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Publié le 05/05/2014

Paul Jorion : "Les parents sont partis, on ne sait pas quand ils reviennent"


Comment ça va la famille ? #1

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La famille soumise à des pressions qui la disloquent

Ne vous fiez pas au regard bleu et tendre de Paul Jorion. Même s'il milite pour le partage des ressources et la mise en commun du savoir, cet amoureux du Rythm'n'Blues sait observer la réalité froidement, sans se laisser bercer par les bons sentiments. A la fois anthropologue et économiste, il nous décrit comment la structure familiale a explosé sous des pressions trop fortes pour elle – des forces auxquelles ne pourront résister que les plus nantis.

> Pour garder les yeux ouverts sur l'état de l'économie tout en écoutant du bon groove, allez sur le blog de Paul Jorion

Le Rond-Point est un rond-point où beaucoup de gens se croisent, se rencontrent, se mélangent, forment des molécules, de nouveaux matériaux, des tissus à motifs inédits. En voilà quelques uns, attrapés par le bras par la rédaction de ventscontraires.net, ils viennent faire un tour avec nous. 

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Paul Jorion

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Le 5 mai 2014 à 09:46

Famille recomposée

– Le week-end, tu vas chez ton schtroumpf ou chez ta schtroumpf ? – Ça dépend. Le plus souvent je vais chez mon schtroumpf, mais je vais chez ma schtroumpf aussi, seulement c’est plus petit – C’est plus loin aussi ? – Mais je peux aussi bien aller chez le schtroumpf de mon schtroumpf. C’est là que je vais le plus souvent en fait. Il a une grande baraque. – C’est vrai que ton schtroumpf a un nouveau schtroumpf. J’avais oublié. Ca fait longtemps qu’ils sont ensemble ? – Assez. – Et tu t’entends bien avec le schtroumpf de ton schtroumpf ? – Pas vraiment. – Tu t’entends mieux avec le schtroumpf de ta schtroumpf ? – Pas vraiment non plus. J’aimais mieux quand mon schtroumpf était avec ma schtroumpf. – C’était plus simple. – Pas vraiment parce que je n’étais pas certain que mon schtroumpf était vraiment mon schtroumpf, si tu vois ce que je veux dire. J’ai eu des doutes dès le début. – Mais tu es le schtroumpf de ta schtroumpf au moins ? – En principe. – Pourquoi « en principe » ? – Parce que je sais qu’il y a une schtroumpf porteuse dans ma schtroumpf. – Mais alors, dans ce cas, même si tout le monde croit qu’elle est ta demie schtroumpf, la Schtroumpfette n’est peut-être que ta quart de schtroumpf ? – C’est possible. Il faudrait vérifier auprès du schtroumpf de mon schtroumpf. Il doit le savoir, mais il n’en parle jamais. – Tu t’entends bien avec lui pourtant… – C’est un bon schtroumpf, mais je préfère mon vrai schtroumpf. Tout ce monde autour de son schtroumpf fait beaucoup trop de bruit. Il ne faut pas oublier qu’il a cinq schtroumpfs de son côté. – Tu as ta chambre à toi, au moins ? – J’en ai six. Bien équipées. Une dans chaque maison. – Tu partages avec ta demie schtroumpf ? – Ou avec un de mes schtroumpfs, ça dépend. – Et ça se passe bien ? – Oh oui. Ce qui est dur c’est quand mon schtroumpf s’allume avec le schtroumpf de mon schtroumpf. Ils ont du mal à se supporter. – Mais c’est pourtant son schtroumpf ! – Justement ! Ca serait trop simple. Si tu crois que les schtroumpfs s’entendent simplement parce qu’ils ont le même schtroumpf, tu rêves ! Il n’y a pas pire schtroumpf que le schtroumpf légitime. Je ne peux pas supporter le petit schtroumpf à son schtroumpf, par exemple. « Mon petit schtroumpf » par-ci, « mon schtroumpfinet » par là… Et c’est pourtant le plus gentil ! Ma demie-Schtroumpf l’adore ce schtroumpfion. – Mais toi au milieu de tout ça, tu te sens comment ? Extérieurement, ça a l’air très compliqué, mais intérieurement ? – Je me sens schtroumpf.

Le 31 mai 2014 à 09:27

Chansonnette des parents

les enfants
 par hasard par derrière par devant 
à tort à travers ou simplement 
en deux temps trois mouvements 
l’un dans l’autre et réciproquement 
les enfants 
faits sous les ponts un soir de printemps 
sur les toits le soir de la saint jean 
dans un lit entre des draps de soie 
ou dans la poussière d’un vieux divan 
les enfants 
seul à deux en groupe ou en priant 
faits par choix par erreur partouzant 
dans les trains dans les choux dans le vent 
dans l’envie du moment 
les enfants 
faits en couleurs faits en noir et blanc 
les jours ouvrés le jour de l’an
 qu’on les fasse à demi 
en partie à moitié finissant
 les enfants
 qu’on les fasse sur le pouce sur les dents
 pour l’amour de l’art ou pour l’argent
 par la peur de la nuit solitaire ou 
la peur de l’horreur du néant
 les enfants
 qu’on les fasse pour passer le temps debout couché assis ou devant 
la télé les infos au resto dans la rue
 ou parmi les passants 
 les enfants
 on les fait pour savoir quoi comment 
faire de l’amour qu’on a au-dedans 
tout au fond tout enfoui tout rentré 
 dans le cœur dans le sang
 les enfants 
on les fait pour arrêter le temps
 pour filer doux au vieillissement
 pour finir tranquillou pieds devant
 et quitter le monde ravi content
 mais l’enfant 
déjà né déjà là déjà grand   
 déjà laid déjà trop de mouvements 
trop de bruit trop de voix  
trop de cris trop d’odeurs et de vents
 mon enfant
 sur l’avenir mon investissement
 dans ce machin sale et vacillant
 déjà lent déjà loin déjà mou 
 déjà si décevant
 les enfants
 on les faits pour savoir quoi comment 
faire de tout l’amour qu’on a dedans
 et voilà quand ils naissent qu’ils vous laissent 
comme deux ronds de flan

Le 31 janvier 2013 à 15:53

Paul Jorion : Un tournant comme notre espèce n'en a encore connu que deux ou trois jusqu'ici

Trousses de secours en période de crise

Du 12 au 23 février, sept nouvelles "Trousses de secours en période de crise" s'enchaînent au Rond-Point : Paul Jorion viendra le vendredi 22 février enregistrer en public un épisode de "Le Temps qu'il fait", chronique phare de son blog où il suit en direct la chute annoncée d'un système économique en faillite. Il nous fait le plaisir de répondre à quelques questions. L'intelligence a-t-elle toujours été "collaborative" ?Oui bien entendu, et le plus souvent entre personnes qui ne se connaissent pas : les références bibliographiques d’un livre mentionnent tous ceux qui y ont collaboré – le plus souvent à leur insu et pour beaucoup, post mortem ! A une époque où les politiques ont l'air de faire de la figuration, y a-t-il des expériences en ligne de type collaboratif qui à vos yeux ouvrent des pistes ou offrent des outils pour avoir prise sur les événements ?Oui, il y a sur l’internet une multitude de réseaux sociaux, de systèmes de messages instantanés, de blogs, de forums, de groupes de discussion, qui fonctionnent comme autrefois seuls le faisaient les think-tanks, les universités populaires, les groupes de recherche. L’avantage sur l’internet, c’est qu’on peut être n’importe où à la surface du globe. Au sein du groupe de discussion « Les amis du Blog de Paul Jorion », il y a des participants que je n’ai jamais rencontrés, j’ignore même pour certains dans quel pays ils vivent. Ces groupes ont joué un rôle considérable dans les printemps arabes, dans le mouvement des indignés ou « Occupy », ils vont décider de ce que la Chine deviendra, ou l’Inde – comme on l’a vu récemment dans une actualité tragique. C’est ce qui explique pourquoi les services de renseignement, y compris des gouvernements dits démocratiques, consacrent aujourd’hui tant d’énergie à infiltrer l’internet, à tenter de le manipuler. On dit que la concurrence est le moteur de l'évolution. La collaboration peut-elle régater dans cette course ?La collaboration est première : elle joue en permanence entre nous, sans elle, rien ne pourrait fonctionner dans nos sociétés, on ne pourrait même pas circuler dans les rues ! La concurrence n’est pas le moteur de l’évolution : c’est une « valeur » qu’on essaie de nous vendre bien qu’elle soit dysfonctionnelle. Saint-Just l’avait déjà fait remarquer : la concurrence ne joue dans le monde naturel qu’entre espèces, à l’intérieur des espèces, c’est la collaboration qui prévaut. On parle de crise. Vivons-nous à l'intérieur d'une césure ou sommes-nous déjà de plain pied dans un nouveau type de société ?Non, nous ne sommes pas encore dans un monde nouveau, il y aura beaucoup d’efforts à faire, beaucoup de sacrifices à consentir. Il y a un tournant à opérer, ce sera un tournant comme notre espèce n’en a encore connu que deux ou trois jusqu’ici, sans doute le plus sérieux puisque ce sont les conditions de survie d’une espèce comme la nôtre à la surface de la terre qui sont cette fois en jeu. Sur votre site, vous venez de vous passer de la possibilité de laisser des commentaires. Quelle leçon en tirez-vous ?La formule du blog avec commentaires s’enraie, comme nous avons pu le constater, quand leur nombre dépasse 500 par jour (d’autant plus que sur mon blog les commentaires faisaient souvent plusieurs pages) : on n’a plus le temps de tout lire, les intervenants ne retrouvent plus les textes qu’ils ont mis en ligne, la frustration monte. Pour que le « think tank » spontané ne soit pas alors noyé dans une masse d’informations impossibles à traiter, il faut le recréer en plus petit ailleurs : pour maîtriser la complexité. C’est ce que j’ai fait. Autre chose à dire à ce sujet?Oui : retroussons nos manches, ce n’est pas le boulot qui va manquer !

Le 6 mai 2014 à 08:23

Résidence Sophocle

  Aujourd'hui je suis tombé sur mon fils en me risquant hors de la chambre. Le pauvre aveugle n'a pas senti ma présence, il était venu se ravitailler dans le coin cuisine, il tâtonnait à la recherche de son carton de céréales. En passant devant lui sur la pointe des pieds et sans respirer, j'ai pu aller jeter un coup d'œil à la salle de bain pour voir si sa mère y était. Il n'y avait que ses sous-vêtements qui flottaient dans le lavabo. Sa manie de rester propre en toutes circonstances. J'ai eu bien tort de m'inquiéter pour elle. Je farfouille dans la lessive par acquis de conscience, au cas où elle y aurait caché quelque chose pour moi, que sais-je, un signe, un couteau. Mais pourquoi aurait-elle eu cette idée, ils doivent me croire mort en travers du matelas conjugal. Sauf que je me suis relevé et que je vais me casser de cette taule. Je ne sais quel crime j'ai pu commettre pour mériter une humiliation pareille. J'ai dû oublier. Le problème pour m'en aller, ça va être de passer devant leur chambre. Trop risqué pour l'instant. J'attends qu'ils dorment. Une fois dehors qu'est-ce que je ferai ? Je ne suis pas certain d'aller sonner chez le voisin. Le gars ne va pas très bien non plus depuis la visite de son frangin. Ils étaient fâchés depuis des années, je crois que l'un couchait avec la femme de l'autre, aucun de ses gamins n'était de lui. Mais miracolo le cadet a décidé de pardonner, le voilà un beau jour sur le palier avec sa marmite en fonte dans les bras. Il avait mitonné un plat pour se rabibocher avec son grand frère. Les deux hommes s'étreignent en chialant. Descendent des bières et se relaient devant la gazinière pour touiller le ragoût à feu doux. C'est quand même beau la famille. Le fumet s'est mis à envahir la cour, l'immeuble entier bavait sur ce ragoût, moi compris. Mais au milieu de la nuit on a entendu des hurlements atroces – pire qu'un lion dépecé vivant. Au voisin, son frère venait de raconter qu'il lui avait fait bouffer ses deux bambins adultères en sauce. Le malheureux a eu la courante du siècle, des vipères lui roulaient dans le ventre, il voulait se vomir, se retrousser par la bouche. De bas en haut la cour s'est illuminée comme un théâtre à l'italienne, les voisins se marraient, s'envoyaient des commentaires, ça fusait d'une fenêtre à l'autre. La seule qui ne disait rien, une fois de plus, c'était la sorcière du cinquième. La sorcière de l'Est en déshabillé noir. Celle-là personne ne l'a jamais vue sortir de ses gonds. Elle suivait la scène en tirant sur sa clope. Mais elle avait eu son heure de gloire elle aussi, le jour où son gus l'avait plaquée pour une jeune Bettencourt. Sans un mot, elle avait lâché l'un après l'autre ses deux gamins endormis dans le vide de la cour. On a entendu deux splatch puis la fenêtre se refermer lentement. Je me dis que si j'arrive à me tirer d'ici, je monterai plutôt frapper à sa porte. On ne sait jamais, elle me laissera peut-être entrer. Une période de calme s'annonce. Le temps que ça incube. Même le voisin on ne l'entend plus. Lui aussi doit être en train de ruminer sa vengeance. Un plat qui se mange froid, si j'ose dire. Souvent ça implique de repartir à zéro. En fondant une nouvelle famille par exemple.

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