Jean-Yves Clément / Henri Demarquette : « La Fantaisie, un caprice bien ordonné. »

L'Université Populaire de Caen... à Paris

Une conférence de Jean-Yves Clément et Henri Demarquette

Petite histoire de la fantaisie musicale, de Sweelinck à Schönberg

Durée : 01:16:59

Enregistré le 19 décembre 2013 dans la salle Jean Tardieu du Théâtre du Rond-Point



"L’UP de Caen se décentralise – à Paris... D’une manière ironique et politique, toute l’équipe vient visiter la province qu’est Paris pour lui montrer qu’on peut résister à la veulerie contemporaine, dans laquelle excelle souvent la capitale, en reprenant le flambeau de la résistance intellectuelle et culturelle au triomphe sans partage, ou presque, de la barbarie libérale." Michel Onfray 

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Le 26 octobre 2015 à 09:53

L'enfant de la balle

Jean Charpentier avait tout essayé : le saut à l’élastique, le Taekwondo, le close combat, le Krav Maga, le ski nautique. Tout cela pour ne pas se retrouver seul face à une balle. Impossible de savoir pourquoi cet objet déclenchait chez lui une telle panique. Aussi, quand il la vit arriver au bas de ses mollets, il fut comme paralysé. Pourquoi avait-il peur de la balle ? Il se retourna et vit le défenseur se ruer dans sa direction. Il disposait d’environ 4 secondes pour résoudre ce conflit psychologique avec lequel il se débattait depuis l’enfance. Jean Charpentier se souvint de l’époque où son père épicier l’emmenait en tournée dans les villages avec l’estafette Renault. Papa profitait toujours du passage à Avricourt pour s’absenter. Il allait livrer « la dame », comme il disait. Resté seul dans le camion, le petit Jean s’occupait des clients, il rendait la monnaie sans erreur. Les villageois émerveillés par son habileté ne manquaient jamais de lui rappeler qu’il était bien le fils de son père, il avait le commerce dans le sang, c’était lui qui prendrait le relais plus tard, il était né là-dedans, un vrai enfant de la balle... Jean Charpentier vit le défenseur effectuer un saut au ralenti, qui lui permit de boucler sa cure express. Non, il ne reprendrait pas le flambeau plus tard, c'était d'ailleurs plutôt une chandelle qu'il tenait alors. Il détestait l’estafette Renault et surtout, la disparition de son père. Aussi, il n’était pas devenu épicier mais comptable. Et cette balle qui tournait, c’était lui, c'était eux, son père avec la dame, son inquiétude quand l’absence se prolongeait. Soudain guéri, il frappa dans le ballon et marqua le premier but de sa carrière. 

Le 8 mai 2010 à 08:00

SMS : désactiver le Noodle

Opérateurs téléphoniques : il y a de quoi se suicider

Un type vient de m’appeler de Queenstown, une petite île au sud de la Nouvelle Zélande, pour me prévenir que la messagerie de son portable est envahie par des SMS envoyés en masse depuis mon numéro. Ils contiennent des slogans contre les multinationales, le pouvoir de la finance, enfin ce genre de choses. Ces messages sont si nombreux qu’ils bloquent son appareil. Ils viennent tous de chez moi. Inutile de préciser que je ne lui ai jamais rien envoyé, qu'il doit s’agir d’un genre inédit de spams particulièrement vicieux car ils pompent votre compte en banque. Mon interlocuteur néo-zélandais a bien sûr appelé son opérateur pour arrêter l’invasion, en pure perte. Alors, en cherchant sur Internet, il a trouvé un forum mentionnant ce nouveau type de propagande virale. Une parade existe : il faut demander à son opérateur qu’il « désactive le noodle ». C’est à l’émetteur faire opposition.  On ne tombe jamais sur la même personne, c’est strictement impossible, le logiciel dans lequel ces téléconseillers sont enfermés y veille scrupuleusement. Je leur ai à tous demandé de me désactiver le noodle. Je pense que ce terme ne figure pas dans la section du logiciel à laquelle ils ont accès. Au lieu de traiter la question, ils me serinent un laïus prémâché pour me vendre de nouvelles options, de nouveaux avantages, de nouveaux cadeaux qu’il serait complètement abracadabrant de ne pas accepter. Cerise sur le gâteau, ils me demandent avec une voix faussement enjouée si j’ai été satisfait de notre échange. Et moi, lassé de répondre : « oui oui… » par solidarité,  je craque, j’exige que me soit passé le chef, un spécialiste, un responsable. Ils aimeraient pouvoir le faire. Ils ne le peuvent pas. Le logiciel refuse. Je hurle : « – Ecoute bien mon garçon : l’argumentaire que tu me dévides, le kit de conversation qui te sort du gosier, tout a été écrit de A à Z, tu en conviens ? Et tu sais par qui ? – là je me suis mis en conférence audio pour que Gabor en perde pas une miette – tu ferais bien de relire la Typologie de la Clientèle qui doit être rangée dans ton premier tiroir à droite. Elle est de moi, oui, c’est moi qui l’ai écrite quand, comme toi, j’étais vacataire, free lance, intermittent mercenaire au service de la Marque, bombardé responsable junior de je ne sais quelle étude qualitative ou quantitative ou prédictive ou allez vous faire foutre. C’est moi le père de ton foutu laïus. Relis ta bouffonne Typologie de la Clientèle et tu verras que je fais partie du 1% de Prescripteurs AAA+++, me prends plus pour une andouille B ou C, me parle plus avec ce sourire en carton. Et cette fois-ci j’espère bien que notre conversation est enregistrée, écoute bien : tant pis si ça doit me ruiner, mais j’enverrai moi-même une vague de SMS à tous mes contacts racontant cette histoire, avant d’aller me coucher ».

Le 14 février 2013 à 11:15

Christian Salmon : Ces histoires qui nous gouvernent #1

Les femmes afghanes et le vernis à ongles

> épisode suivant Dans sa conférence-performance "Ces histoires qui nous gouvernent", l'écrivain et journaliste Christian Salmon poursuit son salutaire travail d'analyse du story-telling. Dans cet extrait, il revient sur un récit édifiant mais fictif qui a joué un rôle décisif dans l'intervention américaine en Afghanistan et même au-delà. "Quoi de plus innocent et charmant qu’une histoire bien tournée ? Les histoires nous distraient et nous instruisent en nous faisant rêver. Désormais, avec la technique du storytelling, elles nous gouvernent et sont devenues un instrument de contrôle des opinions, une « arme de distraction massive ».L’entrée en guerre préventive contre l’Irak, le reality show au début du mandat de Sarkozy, sa métamorphose en capitaine courage face à la crise financière, l’épopée victorieuse de Barack Obama… Autant de fictions préparées dans le secret de war rooms où s’élabore le storytelling intégré. Christian Salmon nous propose un voyage dans les démocraties contaminées par l’hypermédiatisation, une exploration des mythes politiques à l’âge du néolibéralisme. Une traversée de la crédulité contemporaine. " Enregistré le 30 novembre 2012 dans la salle Topor du Théâtre du Rond-Point En partenariat avec Cinaps TV et Rue 89 Vous pouvez également retrouver le podcast audio complet de cette conférence-performance.

Le 30 octobre 2015 à 10:14

Massimo Furlan : "Le burlesque c'est de voir un type de cinquante ans se démener à la place du numéro 10"

Enfant il rejouait les matches du championnat italien dans sa chambre, rivé à un transistor grandes ondes pas toujours fiable. Son lien avec son pays d'origine. S'en souvenant en 2002, il décide une folie : rejouer seul, dans un vrai stade et en temps réel, un match mythique de l'histoire du foot. Il commence dans sa ville au stade de la Pontaise, à Lausanne. L'artiste Massimo Furlan endosse les couleurs de l’Italie pour une performance hors norme : il est le joueur numéro 23, il remet en action seul sur la pelouse la finale Italie-Allemagne du championnat du monde 1982, qui se termina sur la victoire de l’Italie. Seul et sans ballon, il revit la totalité de ce match, dans toute sa dramaturgie. Avec le récit en direct de Jean-Jacques Tillmann, ancien commentateur de la télévision suisse romande, et sous les yeux d’un public qui revit le match avec lui, endossant le rôle des supporters. Puis il enchaîne au Parc des Princes en revêtant le numéro 10, celui de Platini lors de la demi-finale homérique entre la France et l'Allemagne, sous le regard de Michel Hidalgo. Jusqu'à aujourd'hui, il s'entraîne plusieurs mois comme un sportif pour traverser ainsi de grandes parties restées dans la mémoire collective, avec la complicité de commentateurs sportifs et d'entraîneurs de l'époque, comme à Marseille, Vienne, Hambourg, Varsovie, Porto, Séoul... > l'actualité de Massimo Furlan

Le 13 mars 2013 à 10:31
Le 19 juin 2015 à 08:59

Animal, transe, trou

Tu as 65 ans, pour une raison médicale qui te regarde tu sais que tu vas bientôt mourir, sur base de discussions que tu as eues avec lui ton entrepreneur de pompes funèbres expérimentales te conseille, pour ton enterrement, de te faire manger par des loups en Mongolie, comme d’ailleurs c’est la pratique traditionnelle là-bas. Tu imagines ton cadavre se faire manger, dépecer par des loups, ça te plaît tellement que tu te dis : « Eh mais je veux vivre ça de mon vivant nom de Dieu ! » Tu t’en vas en Mongolie, sur place tu te procures une dose de drogues anesthésiantes suffisantes pour endormir un yak, tu te pointes dans la steppe, marche 4 jours et 4 nuits sans t’arrêter, t’écroules par terre, les loups s’approchent, tu prends tes drogues. Le temps que la chimie fasse son effet les loups te reniflent, tu t’endors aux premiers grognements. A ton réveil tu es toujours insensible et tu constates que les loups se font bien plaisir, il te manque de solides morceaux de viande. Bizarrement, tout ceci te fait tellement triper que tu te dis : « Hors de question que je meure sans vivre encore d’autres expériences dans ce goût-là ! » De retour dans le monde civilisé tu survis, et tu survis d’autant mieux que les loups auraient apparemment bouffé toutes les saloperies qui te ravageaient le corps ; après quelques mois tu pètes la forme, tout va bien mais il manque quelque chose : tu voudrais réitérer l’expérience de ton corps livré à la faim des loups. Un jour en rue tu sympathises avec un chien qui semble sauvage, très drôle, très intelligent, très fin, subtil, rapide et rusé, drôle. Il a l’air de vouloir te montrer quelque chose, tu le suis, il t’emmène chez quelqu’un qui te dit : « Bonjour je suis une pute biohardcore anarcho-autonome, je suis sûre que je peux vous aider. » Tu lui dis : « Je veux me prostituer le corps, la viande du corps aux loups. Je veux donner un max de plaisir à une meute de loups, je veux payer de ma personne, votre métier m’intéresse, je suis fasciné par la charge mystique des fantasmes générés par votre métier de pute, je veux vivre cette charge à fond, être à fond dans le don, dans le don prostitutionnel, animal, mystico-biologique, hardcore du vivant, biohardcore. » Bref tu lui racontes ton fantasme de te faire bouffer encore par des loups, elle marche à fond mais te propose un truc encore mieux car moins cher, plus facile d’accès et très intense : un truc incroyable avec elle et des carpes, ça se passe dans un étang, sous l’eau, expérience extatique dingue. Quelques jours après ça y est, tu es complètement addict et pars vivre dans un trou dans la forêt.

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