François Raffenaud
Publié le 08/07/2010

Maman (1)


Dialogues de quartier

- J’ai lu ton livre… Ça m’a un peu secouée.
- Je t’avais prévenue, maman, ce n’est pas une histoire très divertissante.
- Non, c’est le moins qu’on puisse dire. C’est loin de la vie que nous avons bâtie, ton père et moi.
- C’est sûr.
- Mais déballer l’histoire des quenelles, quand même, c’est un peu dur à avaler.
- Quelles quenelles ?
- Non, je sais, tu ne dis pas explicitement que ce sont mes quenelles de poisson, mais je suis ta mère et je sais lire entre tes lignes. Quand tu dis que tu es devenu ce que tu es devenu parce que je faisais tous les dimanches la même chose… Je ne sais plus ce que tu as inventé… « sempiternelle », tu dis… Et que c’était chaque fois aussi dégueulasse …  « Dégueulasse » ce mot là je l’ai en travers de la gorge !
- Mais maman, la mère de mon bouquin ce n’est pas toi, c’est la mère du personnage. C’est un roman noir ce n’est pas une autobiographie.
- Peut-être, mais ça, les gens ne le savent pas ! Je faisais la panade, moi-même je te signale, dès le samedi soir et le poisson venait tout frais du marché. Alors jeter ça comme ça, « dégueulasse », en pâture aux voisins et à tout le monde…
- Je ne pense pas que les voisins, s’ils en viennent à lire mon roman, cherchent un rapprochement avec toi et surtout avec moi. Je ne suis pas comme le personnage : violeur et psychopathe.
- Je n’en sais rien ! Personne n’en sait rien. C’est ta vie ça ! Tu ne nous dis pas tout et c’est normal. Mais que tu n’ais jamais aimé mes quenelles, ça au moins tu aurais quand même pu me le dire… Dégueulasse ?!

Quelques grandes villes, Paris, Istanbul, New-York, quelques belles années à Londres et puis retour à Paris.
Pas mal de métiers physiques, mais surtout conteur et chanteur d’histoires.
Pas mal d’univers ; les lourds rideaux de velours des théâtres privés, les grandes boîtes noires nationales, les longues jambes et les plumes des revues, les festivals sur gazon anglais et les voix fumées des clubs de nuit.
Une femme aimée, une petite fille et un bureau célibataire pour accoucher seul des dialogues et des gens.

 

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Le 30 juin 2014 à 08:59

Il faut marier Justine !

Nos contemporains n'apprécient guère – en matière de théâtre, s'entend – les expressions imagées et tombées en désuétude. Parce qu'elles prennent des airs par trop folkloriques et que la mise en scène, c'est du sérieux. Et pourtant, il arrive qu'elles mériteraient d'être réactivées. Je pense en particulier à celle-ci « Il faut marier Justine ! » Autrement dit : « cela fait longueur ! » Cette dernière manière de dire faisant plus ésrieux même si, et c'est une chance, elle ne se réfugie pas dans le concept. De fait, de nombreux spectacles contemporains ne parviennent pas à trouver une chute. Non seulement ils peuvent vous maintenir assis – sans entractes – pendant presque trois heures d'horloge, mais au moment d'en finir, eh bien, ça n'en finit pas ! Mais venons-en aux circonstances de la création de l'expression, née comme on s'en doute au XIXe siècle. Ce n'était pas pendant l'horreur d'une profond nuit, mais pendant les répétitions d'un vaudeville. L'héroïne, qui se prénommait Justine, devait épouser à la fin de l'acte son amoureux transi. Il venait de lui faire la cour pendant plus d'une heure. Lors d'une ultime répétition, le directeur du théâtre -le metteur en scène n'était pas encore né – s'impatienta : décidément, cela n'en finissait pas. Il s'en prit à l'auteur : le dialogue était sans âme et il fallait accélérer le dénouement. Notons qu'à cette époque-là, les acteurs jouaient beaucoup plus vite qu'aujourd'hui et il ne faisait pas un sort à chaque mot. Le directeur trouva la solution qui s'imposait : marier Justine ! L'incident créa un précédent. Quand une longueur se faisait sentir en cours de répétitions, chacun réclamait une coupure par cette formule comprise de tous : « il faut marier Justine ! » L'expression semble comprise aussi du grand public puisqu'on la retrouve, de manière allusive, sur une publicités des années 1890 pour « la Grande Cordonnerie nationale » : « Favart... Justine, c'est bien toi... dans mes bras ! Mme Favart... Je le voudrais bien... mais... Favart... Dans mes bras ! La situation le commande ! »   Il faut dire que l'allusion joue sur deux références : l'expression de théâtre et aussi Les Infortunes de la vertu de Sade, où l'héroïne se prénomme Justine.

Le 18 avril 2011 à 17:28

# 3 - Lost in radiation - mixtape

Seoul Juke Box

Mars 2011, quelques jours après le tremblement de terre, le Tsunami et la catastrophe nucléaire au Japon. Dans l’aéroport de Séoul, temple aseptisé de la modernité, on croise en plein milieu de la nuit une cohorte de ressortissants français expatriés au Japon, volontaires pour un rapatriement en France organisé par l’Etat.  Ils débarquent de Tokyo et Osaka hagards, épuisés. Beaucoup de pères de famille avec des enfants en bas âge issus de couples mixtes, les mères japonaises sont restées là-bas fidèles à leur famille, à leur travail.  Ils avancent en traînant le pas comme une armée napoléonienne en déroute, encadrés par les militaires spécialisés dans les évacuations d’urgence et par quelques membres de l’ambassade vêtus de chasubles jaunes fluo qui leur donnent des instructions à l’aide de mégaphones. Les voilà regroupés aux abords d’un lounge réquisitionné par l’armée et transformé en QG de crise. Des grands gaillards en treillis préparent des biberons de lait chaud pour les nourrissons, les autres s’agitent dans tous les sens et directions pour relever les identités, lister les partants et répondre à toutes les demandes. « Ici vous êtes en sécurité, pas de secousses sismiques, pas de radiations » rassure un grand chauve qui, dans son accoutrement jaune fluo, semble avoir été irradié dans sa tendre jeunesse. Une petite fille se lamente d’avoir abandonné son poisson rouge et zozotte en sanglotant « Ils vont le manzer, il va finir en zuzi ou en zazimi ».  Non ma petite, c’est fini, désormais on ne mangera plus de poisson. Et les thons rouges, menacés de disparition, reviennent en force la nuit le long des côtes de Fukushima, plus sanguins que jamais, électrons libres, les voilà qui clignotent de rouge dans les profondeurs isotopes de la mer et de la nuit nucléaire.   (Another Barbarian in Asia – Henry Halfwarm)

Le 24 août 2015 à 09:59

De l'obligation maternelle

Une femme n’est pas une mère. (Pour ceux qui ne me connaissent pas, je le dis d’autant plus que j’ai moi-même mis trois enfants au monde.) Devenir mère pour une femme, en France, est devenu un choix. N’oublions jamais de remercier à ce propos toutes celles et tous ceux qui se sont battus dans les décennies précédentes pour nous puissions l’avoir, ce choix, et l’exercer librement (droit à la contraception, etc.). Toutefois, la société exerce une pression sociale extrêmement forte et violente sur les femmes (et avant elles, les petites filles, qui DEVRONT un jour ou l’autre procréer). L’injonction est sans fin et se joue dans plusieurs champs : - Les femmes qui ne veulent pas d’enfants (childfree) sont regardées de travers. On leur intime l’ordre (parce qu’il s’agit bien d’ordre naturel contre lequel nous ne pourrions envisager de déroger…) de remplir un jour ou l’autre leur utérus. Sinon, elles sont suspectes (de millions de choses). - Les femmes qui veulent des enfants, sont catégorisées comme mères. Et là aussi on rentre dans des schémas de paroles parfois hallucinants. Puisqu’une femme qui choisit de devenir mère, qui s’est conformée à son désir mais aussi à une norme sociale, n’est plus que cela ou tout au moins, cela en premier lieu. Ok, alors nous sommes plusieurs milliards sur cette planète, la survie de l’être humain (en volume), n’est pas à l’ordre du jour. Si des femmes, même nombreuses, ne souhaitent plus se reproduire, et bien, aucune inquiétude à avoir : l’espèce ne va pas s’éteindre là, de suite. On a de la marge ! Ce point réglé, on peut s’interroger sur le paradoxe sociétal. Pourquoi une femme doit toujours être à un moment ou un autre de sa vie, associée systématiquement à sa fonction reproductive ? Pourquoi une femme sans enfant inquiète ? Pourquoi une femme ayant enfanté doit être remisée et cantonnée à ce rôle ? Faire des enfants, c’est historiquement avoir une sexualité régulée. Or, la chose la plus flippante qui soit, est bien la liberté (ou la possibilité de… Rien que cela est suffisamment angoissant) sexuelle des femmes. Ne pas faire d’enfant, c’est dire en creux : « je suis libre de toute la panoplie de la mère, je fais ce que je veux (et souvent, ce « tout » n’est pas tant que ça, mais les fantasmes sur le dévergondage féminin sont sans fin) de mon corps/sexe, etc ». Et ça, ça fait très très très peur. Oui, oui. Parce que la femme libre sexuellement est libre tout court. Et beaucoup ont encore du mal à admettre une telle idée. On ne sait jamais : des catastrophes intergalactiques pourraient en découler. Ou tout simplement une société libérée de la phallocratie et du patriarcat…. Faire des enfants c’est rentrer dans le cadre très rassurant de celle qui a perdu une part de cette liberté (ce qui là aussi, est un véritable fantasme, puisque les femmes ayant rejoint la maternité n’ont pas à nier pour autant leur choix sexuels ni leurs désirs). Elle est devenue mère, cette fonction, ce rôle, devrait prendre la plus grande place, de son existence, de son temps. L’enfant serait nourricier de la plus grande partie des besoins féminins. S.U.P.E.R. Tu m’étonnes que plein de jeunes femmes ne veuillent pas d’enfants ! Nous ne sommes pas des mères. Nous sommes des femmes. Qui pouvons avoir le désir de devenir mère. Ou pas. Et cela ne concerne absolument personne d’autre que nous-mêmes. Aux orties les diktats moraux et sociétaux ! (P.S : La prochaine fois je te raconterai peut-être pourquoi je n’ai pas voulu allaiter mes enfants et tout ce que l’on s’est PERMIS de me dire, tous les REPROCHES que l’on m’a jetés à la figure, toutes les INJONCTIONS que l’on m’a faites, et comment j’ai tenu bon : parce que là aussi, notre corps nous appartient et que Fuck les « ce serait mieux que tu ….. » - Bisous - )   Dessins : James

Le 2 avril 2010

Cadeau : cliquez et gagnez 70 Euros

ventscontraires.net s'est procuré les romans à paraître ces jours-ci. Soyez à la page tout en économisant temps et argent, le Service Rond-Point les a lus pour vous  Seule ma nuque me remarque, de Astrid Biel (Ed. Pragma 21 Euros) Qu'advient-il quand le passé précipite le présent ? Quand la réalité dissout l'imaginaire ? Quand vérité et mensonge entrent en fusion ? Clara, protagoniste de ce récit tout en intériorité, mènera-t-elle à terme ce projet fou de refaire l'amour avec son père, désormais grabataire, ou retournera-t-elle auprès de Bruno, son "Homme Cendre", le mari dépressif, l'homme qui ne sait pas ce qui se trame en elle ?La réponse du Service Rond-Point Elle renonce à son père et revient se garer gentiment auprès de Bruno.Le Flegme des orchidées, de Réginald Durand (Ed. du Loquet 26 Euros)R., paléontologue septuagénaire, héberge une jeune étudiante cambodgienne, Thinrâh, enceinte de six mois. Elle vient avec des relevés de crânes retrouvés dans des fosses communes, à la recherche de ses parents. Connaît-elle le passé  de R. proche de certains dirigeants Khmers rouges rencontrés à la Sorbonne? Est-elle venue se venger? Ou cèdera-t-elle aux bienfaits de R., tenaillé par sa culpabilité ?La réponse du Service Rond-PointElle renonce à retrouver ses parents et vient avec flegme se garer auprès de R.Le Trou blanc, de Claude Dominik (Ed. Follimard 23 Euros) Myriam,  jeune Strasbourgeoise, est humiliée en public par son mari à plusieurs reprises parce qu'elle est issue d'une famille juive. Déprimée, elle va se réfugier chez ses deux sœurs, très religieuses, qui partagent la même maison. Elles la convainquent de prendre conseil auprès du rabbin de la communauté alors que Myriam s'en est écartée depuis son adolescence. Hésitante, elle se rend néanmoins à un premier rendez-vous, "pour voir", dit-elle. Peu à peu, l'homme censé lui porter secours s'avère un manipulateur qui tente à tout prix de fiancer religieusement Myriam avec son fils autiste. Myriam perd pied, va-t-elle sombrer encore plus bas ?La réponse du Service Rond-Point Elle couche avec le rabbin pour humilier publiquement son mari.21 Euros + 26 Euros + 23 Euros = 70 Euros

Le 11 octobre 2012 à 11:26
Le 22 février 2011 à 10:51

Céline, le soufre passe les frontières

Carte postale d'Espagne

Dans le prestigieux et copieux quotidien El Paìs du dimanche 20 février, Céline est à l'honneur. Oui, le même que le ministre de la Culture a refusé d'inclure aux commémorations de 2011. Deux pages sont consacrées à cette question : "Que faire des génies infâmes?" (il faut prendre cet adjectif à la lettre, "infâme" signifiant originellement "de mauvaise réputation"). Car la polémique soulevée par la volte-face de l'institution française a traversé les Pyrénées et c'est donc encore une fois que l'on se pose la question de savoir s'il faut distinguer l'homme de l'œuvre et, plus précisément ici, Céline de Louis-Ferdinand Destouches. L'article, fort bien construit et documenté, rappelle en quoi l'auteur de Bagatelles pour un massacre est "infâme", extraits franchement antisémites à l'appui. Et après tout, ça ne fait pas de mal de se rafraîchir la mémoire, car Céline est à peu près lu comme Proust, voire "relu", tous les étés (si vous voyez ce que je veux dire)…Sont ensuite cités notre international BHL ("Parce que la commémoration est faite pour ça, commencer à comprendre la monstrueuse relation qui peut exister entre le génie et l'infâmie, elle aurait été non seulement légitime, mais utile et nécessaire"), Esther Bendahan, écrivain et directrice de la culture à la Maison Sefarad-Israel de Madrid qui, sans la cautionner aurait vu dans cette commémoration une opportunité de réflexion, et le philosophe espagnol Reyes Mate, qui a reçu pour son livre La herencia del olvido (L'héritage de l'oubli) le Prix National de l'Essai en 2009 : "On célèbre les triomphes, on commémore les défaites (…). Le devoir de mémoire exige aujourd'hui (NDR : depuis l'Holocauste) d'y inclure un jugement moral." En 2011, la France rate donc cette occasion d'exercer son devoir de mémoire, en commémorant un auteur qui n'a pas fini, de toute façon, de faire parler de lui…Lire l'article en espagnol

Le 3 janvier 2012 à 08:55

Maman !!!

Il est une question cruciale insuffisamment posée en cette période post festivités : que faire des cadeaux inappropriés ? La FNAC a la solution. Sur la page d’accueil de son site, elle vous donne un ordre clair, en lettres capitales et en orange : « REVENDEZ VOS CADEAUX ». Pour nous déculpabiliser de vouloir tirer profit de la chose, l’entreprise nous explique que ce n’est pas notre faute, car, au choix, et toujours en gros et en orange : « JE L’AI DEJA ! » ; « JE L’AI EU EN DOUBLE ! » ; « EN TRIPLE ! » ; « JE N’EN AI PAS BESOIN ! » ; et attention, on nous garde le meilleur pour la fin : « MAMAN S’EST TROMPEE ! » Ce dernier point d’exclamation est lourd de sens, on sent qu’il contient des précisions qui  démangent, du genre : « cette conne » ou bien « comme d’hab’ ». De plus, Maman étant la seule à être incriminée, on se dit que ce n’est pas Papa qui commettrait une telle bévue. Car pour ceux qui l’ignorent, la FNAC ne vend ni du maquillage ni des couches-culottes, mais des trucs super compliqués comme des téléphones, des livres, des DVD, des ordinateurs ! Pour comprendre leur fonctionnement, il faut en avoir fait des études. Voilà pourquoi Maman, non contente de claquer l’argent du ménage et de courir les boutiques avec ses copines pendant que Papa travaille, Maman donc, cette pétasse, n’est même pas foutue de choisir un CD ! Et ça ne s’arrange pas. On me dit que Maman aurait hurlé « Joyeuses Pâques ! » à ses proches le 1er janvier 2012 à 0h00. Bref, Maman « craint ». Or n’oublions pas une chose, c’est que Maman va voter en mai 2012. Vous imaginez, si elle glisse dans l’urne sa liste de courses au lieu du bulletin gagnant ? Personnellement je ne vois qu’une issue, en orange et en gros dans le texte, avant qu’il ne soit trop tard je vous en supplie : « REVENDEZ MAMAN ! »  

Le 24 février 2011 à 15:43

S'écrire, dit-il.

Un texte de Carole Zalberg, à propos du dernier roman de François Bégaudeau

A l'occasion du "Problème", la pièce de François Bégaudeau à voir au Théâtre du Rond-Point jusqu'au 3 avril, ventscontraires.net vous propose un texte de Carole Zalberg (que vous connaissez pour sa contribution à "Au secours les mots!") sur La blessure la vraie, le dernier livre de cet auteur très polyvalent…Tout est dans le titre qui d’emblée annonce le jeu. Que sait-on avant d’entamer la lecture du dernier roman de Bégaudeau ? Ou plutôt, que croit-on savoir ?On sait que l’histoire se déroule durant l’été 86. Et pourquoi celui-là plutôt qu’un autre ? Parce que c’est celui d’un basculement : les étés qui ont précédé étaient ceux de l’enfance. On ne se préoccupait pas encore de poser.Le 7 juillet 86, François, 15 ans, arrive à Saint-Michel-en-l’Herm avec un objectif : coucher. Perdre enfin une virginité traînée comme un boulet. Il n’est d’ailleurs plus question que de ça au sein de la petite bande de garçons qui se retrouvent chaque année au moment des vacances dans ce village de Vendée. Coucher, le dire ou tenter de le faire. Tout se réorganise autour de cette injonction émanant autant des corps que du monde où l’on ne doit plus trop tarder à occuper sa place. Et c’est bien le problème de François, éternel décalé, qui se regardait vivre alors comme il s’écrit aujourd’hui, communiste lettré quand d’autres ne sont que jouisseurs et pressés d’en découdre, plein de phrases à l’heure des baisers. Mais il est volontaire, sait que la vie s’emballe et que faire chou-blanc n’est pas une option. Il se jette dans le bain de la grossièreté, d’une misogynie bon enfant puisque ceux qui y nagent à l’aise sont, étrangement, les élus des filles même s’ils finissent toujours par les faire pleurer.François emploie donc les mêmes mots, prend comme eux l’air de celui qui ne veut remplir que ses mains et s’en vante, mais au fond il a tendance à se pâmer, il rêve de partager plus que de la salive, succombe quand il sent les pensées irradier sous la peau.Et l’on revient au titre qui insinue l’échec ou, en tout cas, une déception. Mais là encore, pas seulement. En affublant la blessure d’un « la vraie », l’auteur, dont on connaît la précision, sème le doute. Ce qui s’affirme authentique est forcément douteux. C’est comme clamer partout qu’on est heureux.Cela ne signifie pas qu'on ne trouvera aucune trace de blessure dans ce récit. Elles se ramassent même à la pelle et presque à chaque page, autant que le rire souvent voilé de nostalgie. Les vannes, les rejets, les chutes, les défaites, les trahisons dont le narrateur est tour à tour victime ou coupable font mille entailles qui ne cicatriseront pas. Elles sont le relief des individus, leur géographie.N’est-ce pas finalement cela qu’observe Bégaudeau avec une justesse telle qu’après lecture on a le sentiment d’avoir vécu ces péripéties, porté ces habits connotés ? On était là quand les plaisanteries souvent lourdes, et vives, en même temps, gorgées de vitalité, fusaient au bar du village, on était là quand il fallait se lever et marcher jusqu’à l’eau, sur la plage, passer ainsi l’épreuve des regards. On était là quand un idiot, un sublime innocent était malmené par le groupe tandis qu’on se taisait. On était là, dans les conversations poussives et aussi dans l’évidence d’une ultime rencontre, sa promesse qui ne serait jamais tenue. On était dans ce rythme et ce décor daté, quasi disparu, dans ces lieux que la tempête, vingt ans plus tard, viendrait effacer.On était là quand Bégaudeau, sous nos yeux, s’inventait écrivain. Et l’on en sait gré à la blessure quelle qu’elle soit.Voir un autre texte de Carole Zalberg, dans la rubrique "Au secours les mots"

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