Noël Godin
Publié le 21/08/2012

Robert Dehoux


Les cracks méconnus du rire de résistance

Avez-vous déjà lu quelque part une description du modus operandi pigeonneur des idéologies plus fortiche que celle-ci ? « Toutes les idéologies procèdent de la même manière. Elles partent des faits constatés dans la pratique courante pour les fixer dans une Loi et présenter ensuite cette Loi comme explicative et justificatrice des faits. L’effet devient la Cause, c’est cette Cause qu’on défend, et c’est au nom de cette Cause qu’on fait durer l’effet. » C’est signé Robert Dehoux, un truculent sosie belge de Popeye venant hélas de casser sa pipe (voir hommage vidéo de Be­noît De­lé­pine et Gus­tave Ker­vern) et dont tous les livres, du libelle « Teilhard est un con » (1962) et de la renversante « Survaleur » (autoédité en 1970) au manifeste des anti-ethnologues enragés « Le Zizi sous clôture inaugure la culture » (L’Age d’homme), filent une sacrée chicousta aux préceptes-mêmes de l’économie marchande, du pouvoir hiérarchisé, de « la fabrication des responsables ».
S’ils me semblent aussi balèzes — je n’exagère même pas — que les plus radicales analyses d’un Debord ou d’un Baudrillard, les brûlots de Dehoux présentent la singularité d’être toujours, par ailleurs, foutrement désopilants. Tout autant que ses mots de désordre trompetés parfois lors de manifs ou pendant des cérémonies pompeuses : « Ayons le sens de l’irresponsabilité ! » ; « Evadons-nous de nos cellules familiales » » ; « Détraquons ce qui nous traque ! » ; « Faisons dérailler le train-train quotidien ! ».
Tout autant que l’effarante profession qu’il avait créée et exercée : antilibraire. Dans l’anti-librairie de Robert Dehoux, près de la place Flagey de Bruxelles, outre ses livres séditieux préférés, on trouvait sur la couverture d’espèces de boîtiers des titres connus d’auteurs qui lui hérissaient le poil (Descartes, Hegel, Marx…). Et quand on ouvrait ces anti-livres, on tombait sur une critique gratinée des côtés réacs des ouvrages historiques en question fricassée par la maître des lieux. Robert appelait ça : « dépublier des livres ».
Mais ce ne sont pas les écrits scandaleux de Robert Dehoux, trop peu répandus encore, ni ses dépublications cocasses de livres qui en ont fait un redoutable ennemi des lois et institutions. Ce sont ses voies de fait nocturnes. Qu’il s’agisse de ses fausses alertes à l’expropriation dans des poudrières ouvrières ou de ses opérations commandos, effectuées en famille, de bouchages méthodiques de serrures antipathiques (commissariats, sanctuaires, écoles, cabinets d’huissiers de justice ou de percepteurs du fisc…) à l’aide de bêtes allumettes coupées dans le sens de la longueur puis, plus tard, de colles extra fortes.
Un beau matin, à Bruxelles, aucune banque du centre n’a pu ouvrir ses portes car toutes leurs serrures avaient été artistiquement bouchées durant la nuit.
« En fermant les banques, nous nous donnons l’occasion de ne plus payer nos traites, nos téléphones, nos loyers, etc. Et donc de ne plus entretenir l’armée qui en notre nom nous occupe. En fermant les banques, nous nous donnons à nous-mêmes le crédit que jusqu’à présent celles-ci nous distillaient à partir de notre propre travail. »

Dans le très catholique "Télérama" belge, "Amis du film et de la TV", Noël Godin, dans les années 70-75, a saboté méthodiquement, et sans jamais être démasqué, les différentes rubriques dont il était titulaire en y injectant une tonnelée de faux "camérages" et de fausses interviews de célébrités cinématographiques, et en rendant compte, de retour de festivals, d'une foultitude de films inexistants dont il fournissait les photos de tournage. A part ça, l'escogriffe a écrit quelques traités de haute pédagogie ("Anthologie de la subversion carabinée", "Entartons entartons les pompeux cornichons ! ...) et a réalisé quelques courts métrages bougrement éducatifs ("Prout prout tralala", "Grève et pets", "Si j'avais dix trous de cul"...).
Toute l'actualité anarcho-pâtissière sur http://www.gloupgloup.be 

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Le 2 avril 2013 à 08:52

Léon Cladel (1835-1892)

Les cracks méconnus du rire de résistance

« - En résumé, citoyens, il n’y a pas de milieu, conclut-elle avec énergie : ou se résigner à gémir éternellement sous le joug de ceux qui nous exploitent ou s’en affranchir dès demain, une bonne fois pour toute. - Aujourd’hui, non pas demain, proteste de toutes ses forces sa camarade en train de se faufiler à travers les rangs compacts d’une foule extrêmement attentive, aujourd’hui même. - Et comment ça, questionna-t-on de toutes parts à l’envi, par quel moyen ?  - Êtes-vous, oui ou non, le peuple souverain ? - Nous le fûmes, et nous le serons encore, avant longtemps. - Soyez-le tout de suite, il y a péril en la demeure. - Mais il nous faudrait tenir le pouvoir. - Rien de plus aisé : prenez-le et gardez-le. Ne vous laissez plus duper dorénavant. - On y tâchera, mais y réussir, on n’en répond point. - Têtes légères et cœurs timides, vous êtes tout feu, tout flamme s’il s’agit de combattre l’ennemi du dehors, et lorsqu’il faut lutter contre celui du dedans, vous tremblez de froid en caquetant, ainsi que des poules mouillées. - Où et quand avons-nous reculé, nous, les coqs ? -  Un peu partout, presque toujours, ici, chez vous. Aujourd’hui même, vous hésitez à bousculer ceux qui vous abusent. »  (I.N.R.I., 1886) Ces brûlants appels à la contre-attaque immédiate et à la vraie démocratie directe lyrique, ils tisonnent tous les romans d’aventure épiques ou mélodramatiques de Léon Cladel « révolutionnaires dans le fond des idées et dans la forme des phrases, plantant un bonnet phrygien sur la syntaxe », relève le critique Jean Bernard. À l’instar de Michel Zévaco, qui a eu plus de chances que lui avec la postérité, le romancier populaire à succès Cladel ne renoncera jamais à ses « rouges lubies », il veillera toujours à ce que ses histoires rocambolesques soient ancrées dans un contexte historique précis où s’affrontent les classes et à ce qu’on y « prenne parti pour la canaille ». Le Bouscassé (1866) tire tout à coup le couteau pour couper au service militaire. Mon ami le sergent de ville (1867), réalisant la sordidité de son métier, piétine ses insignes policiers, décroche un vieux fusil à pierre et fond dans le lointain en tonnant : « Un branle-bas ! Une révolution ! » Revanche (1873) devient le nom d’un bébé pouponné par 93 des derniers « apôtres de l’absinthe » (c’est comme ça que les Versaillais appelaient les communards) qui espèrent que leur rejeton « perpétuera en lui la haine qu’ils ont pour les tyrans. » Crête Rouge (1871) exhorte à une prise d’armes risque-tout à la Blanqui. N’a-qu’un-œil (1877) suggère aux manants de s’affranchir en « branchant » les aristos. La Fête votive de Saint-Bartholomée porte-glaive (1870) n’y va pas non plus par quatre chemins : « Notaires, huissiers, avocats, juges, gendarmes, percepteurs, autrement dit brigands, assassins, filous et compagnie, sont par nous abolis, et le reste… coule tout seul. » Avec un tel programme, Cladel aura naturellement bien du fil à retordre avec la justice. À la parution de Pierre Patient (1865), qui coïncide avec l’annonce de l’assassinat d’Abraham Lincoln, on accuse l’écrivain de faire « l’apologie du meurtre politique » et on met l’embargo à la frontière franco-belge, sur le très pantouflard journal L’Europe de Francfort dans lequel le roman est débité en épisodes. Pendant la semaine sanglante, on est à deux doigts de fusiller Cladel nous apprend l’historien de la Commune, Maurice Demanget. En 1873, on interdit la réédition de son recueil de nouvelles rebelles Les Va-nu-pieds dont le premier tirage a été épuisé en quelques jours. En 1875, avec Une maudite, le littérateur connaît son premier « outrage aux mœurs » qui le claquemure un mois à Sainte-Pélagie. C’est qu’incorrigiblement, chaque fois qu’il prend la plume, il répète qu’il suffit parfois d’une petite tripotée d’illuminés pour exploser des montagnes : « - Qu’on me donne aujourd’hui carte blanche et seulement une centaine de bons bougres, et que je sois perdu si demain tout n’a pas changé de gamme. - Et que ferais-tu ? - L’impossible. » On pourrait toutefois se demander ce qu’un aussi inflammable « dilettante de l’émeute » s’exprimant aussi crânement au premier degré vient faire dans notre florilège du rire de résistance. Hé bien, qu’on sache d’abord que Léon Cladel avait quelque chose de gougnafièrement rabelaisien. Écoutons sa fille Judith qui fut aussi sa biographe. « Rubens peut-être, Rabelais sûrement. Maintes fois l’analogie m’a frappée au cours de mes lectures. La recherche du terme vivant, sa mise en valeur et en saveur, la surabondance des vocables puisés à toutes les sources, empruntés aux dialectes nationaux et aux formations locales, pris aux anciens lexiques ou agencés de toutes pièces, mais en se conformant soigneusement au génie de la langue, le goût des querelles et des batailles où triomphent la fougue et le bon sens narquois du populaire, celui des discours qui assemblent la pompe et la force, la condensation de l’action autour de ces quelques motifs éternels de l’épopée : combat, ripaille, palabre et luxure. » Qu’on sache encore que l’écrivain était bien malgré lui un grand comique. Engagé comme neuvième clerc, durant son adolescence, dans les bureaux d’un avoué parisien, il n’en rate pas une. Chargé notamment d’un recouvrement important, il oublie son portefeuille débordant de valeurs sur une table de brasserie, ce qui lui coûte sa place. Plus tard, quand il a fait « une petite pelote » grâce à ses bonnes ventes en librairie, il souffre d’une grave maladie : l’enchérite. Assidu des ventes aux enchères, il ne peut s’empêcher de faire monter inconsidérément l’encan. Tant et si bien que sa maison est toujours prête de s’effondrer sous le poids de pyramides et de pyramides d’objets invraisemblables. Et puis l’on peut évoquer la tragédie burlesque de sa vie, à la fois effrayante et à se tordre. Alors que l’écrivain vient de suer sang et eau cinq ans durant sur l’écriture de Celui de la Croix-aux-bœufs et qu’il ne retrouve plus son manuscrit là où il l’a laissé, ne voilà-t-il pas que sa femme de ménage se flatte d’avoir jeté le papier sale qui encrassait son bureau et d’avoir rangé avec soin celui sur lequel il n’y avait rien d’écrit. Au bord de la syncope, Cladel ameute tous ses amis qui galopent avec lui à la fourrière à détritus et organisent une battue à travers les immondices. En désespoir de cause, l’écrivain plonge jusqu’au menton dans la « répugnante macédoine ». Mais c’est peau de balle et balais de crin ! Qu’à cela ne tienne, moins de deux heures plus tard, Léon Cladel est déjà occupé à entièrement recommencer son roman. En guise d’apothéose, pour prouver qu’il pouvait également arriver au farouche, têtu et vindicatif tribun des lettres Léon Cladel d’être délibérément bidonnant, voici un aphorisme de lui qui aurait plu à Pierre Desproges : « L’éternuement est l’orgasme du pauvre. »

Le 8 novembre 2010 à 08:35

Félix Fénéon

Les cracks méconnus du rire de résistance

Il est passé à la postérité pour ses magistrales et très mordicantes critiques artistico-littéraires aux temps du post-impressionnisme. On relève beaucoup moins que Félix Fénéon fut aussi un agitateur redouté perpétuellement pisté par la maison parapluie. C’est qu’il crachait feu et flammes contre « la cochonne de galette », « la maladie votarde », « la tripouillerie patronale », « la racaille jugeuse » ou « l’inondation ratichonnesque » dans les canards libertaires les plus virulents de la Belle Époque (La Revue anarchiste, L’En dehors, Le Père Peinard). Qu’il servait de boîte aux lettres à des subversifs exilés. Qu’il donnait asile à des déserteurs recherchés. Et qu’on le soupçonnait d’avoir trempé en 1892 dans l’attentat à la bombe contre le commissariat parisien de la rue des Bons-Enfants en travestissant, à l’aide de la garde-robe de sa maman, l’auteur du forfait, le légendaire Émile Henry, en paisible citadine ressemblant probablement un peu au Jack Lemmon de Certains l’aiment chaud. Le fameux préfet Lépine apostrophé un jour par Fanny Fénéon, qui se plaignait d’une filature, n’avait pas pu se contenir : « Madame, je regrette de le dire, vous avez épousé un assassin. »Si nous faisons risette dans cette rubrique aux « méphistophélique Fénéon », comme l’appelait le chansonnier belge Léo Campion, c’est que « ce diable d’homme » était par ailleurs un grand comique, « réalisateur humoristique, spécifie Lugné-Poé, du difficile poème de vivre dans l’énigme ». Félix Fénéon ne cultivait cependant pas que le mystère et le goût du complot rocambolesque. Quand il prenait l’air, on ne voyait et on n’entendait que lui. Sa dégaine était dandyesque (haut de forme, manteau flottant, complet puce, souliers vernis). Sa diction était précieuse (il martelait ses syllabes comme un George Sanders dans les films de Douglas Sirk). Son flegme était inaltérable. Et, s’entêtant à ne jamais demander son chemin, il s’égarait continuellement, s’escrimant à ne consulter aucune horloge, il ne prenait ses trains qu’en marche. Mais c’est surtout lorsqu’il était traîné en justice que Félix Fénéon ne passait guère inaperçu. D’autant moins que, pour lui, le monde entier était une scène de théâtre et de music-hall. C’est ainsi que se retrouvant dans le box des accusés du procès des Trente aux côtés de 29 autres sympathisants du courant illégaliste-anarchiste, il avait pris soin de peaufiner les effets cocasses de chacune de ses répliques comme s’il débutait au Deux-Ânes. Et qu’il n’avait pu s’empêcher d’interrompre soudain le président du tribunal en train de le questionner pour lui demander s’il y avait moyen d’obtenir, à l’intention d’amies diverses, quelques cartes d’entrée pour la représentation judiciaire du surlendemain.Le jour dit, ne souciant que de faire pouffer son public, Fénéon dépasse toute mesure. Il fait remettre par un huissier en pleine séance un colis à l’avocat général Bulot. Défaisant distraitement le paquet tout en poursuivant la conduite des débats, le magistrat empêtre tout à coup ses doigts dans un immonde pâton fécal et doit courir se laver les mains sous les lazzis du farceur.Terminons avec un bel exemple de la passion de Félix Fénéon, vrai cinglé de haïkus, pour les tournures lapidaires canon. Voici une des innombrables Nouvelles en trois lignes qu’il a larguées en 1906 dans le journal Le Matin : « Un agent de police, Maurice Marollas, s’est brûlé la cervelle. Sauvons de l’oubli le nom de cet honnête homme. »Pour lire les hommages à Fénéon de l'Oulipien Paul Fournel sur ventscontraires.net

Le 3 février 2014 à 11:57

Georges Eekhoud (1853-1927)

Les Cracks méconnus du rire de résistance

Il n’arrive pas tous les jours qu’un imposant poète national (en l’occurrence belge) tapissé d’honneurs et dont les vers coulés dans « une langue comme faite de métal et d’émail » (Camille Lemonnier) sont étudiés dans les écoles soit par ailleurs un abîme de sédition filant les fumerons aux « élus des coffres-forts et de la bêtise moutonnière ». Le dégoût de Georges Eekhoud pour les prosternements se dénonce à l’École militaire où son tuteur l’a placé. Le jeune maroufle envoie à dache la caserne, dilapide son maigrelet héritage paternel dans les caboulots du port d’Anvers et, après avoir été un temps aide-correcteur, se lance dans le journalisme de combat contre les « hauts messieurs du pouvoir » « jouant à la hausse et à la baisse de la chair prolétaire » dans, notamment, les cahiers de La Jeune Belgique et du Coq rouge. C’est ainsi que dans un style « à la fois rogue et caressant, acide et balsamique », relève le critique littéraire Pierre Broodcoorens, avec « une verdeur savoureuse et primesautière », avec encore la truculence de palette des vieux maîtres flamands et le vocabulaire « trouble-bourgeois » brûlant le papier du Charles de Coster de La Légende de Tijl Uilenspiegel, Georges Eekhoud part magnifiquement à l’attaque. Ses cibles de prédilection : « les bonzes de la finance et du négoce », « les députés tatillons, moulins à paroles », les armateurs, les vieilles ganaches militaires nous enrôlant de force, les argousins et les pandores, « le lâche troupeau diocésain » (« Ce sont les religions bibliques qui veulent que la terre nous ait enfantés pour l’abstinence et la douleur. Imposture ! L’exécrable créateur que celui qui se complairait en la torture de ses créatures ! ») ou à « l’ignoble engeance des gens repus » (« Ha ! Je suis horriblement fatigué des faussetés, de la bégueulerie, des coups fourrés du monde d’en haut. Foin de leur art et de leur littérature qui mentent autant que leur religion, leur honneur et leur morale. » La rebiffe de l’écrivain contre toutes les espèces de « résignation cagnarde » se poursuit dans ses puissants romans et ses contes du terroir « bavant la vie et le sang » (Rémy de Gourmont). Eekhoud veille en effet à ce que les « pauvres soukelaires » qui peuplent ses récits ne soient jamais des fronts baissés ni des mains jointes mais bien des « damnés ribauds » qu’il ne fait pas bon hérisser. Comme l’avance l’historien Hubert Juin, « ce qui requiert Georges Eekhoud, ce n’est pas la classe laborieuse, c’est la classe dangereuse ». Le Cycle patibulaire publié par Kistemaeckers en 1882 « marque rouge, spécifie Émile Verhaeren. En une suite de nouvelles, tous les misérables du bois et de la plaine, du taillis et de la dune apparaissent : voleurs, canailles, pervers, meurtriers, brigands, rôdeurs, assassins, soudainement grands par l’idée qu’ils ont de leur révolte ». Jusqu’aux ratamoelles dans ses écrits, « l’indécent libertaire », ainsi que le surnommait le plumitif Léon Balzagette, est du côté de ses gueux. Du côté de ses loups de mer et de ses dockers à cran (Burch Mitsu, 1902). Du côté de ses pacants en groume (Kees Doorik, 1883). Du côté de ses déserteurs et de ses tard-venus (Les Fusillés de Malines, 1891). Du côté de ses pétroleuses farouches (La Faneuse d’amour, 1888). Du côté de ses ruffians pinteurs. Du côté de ses parpaillots (Les Libertins d’Anvers, 1912, qui conte l’histoire des voluptueux hérétiques loïstes). Du côté de ses runners, « écumeurs de rivières, squales d’eau douce tenant de véritables sabbats, ruminant des pilleries, liant des parties de maraude, se proposant de brutales gageures ». Du côté de ses « ratés du travail » (Le Buisson des mendiants, 1927). Du côté de ses « voyous de velours » et de ses mauvaises herbes faubouriennes : « C’en est fait… Si l’ordre et la règle me condamnent sans rémission, je m’enrôle au service de la fantaisie et du bon plaisir : je passe à l’armée des francs vauriens et des insoumis. » Mais, en fin de compte, ce qu’on pardonnera le moins à Georges Eekhoud, c’est qu’il monte au créneau pour les réprouvés sexuels. Son Escal-Vigor (1899) fait scandale. La censure russe frappe le livre d’anathèmes et le poète est déféré devant la Cour d’assises de la Flandre occidentale qui l’accuse d’avoir donné pour lors ses lettres de noblesse à… l’uranisme.

Le 20 novembre 2013 à 09:13
Le 24 mai 2010 à 10:49

Laurent Tailhade

Les cracks méconnus du rire de résistance

Si, à la fin du XIXe siècle, Léon Bloy avait surnommé Laurent Tailhade « le cyclope des vespasiennes », c'est parce que c'était un cyclope (l'écrivain anar avait été énucléé, oh ironie !, par l'explosion d'une bombe ravacholesque) et parce que ses piques ne volaient pas toujours extrêmement haut (« Romain-Rolland ? De la littérature de pasteur qui sent mauvais des pieds. »). Illustre poète mondain aux cravates rouges légendaires se rendant chaque jour chez le barbier du « Jockey-Club » en fiacre et prisant fort les latinismes pédants, ogre rabelaisien dont les déjeuners étaient couramment composés d'une douzaine d'oeufs, deux côtelettes et un faisan, « le dernier gentilhomme », ainsi qu'on l'appelait volontiers, se fâchait tout rouge dans les journaux contre « la hideuse fiction du nationalisme » et « la justice des hauts de forme » ; faisait le coup de poing dans les théâtres pour défendre les pièces anarchisantes boycottées comme Un Ennemi du peuple d'Ibsen ; trempait dans des canulars gloupitants avec son poteau Alphonse Allais (à la fin de sa vie, il frigoussera même de faux Rimbaud qui seront authentifiés par la critique !) ; et entrait impromptu dans les églises chics pour y apostropher les prêtres officiants (« Vomissons nos dieux ! » ; « Vomissons les soeurs de charité, ces monstres doucereux et sans entrailles, châtrées de tout sentiment humain »). Mais ce qui faisait surtout scandale à la Belle Epoque, c'était les fulminations de Laurent Tailhade contre « le bétail infâme des honnêtes gens, aux âmes fétides et carnassières, ces larves faites en bourgeois que Forain dessine en des poses d'irréfutable ignominie ». En 1901, ça se corse pour « le serpent à sonnets ». On ne lui pardonne pas d'avoir eu un accès d'humeur dans le journal Le Libertaire contre le tsar Nicolas II, « l'escroc impérial de toutes les Russies » en visite diplomatique en France, et contre les « lécheurs de bottes » qui l'accueillent, « ceux de l'Académie et ceux des maisons closes, les trigauds de la presse, les pouacres de l'Etat-Major, les pieds plats de l'Elysée et les bassets du Ministère, dans une épilepsie unanime de domesticité » :  le canard est saisi et Tailhade est condamné à douze mois ferme. C'est alors que, dans ses oubliettes, le littérateur a la bonne idée de poser sa candidature à la députation contre le ministre du Commerce Millerand, lequel se hâte de négocier la levée d'écrou du fauteur de troubles contre une promesse de désistement. La vie de « ce coquillard de Tailhade », comme disait Anatole France, ne fut pas le moins du monde assombrie par sa réclusion. Pas plus que par la perte de son oeil ou que par ses duels tournant mal. La seule et unique chose qui pouvait vraiment mettre à la torture le pamphlétaire, c'était quand, après s'être rabiboché avec une personnalité qu'il avait insultée en vers, il devait s'escrimer, lors de la réédition du poème en question, à se trouver un ennemi dont le nom avait la même rime et le même nombre de pieds.   Laurent Tailhade par Félix Valloton, pour Le Livre des masques de Remy de Gourmont (1896)

Le 27 août 2010 à 15:49

L'insécurité n'est pas un mal en soi, mais un symptôme

Lutter contre l'insécurité par le tout répression, c'est comme prendre du sirop pour la toux quand on a mal à la gorge, et continuer à dormir dehors sous la pluie en hiver.

En médecine comme en politique, il y a plusieurs façons de lutter contre les maux auxquels nous sommes confrontés.   D'abord, on peut chercher à soigner les symptômes. Quand on a une pharyngite, on prend du sirop pour la toux. Quand l’insécurité est latente, on envoie la police. On peut aussi s’attaquer aux racines du mal. Pour certaines pharyngites, on prendra des antibiotiques. Si l’on est assez robuste, il suffit parfois de rester au lit, et l’organisme se chargera de lutter contre l’infection. Dans le même esprit, pour lutter contre l’insécurité, on s'efforcera d’endiguer la pauvreté, le chômage, la paupérisation... Enfin, et c’est la troisième option, on peut faire de la prévention ; éviter de sortir sous la pluie, avoir une alimentation saine et un train de vie équilibré, bref disposer d’un organisme qui ne favorise pas le développement de la maladie. En appliquant cette idée à la lutte contre l’insécurité, on en vient à se demander si une société qui pousse à la consommation à outrance ne favorise pas ainsi la délinquance, en faisant de l'argent une finalité en soi.   Un dernier commentaire. Ce n’est qu’en phase terminale, ou devant une maladie inconnue, que les médecins se résignent à ne s’attaquer qu’aux symptômes, afin de soulager le patient…

Le 1 avril 2010

Georges de la Fouchardière (1874-1946)

Les cracks méconnus du rire de résistance

Passé à la postérité uniquement pour son roman acide La Chienne (1930), transposé fortichement à l’écran par Jean Renoir puis Fritz Lang, le chansonnier et polémiste provocateur Georges de la Fouchardière, entre 1915 et 1940, filait la grelotte aux puissants du jour. C’est que c’était a priori dans la grande presse parigote (L’Œuvre surtout) qu’il décochait avec une verve ébouriffante ses flèches de feu contre :- les ratichons : « Quand on craint Dieu, on craint tout. »- les éducastreurs : « Il y a pire que la prison. Il y a l’internat scolaire, bagne des petits d’hommes. »- la gradaille militaire : « Si les civils de tous les pays, qui sont la majorité, voulaient former une union internationale pour neutraliser les militaires avant le début des hostilités… »- du travail forcé : « Les bêtes joyeuses ne travaillent pas. »- du culte de la longue expérience : « L’expérience n’a jamais servi de leçon à personne. Et, grâce à la mémoire, nous regrettons surtout de ne pouvoir renouveler nos sottises d’antan. »- de la servitude volontaire : « Il faut haïr les bourreaux mais aussi se méfier des victimes. »- ou du régime de la propreté individuelle : « Si vous décapez votre peau, vous ouvrez la voie aux microbes. La véritable hygiène consiste à se laver le moins possible. »Mais l’auteur du pamphlet Les Médecins malgré nous ne se contentait pas toujours d’être un « criminel de l’encrier ». Il faisait de l’agit-prop burlesque à la Abbie Hoffman quand il conviait les gens à s’habiller tous soudainement en sergents de ville. Et n’en était pas à une vraie transgression près avec ses mystifications nonchalantes (il frigoussa longtemps en début de carrière ses grands reportages vécus au cafeton du coin) ou avec ses sabotages perfides (il lui arrivait de modifier avec art le nom des rues sur les plaques publiques).

Le 6 janvier 2014 à 10:45

Gaston Leroux (1868-1927)

Les Cracks méconnus du rire de résistance

On ne relève guère que le grand roman-feuilletonniste Leroux fut également un grand fantaisiste. Et un grand mutin. Qui s’accorda toute son existence durant le droit à ce qu’il appelait les « audacieuses gamineries ». Enfant de chœur, il fume comme un sapeur Camembert dans les recoins des sacristies et siffle le vin des burettes. En classe, « à l’aide de son porte-plume, il mouchette d’encre les chaussettes d’un blanc immaculé de son vénérable professeur de grammaire, le Père Dupont ». Critique dramatique, il lui arrive de démolir littéralement son strapontin quand une pièce l’horripile. À la soirée de gala béni-oui-oui du Papa Lebumard, il pète vraiment un câble. « Quel scandale ! On doit se mettre à quatre pour me relever. » Chroniqueur judiciaire, il stupéfie ses collègues par sa témérité : « Donc la presse du monde entier s’occupait du marquis de X… Mes confrères attendaient l’audience sans fièvre, moi je bouillais, je voulais voir le marquis ! Mais il était en prison et bien gardé. Cependant deux jours avant l’audience, je parvins à me procurer une feuille timbrée de la préfecture sur laquelle j’inscrivis que M. Arnauld, anthropologiste, était invité à visiter les prisons du Cher. Le directeur de la prison centrale tint à recevoir lui même M. Arnauld et me fit visiter l’établissement et même goûter à la soupe. Quand je sortis, j’avais confessé mon marquis. (…) Le lendemain, Le Matin publiait en première page une correspondance de Bourges qui… Le préfet tombait en disgrâce, le directeur de la prison recevait l’ordre de faire ses paquets. » Reporter de choc, il collectionne les exclusivités grâce à de rouletabillesques stratagèmes, il ose tenter de faire vibrer ses lecteurs pour les impitoyables mais sincères et généreux terroristes anarchistes (Auguste Vaillant, Émile Henry, Santo Ironimo Caserio) dont il est chargé de retransmettre les procès et les exécutions. Et il donne à sa façon des marques de révérence aux figures dominantes de l’actualité ainsi que le rappelle Antoinette Peské dans son panorama Les Terribles : « Vers 1900, notre reporter accompagnait à Brest un ministre. Or, un jour, montant dans la vedette qui devait le conduire au vaisseau-amiral, l’Excellence fit un faux pas et, malencontreusement, se trempa les pieds. Vite, mettant à profit l’instant bref de sa navigation vers la nef amirale, le ministre se déchausse, s’éponge, s’essuie… Un ministre tout grand qu’il soit est sujet aux rhumes de cerveau… Cependant, au moment d’accoster, il cherche, tout le monde cherche les bottines ministérielles, vainement. Plus de bottines ! Gaston Leroux les a, d’une main subreptice, laissées choir dans le flot amer. Le ministre n’en dut pas moins monter à bord du bâtiment, recevoir les honneurs, passer en revue l’équipage, en jaquette, en haut de forme et… en chaussettes ! » Romancier consacré, il ne se montre pas toujours spécialement rassurant pour son voisinage : « Quand j’avais mis le point final à un roman, je bondissais sur le balcon et je déchargeais – en l’air – force coups de revolver. C’était le signal : ma femme, ma fille, mon garçon se précipitaient sur la vaisselle. Verres et assiettes volaient à travers le jardin. Dès qu’il ne restait plus rien à casser, on prenait les casseroles et on tapait dessus : un sabbat de sauvages ! Un jour, une famille amie se trouvait à la maison. Les coups de revolver la surprirent, mais quand mes visiteurs virent tout le monde s’y mettre et la vaisselle voler en éclats, ils crurent que nous étions subitement devenus fous. » Dans son œuvre, c’est pareil, Gaston Leroux travaille constamment du citron et n’arrête pas de « cracher la bobinasse » sur « les bandits gardés par les lois, protégés par la fortune, sacrés par le succès, regrettant que son épée ne soit pas assez longue pour les embrocher d’un seul coup » (Les Mohicans de Babel). Et de vitupérer le colonialisme dans L’Épouse du soleil, la politique dans Les Fils de Balaoo où l’on kidnappe tous les chefs d’État du globe pour que cessent les guerres et les iniquités, la culture bourge dans Une mansarde en or et Le Fauteuil hanté, la religion dans Pallas et Chéri-Bibi (« Ici-bas, chacun pour soi et Dieu contre tous ! ») ou la justice de classe dans La Maison des juges (« Vous faites de la police, mes juges, pas autre chose. Vous dissipez les rassemblements, vous rétablissez la circulation, vous faites la place nette de ce qui gêne la société. Vous gardez les plates-bandes du riche, vous êtes de tragiques gardiens de squares. » Quant aux conceptions sociales loufoquement anarchisantes de Gaston Leroux, elles fleurissent dans son chef-d’œuvre La Double Vie de Théophraste Longuet (1903), incarnée par le flaquant peuple des Talpa expérimentant l’utopie révolutionnaire totale aux fins fonds des Catacombes de Paris. « — Au nom de la loi, je vous arrête ! Cette fois, je crus bien qu’ils avaient compris et que je n’aurais plus à leur expliquer ce qu’est un commissaire de police et un voleur. Mais ils conservaient, qui leur mutisme imbécile, qui leur sourire stupéfiant. (…) Damoiselle de Coucy me demanda la définition de la police. Je lui dis : — La police est une institution qui a pour but de protéger les citoyens paisibles et honnêtes dans leurs personnes et leurs propriétés ! Ils se taisaient encore comme si j’avais dit de l’hébreu. Je m’écriai : — Le commissaire des polices est le gardien des lois ! Ainsi, il y a une loi qui empêche de prendre des chapeaux dans une boutique ! Ils m’interrompirent tous en criant : —   Nennil ! —   Comment, nennil ! Vous n’avez pas de loi ? —   Nennil ! —   Ni de gardien des lois ! —   Nennil ! —   Enfin, fis-je, furieux de cette mauvaise plaisanterie, il y a un État ! —   Nennil ! —   Vous, vous êtes l’État ? —   Nennil ! —   Vous avez des chefs qui sont l’État ? —   Nennil ! Je me pris la tête dans mes deux mains et je résolus de revenir à l’exemple palpable : —   Mon ami n’a pas le droit de prendre ces chapeaux dans la boutique de ce chapelier. —   Oïl ! —   Comment ! Il a le droit de prendre ces chapeaux ? —   Oïl ! —   Ces chapeaux ne lui appartiennent pas ! —   Oïl ! —   Alors, il peut prendre tous ces chapeaux ? —   Oïl ! J’étais cramoisi. Dame de Montfort se pencha vers moi et me confia que tous ces gens me demandaient ce que mon ami comptait faire de tous ces chapeaux. Je lui dis qu’il comptait les vendre. (…) Chez les Talpa, me fit-elle, on ne vend pas, parce qu’on n’achète pas. Chacun prend ce qu’il a besoin de prendre. Et comme il n’a pas besoin de prendre dix chapeaux pour les mettre à la fois sur sa tête, mon ami passait pour un fol, pour un pauvre malheureux triste fol. — Cette plaisanterie a trop duré, fis-je, croyez-en un commissaire de police qui a pu se rendre compte souvent, par lui-même, de la nécessité des lois. Dame de Montfort me demanda à quoi servent les lois. Je lui répondis : —   À trois choses : il y a les lois qui protègent l’État ; il y a les lois qui protègent la propriété ; il y a les lois qui protègent l’individu ! Dame de Montfort me répondit qu’il n’y avait pas besoin de lois chez eux pour protéger l’État, puisqu’il n’y avait pas d’État, ni pour protéger la propriété, puisqu’il n’y avait pas de propriété ! Je l’attendais aux individus. —   Oui, mais vous avez des individus ? —   Oïl ! répondirent-ils tous. Mais dame de Montfort me fit entendre, dès que je lui eus parlé des conflits entre les individus que ces conflits, d’après ce que je lui avais dit, naissant de la propriété, du moment qu’il n’y avait plus de propriété, les conflits n’existaient plus. Pourquoi avoir des lois qui auraient protégé des individus qui n’auraient pas de conflit, puisqu’il n’y a pas de propriétés ? J’étais tellement abruti que je répondis : — Oïl ! »

Le 11 septembre 2010 à 09:47
Le 11 août 2010 à 09:45

« Français ou voyou, il faut choisir"

Christian Estrosi, ministre de l'Industrie, Europe 1, lundi 9 août 2010

Normal, c’est la guerre, faut pas se tromper de camp. En cet été 2010, le pays est devenu belligérant  avec déclaration de «  guerre nationale »  par le général Sarkozy, inspection des troupes dans les quartiers des Beaudottes à Sevran et de la Villeneuve à Grenoble par le colonel Hortefeux, charges au clairon des lieutenants Estrosi, Lefebvre ou Marleix. Il faut avoir les oreilles bouchées à la crème bronzante, pour ignorer que la guerre est non pas à nos portes, mais dans nos murs. Les forces hostiles sont assez habiles pour ne pas se présenter en lignes repérables aux frontières, mais agir de l’intérieur en ordre dispersé : braquages,  snipers, caillassages, déprédations et même quelques campements  séditieux. L’adversaire peine ainsi à être cerné car les « voyous »  ne sont pas une nationalité, une ethnie, une classe, une communauté et encore moins une grande cause. Dès lors, avec qui des négociations d’armistice ou de paix pourraient-elles  être engagées ?  Qu’on se rassure,  il n’est pas envisagé par l’état-major sarkozyste d’autre victoire qu’éradicatrice. Christian Estrosi qui a commis une biographie de Napoléon III avec un « nègre » (en situation régulière), l’écrivain Raoul Mille, a-t-il songé pourtant que le sort de la guerre pourrait basculer et que l’ancien maire de Neuilly finisse à Sedan ? Ou même que l’heure de la retraite sonne après le 7 septembre, quand la cinquième colonne syndicale défilera dans les rues ?

Le 12 octobre 2010 à 10:00

Manuel de communication à l'usage des méchants

Leçon 2 : le déni

La règle est simple, ne jamais avouer. Là où ça se complique un peu, c’est qu’il ne faut pas se laisser enfermer dans ses propres mensonges. L’astuce à garder en tête, c’est qu’il ne faut nier que l’essentiel, et pinailler sur les détails.   Exemple numéro 1 « Vous avez été flashé à 210 km/h. Reconnaissez vous les faits ? – Désolé monsieur l’agent, mais je ne pense pas avoir roulé si vite. Je ne peux pas reconnaître une telle infraction. – C’est pourtant écrit là sur le radar Et en effet, un 210 clignote en gros chiffres rouges sur un écran qu’on vous pointe sous le nez. – Peut-être qu’il ne marche pas bien. »   Exemple numéro 2 « Tu avais bien des boulettes de shit dans tes poches, non ? – Non. Je vous ai dit. C’était pas mon pantalon, j’ai dû me tromper en m’habillant. Y a plein de copains à mon frère qui sont venus dormir à la maison hier soir. »   Exemple numéro 3 « Vous continuez à prétendre que vous ignorez tout des virements qui ont été effectués ces derniers mois sur votre compte en banque ? – C’est ma femme qui gère les comptes à la maison, monsieur le juge. »   Les exemples pourraient être multipliés à l’infini :« Je n’ai pas connaissance d’un tel fichier. »« Nous n’avons jamais autorisé ce trader à investir autant d’argent sur des marchés à risques. »« Je parlais des Auvergnats… »

Le 13 novembre 2010 à 11:48

Ali Dilem

Dessinateurs et caricaturistes du monde entier (7)

Il paraît que Dilem est le nom d’un groupe parisien de rock funk et celui d’un distributeur de lunettes qui se vante d’avoir créé des branches interchangeables. Révolutionneront-ils dans les années à venir le milieu de la musique et de l’optique ? Dilem, le caricaturiste, fait aussi grand bruit. Et le fait est qu’avec lui on voit bien, on voit mieux. Ce qui est, on en conviendra, doublement avantageux. Il suffit pour s’en rendre compte de regarder le dessin quotidien qu’il livre au site de TV5 Monde. On emploie l’expression « croquer l’actualité » pour un dessinateur de presse. Lui la dépèce joyeusement, il en dissèque les abats et les examine pour nous en donner le meilleur morceau. En Algérie, il travaille pour un journal qui porte le beau nom de Liberté. Ali Dilem est né le 29 juin 1967 de parents kabyles à El-Harrach. A ses quarante-trois ans, il faudrait retrancher tout ce temps perdu sur les bancs du Palais de justice d’Alger pour une cinquantaine de procès en diffamation intentés par les autorités et les neuf ans de prison qu’il totalise depuis que ce diplômé des beaux-arts s’est lancé dans la satire. L’Etat a la main leste ? Lui, la dent dure, autre nom du devoir de vérité. Alors, cet artiste qui œuvre pour le pluralisme politique et les droits des femmes persévère. Contre Boutef, diminutif d’Abdelaziz Bouteflika, contre les intégristes, contre les groupes islamistes, contre la police politique, contre les généraux corrompus. Il a l’art des raccourcis qui sont des décapitations. « La majorité, c'est le général Toufik et l'opposition, c'est aussi le général Toufik. » Depuis 2001, des « amendements Dilem » introduits dans le Code pénal, prévoient une série de mesures, y compris la peine de prison ferme contre des journalistes qui offenseraient le président de la République ou les grands corps d’État (armée, justice…). En 2004, il a été condamné à mort par une fatwa répercutée par les mosquées de son pays. L’Etat d’un côté, les religieux de l’autre, c’est ce qu’on appelle être pris dans un tir croisé. Pourtant, pas de quoi le faire plier. En face, son arsenal ne pèse pas lourd à première vue. Il contient quoi ?, des feuilles blanches, un stylo auxquels il faut ajouter un talent tranchant, quelque chose d’explosif dans l’humour et le soutien du peuple, l’amour de ses admirateurs et les grands prix internationaux qui ont consacré sa plume corrosive et son courage citoyen. Ali Dilem a commencé sa carrière à l’Alger Républicain, qui était le journaliste où Albert Camus fit ses débuts de reporter en 1938 et où il dénonça la « Misère en Kabylie ». Il est aujourd’hui membre de la fondation Cartooning for Peace, fondée à l’initiative de l’ONU, qui organise des expositions et des conférences à travers le dans le monde. Dilem est donc bien plus rock et plus clairvoyant que ses homonymes. Faites du bruit avec lui ! Chaussez Dilem !

Le 3 mars 2011 à 08:07

Didier de Chousy

Les cracks méconnus du rire de résistance

« — Cette histoire n’est même pas vraisemblable, me disait un de mes amis, à qui je venais de la raconter, tous les personnages y sont fous.—  C’est justement cela qui me donne à croire qu’elle est vraie, lui répondis-je avec mon bon sens des meilleurs jours. » (Ignis)On ne sait rien rien rien rien sur lui, quand il a vu le jour, quand il a tourné le coin, ce qu’il a fait dans la vie, ce qu’il a vécu dans les faits. Hormis qu’il aurait été à la fois un vrai comte et un receveur des finances patenté, et qu’il aurait compté parmi ses mauvaises fréquentations Villiers de l’Isle-Adam, Charles Cros et quelques piliers du club des Hydropathes. La seule donnée sûre, certaine et canon qu’on ait, c’est que Didier de Chousy a frigoussé en 1883 un ébesillant chef-d’œuvre du rire corrosif complètement pété du casque, Ignis*, étrangement ignoré toujours aujourd’hui, y compris par les fans de science-fiction et d’utopies bien dévissées.L’auteur y préconise fort méthodiquement un régime politico-social de rêve : la pantopantarchie, à savoir le règne féerico-loufoque de tous sur tout. « Chaque citoyen en naissant trouve une couronne dans son berceau et, arrivé en âge de manier un sceptre, exerce le pouvoir absolu, sans autre limite que l’absolu pouvoir de son voisin. L’autorité si nécessaire et la liberté plus précieuse se trouvent donc exactement pondérées. Ce mode de gouvernement a été mal jugé par des personnes qui n’ont pas compris que, si une pareille forme de houlette ne pouvait pas suffire aux anciens rois, pasteurs de peuples pauvres, souffrants, enclins à la révolte, elle convenait à un peuple millionnaire et heureux, assez heureux et assez riche pour que le plus avide soit rassasié dans un état social arrivé à l’égalité vraie, à l’égalité obtenue sans abaisser les sommets et sans faucher les hautes tiges, à l’égalité sur les cimes, par l’accession de toutes les tiges à la lumière, de toutes les têtes à la couronne, par l’élévation de tout un peuple sur un trône assez solide et assez large pour l’asseoir. »Ce qui permet techniquement à chaque habitant d’Industria City d’être, dans un même temps, millionnaire et roi, c’est la conquête géothermale collective du Feu central, une « force soumise » libérant plus d’un million de chevaux-vapeur par jour et affranchissant, du coup-même, tout le monde « du travail et de la peine, de la sueur, des larmes. »L’autre base de la révolution pantopantarchique, c’est la relève totale du prolétariat par les hommes-machines ou Atmophytes, « une race d’animaux mécaniques assez forts pour nous servir, assez bêtes pour nous aimer (…) ne s’arrêtant que sur l’ordre de leurs manomètres pour aller boire aux fontaines publiques qui leur versent l’air comprimé, l’électricité ou la vapeur, c’est-à-dire la force et la vie. » Une « population d’automates » « conversant entre eux par un coassement guttural » assez semblable à celle qu’imaginera très sérieusement, pour sa part, Oscar Wilde, huit ans plus tard, dans son manifeste anarchiste contre le travail L’Âme de l’homme sous le socialisme** .Dans « la civilisation merveilleuse » détaillée par Didier de Chousy, les saisons et les climats seront réglés par des robinets à vapeur. La flore sera « redessinée, recoloriée, refaite par d’incomparables chimistes ». « La faune sera remaniée » par des croisements habiles et des greffes bizarres. « Des merles blancs seront rendus jaune par une infusion de bile. Des serins seront voués au bleu par une nourriture à base de poivre. Et, « pour répondre à des problèmes plus élevés », seront mis au point pour la promenade et pour la chasse des « Horse-Dogs », soit des « chevaux-chiens » relevant aussi bien du chien de selle que du cheval d’arrêt. Les malades seront guéris grâce à « l’homéochromopathie ». Les hypocondriaques retrouveront « la gaieté dans des cabanons en verre noir dépoli. Les intelligences tardives ou anémiques, les gâteux et les idiots se développeront à miracle placés au soleil, les yeux grands ouverts, sous des cloches à melon : méthode imitée de la nature, qui a fait l’œil en forme de globe ou de lentille afin que les rayons solaires s’y concentrent et activent la maturation du cerveau. » Quant à l’éclairage des villes, il sera assuré par une « glu héliovorace » qui captera les rayons du soleil, en vertu de quoi « la ville entière, ses habitants, leurs vêtements de nuit et d’hiver seront enduits de soleil et rendus éclatants et chauds ». Alors que « l’éclairage de la campagne sera obtenu, sans dépense, avec le concours des vers luisants du pays dont une bonne sélection et des croisements habiles accroîtront la taille et développeront l’aptitude photogénique. » « Quel décor que seront ces champs inondés de feu, cette ville suant le soleil, ces rues parquetées de rayons, peuplées d’une foule étincelante, aux habits resplendissants, où chaque passant sera une lueur, un éclat, un scintillement, une flamme de feu de joie, un animalcule de la phosphorescence ».L’humanité dès lors « n’aura plus qu’à se laisser vivre au milieu des luxuriances édéniques du nouveau monde qu’elle aura créé ».* Réédité en 2008 par Terre de brume.** Cf. Les Oeuvres de Wilde en Pléiade ou en Pochothèque.

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