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rond point
Publié le 18/01/2014

Vos chroniques

 

Thomas Vinau


Né en 1978. Habite dans le sud avec sa petite famille. S'intéresse aux choses sans importance et aux trucs qui ne poussent pas droit. Est un etc-iste et un brautiganiste. Se prend parfois pour le fils de Bob Marley et de Luke la main froide. S'assoit sur le canapé. Se reprend. Décapsule. Ecrit des textes courts et des livres petits.
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Chet Baker, clochard céleste

Portrait 47

Chet Baker est le trompettiste le plus émouvant du monde. Chet Baker est né l'année de la grande dépression à Yale, et meurt en 1988 à Amsterdam. Aux pieds du Prins Hendrik Hotel, un matin de printemps, on trouve un homme étendu mort à côté d'une trompette. Deux étages plus haut la fenêtre est ouverte. Il s'est cassé sa gueule cassée d'ange cassé. Il a consacré beaucoup de temps dans sa vie à casser sa gueule cassée d'ange cassé. Et quand c'était pas lui c'était les autres, comme en 66 lorsque des dealers de San Francisco laissent sur le trottoir la moitié de sa mâchoire. Pas facile de jouer de la trompette sans dent. Chet Baker a traversé beaucoup de vide, beaucoup d'amour, et beaucoup de couchers de soleil. Chet baker aimait le "prez" Lester Young, les grosses voitures américaines, les femmes de tous les pays et les chansons d'amour. Chet Baker aimait le buggle, Charlie Parker, son pote Dizzi, l'Italie, les standards et les chambres d'hôtel. Chet Baker aimait un peu trop le speedball aussi. Il n'a jamais retrouvé le nuage d'où il est tombé. Il a fait pas mal de peine et pas mal de belles chansons d'amour. Il chante la douleur nue et c'est du sang d'enfant qui coule de sa trompette. Un enfant éternellement seul et déçu. Qui chantonne pour ne pas pleurer. Qui se réveille, perdu, chaque jour. Il faut voir ses yeux d'oiseau usé dans Let's get lost de Bruce Weber. Il faut écouter la douceur avec laquelle cet homme a brulé.

(Photo Michiel Hendryckx)

 



 Vos chroniques 
le 29/04/2011
 

Vous y avez cru n’est-ce pas ? Que c’était une vraie pub. Ne vous cachez pas, ça arrive à tout le monde de se faire avoir. Mais en réfléchissant bien, c’est évident que c’est impossible. Vous imaginez trois mecs autout d’une table avoir cette discussion (pour souligner le côté fantaisiste de toute cette histoire, les protagonistes auront des noms de légumes oubliés) :

RUTABAGA.  - Hé les mecs, j’ai bien étudié les tendances, et j’ai compris un truc, vous allez voir c’est astonishing, vous n’y avez jamais pensé. Voilà : les gens, sur Internet, ils regardent énormément de vidéos de chats ET de vidéos pornos. C'est évident : la zoophilie est une tendance qui revient. Ca vous en bouche un coin hein.

TOPINAMBOUR. - Mais oui ! Je vois d’ici une campagne trash-sexy-décalé qui va rajeunir la marque en jouant sur son héritage sensualo-pop et en exploitant à fond son ADN punchy-audacieux.

SALSIFI. - Juste un truc : comment on fait pour toucher la cible senior ?

RUTABAGA. - Laisse ça aux créas, on va bouffer ? Y’a des frites à la cantine. T’as vu le dernier Wenders ?

Et vous pensez sérieusement qu’ensuite, d’autres gens se seraient dit qu’il serait efficace visuellement et tellement second degré de jouer sur l’image du vieux pervers et de sa pin-up au 105D. En plus c’est pas avilissant c’est pas une vraie femme. Mais au cas où les gens ne comprendraient pas que c’est tendancieux-punchy-sexy-cool, on simulerait une éjaculation avec une bouteille. Vous croyez franchement qu’on se fout à ce point de vous ? Réveillez-vous. La pub a changé.

 Vos chroniques 
le 26/03/2013
 

"Elise - Allez papa sois sympa quoi !
Harpagon - Non, en aucune façon.
Elise -  Allô ? Non mais allô quoi ?! T’es mon père, et tu me files pas de blé ?
Harpagon - Que diable, toujours de l’argent !
Elise - Allô ? Je sais pas, tu me reçois ?! Allô ? C’est comme si je te dis : t’es mon père, et tu me laisses crever ?!
Harpagon - Ma foi, c’est l’idée."
> D'autres pièces à un euro ici.

 Vos chroniques 
le 14/07/2012
 

La disparition de Vitric François n'aura guère eu d'écho dans la presse nationale, régionale, ni même peut-être locale. Vitric François, cet écrivain natif d'un Cantal qu'il était fier de n'avoir jamais quitté, la trajectoire de ses déplacements n'ayant pas une seule fois débordé l'axe qui relie Saint-Flour, sa ville natale, à Mauriac, l'autre sous-préfecture. Ses lecteurs, s'il en avait eu, n'eussent pas manqué de soupçonner dans sa tardive installation à Mauriac le fantasme, si le mot convient, d'acoquiner son nom, d'une incomparable obscurité, à celui glorieux de l'auteur nobélisé de Thérèse Desqueyroux, dont le prénom : "François", était le nom du disparu … Homosexuel discret, feutré, honteux, comme l'auteur du Nœud de Vipères - voire, à l'encontre de l'illustre Bordelais, non-pratiquant -, "Ce cher Vitric", comme disait sa boulangère, se signalait tout au plus par le port d'une lavallière, à l'instar du brillant mathématicien - médaille Fields 2010  - Cédric Villani, dont le prénom rime avec ce "Vitric" inconnu au bataillon des prénoms masculins : là gît sans doute, plutôt que dans les deux ou trois fascicules déjà jaunis issus de sa plume modeste, l'énigmatique singularité - Vitric! - du défunt Cantalou.

ventscontraires.net, revue collaborative, vous est proposée par le Théâtre du Rond-Point