Claude Chanaud & May Livory
Publié le 02/07/2014

L'ami de la famille


Epistémologie des récipients amis de l'homme #7

Pour un lecteur que notre article précédent a laissé sur sa soif, précisons qu'on peut se servir aussi du bol pour absorber de l'eau à la condition qu'on en ait goût ou nécessité. J'en appelle au père Noé qui vécut une mémorable croisière en famille avec beaucoup d'eau sous la quille mais qui lui préféra le vin pour aborder un quotidien chahuté. Néanmoins, en mettant pied à terre sur le mont Ararat, il ingurgita un bol d'eau tiède pour accompagner un atterrissage nauséeux. En effet, une eau légèrement tiédie est susceptible de rendre service aux papas affligés de la gueule de bois, surtout quand elle accompagne un cassoulet. Ce dernier, quoique savoureux, favorise la torpeur des digestions difficiles, ce qui était le cas de ce marin d'opérette plutôt porté sur la gueule. L'eau tiède peut avoir un autre intérêt dans le cas d'une malencontreuse congestion de la géographie culière nécessitant le bain de siège chaudement recommandé aux mamans par Rika Zaraï. Mais le bol apparaît alors trop petit pour réaliser la prestation en question. Il doit laisser place à d'autres conteneurs du type bidet ou baignoire, surtout quand l'utilisatrice se réfère physiquement plus à la femme de Rubens qu'à celle de Botticelli. Enfin, le bol est souvent entouré d'autres collègues tels que la jatte d'essence rurale ou la tasse plus mondaine. Ils sont même parfois montés l'un sur l'autre. C'est dire combien cet antiraciste annonce le métissage des récipients et la paix dans les buffets de cuisine.

NB : La présente étude argumentée sur le fond mais débonnaire dans sa forme reste à la portée des familles de toutes classes sociales.

Claude Chanaud

Parisien amoureux du théâtre dont il offre d’alertes chroniques sur encres-vagabondes.com, il forge en Brennou sa langue d’ethnographe tendre et malicieux pour conter des fictions publiées chez Barde la Lézarde, dans L’Imbriaque, Journal d’un Jour, Hommage aux Marges et à la collection foL’Ivres : Secret de veuve, Cent dessous d’Aristote à Capsula Popoe, Les mordeuses de bois de lit, Un plein bol d’eau tiède. Aux éditions Le bruit des autres, les recueils de nouvelles Fatoumata la Berrichonne, Pas toutes urbaines, Chroniques gaillardes de Bourg-en-Brenne, et les « élucubres » : Gens de plume et vin chaud à la cannelle et Mécréantes hypothèses.

May Livory
Cette Cotentinoise arpente Paris comme une grève, busoque dans les dictionnaires, invente un porte-bébé, des stickers d’ongles, une thèse d’ethnologie sur la rumeur et les Machines célibataires, des Textilographies ou des Peaucifications, et aussi des livres pour Barde la Lézarde dont quelques-uns avec Claude Chanaud. Tenancière de La loge de la Concierge, près de la Samaritaine, de 1994 à 2013. Tricote à la main depuis 2000 le site d’art et d’essais ethnologiques et littéraires shukaba.org.

 

Epistémologie des récipients amis de l’Homme

Littré, Larousse et Robert, bien informés sur ces partenaires qui se sont révélés fidèles depuis que nous avons quitté nos inconfortables cavernes pour habiter à la Garenne-Colombes un appartement muni d’un chauffage par le sol, nous expliquent que ce sont  « des ustensiles destinés à des usages ménagers de formes plutôt creuses » et qu’ils « servent surtout à recevoir des substances diverses »...

 

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Epistémologie des récipients amis de l'homme #4

Depuis belle lurette, l'imaginaire au service des soifs de l'homme pratique une recherche infiniment attentive. Nous devons ainsi de merveilleuses créations aux artisans et artistes qui s'y consacrèrent. Fidèle à leurs fantômes, je salue le rafraîchissoir sophistiqué du XVIIème siècle, lieu de passage obligé des caves versaillaises durant les chaleurs estivales. Il servait à contrôler la température des serpentins d'alambics qu'une époque en attente de réfrigérateurs utilisa pour le confort des nantis à culottes bouffantes. Les rares exemplaires survivants annoncent des techniques époustouflantes telles que la draisienne ou le corset à lamelles caoutchoutées. Ceci n'est qu'aparté primesautier devant d'autres précurseurs d'apparence hermétique : le coquemar, le muid, l'échenal et l'Amphore à laquelle je donne sans me forcer une majuscule pour entrer en scène. Je les aime pour leur mystère induit et leur potentiel fictionnaire. Des récipients plus simplistes accompagnèrent les illuminés de rugueuses croisades et les nostalgiques d'inconfortables bivouacs pour bidasses en quête d'espoir. Notamment le classique bidon dont la gamelle n'est jamais bien éloignée. A la façon d'un vieux couple, rarement nickel d'apparence, ils accompagnent encore certains campeurs obstinés. Mais peut-on expliquer l'Histoire des hommes et leurs manières de boire sans évoquer cette SOIF de LIBERTÉ qui annonce le partage des flacons ?

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