La crise du travail
Publié le 17/02/2014

Yves Pagès : "Ergonomie et management"


Emploi fictif et sommeil paradoxal (expérience en cours) #6

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Sleep in progress or work in regress ?

À première vue, ça ressemble au cours magistral d’un ponte de médecine face à un amphi d’étudiants en première année. Le docteur X. Y*** éclaire quelques notions de psychophysiologie du travail à l’aide de «diapos» illustratives projetées sur écran. En moins d’une heure, il va tenter d’épuiser son sujet : l’évolution ergonomique du rapport au labeur depuis l’homme préhistorique (l’âge de pierre) jusqu’au télé-vigile (l’âge du drone). Exercice de synthèse surhumaine qui, entre raccourcis abscons et obscures digressions, le conduira à dévoiler le ressort méconnu de toute activité humaine : le sommeil paradoxal. Sleep in progress ou work in regress ? Tant qu’à croire ce singe savant sur paroles, autant passer à l’acte. Ce sera l’objet d’une ultime « expérience en cours », au moyen d’une série de QCM (Questionnaire à cobayes multiples).

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Trousses de secours 2e saison : conférences-performances autour de la crise du travail

Formation ouverte à tous : soyez encore plus flexibles, plus compétitifs, plus « zéro défaut » qu’on vous le demande… mais autrement ! Les écrivains, chercheurs, artistes des conférences-performances du Théâtre du Rond-Point renversent perspectives et idées reçues, croient au partage horizontal des savoirs, déboulonnent férocement les piliers de la pensée dominante.

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Le 17 février 2014 à 15:29

Gunther Love : "'L'Air Guitar est un emploi fictif, mais ce que nous en avons fait est un vrai travail"

Avec ses comparses des Airnadette, Gunther Love sera le 18 février au Rond-Point pour nous présenter leur Comédie Musiculte. Pour ventscontraires.net, il a accepté de répondre à quelques questions sur leur travail. - La Comédie Musiculte d'Airnadette au Rond-Point fait partie des Trousses de secours en période de crise, des conférences-performances consacrées au travail. Alors, l'Air Guitar, emploi fictif ou vrai travail ? - L'Air Guitar est un événement burlesque underground qui réunit des musiciens ou des comédiens. Ils viennent sur scène mimer un guitariste mais sans instrument, en playback sur une bande-son, pendant une 1min, après avoir créé un personnage. Cette "discipline" nous a réunis (avec les Airnadette) puisque c'est dans ces compétitions que nous nous sommes croisés.  Il y a 5 ans, nous avions décidé de créer un spectacle où chacun des 6 personnages représentait un univers, un style musical, une époque. Ce spectacle durait une vingtaine de minutes, et était essentiellement musical. On passait de Lara Fabian à Queen of the Stone Age, toujours avec ce principe de Air musique, de mime synchronisé sur une bande son. Puis nous avons introduit dans ce show des répliques de films cultes pour pouvoir commencer à raconter une histoire au public. Nous avons commencé à multiplier les dates de concerts, et même, à traverser le monde. Là, on s'est dit qu'il fallait raconter cette histoire aux gens, expliquer comment on avait pu traverser le monde en tant que groupe de musique sans avoir jamais touché la queue d'un instrument. Il nous est venu l'idée de créer une comédie musicale, avec cette particularité d'être toujours en playback, en prenant des répliques de films cultes (Plus de 300 films dans le spectacle), de la musique mais aussi des extraits cultes de Radio, TV, Pub pour raconter notre épopée. Nous avons créé la 1ère Air comédie musicale, après 8 mois d'écriture et 3 mois de mise en scène, spectacle avec lequel nous tournons depuis 3 ans, à travers L'Europe. Donc oui, l'Air Guitar est un emploi fictif, mais ce que nous en avons fait est un vrai travail.   - Que faut-il faire (ou ne pas faire) à l'école pour devenir air-guitariste professionnel ?  - Il faut faire une filière littéraire, avoir de l'imagination. Le mec qui fait une filière scientifique sera le mec rationnel relou qui te fera remarquer après un show Airnadette "Mais Gunther, tu n'as pas de guitare." Sans blague.   - Comment se déroule le recrutement chez les Airnadette ? Vous avez un DRH ? quels sont les qualités et les défauts indispensables pour intégrer le groupe ? CV + plus lettre de démotivation. Plus le candidat a un CV vide et une démotivation sur le monde importante, plus le mec a l'aptitude de brasser de l'air, et a en lui la rage et l'envie de faire du néant, une révolution.  Nous n'avons pas de DRH, nous avons un DairH. Il faut être très souple pour intégrer la troupe (et être bon acteur aussi.)   - Y a-t-il des musiciens « réels » que vous rêveriez de recruter chez les Airnadette ? Nous avons déjà au sein du groupe des musiciens, Moche Pitt batteur du Groupe Sarah W. Papsun , Chateau Brutal batteur du groupe Chateau Brutal et moi même. J'ai longtemps chanté pour un groupe de rock, j'ai troqué mon micro contre une brosse a cheveux quand j'ai vu ce qui me rapporterait le plus de thune en cette période de crise.  J'avais le choix entre être un musicien qui a 5000 € de matos dans une caisse à 500 € et qui parcourt 200 kms pour gagner 50€ ou faire ce même trajet en Tour Bus avec 1€ de matos (1CD Rom) pour gagner ma vie. C'est ce qu'on fait avec Airnadette : de la Fucking Money !   - Y a-t-il d'autres professions qui s'exercent en play back ? - La politique.   - De nouveaux projets pour Airnadette ? Entendra-t-on, un jour, un concert d'Airnadette unplugged ? - On bosse actuellement sur un film, et on a réussi à sortir chez EMI un double disque de platine: la BO de notre Comédie Musiculte. 

Le 11 novembre 2014 à 09:16

Frédéric Ferrer : Wow ! Et si on changeait de planète ?

Conférencier agité de la langue et mouillant sa chemise devant les urgences qui nous menacent, Frédéric Ferrer revient le 24 janvier au Rond-Point. Prophétisera-t-il la catastrophe ou l’espoir fou ? En tout cas il nous fera rire, même si les temps de l’espèce humaine sur Terre sont comptés. Anthropocène épuisant le globe, changement climatique, menace d’astéroïdes… l’humanité devra partir. La découverte récente de plusieurs exoplanètes en zone d’habitabilité nourrit tous les espoirs.  Ventscontraires – On dit souvent que chaque époque a ses usages propres de la langue. Comment caractérisez-vous notre rapport à la langue aujourd’hui ?Frédéric Ferrer – Je trouve notre rapport très drôle (et assez complexe). – Selon-vous qu'est-ce qui menace la langue et qu'est-ce qui la « sauve » ?– Ce qui menace la langue ce sont les appauvrisseurs, réducteurs et manipulateurs du langage, qui font florès en ce moment un peu partout dans le monde, et les mets beaucoup trop épicés. Ce qui la sauve, c’est notre désir de ne pas prêter notre bouche aux appauvrisseurs, réducteurs et manipulateurs du langage qui font florès en ce moment un peu partout dans le monde, et un grand verre d’eau quand un met est vraiment trop épicé. – Et votre propre langue, qu'avez-vous à en dire ?– Je n’arrive pas à l’enrouler sur elle-même. – Quel événement et/ou quelles rencontres ont façonné votre langue et qu'est-ce qui la nourrit au quotidien ?– L’une des rencontres qui a sans douté été des plus déterminantes pour ma langue (devenant événement pour moi) est celle d’un jeune scientifique, dont je ne me souviens pas du nom, à qui je n’ai pas parlé, et que je n’ai pas non plus rencontré personnellement (de sorte que je peux dire aujourd’hui que vraiment nous ne nous connaissons pas du tout, ce qui fait qu’il ignore totalement ce qu’il a provoqué en moi ce jour là à Bruxelles, et même jusqu’à mon existence), mais dont la conférence en néerlandais, langue que je ne parle pas et ne comprends pas, m’a permis d’accéder à un autre monde (en atomisant totalement et éparpillant façon puzzle le rapport que j’avais à ma propre langue).Et s’agissant maintenant de la question de la nourriture quotidienne, ma langue a la chance de pouvoir profiter des recettes inattendues et merveilleuses de Lou, 7 ans, et Marin, 4 ans. – Nous vous avons proposé de venir au Rond-Point "rattraper la langue".... Comment allez-vous vous y prendre ?– Je vais écouter les langues extra-terrestres et faire des hypothèses sur le devenir de la mienne.  

Le 28 novembre 2013 à 10:52

Jean-Michel Espitallier : "Les loisirs, quel boulot !"

Trousses de secours : la crise du travail

Entre rire jaune et émerveillement toponymique, le poète-batteur Jean-Michel Espitallier (il tient la batterie dans un groupe rock) nous invite à une performance loufoque sur le contraire du travail : les loisirs et les vacances. Avant sa venue au Rond-Point, une batterie de questions ventscontraires : – Quel rôle joue la scène dans votre trajet d'écrivain ?La scène est une autre façon de faire vivre ses textes, elle permet une publication dans un autre espace, celui de l’oralité et du son, lequel en éprouver la texture, les subtilités, les forces ou les faiblesses. S’y opère la « sortie du livre » chère aux poètes sonores, et aussi, c’est très important, un retour immédiat du public, en temps réel. C’est aussi, bien souvent en ce qui me concerne, un banc d’essai. En même temps, monter sur scène pour y lire ou y performer ses textes, parfois écrits pour la scène, c’est aussi apparaître avec son corps. Le corps de l’écrivain qui est, dans une sorte d’inconscient collectif, un personnage qu’habituellement l’on ne voit pas (cliché romantique de l’écrivain retranché dans sa chambre, solitaire, cf Proust, par exemple, dans sa chambre capitonnée du boulevard Haussmann, Rimbaud écrivant dans la grange de la maison familiale, etc.), ce corps qui soudain apparaît surexposé. Le texte n’est plus une marqueterie typographique rangée dans un livre, destiné à une lecture silencieuse, intérieure. Il sort du corps de son auteur, en direct. Et puis, la dimension scénique de l’écriture implique toujours aussi une sorte de réécriture, par la bouche. Mes textes n’ont pas le même statut quand ils sont imprimés ou oralisés, ce sont parfois deux histoires différentes, deux moments d’une même bouture. Deux formes plastiques d’un même projet, deux idylles d’un même amour. Qui se complètent et se nourrissent. Sans compter que l’oralité, et le son, permettent de faire dériver le sens d’un texte, ce qui est d’ailleurs assez extraordinaire.– Qu'il s'agisse de la vie ou de la mort, des célébrités célèbres ou oubliées, vous marquez une certaine prédilection pour l'écriture par listes ou catalogues. Pourquoi ?J’adore les listes, et les listes sont partout dans la littérature, classique et moderne, à commencer par la Bible ! La liste appelle le monde à soi, accumule des traces, et le listeur est un peu comme le fétichiste ou le collectionneur, il cherche le mot idéal, celui qui résumerait tout et qui, bien sûr, n’existe pas. La liste est un objet tellement simple, banal, qu’elle en devient saugrenue, étrange dès lors qu’on l’importe dans l’espace littéraire. La liste est aussi un geste littéral, qui pose et expose des mots sans passer par la syntaxe, sans commentaire. Et puis lister c’est aussi faire se côtoyer des mots qui n’étaient pas forcément faits pour se rencontrer… Soudures ou juxtaposition contre-nature dont le frottement, les collisions produisent du sens, d’autres moyens de faire sens. La fameuse rencontre de la machine à coudre et du parapluie. C’est assez magique. Et puis, bien entendu, la liste est également le terrain du rythme, de la répétition, de la scansion, de la frappe, de la vitesse et de ses modulations.– Cherchez-vous une poésie à hauteur du "magasin de couleurs" qu'est devenu le monde d'aujourd'hui, pour citer Nietzsche ?Puisque vous citez Nietzsche, je dois dire que c’est l’une de mes grandes références, à commencer par l’élégance de son style (et aussi par son attention portée au style, cet « aristocratisme »). Etre à hauteur du monde oui, mais une hauteur critique, qui peut certes aussi passer par l’émerveillement. Il s’agit de mettre son grain de sel et de créer des bugs dans la langue, de la mettre à nu, pour la révéler dans ses potentialités, ses leurres, ses violences ou son inanité. Parce que l’état de la langue dit d’abord l’état du monde.– Nous vous avons proposé de venir au Rond-Point avec une conférence-performance sur le travail. Vous allez nous parler des loisirs. Pourquoi ?Les loisirs sont généralement opposés au travail, comme si l’un et l’autre devaient s’exclure. Cette exclusion forme couple. Voilà qui dit bien l’état dans lequel se trouve le travail, aujourd’hui où le métier est devenu un emploi. Quel mot terrible ! Nous sommes arrivés à un tel état d’aliénation que le loisir agit comme une sorte de petite revanche, de consolation, de bouffée d’air pur. En même temps, les vacances, les loisirs au sens large sont eux aussi minés par l’ultralibéralisme qui s’en est emparé pour les transformer en produits marchands et donc, aussi, les contrôler. Le temps libre est en réalité un temps de liberté surveillée, parcimonieuse, strictement encadrée. Mais il ne s’agira pas de développer cette idée dans ma performance, en tout cas pas de manière frontale. Je m’attache plutôt aux rêveries sur les toponymes (rêveries gratuites, qui n’ont donc pas de prix !), à une interrogation sur le statut de lieux touristiques qui masquent parfois des réalités tragiques (c’est l’objet de mon détournement des fameuses cartes postales de Georges Perec) et au-delà sur le sens des mots et aussi sur le tragique qui court sous des formes comiques dans tous mes livres. Et bien, sûr, je réinterroge ce lieu de tous les phantasmes qu’est le show-business et la pop culture au sens large. Mais je présenterai aussi quelques courtes pièces qui n’ont pas de rapport direct avec ce thème, je veux dire que je m’en donne le loisir…– Où partez-vous pour vos prochaines vacances ?Je suis tout le temps en vacances puisque je suis tout le temps au travail… Donc, toujours parti (je n’en reviens pas !).

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