Les carnets secrets des écrivains de théâtre

Dix ans après le rassemblement des Écrivains Associés du Théâtre (EAT) et la bataille du projet du Théâtre du Rond-Point conduite par Jean-Michel Ribes, Jean-Daniel Magnin, ancien secrétaire général de l’association, lit un montage de ses Carnets secrets avec l'auteure Véronique Olmi : carnets où à l’époque du rassemblement des écrivains de théâtre après leurs états généraux à Théâtre Ouvert, il consignait échanges et bribes de conversations lors des réunions hebdomadaires à la Maison des auteurs.

Enregistré dans la salle Tardieu du Théâtre du Rond-Point le 27 septembre 2010 lors de la soirée "Question de théâtre, les 10 ans des EAT



Découvrez l'histoire fabuleuse du Rond-Point

Il a été un panorama célèbre où les Parisiens venaient s'ébaudir devant des toiles géantes peintes à 360° – comme dans un Imax d'avant la photographie et le cinéma. Puis une patinoire avec orchestre et salons de velours rouge. Puis une patinoire tout court. Puis enfin, en 1981, un théâtre dessiné par Jean-Louis Barrault...

 

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Le 28 novembre 2013 à 10:52

Jean-Michel Espitallier : "Les loisirs, quel boulot !"

Trousses de secours : la crise du travail

Entre rire jaune et émerveillement toponymique, le poète-batteur Jean-Michel Espitallier (il tient la batterie dans un groupe rock) nous invite à une performance loufoque sur le contraire du travail : les loisirs et les vacances. Avant sa venue au Rond-Point, une batterie de questions ventscontraires : – Quel rôle joue la scène dans votre trajet d'écrivain ?La scène est une autre façon de faire vivre ses textes, elle permet une publication dans un autre espace, celui de l’oralité et du son, lequel en éprouver la texture, les subtilités, les forces ou les faiblesses. S’y opère la « sortie du livre » chère aux poètes sonores, et aussi, c’est très important, un retour immédiat du public, en temps réel. C’est aussi, bien souvent en ce qui me concerne, un banc d’essai. En même temps, monter sur scène pour y lire ou y performer ses textes, parfois écrits pour la scène, c’est aussi apparaître avec son corps. Le corps de l’écrivain qui est, dans une sorte d’inconscient collectif, un personnage qu’habituellement l’on ne voit pas (cliché romantique de l’écrivain retranché dans sa chambre, solitaire, cf Proust, par exemple, dans sa chambre capitonnée du boulevard Haussmann, Rimbaud écrivant dans la grange de la maison familiale, etc.), ce corps qui soudain apparaît surexposé. Le texte n’est plus une marqueterie typographique rangée dans un livre, destiné à une lecture silencieuse, intérieure. Il sort du corps de son auteur, en direct. Et puis, la dimension scénique de l’écriture implique toujours aussi une sorte de réécriture, par la bouche. Mes textes n’ont pas le même statut quand ils sont imprimés ou oralisés, ce sont parfois deux histoires différentes, deux moments d’une même bouture. Deux formes plastiques d’un même projet, deux idylles d’un même amour. Qui se complètent et se nourrissent. Sans compter que l’oralité, et le son, permettent de faire dériver le sens d’un texte, ce qui est d’ailleurs assez extraordinaire.– Qu'il s'agisse de la vie ou de la mort, des célébrités célèbres ou oubliées, vous marquez une certaine prédilection pour l'écriture par listes ou catalogues. Pourquoi ?J’adore les listes, et les listes sont partout dans la littérature, classique et moderne, à commencer par la Bible ! La liste appelle le monde à soi, accumule des traces, et le listeur est un peu comme le fétichiste ou le collectionneur, il cherche le mot idéal, celui qui résumerait tout et qui, bien sûr, n’existe pas. La liste est un objet tellement simple, banal, qu’elle en devient saugrenue, étrange dès lors qu’on l’importe dans l’espace littéraire. La liste est aussi un geste littéral, qui pose et expose des mots sans passer par la syntaxe, sans commentaire. Et puis lister c’est aussi faire se côtoyer des mots qui n’étaient pas forcément faits pour se rencontrer… Soudures ou juxtaposition contre-nature dont le frottement, les collisions produisent du sens, d’autres moyens de faire sens. La fameuse rencontre de la machine à coudre et du parapluie. C’est assez magique. Et puis, bien entendu, la liste est également le terrain du rythme, de la répétition, de la scansion, de la frappe, de la vitesse et de ses modulations.– Cherchez-vous une poésie à hauteur du "magasin de couleurs" qu'est devenu le monde d'aujourd'hui, pour citer Nietzsche ?Puisque vous citez Nietzsche, je dois dire que c’est l’une de mes grandes références, à commencer par l’élégance de son style (et aussi par son attention portée au style, cet « aristocratisme »). Etre à hauteur du monde oui, mais une hauteur critique, qui peut certes aussi passer par l’émerveillement. Il s’agit de mettre son grain de sel et de créer des bugs dans la langue, de la mettre à nu, pour la révéler dans ses potentialités, ses leurres, ses violences ou son inanité. Parce que l’état de la langue dit d’abord l’état du monde.– Nous vous avons proposé de venir au Rond-Point avec une conférence-performance sur le travail. Vous allez nous parler des loisirs. Pourquoi ?Les loisirs sont généralement opposés au travail, comme si l’un et l’autre devaient s’exclure. Cette exclusion forme couple. Voilà qui dit bien l’état dans lequel se trouve le travail, aujourd’hui où le métier est devenu un emploi. Quel mot terrible ! Nous sommes arrivés à un tel état d’aliénation que le loisir agit comme une sorte de petite revanche, de consolation, de bouffée d’air pur. En même temps, les vacances, les loisirs au sens large sont eux aussi minés par l’ultralibéralisme qui s’en est emparé pour les transformer en produits marchands et donc, aussi, les contrôler. Le temps libre est en réalité un temps de liberté surveillée, parcimonieuse, strictement encadrée. Mais il ne s’agira pas de développer cette idée dans ma performance, en tout cas pas de manière frontale. Je m’attache plutôt aux rêveries sur les toponymes (rêveries gratuites, qui n’ont donc pas de prix !), à une interrogation sur le statut de lieux touristiques qui masquent parfois des réalités tragiques (c’est l’objet de mon détournement des fameuses cartes postales de Georges Perec) et au-delà sur le sens des mots et aussi sur le tragique qui court sous des formes comiques dans tous mes livres. Et bien, sûr, je réinterroge ce lieu de tous les phantasmes qu’est le show-business et la pop culture au sens large. Mais je présenterai aussi quelques courtes pièces qui n’ont pas de rapport direct avec ce thème, je veux dire que je m’en donne le loisir…– Où partez-vous pour vos prochaines vacances ?Je suis tout le temps en vacances puisque je suis tout le temps au travail… Donc, toujours parti (je n’en reviens pas !).

Le 12 février 2015 à 10:59

Stéphane Trapier est un copieur mais il fait des erreurs !

Son exposition prolongée jusqu'au 28 février

Au Moyen Âge Stéphane Trapier aurait été concepteur ès Monstres, Animaux merveilleux & Allégories aux ateliers Jérôme Bosch. S'il avait sévi en pleine Renaissance, Stéphane Trapier aurait dessiné des emblèmes pour des sectes mécréantes, créé des animalcules ou des silhouettes d'extraterrestres devinés au travers des premières lentilles. Au siècle des Lumières il aurait pourri quelques planches de l'Encyclopédie avec de vieilles gravures de la Bible détournées en illustrations de botanique ou de mécanique. S'il était né au XXe siècle côté soviétique, Stéphane Trapier aurait été au goulag, il y aurait inventé le faux tatouage et sans le savoir la décalcomanie. S'il avait eu la malchance de naître aux USA, il y aurait sans aucun doute mené une misérable existence de moine copiste dans les industries Walt Disney. Mais heureusement – comme nous l'apprend sa biographie officielle – "Stéphane Trapier est né le 15 juillet 1790 et a toujours raté les rendez-vous de l'Histoire. Ancien avant-centre de l'équipe de France, il n'a jamais gagné la coupe du Monde. Il collabore à Fluide Glacial (après la mort de Gotlib), au Monde (sans jamais croiser Beuve-Méry) ou encore à Télérama (dès la retraite de Jean-Claude Bourret). Il a illustré deux ouvrages de Jean-Michel Ribes, et son Rond-Point. Il ne connaît pas personnellement Henri Guaino." Tout ça pour vous dire que le ciel vient de vous offrir deux semaines de rab' pour courir à l'exposition de ses dessins et autres mickeys réalisés pour les programmes du Rond-Point, ils sont encore visibles jusqu'au 28 février à la Galerie Barbier & Mathon, 10 rue Choron dans le 9e arrondissement de Paris.Et aussi : allez feuilleter (vous achèterez!), à la librairie du Rond-Point ou ailleurs, son dernier ouvrage, Tarzan contre la vie chère, paru aux éditions Matière. Trapier y reprend de nombreux dessins publiés dans ventscontraires, ou d'autres exposés à la Galerie Barbier & Mathon.

Le 6 décembre 2013 à 15:52

Marius von Mayenburg: "Nous sommes tous des voleurs impénitents"

Marius von Mayenburg, auteur et metteur en scène associé à la Schaubühne de Berlin, est un des auteurs les plus inventifs du moment. Joué partout en Europe et au-delà, il voit une de ses dernières pièces, Perplex, créée au Rond-Point dans une mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia. Pièce folle qui transforme le théâtre en jeu de quilles, écrite pour ses acteurs préférés et qui ont donné leur nom aux personnages qu'ils interprètent. Jean-Daniel Magnin – Il est passionnant de suivre, d'une pièce à la suivante, la façon dont tu réinventes la forme narrative pour raconter une histoire sur scène. Exemples les plus évidents, parmi tant d'autres : ce sont les personnages qui disent les indications scéniques, ou - comme dans Le Moche – différents personnages glissent en douceur sur le même acteur. Des innovations toujours en lien avec les enjeux de la pièce. Pour toi cette "modernisation permanente" de l'écriture théâtrale est-elle nécessaire ?Marius von Mayenburg – Je ne pense pas tant que ça à la forme. Je ne veux pas m'ennuyer, je veux jouer. La plupart du temps la forme va naître par nécessité. Ou du désir de travailler avec tel ou tel acteur.– Tu y réfléchis en amont ou ça se développe durant le processus d'écriture ?– Les deux. Ce processus démarre souvent bien avant que le premier mot soit couché sur la page.– Bien sûr tout a déjà été inventé. Cependant nombre de tes innovations ont été reprises par d'autres écrivains de théâtre. As-tu le sentiment d'être observé, attendu, voire même copié ?– Non. Nous sommes tous des voleurs impénitents. Le théâtre est un art parasitaire. Nous nous servons dans des films, dans les arts plastiques, la littérature. Et chez les artistes de théâtre. Nous volons intentionnellement et sans le faire exprès, le vol est si normal chez nous que la plupart du temps on ne s'en aperçoit même pas. C'est ainsi depuis toujours (Shakespeare etc.). Le théâtre est un art fugace, voilà pourquoi personne ne se sent coupable. Si quelqu'un estime qu'il y a quelque chose à voler chez moi, je m'en réjouis.– De nos jours de nombreux écrivains de théâtre s'écartent du dialogue traditionnel au profit d'une espèce de "partage du récit", où le théâtre devient plus ou moins la communication partagée d'une histoire ou d'un conte narré face public. Qu'en penses-tu ?– Je pense qu'il nous est de plus ne plus difficile de suivre un déroulement scénique qui représente la réalité comme une suite chronologique d'événements. On le ressent comme trop autoritaire. La narration à plusieurs d'une histoire répond à un point de vue sur une réalité que nous n'éprouvons plus comme une succession causale d'événements chronologiques, ordonnés selon une hiérarchie implacable. Nous la percevons plutôt comme un réseau d'événements simultanés qui se relativisent les uns les autres. Voilà pourquoi le récit se fragmente en plusieurs voix, souvent contradictoires. Il en résulte l'illusion d'un récit démocratique : ce qui est vérité ou mensonge, c'est au spectateur de le décider. Tout est relatif. Et donc relativisé. Conflits et rencontres sont évités. Si je trouve de telles expérimentations nécessaires, elles ne sont pas pour moi l'avenir du théâtre. – Le théâtre est-il pour toi éternel ? Existera-t-il encore dans cinquante ou cent ans ?– C'est si beau de voir les acteurs au travail. Pourquoi les gens devraient-ils cesser de faire ça ?– Dernière question : quel a été ton point de départ pour Perplex ?– Au départ c'était une frustration après un travail de mise en scène avec des acteurs qui m'avaient mis à bout de nerfs. Ensuite la nostalgie et le désir de retravailler avec mes acteurs préférés : Robert, Eva, Judith et Sebastian*. Alors je me suis assis et j'ai écrit la pièce pour eux. Et j'ai mis là-dedans tout ce que j'avais envie d'expérimenter avec ces comédiens. Et ensuite on l'a fait.*Eva Meckbach, Judith Engel, Robert Beyer, Sebastian Schwarz, comédiens de la Schaubühne qui ont donné leur nom aux personnages de la pièce mise en scène par Marius von Mayenburg Perplex, de Marius von Mayenburg, traduction Hélène Mauler et René Zahnd, L'Arche éditions Photo Iko Freese

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