingrat qu’une nourriture trop riche avait amené à une amplitude évoquant la Dame Jeanne au niveau des assises. Beaucoup plus que ne pouvait supporter l’amoureux de la cadette, chargé de surcroît de venger son papa.  

Deux siècles après que Corneille, ironisant sur ce récipient dodu, nous faisait comprendre qu’il y a loin de la croupe aux lèvres, Chateaubriand précisa que la Dame-Jeanne avait une contenance d’environ trois bouteilles. Cette précision fera l’objet de notre prochaine étude.

Claude Chanaud

Parisien amoureux du théâtre dont il offre d’alertes chroniques sur encres-vagabondes.com, il forge en Brennou sa langue d’ethnographe tendre et malicieux pour conter des fictions publiées chez Barde la Lézarde, dans L’Imbriaque, Journal d’un Jour, Hommage aux Marges et à la collection foL’Ivres : Secret de veuve, Cent dessous d’Aristote à Capsula Popoe, Les mordeuses de bois de lit, Un plein bol d’eau tiède. Aux éditions Le bruit des autres, les recueils de nouvelles Fatoumata la Berrichonne, Pas toutes urbaines, Chroniques gaillardes de Bourg-en-Brenne, et les « élucubres » : Gens de plume et vin chaud à la cannelle et Mécréantes hypothèses.

May Livory
Cette Cotentinoise arpente Paris comme une grève, busoque dans les dictionnaires, invente un porte-bébé, des stickers d’ongles, une thèse d’ethnologie sur la rumeur et les Machines célibataires, des Textilographies ou des Peaucifications, et aussi des livres pour Barde la Lézarde dont quelques-uns avec Claude Chanaud. Tenancière de La loge de la Concierge, près de la Samaritaine, de 1994 à 2013. Tricote à la main depuis 2000 le site d’art et d’essais ethnologiques et littéraires shukaba.org.

 

Epistémologie des récipients amis de l’Homme

Littré, Larousse et Robert, bien informés sur ces partenaires qui se sont révélés fidèles depuis que nous avons quitté nos inconfortables cavernes pour habiter à la Garenne-Colombes un appartement muni d’un chauffage par le sol, nous expliquent que ce sont  « des ustensiles destinés à des usages ménagers de formes plutôt creuses » et qu’ils « servent surtout à recevoir des substances diverses »...

 

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Le 10 mars 2015 à 08:12

Vendée : Depuis 30 ans, il lance des bouteilles à la mer pleines d'insultes et d'injures

Curieuse histoire que celle de cet habitant de Montendront, en Vendée. Depuis 30 ans, cet homme, aujourd’hui retraité, jette des bouteilles à la mer. Particularité, toutes sans exception, sont remplies de messages d’insultes et d’injures. Reportage. Hubert Lasalle a 68 ans. Ce résident de Mentendront passe pour un aimable retraité. Habitué de son café depuis 40 ans, il délaisse les discussions enflammées du comptoir pour s’adonner à sa vraie passion : la bouteille à la mer. Mais pas n’importe laquelle. Ses bouteilles à la mer ne sont que des listes d’insultes, d’injures et diffamations à l’encontre de la personne qui lira le message. « J’ai commencé un peu par hasard. Puis c’est devenu une passion » raconte celui qui estime avoir jeté entre 2000 et 4000 bouteilles d’insultes dans l’Atlantique. « C’est une sorte de défouloir, rien d’autre. Je couche sur le papier tout ce qui me passe par la tête, et j’imagine la tête du connard qui va lire ça dans quelques années » dit-il avec un regard plein de malice. Et les bouteilles de Hubert ont parfois trouvé destinataire. Comme ce pêcheur islandais qui en 1999 trouve une des bouteilles poussées par le Gulf Stream. Le pêcheur, ému par la découverte, fera le déplacement jusqu’à Montendront pour annoncer qu’il avait trouvé la bouteille d’Hubert. « Je crois qu’il a été un peu déçu quand il a compris que le message disait « Celui qui lit ça est une grosse (sic) pète couille de mes deux, batar (sic) va » et de « va sucer ta vache de mère, sale con » » ajoute Hubert qui manque de perdre un œil dans la bagarre qui suit. Plus près de nous, en 2010, c’est la fille d’un couple en vacances sur l’île de Ré qui découvre une des bouteilles. « Notre fille l’a ouverte et a lu le message à haute voix, elle a été très très choquée, elle a pleuré plusieurs jours » racontent les parents en colère qui ont porté plainte. Une plainte qui sera classée sans suite, la justice estimant que rien n’interdisait en l’état aux gens d’écrire des insultes sur un bout de papier et de les jeter dans l’océan. Mais le monde moderne rattrape Hubert et, aujourd’hui, il se lasse un peu de ses bouteilles, expliquant avoir trouvé un nouveau moyen de pouvoir exprimer sa haine gratuite d’autrui. « Le truc là, Internet, c’est bien, tu peux envoyer un message d’insulte à n’importe qui, c’est vraiment extra, tiens regarde ça enfoiré de grosse vache de sa mère (sic) » dit-il en envoyant un commentaire d’insultes à la fin de cet article. Le Gorafi

Le 11 mars 2014 à 07:49

Comment boire

Epistémologie des récipients amis de l'homme #4

Depuis belle lurette, l'imaginaire au service des soifs de l'homme pratique une recherche infiniment attentive. Nous devons ainsi de merveilleuses créations aux artisans et artistes qui s'y consacrèrent. Fidèle à leurs fantômes, je salue le rafraîchissoir sophistiqué du XVIIème siècle, lieu de passage obligé des caves versaillaises durant les chaleurs estivales. Il servait à contrôler la température des serpentins d'alambics qu'une époque en attente de réfrigérateurs utilisa pour le confort des nantis à culottes bouffantes. Les rares exemplaires survivants annoncent des techniques époustouflantes telles que la draisienne ou le corset à lamelles caoutchoutées. Ceci n'est qu'aparté primesautier devant d'autres précurseurs d'apparence hermétique : le coquemar, le muid, l'échenal et l'Amphore à laquelle je donne sans me forcer une majuscule pour entrer en scène. Je les aime pour leur mystère induit et leur potentiel fictionnaire. Des récipients plus simplistes accompagnèrent les illuminés de rugueuses croisades et les nostalgiques d'inconfortables bivouacs pour bidasses en quête d'espoir. Notamment le classique bidon dont la gamelle n'est jamais bien éloignée. A la façon d'un vieux couple, rarement nickel d'apparence, ils accompagnent encore certains campeurs obstinés. Mais peut-on expliquer l'Histoire des hommes et leurs manières de boire sans évoquer cette SOIF de LIBERTÉ qui annonce le partage des flacons ?

Le 2 juillet 2014 à 07:08

L'ami de la famille

Epistémologie des récipients amis de l'homme #7

Pour un lecteur que notre article précédent a laissé sur sa soif, précisons qu'on peut se servir aussi du bol pour absorber de l'eau à la condition qu'on en ait goût ou nécessité. J'en appelle au père Noé qui vécut une mémorable croisière en famille avec beaucoup d'eau sous la quille mais qui lui préféra le vin pour aborder un quotidien chahuté. Néanmoins, en mettant pied à terre sur le mont Ararat, il ingurgita un bol d'eau tiède pour accompagner un atterrissage nauséeux. En effet, une eau légèrement tiédie est susceptible de rendre service aux papas affligés de la gueule de bois, surtout quand elle accompagne un cassoulet. Ce dernier, quoique savoureux, favorise la torpeur des digestions difficiles, ce qui était le cas de ce marin d'opérette plutôt porté sur la gueule. L'eau tiède peut avoir un autre intérêt dans le cas d'une malencontreuse congestion de la géographie culière nécessitant le bain de siège chaudement recommandé aux mamans par Rika Zaraï. Mais le bol apparaît alors trop petit pour réaliser la prestation en question. Il doit laisser place à d'autres conteneurs du type bidet ou baignoire, surtout quand l'utilisatrice se réfère physiquement plus à la femme de Rubens qu'à celle de Botticelli. Enfin, le bol est souvent entouré d'autres collègues tels que la jatte d'essence rurale ou la tasse plus mondaine. Ils sont même parfois montés l'un sur l'autre. C'est dire combien cet antiraciste annonce le métissage des récipients et la paix dans les buffets de cuisine. NB : La présente étude argumentée sur le fond mais débonnaire dans sa forme reste à la portée des familles de toutes classes sociales.

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