Raphaël Chabloz
Publié le 13/05/2014

On ne choisit pas sa famille


- Bonjour, que puis-je faire pour vous ?

- Je voudrais des cousins. Quatre ou cinq cousins. Comprenez, je n'ai pas eu la chance d'en avoir et ça me manque, pour la complicité et tout.

- Il y en a un peu plus, ça ira quand même ?

- Oui, oui, très bien... ah non, mais celui-là, il est tout petit ! Que voulez-vous que j'en fasse ?

- C'est vendu par lots, monsieur. On ne choisit pas sa famille. C'est connu.

- On ne choisit pas sa famille ?

- Non, monsieur. On choisit ses amis.

- Les miens, laissez-moi vous dire que je ne les ai pas vraiment choisis.

- C'est votre problème, monsieur.

- Tout de même, je trouve qu'on devrait pouvoir choisir sa famille. Après tout, la famille est le fondement de la société. Et qui bien choisit son fondement mieux bâtit sa maison.

- Bon. Ok. Je reprends le tout petit. Mais c'était le rigolo de la famille, celui avec lequel vous auriez des souvenirs de bêtises de gosse. Celui qui vous aurait emmené faire les 400 coups. A la place, je peux vous mettre une cousine très religieuse.

- Je ne pourrais pas avoir plutôt une cousine un peu...

- Un peu... ?

- Ben je sais pas, elle aurait deux ans de plus, elle m'aurait appris des gros mots et à cracher et puis elle m'aurait montré ses seins, aussi, quand on était petits et puis on aurait une grande complicité parce qu'elle ne s'entendrait pas trop bien avec ses parents ?

- Vous avez vu ça dans un film français ? Non, on n'en fait plus, des comme ça.

- Bon ben, je sais pas, mettez-moi quand même le cousin tout petit.

- Il vient de partir, monsieur, dans une famille bretonne.

- C'est très contrariant.

- Oui. - Bon et en beaux-frères, qu'est-ce qu'il vous reste ?

Bien que n'ayant jamais pratiqué le water-polo, je suis blogueur, journaliste, suisse, traducteur et parfois même auteur, mais pas trop. J'aimerais vous parler de mon enfance et de ma passion pour les dés de courgette. Hélas, les icônes scintillantes figurant sur ce site me terrifient et, pour le dire franchement car c'est important la franchise, me tétanisent.

http://www.bonpourtonpoil.ch/ 

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Le 3 septembre 2011 à 08:17

Rire sous la terreur

Aussi surprenant que cela paraisse, la terreur nazie n’a pas tué le goût des blagues. Au début des années 1930, celles qui circulaient à Berlin tournaient en dérision l’hypocrisie du nouveau régime et son clientélisme. Exemples : « Dieu, faites que je sois aveugle afin que je puisse dire que Goebbels est aryen. » ; « Qu’est-ce qu’un réactionnaire ? Quelqu’un qui occupe un emploi bien rémunéré convoité par les nazis. » On se gaussait d’Hitler dont le salut le faisait ressembler à un serveur portant un plateau, de Goering réputé pour garder ses médailles en prenant son bain, ou du pied bot de Goebbels. Pareilles plaisanteries étaient contées sous le manteau. Si leurs auteurs étaient surpris par un zélote du IIIe Reich, ils en étaient quittes pour un sérieux coup de semonce. Quelques-uns ont cependant été guillotinés, tel Joseph Müller, curé d’une paroisse au Nord de l’Allemagne. Sa faute ? Avoir raconté à un vieil homme malade cette plaisanterie : « Un soldat se meurt. On lui demande quel est son dernier souhait. Il répond : ‘’voir ceux pour qui je meurs.’’ On lui apporte donc une photo d’Hitler, une de Goering qu’on dispose de part et d’autre de son lit. ‘’Ainsi je meurs comme Jésus : entre deux criminels.’’ » Dessinatrice dans une usine d’armement de Berlin, Marianne Elise K. fut condamnée à mort le 26 juin 1943 pour avoir également attenté à l’honneur du Führer. Telles sont quelques-unes des histoires rapportées par Rudolph Herzog dans une étude documentée, consacrée à l’humour sous l’Allemagne nazie. Avis aux éditeurs français. Paru d’abord en Allemagne puis en juin en Angleterre, le court essai de ce documentariste, fils du cinéaste Werner Herzog, n’est toujours pas annoncé en France.

Le 20 mai 2015 à 08:34
Le 15 septembre 2014 à 15:21
Le 13 décembre 2013 à 10:10
Le 31 octobre 2011 à 09:15
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Le 29 décembre 2011 à 09:04
Le 8 septembre 2011 à 09:03
Le 1 avril 2010

Michel Kichka

Dessinateurs et caricaturistes du monde entier (1)

Si le dessin d’humour était une arme, elle serait pour Michel Kichka, 56 ans, « une fusée éclairante lancée la nuit pour mieux voir», « un missile à longue portée », « une arme de distraction massive ». En couverture de son album Dessins désarmants, il s’est croqué, visage rond, yeux cerclés de lunettes, à sa table de travail : « la liberté d’expression, c’est faire couler de l’encre, pas faire couler du sang ! » Ce dessinateur israélien polyglotte –il est né et a vécu en Belgique jusqu’à l’âge de 20 ans-, nourri au magazine Spirou est « tombé dedans quand il était petit ». Sa vocation s’est déclarée à l’âge de six ans. « J’ai su très tôt que je dessinerai quand je serai grand. Je n’ai plus qu’à l’être, grand. » Descendant de juifs polonais, fils d’un rescapé de Büchenwald, Michel Kichka adjoint au d’aquarelliste celui du calembour, marie ses traits noirs rehaussés de touches de couleur à la formule qui fait mouche. Dans un Proche Orient aux tensions exacerbées, faire entendre la voix de la paix et de la réconciliation relève de la gageure pour cet homme de gauche, partisan d’un compromis territorial avec la Palestine et hostile aux implantations. Depuis vingt-huit ans, Michel Kichka enseigne l’illustration, la bande dessinée et le dessin de presse à la prestigieuse Académie des arts Bezalé. Parmi ses anciens élèves, figure le directeur artistique de Valse avec Bachir. « La société est devenue de plus en plus visuelle, déplore le collaborateur de « TV5 Kiosque » et de Courrier International. On ne peut plus écouter sans regarder, on ne peut plus regarder d’images fixes sans son. J’exerce un métier archaïque. Le temps d’arrêt du dessin de presse donne matière à rire, à réfléchir, à se révolter. Dans un journal, c’est une petite scène privilégiée, l’opinion libre d’un esprit libre.» Blog : fr.kichka.com

Le 25 décembre 2013 à 08:54

Noël au bal con

On m'avait demandé une chronique riche en esprit de Noël. J'étais là, penché sur ma planche à chronique, soucieux, angoissé. L'esprit de Noël. Soit je critique la commercialisation et les blagues de l'oncle Roger après trois verres, c'est une plate-forme dédiée au rire de résistance ici, que diable, et je tombe dans les clichés. Soit au contraire, je parle de la joie qui illumine les cœurs des enfants quand la nature a revêtu son blanc manteau, et je tombe dans les clichés. Que faire ?, me disais-je, quand soudain, l'esprit de Noël m'est apparu. Je ne l'ai pas reconnu tout de suite, parce qu'il était en slip.   - Salut mec, grimpe sur mon dos, je vais te montrer un truc, tu vas kiffer sa race », me dit-il tout de go.- Ouais, ouais, je connais la combine, tu vas m'emmener voir les Noëls d'antan, les Noëls futurs et à la fin, y aura une morale. Tout le monde sait ça. #OLD. »- Pas du tout, tu m'as pris pour Dickens ou quoi ? »- Dickens ? »- Bah le mec qui a écrit le conte de Noël avec les esprits et tout. »- C'est pas l'oncle Picsou ? »   Bon. Il m'a expliqué que les excursions dans les Noëls passés, ça ne se faisait plus trop, parce que ça créait des drames familiaux (« Quoi ? Maman, tu nous avais toujours affirmé « Nous, à Noël, tout ce qu'on avait, c'était une orange et on ne se plaignait pas » et que vois-je ? Noël 1957, deux oranges ! Je suis outré et je vais donc me plaindre rétrospectivement. Je ne suis pas très content de cet ours reçu en 1982 alors que j'avais expressément stipulé dans ma lettre au père Noël « Pas de putain d'ours cette année ! ») et que les excursions dans les Noëls futurs, ça se faisait plus trop, parce que Noël, dans le futur, ça ne marche plus tellement depuis que les extrémistes athéistes ont réussi à faire rebaptiser « Fête du sapin et des boules ».   Là, je lui ai dit d'aller droit au but, parce que je n'avais que 1500 signes à disposition et que j'approchais des 1515, ce qui n'est jamais rassurant pour un Suisse, et il m'a répondu « allons allons, c'est Noël, tu peux bien dépasser pour une fois ».   Il m'a donc emmené voir l'esprit de Noël Gallagher, ancien chanteur d'Oasis devenu chanteur de Banga suite à un drame familial, et ça n'a pas été facile de le retrouver, il l'avait perdu, puis l'esprit de Noël Mamère, ancien présentateur télé devenu maire pour qu'on arrête tous ces jeux de mots avec son nom (ça n'a pas marché), puis l'esprit de Noël Godin, qui est mon idole, puis l'esprit de Léon Noël, qui habitait la route qui monte vers la forêt, au village, à l'époque, mais on ne l'aimait pas trop (je n'ai jamais su pourquoi), malgré son nom palindromique.   Il m'a demandé si je voyais où il voulait en venir, j'ai répondu non, il a pris sa tête entre ses mains, je lui ai répondu que c'était une attitude ridicule pour un esprit, il est parti boudeur, j'ai terminé ma chronique.   Bons baisers de Fort-de-France.

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