Paul Martin
Publié le 10/02/2014

Au bout du fil


Plutôt qu'une biographie assommante, voici un texte qui vous sera vraiment utile. Si votre ordinateur fige régulièrement, essayez le truc suivant : d'abord, rehaussez le moniteur à l'aide d'une ou deux briques ; puis versez dans le lecteur de DVD un verre d'eau déminéralisée à laquelle vous aurez ajouté quelques gouttes d'essence de térébenthine. Eteignez l'appareil, rallumez-le et constatez le résultat : il est comme neuf. Ne me remerciez pas, je suis comme ça, altruiste.

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Le 26 mars 2014 à 10:06
Le 26 mai 2015 à 08:32

Montauban : Son téléphone glisse derrière son lit

Montauban – Un habitant de Montauban a vécu une mésaventure peu commune, qui aurait pu mal finir. Alors qu’il faisait son lit, son téléphone a glissé dans un espace très réduit entre le matelas et le mur. Reportage. Quelques minutes d’angoisse. Une frayeur que cet habitant de Montauban n’est pas près d’oublier. Alors qu’il faisait son lit comme chaque matin, son téléphone a glissé entre le mur et le matelas. « C’est arrivé très vite. Et quand j’ai compris ce qui ce passait, c’était trop tard » a-t-il raconté lors d’un rapide point presse. Et d’expliquer comme le téléphone portable – de marque Apple – a glissé derrière le lit. « Je ne pouvais pas l’atteindre, l’espace est trop réduit. J’ai du me résoudre à déplacer le lit ». Une opération qui va prendre seulement quelques secondes. « Je n’ai pas eu besoin d’assistance. De plus, je vis seul. Et je ne vois pas pourquoi je serais allé demander à un voisin. On peut très bien s’en sortir seul, il faut juste un peu de système D ». Le jeune homme a donc pu rapidement récupérer son téléphone. Selon les premières constatations, il n’aurait pas non plus raté d’appel. « C’est toujours très angoissant, votre téléphone glisse, il est inaccessible et qui sait, vous ratez un appel important ». Le jeune homme précise qu’à aucun moment il ne s’est inquiété ou n’a semblé perdre le contrôle de la situation. « Je savais exactement où se trouvait mon téléphone, il n’était pas perdu ». Et pour lui, ce qui s’est passé est clairement un non évènement. « Des gens ont accompli bien plus de choses que moi, mais je suis heureux d’avoir récupéré mon téléphone » a-t-il conclu à l’issue de la conférence de presse. Le Gorafi Illustration: Juanmonino

Le 30 novembre 2011 à 09:00

Conversation entre un dépressif et un terrien

Texte inédit de David Foenkinos

Le dépressif : Je voulais te dire quelque chose.Le terrien : Oui.Le dépressif : En ce moment, je vois quelqu’un.Le terrien : Moi aussi.Le dépressif : Quoi ? Toi aussi, tu vois quelqu’un ?Le terrien : Ben oui. Je te vois toi. Tu es en face de moi.Le dépressif : Mais non… je parlais de voir quelqu’un.Le terrien : Quelqu’un ? Je le connais ton quelqu’un ?Le dépressif : Ben non. Je ne crois pas. En général, c’est mieux de voir quelqu’un qui n’a pas de relation avec son entourage.Le terrien : Je ne te suis pas du tout.Le dépressif : Je vois un psy quoi !Le terrien : Ah d’accord. Tu aurais dû le dire toute de suite. Je n’ai jamais compris cette manie de dire quelqu’un pour parler d’un psy. C’est la seule profession qu’on ne dit pas, c’est louche, non ?Le dépressif : Si tu veux tout savoir, je ne réfléchis pas à ça en ce moment.Le terrien : Et pourquoi pas le boucher ?Le dépressif : Quoi, le boucher ?Le terrien : Pourquoi on ne dirait pas « quelqu’un » pour parler d’un boucher. Quand tu vas acheter de la viande, tu dis à ta femme que tu vas voir quelqu’un. C’est pas plus con. Tiens, moi je vais faire ça. A partir de maintenant, mon quelqu’un c’est le boucher.Le dépressif : Bon je crois que je n’aurais pas dû venir te voir.Le terrien : Oui, pardonne-moi. C’est ton quelqu’un qui m’a embrouillé. Je ne supporte pas qu’on ne définisse pas les choses. Tant qu’on y est, on pourrait dire que « quelque part » c’est la Suisse. Et même la Suisse du Sud, si je veux.Le dépressif : J’ai l’impression que tu ne vas pas fort en ce moment. Je me demande si tu ne devrais pas voir quelqu’un.Le terrien : Ah, non j’ai déjà mangé de la viande hier.

Le 2 septembre 2010 à 11:25

"Seul l'avenir est un pays supportable" 3

Un film cadavre-exquis inauguré par Régis Jauffret

Mon plan pour le film en cours de montage : Jón Fejoz, glacier des Grands-Montets, Août 2010 (Aiguille verte – les Drus)Les glaciers, qu’ils stagnent, avancent, grincent ou explosent, me dérangent de plus en plus. Les glaciers, c’est du temps contenu, concentré, du temps qui nous pète à la gueule sans qu’on ne puisse rien y faire, du temps qui nous renvoie à nos incapacités, à nos limites humaines.Trente-cinq, c’était il y a trente-cinq ans pendant l’ascension de l’Aiguille Verte par le glacier des Grands-Montets. Trente-cinq ans, une broutille. Le 27 août 1975, après quatre heures d’escalade, j’ai coupé la corde. Au bout de la corde, il y avait Jón. Je vous le dis à vous parce qu’aujourd’hui, plus personne ne s’y intéresse. Jón était suspendu dans le vide, les jambes broyées, sans casque. Son bras droit n’était retenu que par son anorak, son corps semblait dispersé autour de la colonne vertébrale retenue au niveau des reins par le baudrier. J’ai coupé la corde, Jón est tombé directement dans la rimaye, dans la zone de fracture du glacier, dans la première crevasse, une crevasse de soixante mètres.Les glaciers, c’est du temps en mouvement, du temps sinueux et perfide, du temps qui nous néglige. Depuis 35 ans, la zone de fracture du glacier se déplace, se contracte, s’agrandit. Elle ne me lâche jamais, je lui appartiens. Même quand je m’éloigne, quand je sors de la vallée, elle vient me chercher. Parfois, en hivers, elle s’efface derrière d’épaisses couches de neige. Alors seulement, je peux penser, au moins un instant, que les glaces n’en ont rien à faire de moi.

Le 16 avril 2013 à 09:54

« Il y a un pays où on se tire des rafales de mitraillettes dans les pieds tous les matins, un pays qui est dans une névrose mélancolique profonde, c'est la France.

Et il faut comprendre que, macro-économiquement parlant, ça coûte un ou deux points de PIB, la névrose française. C'est un vent contraire absolument massif. »

Nicolas Dufourcq, directeur général de la BPI, Rue 89, 15 avril 2013.     Le voilà donc l’ennemi intérieur, le fauteur de crise, l’agent du déclin. Il tient en deux mots et gangrène à ce point l’esprit public que d’aucun ont cru malin d’en faire un site éponyme. Les vents contraires qui empêchent le pays de prospérer s’appelle soupir de résistance, masochisme de comportement, dérision des pouvoirs. Bref une façon de voir tout en (humour ?) noir. La taxation des riches, c’est un coup porté aux pauvres privés des miettes, l’école le samedi matin, un crime contre l’intelligence, le mariage pour tous l’extinction programmée de l’humanité, les allocs réduites pour les plus aisés, la République menacée dans ses fondements égalitaires, un ministre imposteur, tout le gouvernement complice, la transparence des patrimoines ministériels l’aveu des turpitudes. L’excellent M. Dufourcq a même chiffré l’effet dévastateur de cette paranoïa nationale sur le développement des forces productives. Il est bien placé pour le savoir, à la tête de la Banque publique qui prête aux PME innovantes, il ne parvient même pas à utiliser la totalité des fonds qui lui sont alloués.  Tout est foutu ? Si « Vents contraires » publie cette chronique, alors oui.

Le 27 mars 2013 à 10:03

L'objet du délire #13

Tu peux pas.

Tu peux pas partir comme ça, allons, viens-là, tu vas pas finir comme ça, je t'ai dans la peau, je t'ai dans la tête, on a partagé trop de trucs salés, trop d'instants empilés, trop de secondes sacrées, tu peux pas, tu peux pas me laisser là, tout seul, tout nu sans toi, tu peux pas t'en aller comme ça, on a trop vécu, on a trop vu, trop lu, trop bu, trop entendu, j'étais là pour toi, t'étais là pour moi, on parlait pas, mais tout était là, le monde et les mots, les images et les sons, les jeux et les joies, mes doigts sur toi, ta glace sous ma pulpe, mes yeux dans ta voix, non, non, tu peux pas, tu peux pas t'en aller comme ça, tu vas faire quoi, tu iras où, je serai qui sans toi, rappelle-toi, la musique et le soleil et le printemps et les tempêtes et le métro et les voyages et les petits mots et les grands cris et ces silences et ces séismes, tu vois bien, tu peux pas, tu peux pas me laisser là, et les nuits grises, les sms tordus, l'alcool dans les circuits et les urgences et l'amour en trois lettres et la mort en six mots, je sentais tes pulsations, tu connaissais le goût de mes poches, on ne se quittait pas, partout, en haut, en bas, de travers, dans les zigzags, on parlait pas, tout était là, non, tu peux pas, tu peux pas t'en aller comme ça, je t'ai dans la peau, je t'ai dans la tête, je vais faire quoi, je serai qui, allez, me laisse pas, t'en vas pas, reste avec moi, où es-tu, reviens, reviens, me laisse pas. Me laisse pas. Putain d'Iphone.

Le 29 septembre 2015 à 10:52
Le 7 février 2012 à 08:49
Le 13 août 2012 à 08:05

Pour adoucir sa dépression, il faut la respecter.

J'ai pris la résolution d'aimer et de cajoler ma dépression. J'avoue l'avoir maltraitée des années durant. Dès qu'elle apparaissait, je la maudissais et j'essayais de m'en débarrasser. C'était une lutte contre-productive : à la violence induite par cette force invisible et sans limite, s'ajoutait mon épuisement à la combattre et à lui résister.J'ai compris qu'il valait mieux la laisser faire. A partir du moment où j'ai pris cette décision, elle s'est un peu calmée, elle n'avait plus d'adversaire pour l'exciter. Elle continuait à me vriller le coeur et me sauter à la gorge, à s'asseoir sur ma poitrine et me marteler le crâne, elle continuait à m'assaillir d'idées noires. Mais la cessation de ma belliqueuse humeur a sensiblement réduit l'asthénie et la mélancolie.Puis, avec l'idée d'inventer une heuristique nouvelle, j'ai posé une hypothèse : c'est parce qu'on la traite mal que la dépression blesse. Pour l'adoucir, il faut la respecter. Comme un animal sauvage que l'on souhaiterait domestiquer. Et cela a marché : la considérer comme une chose réelle et indépendante de moi, une sorte de fantôme domestique, a diminué sa virulence. Je lui parle, je lui dis, gentiment, de se calmer. Je l'amadoue.L'erreur que j'ai longtemps faite a été de croire que je pourrais un jour guérir de ma dépression. Ce n'est pas possible : impossible de m'en couper sans me couper de moi-même. Nous nous fréquentons depuis trop longtemps. Je crois que personne ne me connaît comme ma dépression. Je l'ai influencée et elle m'a construit. Je peux compter sur elle, elle n'est jamais loin, c'est un paysage qui me permet d'être toujours chez moi-même en voyage. Elle est un refuge ; bien sûr c'est un refuge douloureux, mais la réalité extérieure est pire : elle est douloureuse et étrangère. Ma dépression est des rares choses stables dans ma vie. Je sais aujourd'hui que j'y suis attaché : elle porte en elle les ressources de la création et de la joie. Je lui serai toujours fidèle.Illustration : Dupont&Barbier www.dupont-barbier.com  

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