Pétula Fox
Publié le 02/05/2014

La Famille Poissons


The Fish Family

Animations, illustrations, et aussi, explorations de lieux périphériques insolites, créations de carnets de voyages entre réalité et imaginaire.

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Le 18 décembre 2012 à 08:32

Obama et la NRA d'accord pour supprimer le port d'armes après les 12 prochaines tueries

WASHINGTON D.C – Les Etats-Unis auraient-ils vécu leur tuerie de trop? Alors que l’Amérique sèche encore ses larmes après le massacre de Newtown, Barack Obama semble bien avoir décidé de réagir. Hier, il a annoncé qu’il souhaitait supprimer le droit de posséder une arme à feu après les 12 prochaines tueries. Et, de manière tout à fait inattendue, il a obtenu le soutien de la NRA, le principal lobby pro-armes aux Etats-Unis. Une association traditionnellement contre toute forme de restriction sur les armes à feu. Reportage Un juste milieu Hier, Barack Obama a tenu une conférence de presse pour rendre publique cette mesure : « Ce qui s’est passé à Newtown est la tragédie de trop. Il y a eu trop de tueries, trop d’enfants américains assassinés. Notre pays a un véritable problème avec les armes à feu. Trop de pistolets et d’armes de guerre circulent sur notre territoire et restent accessibles à des personnes psychologiquement instables. Nous devons réagir en restreignant l’accès aux armes. » Toujours dans le cadre de cette allocution, le président américain est ensuite revenu sur le cœur de la réforme qu’il souhaite mettre en place : « Nous allons soumettre au Congrès une modification du deuxième amendement de notre Constitution qui permet le port d’armes aux Etats-Unis. C’est une lourde réforme de fond. C’est pourquoi nous souhaitons le faire lorsque 12 tueries supplémentaires se seront déroulées.» La NRA, le lobby des armes qui a été au cœur des négociations avec Obama depuis la tuerie de Newtown, semble enfin avoir changé d’avis. Wayne LaPierre est vice-président de la NRA : « Nous avons fait des estimations et au rythme actuel d’une tuerie par trimestre, cela nous laisse 3 ans pour voir venir la suppression future du port d’armes. » Et le lobbyiste de continuer : « Douze tueries, cela nous paraît être un juste milieu. C’est à la fois assez pour laisser le temps aux acteurs économiques du secteur de restructurer leur activité commerciale. Et cela permettra en même temps de mettre fin à court terme à ce terrible phénomène des tueries de masse. » L’Amérique prête à tourner la page Christina est institutrice dans une école élémentaire du Wisconsin. Pour elle, cette annonce de Barack Obama est une bonne chose même si elle arrive un peu tard : « Il était temps. Ça aura pris des années mais le pouvoir est enfin prêt à tourner cette page de notre histoire et de nos habitudes. Maintenant, j’espère juste que cela va arriver vite mais je crains que ceux qui militent contre le port d’armes en profitent pour accélérer le processus en organisant des tueries. Ce ne serait pas une bonne solution non plus. Laissons les prochaines tueries se faire naturellement.»   Le Gorafi  

Le 29 avril 2014 à 15:06

Travail, Famille, Freak Show

La question de la famille ne se poserait pas si l’homme était capable de subvenir seul à ses besoins. La question de la famille ne se poserait pas si l’homme pouvait, seul, s’en sortir. Or, à mesure que nous avançons dans l’Histoire, une minorité toujours plus petite devient toujours plus riche alors que la majorité de l’Humanité est plongée dans une misère de plus en plus grande. Que le jovial Pascal Lamy propose désormais d’accumuler les jobs en dessous du SMIC alors que les super-riches se sont encore enrichis jusqu’à l’obscénité ne doit donc étonner personne : cette « crise » n’est pas une anomalie historique, ce n’est pas une erreur ; c’est étudié pour ; c’est la règle stricte de leur monde infernal. Du coup, la zone de compensation, ou le service après-vente inventé par ce monde, a été la « grande famille de l’Etat » – un peu comme naguère la « grande famille du cinéma » – des maffias au sens le plus strict du terme : des « familles » de substitution, attendu que l’homme n’est toujours pas payé pour son travail (et il le sera de moins en moins) mais nourri de subventions en raison d’une allégeance qui le permet, en contrepartie, de travailler. Famille d’un côté, patrie de l’autre, pétainisme partout : nous sommes maudits ! « Tracas, famine, patrouille » disait Léon-Paul Fargue. Ou plutôt, il faudrait citer Groucho Marx en hôtelier devant les grooms non-payés de Coconuts : « Le salaire est la base de l’esclavage des prolétaires – et je veux que vous soyez libres. » Nous travaillons, mais nous ne sommes pas payés, nous appartenons, soit à la famille, soit à la patrie. Du coup, face à cette double impasse, il est temps de trouver une solution. Celle-ci est, et a toujours été, la Famille des Freaks, la « Tod Browing & Schlitzie Appreciation Society », la Parade des Monstres – l’Utopie. Aujourd’hui, il est impossible de regarder Freaks (1932) sans pleurer. Certes, nous avons déjà presque totalement perdus les monstres eux-mêmes, suite à un eugénisme scientifique strict qui ne dit pas son nom et qui, déjà à l’époque de Browning, se proposait de débarrasser les familles américaines de ces « êtres encombrants ». Nous avons perdu les hommes-limaces qui allumaient leurs cigarettes avec leurs lèvres, les sœurs siamoises qui jouaient ensemble de deux saxophones sopranos et surtout les pinheads androgynes microcéphales au langage mystérieux et qui se collaient contre vous pour un câlin protecteur. Mais nous avons surtout perdu ce qui les reliait, cette relation magique, au-delà de l’amitié, qui tient au sentiment d’étrangeté réciproque et qui devrait toujours être la source des amours humains. Nous avons perdus leur de la solidarité cosmique, leur espèce de rosicrucianisme d’opérette, leur maçonnerie bricolée de forains : « We accept you ! We accept you ! One of us ! One of us ! Gobble-Gobble ! Gobble-Gobble ! » En perdant les freaks, c’est nous que nous avons perdus. Nous avons perdu ce que nous avions de plus beau, de plus noble, de plus juste. Nous devons retrouver la solidarité des monstres, cette façon de ne jamais voir la Terre que comme un territoire hostile sur lequel les bizarres doivent s’entraider pour survivre. Nous devons recommencer à voir la Terre comme la route des pèlerinages de la parade des monstres et des forains, dont chaque lieu n’est qu’une étape et la géographie d’une épreuve, comme dans la série Carnivàle de Daniel Knauf (2003-2005). Plus que jamais, nous sommes pris en sandwich par une fausse gauche et une vraie droite, appels à choisir entre une fausse démocratie et une vraie dictature. Refusons ce chantage. Reconstruisons la Famille des Freaks ; notre famille.

Le 22 décembre 2014 à 11:00

En quoi donc peut-on encore croire, ventre de boeuf ?

Je ne crois pas en tout cas En Dieu, « ce grand linge sale, dont le nom n’est jamais invoqué que pour faire tourner en eau de boudin la colère du peuple aux poings de pierre, aux yeux de flamme, et qui, tant qu’il n’aura pas été chassé comme une bête puante de l’univers, ne cessera de désespérer de tout ». René Crevel. À lire ses très jouissives Œuvres complètes, éditions du Sandre, 2013. En l’abstinence : « La règle stoïque de subvenir à nos besoins en supprimant nos désirs équivaut à se couper les pieds pour ne plus avoir besoin de chaussures. » Jonathan Swift. À lire les désopilants Modeste Proposition et autres textes, Folio, 2012. Et Résolutions pour l’époque où je deviendrai vieux et autres opuscules humoristiques, Flammarion, 2014. À la morale et au bon goût : « La morale et le bon goût sont un vieux ménage : ils ont pour enfants la bêtise et l’ennui. » Francis Picabia. À lire le tranche-dedans Man Ray / Picabia et la revue Littérature, Centre Pompidou, 2014. En l’électoralisme : « Nous ne voulons pas voter, mais ceux qui votent choisissent un maître, lequel sera, que nous le voulions ou non, notre maître. Aussi devons-nous empêcher quiconque d’accomplir le geste essentiellement autoritaire du vote. » Albert Libertad. À lire le féroce Et que crève le vieux monde !, Mutines Séditions, 2013. En la gauche parlementaire : « Toutes les oppressions, suppressions, prohibitions légales qui se sont accomplies depuis la malencontreuse invention du régime parlementaire sont dues beaucoup plus à l’opposition qu’aux gouvernements : je dis beaucoup plus, parce que c’est à deux titres que ces mesures tyranniques incombent à l’opposition, premièrement parce que c’est elle qui les a provoquées, en second lieu, parce qu’elle s’est rendue régulièrement complice de leur adoption en les discutant. » Anselme Bellegarrigue. À lire ses explosifs Textes politiques présentés par Michel Perraudeau, L’Age d’Homme, fin 2014. Au travail : « Le droit au travail, c’est un nonsense. Le monde ne peut être sauvé que si tous les hommes refusent de travailler. Il faut apprendre à tous la paresse avec sa beauté difficile. Il est urgent de déshonorer le travail. » Albert Paraz. À lire les truculents Le Gala des vaches. Valsez saucisses. Le Menuet du haricot. L’Age d’Homme, 2013. À la cause du peuple : « Qu’est-ce que c’est que le Peuple ? C’est cette partie de l’espèce humaine qui n’est pas libre, pourrait l’être, et ne veut pas l’être ; qui vit opprimée, avec des douleurs imbéciles ; ou en opprimant, avec des joies idiotes ; et toujours respectueuse des conventions sociales. C’est la presque totalité des Pauvres et la presque totalité des Riches. C’est le troupeau des moutons et le troupeau des bergers. » Georges Darien. À lire son impitoyable L’Ennemi du peuple. L’Age d’Homme, 2009. Et je ne crois pas plus, comme Ernest Cœurderoy, En la propriété : « Ta propriété !, c’est le vol ; elle engendre le vol – à détruire. » Au mariage : « Ton mariage !, c’est la prostitution ; il perpétue la prostitution – à détruire. » En la famille : « Ta famille !, c’est la tyrannie ; elle motive la tyrannie – à détruire. » Au devoir : « Ton devoir !, c’est la souffrance ; il répercute la souffrance – à détruire. » À lire le génial Jours d’exil d’Ernest Coeurderoy, en trois tomes. Archives Karéline, 2010. Non, jambon à cornes !, je ne crois pas en toutes ces carabistouilles. Mais en quoi donc peut-on encore croire ? En la Zomia par exemple. En la Zomia que je ne connaissais ni d’Eve ni d’Adam il y a encore quelques printemps. D’autant moins qu’elle n’apparaissait sur aucune carte. La Zomia, chouagamment décrite par le prof d’anthropologie de Yale James C. Scott dans Zomia ou l’art de ne pas être gouverné (Seuil),  qui est aussi bien que son titre, serait, d’après notre puits d’érudition, « la dernière région du monde dont les peuples refusent obstinément leur intégration à l’État-nation ». Assez récent, le terme Zomia désigne l’ensemble des territoires se nichant à des altitudes supérieures à environ 300 mètres, des hautes vallées du Vietnam aux collines élevées du Nord-Est de l’Inde, en passant par le massif continental du Sud-Est asiatique (le Vietnam, le Cambodge, le Laos, la Thaïlande, la Birmanie) et par quatre provinces chinoises. « Il s’agit d’une étendue de deux millions et demi de kilomètres carrés abritant près de cent millions de personnes appartenant à des minorités d’une variété ethnique et linguistique tout à fait sidérante ». Et les habitants de cet immense territoire montagneux à la périphérie de neuf États et au centre d’aucun, et à cheval sur les découpages régionaux courants (Asie du Sud-Est, Asie de l’Est, Asie du Sud), réussissent depuis deux millénaires à échapper aux contrôles des gouvernements des plaines. Traités de « barbares » par les États entendant les soumettre, les peuples nomades évoluant dans cette vaste zone d’insoumission ont en effet mis en place des stratégies de résistance parfois étonnantes pour échapper au travail forcé, aux impôts et aux corvées, à la conscription, aux guerres, aux épidémies, aux hiérarchisations diverses et aussi à l’enfermement dans des identités imposées (« leur identité, précise James C. Scott, c’est l’autonomie »). Leurs pieds de nez non-stop aux contraintes de la société d’en bas et aux « discours de civilisation » « n’imaginant jamais la possibilité que des gens choisissent volontairement de rejoindre les barbares » sont favorisés bougrement par leur dispersion physique dans de gigantesques espaces accidentés pas encore fliqués, leur mobilité infinie, leurs modes de survie (le pastoralisme, le glanage, l’agriculture itinérante) et leur sens développé de l’auto-organisation spontanée qui sonneraient le glas du vieux monde autoritaire-marchand s’il se propageaient. Propageons donc. Dong, dong, dong, dong, dong !

Le 24 janvier 2013 à 10:51

Un papa, une maman, trois possibilités

Je dis pas ça pour râler mais au début, le mariage pour tous, j'étais plutôt contre : je suis un farouche partisan du mariage pour personne. Je veux dire, je n'ai rien contre les buffets de dessert et les oncles saouls, mais si ça implique de sacrifier à des traditions archaïques et patriarcales, autant aller directement au stand de tir. Seulement, il paraît que c'est pas ça, la contre-proposition. Je dis pas ça pour râler, mais en revanche, l'adoption pour tous, au début, j'étais plutôt pour, même si j'ai mal saisi le glissement sémantique qui fait invariablement passer à l'un quand on parle de l'autre et inversement. Mais comme je suis un garçon instruit, j'ai quand même lu les arguments des opposants, pour pouvoir me moquer. Il ne faut jamais faire ça. J'ai failli changer d'avis. A cause de cet argument si pertinent : oui mais après, à l'école, les autres enfants se moqueront. Car c'est bien connu, les enfants dont on se moque finissent très mal, il paraît que certains sont même chroniqueurs pour Ventscontraires, la revue participative du théâtre du rond-point, terrible repaire de gauchistes et, pire, d'artistes, c'est dire s'il y a danger. Donc, oui, aujourd'hui, je le clame, supprimons la moquerie, ce si terrible fléau. Et pour cela, la solution la plus évidente est évidemment de supprimer toutes les possibilités de se moquer. Commençons par prohiber la rousseur. Et dans la foulée, interdisons aux gens d'être petits (quelle idée saugrenue!), grands, gros, maigres ou suisses allemands. Plus jamais de Bouboule qui va toujours au but quand on fait du foot, plus jamais ! Et combien de temps devrons-nous encore tolérer les premiers de classe, ces gens si quolibetogènes ? Puis nous nous attaquerons aux défauts de prononciation. A la maladresse et à la nullité en sport. Puis, enfin, nous fermerons nos écoles à tous ceux qui aiment les épinards.

Le 23 juillet 2015 à 08:30

Gros sur la patate

Pubologie pour tous

On pourrait croire que cette publicité n’est rien d’autre qu’un tableau niais, absurde et clichetonnant d’un bonheur familial parfait tel qu’on en rêvait dans des temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Eh bien c’est plus ou moins le cas. Car ce spot est en fait une reprise de ce spot, datant de 1976. Et puisque la publicité est un miroir de la société, menons une analyse comparative des deux versions pour en tirer des conclusions sur l’évolution (ou la non-évolution) de la société. On notera par exemple, que l’on fait moins d’enfants en 2011 qu’en 1976 : 3 contre 6. Les deux restant cependant au-dessus du taux de fécondité français. Car chez nous, au moins depuis Pétain, une famille parfaite est une famille nombreuse. C’est aussi toujours Madame, en rose, qui cuisine, même si Monsieur, en bleu, est présent en 2011, alors qu’il est absent en 1976. Pour ça, merci les 35 heures ! On remarque ensuite des changements dans les préoccupations des parents. Dans les années 1970, Madame fait de la purée Bidule car elle est « sûre que tout le monde en reprend ». Puis l’obésité est passée par là, 3 des enfants de la première pub sont morts avant 40 ans d’une maladie cardiovasculaire, et l’on s’est mis à privilégier la qualité à la quantité. En 2011, Madame est « sûre de ce qu’il y a dedans », mais aussi, heureusement, « sûre que tout le monde est content ». Ben oui, 35 ans ont passé, mais le rôle de bobonne est toujours le même : contenter Monsieur et ses petits chérubins. Mais comment fait-on pour savoir aussi précisément ce que les gens attendent de la vie et de la purée lyophilisée en 2011 ? Eh bien, on n’a pas trouvé de meilleure idée que de le leur demander. Alors on a plusieurs façons de faire bien sûr. Dans le cas de ce chef-d’œuvre audiovisuel, il est fort probable qu’on ait réuni dans la même salle une petite dizaine de mamans avec deux points communs. D’une part, elles font de la purée lyophilisée à leurs enfants, et d’autre part, elles ont du temps à perdre pour des études consommateurs. Face à ces femmes, un spécialiste hautement qualifié (comprendre : un étudiant en psychologie) observe, relance et oriente la discussion, qui sera enregistrée et décortiquée pour trouver LA vérité de ce que vivent au quotidien les consommateurs de purée lyophilisée. Non, bien sûr que non n’attend pas que le consommateur nous donne une idée. Non. Bon, d’accord, quand, à la 12ème minute, Madame Duchemin a glissé un « ben une chose est sûre hein, quand je fais de la purée Bidule, je suis sûre de ce qu’il y a dedans ! », ça ressemblait à l’idée qu’on a eue, mais ça n’a fait que révéler une solution qu’on avait déjà à l’esprit sans le savoir. Bon par contre, je mettrais ma main à couper que pourtant, personne n’a dit « ben une chose est sûre, moi quand on me prend pour une cruche, ça me donne envie d’acheter de la purée Bidule !»

Le 29 avril 2014 à 14:39

Papa dit régulièrement « À boire ou je tue le chien ! »

MAMAN est dans la cuisine. Tout d’un coup, elle s’écrie « Personne n’a vu mon petit ami ? » Silence. Consternation. Maman a un petit ami. Elle est en train de nous dévoiler l’existence de sa double vie. Elle est devenue folle. Sur un coup de tête, elle va nous révéler les méandres d’une sexualité que je préférerais ne pas connaître. Quelqu’un finit par lui demander « quel petit ami ? » Eh bien, mon petit ami. Maman a un naturel confondant pour évoquer ce petit ami dont je ne savais rien, dont je n’imaginais même pas l’existence. Au bout d’un moment, on finit par comprendre que maman est en train de faire un gâteau et qu’elle a besoin de son petit tamis, rangé sans doute dans le mauvais tiroir. Je suis rassuré. PAPA conduit la 4L. On est allé se promener en Bretagne. Au retour, il décide de s’arrêter au Mont-Saint-Michel. Juste rester quelques instants, faire une courte halte. Mais un agent explique qu’on doit obligatoirement stationner sur le parking payant. Papa n’a pas envie. L’agent explique qu’il n’y a pas d’autres solutions. Papa tente de parlementer. Sans succès. Tout d’un coup, papa s’énerve, remonte dans la voiture, nous lance « Regardez bien le Mont-Saint-Michel les gamins, vous n’êtes pas prêt de le revoir ! » Maman dit ordinairement « Bon, qu’il me dit, je m’occuperai de vous, le lendemain, il était mort. » Papa Maman en chantant cette chanson. Papa Maman je redeviens petit garçon.  

Le 24 juin 2010 à 18:39

L'enfant sous la table

Je n'ai jamais osé penser écrire pour le théâtre – mais j'aurais dû. Tout était théâtral dans la famille où j'ai grandi, une famille de Juifs algérois où chaque homme avait le verbe plus haut que son beau-frère et où chaque femme savait pertinemment museler son mari. Tout n'était qu'embrassades et coups de gueule, histoires drôles et parties de poker homériques, secrets et faux-semblants. Les adultes vivaient dans le jeu permanent. Pour autant ce n'était pas sur scène (le salon-salle à manger de l'appartement, puis de la maison familiale), mais dans les coulisses que je me sentais le plus à l'aise. Lorsque la "smala" débarquait en nombre de Paris ou de Nice et que les voitures encombraient la cour à l'arrière de la maison, on dressait la grande table. Le soir, après le dîner, les hommes (et quelques femmes) allaient taper le carton dans le bureau de mon père. Les autres femmes (et quelques hommes, les plus discrets et les plus doux) restaient dans la salle à manger. Moi, je me glissais sous la table, et je jouais au petit train avec les porte-couteaux. Tandis que là-bas, dans le bureau, on s'affrontait dans un nuage de fumée, au-dessus de moi, les paroles volaient, les secrets s'échangeaient, les sentiments se déversaient. L'un de mes oncles, pièce rapportée, désignait la famille (celle de sa femme et de ma mère) en disant "Les Borgia". Un jour, j'ai demandé "C'est qui, les Borgia ?" Mon père a répondu : "Des empoisonneurs." Il y a peu, je me suis rendu compte que ma première pièce de théâtre est depuis longtemps en chantier dans ma tête. Sur la scène est dressée une grande table autour de laquelle une douzaine de personnages bruyants sont attablés. Au début, sous la table, un petit garçon joue sans avoir l'air d'entendre ce qui se dit. Mais on ne reste pas enfant éternellement. La pièce s'intitule Samedi chez les Borgia.

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