Gilles Boulan
Publié le 19/06/2014

L'amour dure des millions d'années


Histoires d'os 49

N’en déplaise à notre versatilité moderne, ils s’aiment depuis 47 millions d’années. Une constance amoureuse que même Baucis et Philémon leur jalousent secrétement.

Héros de cette intrique : neuf couples de tortues lacustres, aujourd’hui disparues vue la lenteur extravagante de leur procréation. On les a retrouvés, fossilisés en pleins ébats, sur de belles  plaques de schiste. Cas pour le moins exceptionnel d’érotisme paléontologique, tant il est vrai que la fossilisation surprend assez rarement ses victimes en pleine action.

Les couples se sont formés à la surface de l’eau où le mâle, obstinément, a tenté d'enjamber la carapace glissante de sa docile partenaire. Puis, enfin parvenu à arrimer son impatience, il a aimé sa belle sans prendre la peine de dégrafer son encombrant corset d’écailles. Les amants satisfaits sont ainsi demeurés dans cette étreinte sportive, assez peu favorable à l’exercice de la nage. Lentement, ils ont coulé vers les eaux plus profondes où la mort les attendait sous forme de vapeurs toxiques.

Ces amants éternels n’ont qu’assez peu de points communs avec Roméo et Juliette et il est douteux que le grand Shakespeare aurait daigné écrire le moindre vers sur leur infortune. Mais leur étreinte post mortem les rapproche des grands destins tragiques qui alimentent notre vision poétique de l'amour. Comment ne pas songer aux estampes japonaises devant cet émouvant Kamasutra zoologique ? A moins de laisser la parole à la sagesse de La Fontaine : qui veut voyager loin, ménage sa monture ? A défaut de septième ciel, la course de l’amour peut conduire au Musée. 

Né en 1950 à Deauville, Gilles Boulan vit, travaille et écrit à Caen et dans sa région. Passionné par les sciences de la nature, il effectue d’abord des études supérieures scientifiques (doctorat de paléontologie des vertébrés ) avant de consacrer l’essentiel de ses activités à l’écriture et au théâtre. 

Il est l’auteur et l’adaptateur de nombreux textes pour le théâtre dont la plupart ont été portés à la scène ou édités (en particulier chez Lansman) 

Depuis l’été 95, il anime avec René Paréja et la compagnie Nord Ouest Théâtre, le projet de La Famille Magnifique, théâtre itinérant sur un camion pour lequel il écrit plus d’une trentaine de courtes pièces. Nombreuses représentations sur l’ensemble de la Normandie, dans plusieurs régions de France ainsi qu’en Belgique, en Angleterre, en Tunisie, au Quebec et en Algérie.

Collaborateur régulier du Panta Théâtre à Caen, il y organise des soirées lectures et des rencontres avec des écrivains de théâtre. Il y anime également le Comité de lecture et le Prix Godot des lycéens et des collégiens en partenariat avec le Rectorat de Caen

Cinq de ses pièces ont fait l’objet d’une création radiophonique sur France Culture notamment dans le cadre du Nouveau Repertoire Dramatique de Lucien Attoun.

 

Partager ce billet :

Tous les billets du dossier

À voir aussi

Le 18 juin 2010 à 18:45

Les façons dont la femme et l'enfant accélèrent le pas dans les escaliers

(Chose vue)

La main de la femme est dans le dos de l’enfant, la pousse. La femme se penche, elle voit la rame de métro stationnée depuis longtemps maintenant. L’enfant accélère le pas tant bien que mal, ses yeux s’agrandissent et deviennent ronds, ils scrutent chacune des trop hautes marches pour ses petits pieds. La femme dit quelque chose dans une langue que l’homme ne comprend pas ; l’enfant tord la bouche et ses pieds sur les hautes marches alors l’autre main de la femme se colle contre le ventre de l’enfant. Les deux mains de la femme enserrent l’enfant et la soulèvent du sol. L’enfant tout contre la poitrine de la femme s’agrippe à son cou. La femme dévale d’un pas assuré les dernières marches. La femme court vers la porte encore ouverte avec l’enfant dans ses bras. La femme crie quelque chose à l’enfant. Les paroles de la femme se mélangent au signal sonore de la rame métropolitaine, l’homme ne l’entend pas. Les portes se ferment et la femme et l’enfant restent sur le quai. La femme dépose l’enfant sur le sol. L’enfant regarde le quai et la femme, le métro qui disparaît. L’enfant enfouit les deux mains dans les poches de ses pantalons, se retourne, regarde d’une drôle de façon la volée d’escaliers. Sur le quai, la femme trépigne et tape un peu du pied, regarde l’heure à sa montre, puis caresse doucement la tête de l’enfant. La femme dit encore quelque chose à l’enfant. La femme et l’enfant rient.

Le 23 septembre 2015 à 09:38

Demain, le nouveau monde ludico-amoureux de Fourier : « Jamais trop. Jamais assez. »

Les seuls lendemains qui me chantent et qui devraient vous chanter aussi si vous n’êtes pas une andouille, c’est la société de la jouissance sans demi-démesures proposée au XIXe siècle par l’inouï Charles Fourier. Pour vous entraîner dans « la volée passionnelle », c’est-à-dire dans « l’ordre social où le minimum quotidien du pauvre sera une table servie à 32 mets quod me memorandum », j’ai interviewé l’auteur du livre le plus chamboulant jamais frigoussé, Le Nouveau Monde amoureux (années 1820), réédité par Stock et par les Presses du réel.   Charles Fourier, quels échos votre programme de réinvention totale de l'entendement humain éveille-t-il aujourd'hui ? ­Nous sommes, dit-on, le siècle des esprits forts. Je voulais éprouver s'il se trouverait quelque tête assez forte pour entendre la théorie des développements et emplois de l'amour. Mais la génération actuelle est trop difforme, trop mal faite et surtout trop grossière pour qu'on puisse lui appliquer de pareilles coutumes.   Sur quoi se base votre théorie ? Sur l'avènement d'une société de jouissances qui saura tirer des perles du fumier passionnel qu'on nomme Civilisation, car elle opérera sur les mêmes passions qui engendrent parmi nous tant d'infamies. Il ne s'agit pas de changer les passions, mais de changer leur marche, leurs voies d'essor, en trouvant un moyen d'utiliser les goûts, même immondes, que la nature nous donne.   Même immondes ! S'agirait-il donc de laisser courir les assassins dangereux sous prétexte que le meurtre est pour eux une passion ? Il n'y a point de passions vicieuses, il n'y a que de vicieux développements. J'admets que le meurtre, le larcin, la fourberie sont des essors vicieux, mais la passion qui les produit est bonne et a dû être jugée utile par Dieu qui la créa.   Votre Dieu serait-il réellement hostile au « dogme anti-voluptueux » qui allaite toutes les religions ? Dire, comme les chrétiens, que Dieu veut que nous luttions contre nos passions pour obtenir le bonheur éternel, c'est dire qu'il doute de sa propre sagesse, qu'il veut se tenter lui-même, en essayant si la faible raison qui vient de nous balancera les forces immenses des passions qui viennent à lui, c'est dire enfin qu'il nous récompensera à jamais si nous détruisons son ouvrage et qu'il nous punira à jamais si nous obéissons à ses dispositions toutes combinées pour assurer le triomphe des passions.   Mais que faites-vous des passions sales, dégradantes, merdiques ? Il y a une frénésie ordurière chez tous les enfants. Est-ce vice d'éducation, défaut de préceptes ? Non, car plus on les sermonnera contre la saleté, plus ils s'y acharneront. Nous ne saurions, en civilisation, débrouiller cette énigme. La manie de saleté qui règne chez les enfants n'est qu'un germe informe comme le fruit sauvage; il faut le raffiner. Cette manie de saleté est une impulsion nécessaire pour aider les enfants à supporter gaiement le dégoût attaché aux travaux immondes, et à s'ouvrir, dans la carrière de la cochonnerie, un vaste champ de gloire industrielle et de philanthropie unitaire.   Et qu’en sera-t-il du germe « informe » de la manie de paresse ? Votre société édénique ne sera-t-elle pas parasitée par les branlotins ? Il n'y a point d'enfants paresseux, même en civilisation. Tous sont des travailleurs infatigables quand la fantaisie leur en prend. Voyez-les dans leurs nobles expéditions qu'ils appellent des farces, quand ils vont casser des vitres, tirer des sonnettes, démolir un mur, arracher des palissades, etc. Ils travaillent comme des maniaques. Eh ! Quel est celui qui s'y porte avec le plus d'ardeur ? C'est le plus petit, tout fier d'être admis à faire des farces avec des plus grands que lui. Dans pareil cas, ces diablotins bravent les frimas et les fatigues, et les dangers pour travailler, car cette prétendue farce est un véritable travail. Elle ne produit aucun plaisir sensuel; loin de là, ils risquent des coups de toute espèce, soit de la part de ceux qui les prennent sur le fait, soit de la part des pédants à qui l'on va porter plainte. Mais l'attraction passionnelle les poussait, et quand elle suscite un groupe d'enfants, elle en fait des travailleurs beaucoup plus ardents que les hommes âgés, et leur ardeur est aussi grande pour édifier que pour détruire. On les voit souvent faire des efforts prodigieux pour élever une digue de cailloux en travers d'un ruisseau, et construire un petit moulin de bois à l'extrémité de la digue.   Mais qu'est-ce qui adviendra, par exemple, en Harmonie, des mères dites indignes, celles qui délaissent leurs lardons parce que leurs attractions passionnelles les disposent à d'autres voluptés ? C'est une prétention très mal fondée que celle des femmes qui se croient des modèles de vertus républicains, parce qu'elles ont le goût de soigner les petits enfants, femmes très intolérantes qui diffament et damnent celles qui, ayant des goûts très différents, abandonnent les marmots pour aller à des réunions de plaisir. Lesdites réunions étant très utiles en association harmonienne, où les sept-huitièmes deviennent parties de plaisir, une femme sera jugée aussi utile et aussi vertueuse en allant aux parties de plaisir qu'en s'occupant aux soins des petits enfants, service dont la durée sera assez limitée pour qu'une Bonne puisse vaquer à vingt autres plaisirs également utiles, et juge elle-même qu'elle n'est pas plus vertueuse au séristère des poupons qu'au colombier, à l'abeillerie, à la buanderie, à l'opéra.   Il s'avère donc toujours socialement utile en Harmonie de vaquer à ses plaisirs personnels. Mais ceux-ci sont-ils toujours si planants que ça ? Ainsi, les orgies harmoniennes sans freins dont vous vous êtes fait le chantre ne s'apparentent-elles pas, en fait, à nos partouzes bourgeoises ? Quelques civilisés, tout matériels, voudraient borner aux parties carrées leurs recherches et prétendent que cette mêlée leur suffit amplement. Faut-il prouver que la concupiscence, l'orgie amoureuse, la communauté des femmes et des hommes est le sentier de la morale naturelle ? Sans exception, dans le monde actuel, on tombe dans le despotisme en politique et dans la monotonie en plaisir. En Harmonie, les individus valent plus les uns pour les autres par leurs différences que par ce qu'ils possèdent en commun. Il n'y a donc pas de plus grande justice envers les autres que d'aller soi-même au bout de son désir et de réaliser ses particularités les plus secrètes. L'orgie renoue avec l'heureuse phase orale de l'humanité, elle donne accès à l'intégralité de la nature et à la cohésion des forces souterraines qui tiennent réellement toutes choses. Toute contrainte abolie, l'individu exerce librement le désir de s'allier à un autre désir par le plaisir de se délivrer de la distance à soi et au monde. Les orgies tendent à montrer la petitesse des amours civilisées. Elles font naître les affections généreuses et le dévouement collectif entre gens qui ne se connaissent même pas de vue et de renommée. Ce genre de bien élève les hommes à un état qu'on peut nommer perfection ultra-humaine. Il les transforme en demi-dieux qui échappent à leurs propres limites et à qui tous les prodiges de vertu et d'industrie deviennent possibles.   Quelles sortes de jeux sexuels préconisez-vous encore pour nous engager à échapper à nos propres limites ? Parmi bien d'autres mignardises, je recommande le coadjutariat qui consiste pour les hommes à s'entremettre à aider des plaisirs saphiques et pour les femmes à s'entremettre à aider des plaisirs pédérastes; les conciles gastrosophiques au cours desquels un aéropage délibère gravement sur des accomodages compliqués de mets après de grands criteriums de dégustation.   Nous parlions de jeux sexuels. La gastrosophie, votre théorie passionnelle du bien-manger, aurait-elle quelque chose à voir avec la luxure ? Oh, un coït modéré avant les repas favorise l'appétit et la digestion. Je recommande encore le maniérisme harmonien dont le postulat est de favoriser le développement extatique des manies lubriques de chacun...   Vous décrivez précisément un monde où aucune manie amoureuse ne restera insatisfaite. Est-ce là bien raisonnable ? On oublie que l'amour est le domaine de la déraison, et que plus une chose est déraisonnable, mieux elle s'allie avec l'amour. Sous ce rapport, les manies lui conviennent éminemment et, en Harmonie, où elles seront de haute utilité, on les provoquera méthodiquement parmi la jeunesse qui les dédaigne aujourd'hui parce qu'on les ridiculise, faute d'en avoir l'emploi. Autres jeux sexuels : ceux instigués par les comités de fées, à qui on attribue le droit périodique d'assigner en sympathie des sociétaires qui visiblement se conviennent pour les assortir galamment. Et les semi-bacchanales de prélude à des travaux collectifs colossaux de longue haleine.   Les semi-bacchanales de prélude à...!!!??? Oui. Au signal donné par la baguette de la fée, on se livre à une demi-bacchanale. Les deux troupes se précipitent dans les bras l'une de l'autre, la mêlée est générale et chacun reçoit et distribue confusément les caresses, et chacun parcourt les appas qui lui tombent sous la main et se livre aux franches impulsions de la simple nature. On voltige de l'un à l'autre, on baise les appas de tous les champions, acteurs, ou actrices, avec autant d'empressement que de célérité. On cherche à visiter, dans la mêlée, tous les personnages sur qui l'on a fixé l'attention précédemment. Cette courte bacchanale coopère utilement à la vérification du matériel et peut disposer déjà plusieurs sympathies. Mais les caresses de parcours ou de reconnaissance du terrain ne doivent durer que peu de minutes. Pour séparer la mêlée, il faut y jeter un dissolvant : puisque tout se fait attraction dans l'Harmonie, il faut entremettre aussi des attractions mixtes et lancer dans la foule deux groupes, l'un de saphiennes et l'autre de spartiates, en vue de distraire l'attention générale. Cependant, cette escarmouche confuse n'est pas du tout la boussole des unions qui doivent suivre. Il serait même de mauvais ton de se fixer son choix dès ce premier moment et avant les opérations de tentative sympathique. Ceux qui se sont convenus dans la mêlée pourront se retrouver et ne s'en aimeront que mieux, si leur sympathie calculée, qu'ils ne connaissent pas encore, vient confirmer les pressentiments de convenance que la salve a pu leur donner.   Et les « champions, acteurs ou actrices » que cette mêlée n'aura pas inspirés ? Oh, les attendent bien d'autres « jouissements » tout à fait inconcevables dans nos limbes sociales.   Pratiquement tous vos disciples et groupies, qu'ils soient vos contemporains ou les nôtres, rejettent une part importante de vos canevas, qu'il s'agisse de ceux que vous venez de survoler ou d'autres qui leur paraissent de même scandaleusement outranciers. J'ensevelirais cent fois ma théorie, plutôt que d'en retrancher une syllabe pour plaire à cette clique malfaisante, et au siècle assez imbécile pour se laisser diriger par elle après avoir si bien appris à la connaître.   Mais en ce siècle « imbécile », tout est-il réellement foutu ? Ou bien… Il n'est qu'un moyen de salut, c'est de reconnaître que nous sommes trahis par nos chefs, et qu'il faut nous sauver et nous gouverner nous-mêmes. Abandonnons cette bannière des lois humaines, et rallions-nous à l'attraction passionnelle. Nous ne souhaiterons jamais trop, jamais assez. Tout nous est dû, comme seuls le savent encore ceux qui osent être insatiables.

Le 9 novembre 2012 à 08:50

Le paléontologue qui rêvait d'être roi

Histoires d'os 35

Ethnologue, paléontologue et espion, le Baron Franz Nopcsa von Felsö-Szilvàs appartenait à une vieille famille aristocratique d’origine hongroise installée en Transylvanie. Laquelle avait compté dans la galerie  de ses ancêtres, quelques notables aventuriers qui attaquèrent des diligences ou exercèrent de hautes fonctions à la cour de l’impératrice Sissi. A leur image, lui-même devait connaître une existence hors du commun, loin des violons de Mayerlink.   Parce que sa jeune sœur Ilona dénicha un jour par hasard quelques ossements de dinosaures dans le parc familial, le jeune baron Ferenc, alors âgé de 18 ans, entreprit de brillantes études de paléontologie et de géologie. On lui doit notamment la description de l’Hadrosaure, le fameux dinosaure dit à bec de canard  ainsi que la première étude de paléo-écologie, appliquée au nanisme du Magyasaurus : nain parmi les poids lourds de l’ère mésozoïque.   Mais la curiosité scientifique du savant ne s’arrêtait pas aux vieux os reptiliens,  elle devait également se pencher sur les coutumes locales de sa Transylvanie natale, justifiant la publication de plus d’une cinquantaine d’ouvrages ethnographiques abondamment illustrés de photos. En tant qu’agent secret au service de l’empire autro-hongrois, le savant baron devait également contribuer à la proclamation de l’indépendance de l’Albanie, pays dont il caressa quelques temps le grand rêve de devenir le roi.   Mais la chute de l’empire et le rattachement de la Transylvanie à la Roumanie mirent fin à ses illusions royales. Refugié à Vienne, accablé de dettes, il mit fin à ses jours en 1933, non sans avoir au préalable tiré une balle de revolver sur son secrétaire et amant. Renouant ainsi avec le romanesque et les violons de Mayerlink. 

Le 16 mai 2013 à 08:21

Jurassique safari en Deutsch-Ostafrika

Histoires d'os 43

Dans les années 1880, à l'image de ses grands voisins français et britanniques, le tout jeune Empire germanique s'aventurait à son tour dans une ambitieuse politique coloniale. Elle devait aboutir à l'annexion de la Deutsch-Ostafrika (l'actuelle Tanzanie).  Ce processus de colonisation de l'Afrique orientale s'accompagnait évidemment d'installations de comptoirs commerciaux, de prospections minières... Mais aussi d'expéditions scientifiques. C'est ainsi qu'à partir de 1909, deux paléontologues allemands dirigèrent une série de campagnes de fouilles sur le site de Tendaguru, riche en fossiles du Jurassique. L'ampleur de ces travaux étaient à la mesure du délire colonial et de la logistique prussienne. Cinq cent ouvriers indigènes travaillaient sans relâche sur le site ce qui avait rendu nécessaire l'édification d'un village de brousse ainsi que la mise en place d'équipements collectifs concernant la gestion de l'eau, les soins hospitaliers et le stockage des découvertes. Plus de 180 tonnes de fossiles furent ainsi prélevés, transportés à dos d'homme jusqu'au port de Lindi, à environ 5 jours de marche, afin d'y être expédiés par voie maritime en Allemagne. Interrompu par la Première guerre mondiale, cet incroyable safari jurassique ne devait pas survivre aux ambitions impérialistes du deuxième Reich, défait en 1918. En revanche, une de ses découvertes les plus spectaculaires, en l'occurrence le Brachiosaurus brancai, survivrait aux bombardements de Berlin et à la chute du Troisième Reich. Ce géant herbivore se trouve toujours au Muséum, symbole d'une épopée dont il contemple le souvenir avec indifférence, du haut de sa petite tête au bout de son cou démesuré.

Le 7 décembre 2010 à 11:13
Le 13 mai 2014 à 08:01

L'amour moins fort que la mort dans 99% des cas

Selon une étude norvégienne publiée ce jour, il semble comme définitivement certain que l’amour est moins fort que la mort. Une constatation inédite qui vient bousculer nombre de croyances et d’idées reçues. Selon ces chercheurs, dans plus de 99% des cas, la cause est la fin de l’activité cardiaque chez le sujet, combinée à un arrêt des fonctions cérébrales. « Dès lors que vous êtes mort, vous ne ressentez rien, vous n’éprouvez plus rien, car vous n’existez plus » explique un chercheur qui a enquêté auprès de 600 personnes qui ont accepté de se prêter à l’expérience. Un panel qui s’est voulu large pour n’exclure personne. « Nous avons fait nos tests sur la communauté hétérosexuelle, homosexuelle, lesbienne, bi, trans, et geek. » souligne l’enquête qui ajoute que « même si certains étaient très très amoureux, ça n’a pas empêché l’inéluctable, c’est tout » . La plupart des personnes décédées ont vu leurs organes se nécroser rapidement, un processus naturel. « Et l’amour n’a pas stoppé ça non plus, alors bon, voilà ». Le chercheur s’étonne qu’une telle croyance se soit autant répandue dans la culture populaire, au mépris même des connaissances médicales et scientifiques. « On ment aux gens, c’est un peu dommage. On leur laisse croire que par delà l’arrêt des fonctions cardiovasculaires, un sentiment serait encore possible. C’est triste » ajoute-t-il. « C’est comme ces chansons qui disent qu’il n’y a pas de montagnes assez grandes, de vallées profondes ou de larges rivières pour être éloigné de l’être aimé ». Selon le chercheur, la géographie peut en fait dans certains cas très précis poser de réels problèmes de logistique quant à la réunion d’un couple. « Et ça peut même vous revenir très cher au bout d’un moment dans une relation ». Moqué sur les réseaux sociaux pour son manque d’empathie, le chercheur se défend et maintient sa version. « Leurs sentiments pour leur prochain les aveuglent face à la triste vérité » lance-t-il sur son blog. Et il annonce son nouveau projet pour les mois à venir « Je veux vérifier cette théorie fumeuse sur le fait que la relation d’un couple pourrait dépendre d’un objet en forme de cadenas accroché à la rambarde d’un pont ».   Le Gorafi

Le 14 août 2010 à 19:04

I love you Bill Murray

Rien à faire : chaque fois que j’imagine une histoire, tricote un rêve en phase paradoxale, m’apparaît le visage de Bill Murray. Soyons franche, l’homme n’est pas beau. Dans ses films, il parle peu. C’est même un maître du laconisme. A ses débuts comme humoriste, il a fait rire l’Amérique par ses blagues au Saturday Night show. Il continue à la faire s’esclaffer par son désabusement, son air de chien battu. Car Bill Murray semble toujours étonné d’être là, comme dépassé par les événements, étranger à sa propre vie, victime du hasard et des rencontres qu’il impose. Cet homme mi-cabot, mi cabotin, frappé et flapi, n’interprète que des personnages sur le déclin, acteur en perte de vitesse réduit à d’imbéciles publicités au Japon (Lost in translation), séducteur ayant perdu toute vitalité et superbe (Broken Flowers), survivant grimé, bientôt raide mort à la suite d’un stupide malentendu (Bienvenue à Zombieland). Cet ancien chasseur de fantômes (Ghost Busters), ce guetteur de marmottes (Un jour sans fin) traîne à la manière d’une épave. Ce corps avachi, vêtu d’un simple peignoir, l’esprit, les rêves, l’espoir l’ont déserté. Au cinéma, Bill Murray nous regarde à la manière de la femelle orang-outan de la ménagerie du Jardin des Plantes. Genre : qu’est-ce qu’on fait là, vous et moi ? Epoux mélancolique, célibataire ironique, Don Juan à marée basse, vidé de tout désir, toujours pince-sans-rire et finalement prêt aux aventures les plus folles. Son flegme de Belle au Bois Dormant fatiguée tient du questionnement métaphysique. C’est le seul type qu’on supporte en survêtement, qu’on détesterait bousculer. I love you Bill Murray.

Le 11 février 2011 à 12:59

Saint-Valentin

Ce billet s’adresse à tous les célibataires dézingués, partenaires d’un couple en péril, vieilles filles et vieux garçons au bord de la crise de nerf, onanistes en peine, à tous les amoureux éconduits frôlant l’infarctus et que sais-je, bref tous ces désœuvrés délaissés par un Cupidon malhabile. Lundi comme chacun sait, on ne cesse de nous le rabâcher à en devenir sourd, il nous faut rendre hommage à l’élu(e) de notre cœur, femme à bijoux, homme à cravates, il y a de quoi faire tant les magasins regorgent en ce moment de niaiseries les plus inutiles rendant hommage à l’Amour. Le bonheur est à la mode, c’est à se rendre coupables, nous les grincheux, les neurasthéniques et autres désespérés auxquels on reproche la paresse d’un sourire.Arrachez de suite la page de vos agendas ! Il vous paraitra ainsi curieux et risible d’observer les couples mal assortis, les disputes au supermarché, les roucoulades mielleuses et autres badinages superflus. Sabotez votre habituelle soirée anti Saint-Valentin programmant des films de série B à l’eau de rose, tombez le pyjama ou le jogging, ne vous accablez pas plus sur votre sort et laissez de côté vos recherches infructueuses sur des sites de rencontres tous plus sordides les uns que les autres, délaissez les ennuyeuses soirées entre célibataires qui finissent avec le temps par ressembler à des réunions d’alcooliques anonymes, ce soir ne sortez pas le chien, ne mangez pas votre apétissant plat cuisiné à réchauffer au micro-ondes, bougez vos petits popotins, entrez dans le bar PMU du coin, commandez une bière et jouez au loto ! Car après tout, tout le monde le sait, les clichés sont inusables, et il n’est pas parfois pas inutile pour se donner du baume au cœur de se rappeler ce dicton certes peu crédible : « Heureux au jeu, malheureux en amour ! ». Si vous n’y croyez pas, laissez-vous le droit au moins de rire jaune, observez donc autour de vous le petit théâtre des clichés de la vie quotidienne, car je ne vois que l’ironie pour faire la peau à ce maudit Saint Valentin ! Rira bien qui rira le dernier, un verre de trop, et peut-être vous réveillerez-vous le lendemain avec une belle surprise à côté de vous, ou pas…

Le 13 juin 2011 à 08:36

Espoir de vie

Histoires d'Os 13

Et voici le trouble-fête ! Découvert dans le désert tchadien, Toumaï est actuellement considéré comme le premier hominidé connu, juste après la rupture génétique entre les deux lignées cousines des hommes et des chimpanzés. Avec ses 7 millions d’années, il dame le pion à Miss Lucy et tous ces jeunots d’australopithèques jusqu’alors retrouvés en Afrique orientale (près de 3000 au total quand même !). Car bien plus que son âge, c’est l’emplacement de la découverte de Toumaï qui contrarie la belle vision que les paléontologues se faisaient de l’origine des hommes. Celle d’une  consensuelle East Side Story dont l’intrigue principale se serait déroulée à l’est du grand Rift, (un brutal changement climatique provoquant le recul de la forêt tropicale au profit d’une savane beaucoup moins adaptée à des espèces arboricoles.) Qu’importe ! Il fallait bien admettre que les théories les plus flatteuses supportent des exceptions. Le petit singe tchadien faisait irruption dans la famille et il convenait de l’accueillir comme les autres lointains cousins de Tanzanie ou du Kenya. Il convenait également de méditer sur le sens de ce curieux prénom dont l’avait gratifié le Président de la république tchadienne. Toumaï, autrement dit Espoir de vie, est un terme de la langue gorane qui désigne les enfants nés juste avant la saison sèche. Des enfants qui, de ce fait, ont des chances de survie beaucoup plus limitées. On imagine difficilement quel nom lui aurait attribué notre propre président si le facétieux hominidé avait été retrouvé dans nos campagnes françaises.

Tous nos invités
Tous les dossiers

derniers podcasts

je m'abonne :   
Kader Aoun et des stand-uppers : "Je n'abandonnerai jamais la banlieue"
Live • 23/03/2019
Tania de Montaigne : L'Assignation
Live • 07/02/2019
Florence Aubenas au grand oral désopilant du Barreau de Paris
Live • 07/02/2019
Eric Vuillard en conversation avec Pierre Assouline
Live • 13/02/2018
Tobie Nathan : Le Parlement des dieux
Live • 13/02/2018
Tous les podcasts

ventscontraires sur Youtube

Découvrez la chaîne
La revue en ligne du Rond-Point
Auteurs maison   Vedettes etc.   Confs & Perfs   Archives   Tous les chroniqueurs
Les vidéos   Les sons   Les images   Les textes  Nous contacter   Presse
ventscontraires.net, revue en ligne, vous est proposée par le Théâtre du Rond-Point.
Site administré par
© 2014 - CC.Communication