Grand Magasin : D'orfèvre et de Cochon

Trousses de secours en période de crise, saison 2 : la crise du travail

Une conférence-performance de Pascale Murtin et François Hiffler (avec la participation exceptionnelle de Liviu-Adrien Dârgãu)

Le travail ? Connais pas.

« Nous ne sommes pas très bien placés, peut-être même très mal placés pour parler du travail, n'ayant à ce jour et après trente ans d'activité jamais travaillé. C'est précisément à ce titre que nous allons nous risquer à discourir quelques quarts d'heure sur le sujet, histoire de faire part de notre inexpérience en la matière. »
Les performers Pascale Murtin et François Hiffler prétendent – en dépit et grâce à une méconnaissance quasi-totale du théâtre, de la danse et de la musique – réaliser les spectacles auxquels ils rêveraient d’assister. Et ça marche : leurs spectacles sont très réussis et les émeuvent. Depuis 1982 (avènement de Grand Magasin), leur ambition consiste à croire possible que d’autres partagent cet enthousiasme.

Grand Magasin :
Un beau jour, Pascale Murtin et François Hiffler, deux danseurs contemporains, décrètent que la danse est une discipline contre nature. Ils tournent le dos à leur formation classique et fondent en 1982 la Cie Grand Magasin, "une association de bons intérêts". Ensemble, ils ont créé une vingtaine de pièces, numéros et performances, s’adjoignant parfois les services de leurs amis (dont Bettina Atala de 2001 à 2010) : des spectacles sans costume, sans décor, ni prouesse technique, à la poésie parfois absurde... de drôles d’objets spectaculaires mariant humour et rhétorique.
Leur manière de jouer des mots et de l’absurde, leurs créations intelligemment décalées leur ont valu des comparaisons avec Queneau, Tati ou encore de participer à l’exposition Dada organisée par le Centre Pompidou en 2005. Leur style au pragmatisme faussement naïf et à l’humour pince-sans-rire, c’est encore eux qui le définissent le mieux : fuite du spectaculaire, raréfaction des accessoires et des paroles, évacuation de la scénographie, répugnance à gesticuler, dégoût de l’illusionnisme. Conférences en auditorium, interventions en décor naturel, démonstrations dans une galerie d’art ou déploiements sur une scène de théâtre, il s’agit dans tous les cas de grand spectacle.

Enregistré le 6 février 2014 dans la salle Roland Topor Théâtre du Rond-Point.

Durée : 42:28

> les autres Trousses de secours dédiées au travail

En partenariat avec Cinaps TV et Rue 89



Trousses de secours 2e saison : conférences-performances autour de la crise du travail

Formation ouverte à tous : soyez encore plus flexibles, plus compétitifs, plus « zéro défaut » qu’on vous le demande… mais autrement ! Les écrivains, chercheurs, artistes des conférences-performances du Théâtre du Rond-Point renversent perspectives et idées reçues, croient au partage horizontal des savoirs, déboulonnent férocement les piliers de la pensée dominante.

> le programme complet

 

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"C'est plus fort que moi"

Ses installations sont présentées dans le monde entier de São Paulo à Moscou, en passant par Madrid ou Séoul, ainsi que dans les hauts lieux de l'art contemporain. Son spectacle 22h13 interprété par Nicolas Sansier est de retour au Rond-Point. Ce Méliès de la vidéo nous dit la place du rire dans ses productions."Je produis toujours des choses drôles ou, du moins, qui tendent à l'être. C'est plus fort que moi. Comme si une peur sous-jacente devait impérativement être maintenue à distance par le rire. La peur du vide, sans doute. Enfant, je me suis accroché à l'humour et plus encore en mon adolescence, quand la complexité du monde m'a semblé vaguement vertigineuse. Ma première « œuvre » un peu « sérieuse » fut un roman poème où le désespoir métaphysique et la révolte s'exprimaient à coups d'images surréalisantes et de jeux de mots plus ou moins subtils. Le récit s'achevait sur l'expression d'une tentation ultime : s'absenter du monde, ne plus désirer : « Je-néant-vide-rien ».Je pense, aujourd'hui, que le recours au rire repose peut-être sur des motivations moins romantiques. Humour et autodérision me servent à éviter d'être involontairement ridicule et à esquiver toute prise de position que les « autres » pourraient condamner. Résistance au vide, à la fragilité ou au désaveu."Pierrick Sorin, artiste vidéoArticle édité dans le catalogue Le Rire de résistance, BeauxArts éditions et Théâtre du Rond-Point

Le 4 août 2014 à 09:28

Dominique Méda : "La réduction du temps de travail devrait absolument être pensée comme un projet de société"

C'est pas du boulot ! #2

Dominique Méda est professeure de sociologie à l'Université Paris-Dauphine, titulaire de la chaire Reconversion écologique, travail, emploi, politiques sociales au Collège d’études mondiales. En 2013, elle a publié La Mystique de la croissance. Comment s’en libérer chez Flammarion et Réinventer le travail avec Patricia Vendramin aux PUF. Deuxième partie de l'entretien qu'elle a accordé à ventscontraires.net La réduction du temps de travail est-elle essentiellement un outil de lutte contre le chômage ou un pas vers un autre type de société ? Elle devrait absolument être pensée comme un projet de société ou du moins comme l’un des instruments intéressants nous permettant d’organiser la transition vers une société où les différentes activités marchandes et non marchandes seraient mieux équilibrées, où elles seraient également mieux réparties entre hommes et femmes (par exemple, j’avais pu mettre en évidence avec des collègues que la RTT avait permis un début de rééquilibrage dans la prise en charge des enfants) et où la qualité de l’emploi devrait être mise au cœur de nos préoccupations. Plus généralement, je pense qu’il faut tenir ensemble les questions relatives à l’avenir du travail et à la nécessité d’engager nos sociétés dans une véritable reconversion écologique qui nécessitera un plus grand volume de travail, qu’il nous faudra répartir sur un plus grand nombre de personnes. La RTT pourrait donc être un instrument puissant au service du changement du travail, de la lutte contre le chômage et de la transition écologique.   L'automatisation croissante nous condamne-t-elle à une disparition du travail ? Je ne le crois pas. Certes, des tâches de plus en plus nombreuses seront prises en charge par des robots, mais de très nombreuses activités nécessitent du travail humain dans l’éducation, la prise en charge des enfants ou des personnes âgées, la santé…Surtout, nous devons bien comprendre que la nécessité de prévenir le changement climatique et donc de réduire nos émissions de gaz à effets de serre nous oblige désormais à produire de façon très différente et très certainement, comme l’a bien mis en évidence Jean Gadrey, avec plus de travail humain.   Tous les secteurs d'activité sont-ils aujourd'hui menacés ? Nous ne devons pas céder au déterminisme technologique : certains secteurs seront certainement plus robotisés et permettront des économies de travail humain, mais nous devrons avoir recours à de plus grandes quantités de main d’œuvre dans bien d’autres : tous ceux qui nécessitent du lien, comme je le disais plus haut, mais aussi le secteur des énergies renouvelables, l’agriculture, le bâtiment, le recyclage qui, étant données les contraintes écologiques auront besoin d’un plus grand volume de travail. Philippe Quirion a évalué le nombre d’emplois accompagnant l’un des scénarios présentés lors du débat sur la transition énergétique, le scénario Négawatt, fondé sur un surcroît d’efficacité et de sobriété. Il a mis en évidence que la mise en oeuvre de ce scénario s’accompagnerait de créations d’emplois en nombre non négligeable. Par ailleurs, on peut penser que la relocalisation des activités nécessitée par l’anticipation du changement climatique et le souhait des populations de retrouver du sens au travail pourrait pousser dans ce sens. Il n’en reste pas moins que nous continuons et continuerons sans doute à faire des gains de productivité et qu’il importe de réduire le temps de travail à due proportion. Il y a d’ailleurs autour de cette question des gains de productivité de véritables choix de société à opérer : cessons de penser que nos comportements doivent nous être dictés par l’évolution du progrès technique. A nous de dire quels services nous voulons, avec quelle qualité de travail, avec quelle quantité de main d’œuvre employée. Si nous utilisions pour mesurer nos progrès d’autres indicateurs que le PIB, nous pourrions faire des choix de façon plus informée. Pour revenir aux gains de productivité, je suis d’accord avec Gadrey qui pense qu’on doit cesser de vouloir en faire dans certains secteurs et que l’on doit y substituer des gains de qualité et de durabilité.

Le 22 mai 2010 à 15:05
Le 27 mai 2016 à 11:22

Gonzalo Demaría : "Pour écrire du théâtre, il faut entendre des voix"

L'auteur argentin Gonzalo Demaría a écrit avec Alfredo Arias les spectacles Mambo Mistico et Trois tangos, vus au Rond-Point les saisons dernières. Et dernièrement Déshonorée, présenté en ce moment sur la scène Tardieu et qui nous a valu le plaisir de le rencontrer. Jean-Daniel Magnin — J'ai eu la chance de passer quelque jours à Buenos Aires il y a quelques années, et j'ai été frappé par le formidable amour du théâtre qui règne dans ta ville.  Gonzalo Demaría — Nous les Argentins nous sommes des survivants, avant tout dans notre propre Histoire. C'est pareil pour le théâtre. C'est vrai qu'à Buenos Aires il y a une surabondance d'activités théâtrales. On se demande d'où vient tout ce public qui vient assister à nos productions. Pour les auteurs de théâtre bien sûr la situation est difficile. Chez nous on ne peut pas vivre du théâtre en général. Et les écrivains encore moins que les acteurs. Mais il y a une profusion de spectacles. On se débrouille. On va souvent voir des spectacles au domicile des auteurs ou les metteurs en scène. Des expériences avec environ 25 spectateurs.Pour survivre j'écris par exemple un soap très amusant pour la télévision, ou des articles sur la généalogie dans la presse, ce qui est une passion chez moi. Mais en gros j'ai de la chance parce que par moments je peux faire du théâtre mon gagne-pain. – Comment ça a commencé l'écriture théâtrale pour toi ?– On dit chez nous que le théâtre s'écrit avec l'oreille. Et justement je me souviens, enfant, d'avoir entendu des voix. Comme Jeanne d'Arc. C'est notre côté mystique à nous les Argentins ! Sans plaisanter, écrire pour le théâtre, ça n'est pas de la littérature ou la poésie, ça passe par d'autres biais. Par d'autres chemins. De grands auteurs comme Balzac ont essayé sans y parvenir à écrire du théâtre, toutes ses tentatives ase sont soldées par des échecs. Il faut entendre, dans la tête, c'est tridimensionnel. Je vois ça de manière mystique. Ensuite il y a la discipline, la rigueur. Je n'écris pas sur l'ordinateur mais sur le papier. La main a son propre rythme, sa transe. J'ai une addiction à la lecture, il y a tout le poids de la littérature qui vient m'irriguer.– Ta première pièce ?La première c'était à l'école élémentaire, avec l'aide de ma maîtresse, une pièce patriotique pour une fête nationale, celle du 25 mai. Elle a vu que j'avais quelque chose, elle m'a pointé du doigt : "Toi tu veux écrire avec moi la pièce du 25 mai ?" On l'a jouée à l'école ! A quinze ans, mon père, un avocat, a montré mes feuillets à son ami le grand auteur dramatique Roberto Cossa. Il m'a encouragé à continuer. Ma première pièce a été montée au Théâtre National quand j'avais 26 ans. Une autre étape importante a été la rencontre avec Alfredo Arias. Il était venu voir une pièce musicale que j'avais écrite, texte et musique, et m'a invité à écrire avec René de Ceccaty une adaptation des Liaison dangereuses... Ça a donné Les Liaisons tropicales.– Tu es proche du plateau, des acteurs ?– Ça dépend. Parfois je fais la mise en scène. Et donc quand je travaille avec un metteur en scène je suis très respectueux. Je viens s'il m'appelle. Le théâtre n'est pas de la littérature comme je disais, c'est une collaboration. Par exemple Shakespeare écrivait ses pièces sans aucun respect pour sa propre écriture. Il modifiait le texte en fonction des acteurs, des distributions. Il ne voyait pas la pièce comme une œuvre littéraire. Comment ne pas être d'accord avec Shakespeare !– Comment est venue la pièce que nous présentons au Rond-Point : Déshonorée ?– J'avais en tête une espèce de Sunset boulevard : une vieille star du Péronisme enfermée avec ses fantômes dans son hôtel particulier en ruine. Je la voyais en conversation avec la tête coupée de son amant – feu le frère d'Eva Péron. Alfredo m'a dit que ce serait mieux de s'appuyer sur un fait réel, puisqu'elle a existé : Fanny Navarro a subi un interrogatoire avec une espèce de fou qui joue à être médecin, militaire — un personnage réel lui aussi. Je voulais écrire depuis longtemps sur Fanny Navarro, l'amie d'Eva Peron. Alfredo l'admire. Et il m'a suggéré de camper la pièce au commissariat. C'était une très bonne idée, c'est plus intense. Et à la fin, il y a tout de même la conversation de Fanny avec la tête de son amant. Il y a des réminiscences avec La Morte amoureuse de Théophile Gauthier.– Quels sont les obsessions qui parcourent tes pièces ?– Je partage avec Alfredo Arias un même amour pour les marginaux, les déplacés. Par exemple les cartoneros, ces pauvres si nombreux qui ramassent papiers et cartons dans les rues de Buenos Aires. J'ai été très impressionné par les prisons où j'ai rendu visite des amis incarcérés. L'horreur de la prison m'a bouleversé. Chez nous elles sont terribles. Une expérience qui a changé mon écriture.– Qui sont les écrivains de théâtre argentins que tu apprécies ?– Notre maître à tous, s'appelle Mauricio Kartun. Un auteur très concerné par les mots et notre Histoire. Il a formé une horde d'auteurs dramatiques. Les auteurs de ma génération, nous sommes tous passés entre ses mains. Parmi eux, je recommande Santiago Loza, Maria Marull, Erika Halvorsen.– Comment vois-tu la crise qui traverse notre époque ?– Nous sommes des gymnastes de la crise. J'ai 46 ans et j'ai vu des révoltes, des tirs contre la foule, des meurtres. Quand je prends de la distance, je regarde l'Argentine avec un sentiment mélangé. C'est un très bon pays, mais il est ravagé par des gouvernements aussi affreux les un que les autres. On ne sait pas comment sortir de ça. J'enrage en entendant tant de faux discours, de mensonges, de corruption. On ne peut pas parler des pauvres en étant excessivement riche. C'est catastrophique.

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