Pascal Hérault
Publié le 20/05/2014

Le Professeur Pascal répond à vos questions


Faut-il participer à la Fête des Voisins ?

OUI. Inutile d'être invité. Vous débarquez comme ça, les mains dans les poches: « Salut, je suis votre voisin. Vous me reconnaissez ? » Bien sûr, personne ne vous reconnait. Et pour cause : vous vous faites passer pour le voisin du dessus (ou du dessous), celui qu'on ne voit jamais, dont on ignore le nom et qui est peut-être un autre. Mais on trouve que vous lui ressemblez, il n'y a pas de doute là-dessus, encore que le voisin du dessous (ou du dessus) était peut-être en fait une voisine qui s'habillait en homme et portait la moustache. Là-dessus, les avis divergent : n'était-ce pas plutôt un bouc ? Et s'il s'agissait d'un bouc, y avait-il une chèvre dans l'appartement ? Quelqu'un s'insurge : « on devrait interdire les animaux dans l'immeuble, y compris les poissons rouges ! » « Pas d'accord ! s'écrie le chien du troisième, qui a déjà bien abusé de la sangria. » Le débat s'envenime. Il y a les pour, les contre, les partisans du Modem, les sans-opinions, les mangeurs d'oignons. Bientôt, on en vient à se jeter le taboulé à la figure, la salade niçoise, les merguez pas cuites, la dinde de Noël. C'est la guerre dans l'immeuble. Une guerre belliqueuse. Vous, bien sûr, vous ne faites que passer. Vous n'êtes qu'un observateur mandaté par l'ONU. Vous repartez incognito après avoir bu un dernier verre en douce. Vous titubez un peu. Votre vue se brouille. Pas grave ! Vous changez de quartier. Autre fête des voisins. On vous reconnait. Pas vous ! On vous tire par la manche. Vous résistez, mais mollement. On vous allonge sur la table. Vous pensez peut-être qu'on va vous faire cuire avant ? Non, pas du tout. On va vous mangez comme vous êtes. Tout cru.

Pascal Hérault est tombé dans la littérature quand il était tout petit et depuis il ne s’en est pas relevé. Auteur d’albums et de romans pour la jeunesse, il écrit aussi des polars, des chroniques pour le site K-libre et des textes inclassables où la logique se prend les pieds dans le tapis. Derniers ouvrages parus : Suzy a disparu !, éditions Les 400 CoupsL’Ile de la faim, éditions Oskar. A paraître : C’était comment avant ?,  essai humoristique et vaguement historique aux éditions Max Milo. On peut le retrouver sur son site : www.pascalherault.fr

 

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Le 15 décembre 2010 à 12:13
Le 19 octobre 2011 à 09:17

Sonic Youth

Le hérisson est un petit animal mignon de la famille des petits animaux mignons. Se nourrissant essentiellement de petites bestioles peu mignonnes, il fera la joie des jardiniers écologistes. Comme son lointain cousin le porc-épic, le hérisson est un animal de type piquant : lorsqu'il est face à un danger, il se hérisse (ah, tiens, je n'avais jamais fait le rapprochement). Hélas, cette manoeuvre de diversion est bien inefficace face à son prédateur naturel, l'automobiliste. Elle a également valu au pauvre animal de prêter son nom à des choses aussi terribles que « l'élégance du hérisson », un roman où l'on se sert du malheureux rongeur pour enfoncer des portes ouvertes, ou que la tactique du hérisson. Cette dernière consiste à s'arc-bouter en défense à l'aide de longues piques et de miser sur la rapidité de ses ailiers pour tenter de piéger l'adversaire sur une contre-attaque. Une technique bien connue en Suisse : en 1386, les Autrichiens sont ultra-favoris du match retour, qui se dispute à Sempach. Mais, alors qu'ils s'arc-boutent en défense à l'aide de longues piques, le Suisse Winkelried trébuche bêtement, emportant dans sa chute suffisamment de lances adverses pour que ses coéquipiers puissent s'engouffrer dans la brèche et mettre la pâtée aux Autrichiens et c'est particulièrement troué que Winkelried entre dans la légende nationale. Quant à moi, on m'a demandé une chronique « un peu moins hérisson », je pense que c'est en rapport avec ma passion pour les ramoneurs. Ou alors parce que je voulais qu'on me caresse resse resse. Je vous tiens au courant.

Le 1 février 2015 à 08:44

Don Diego de la Vegan

- Grand-papa, dis, c'est vrai que tu mangeais des animaux ?- Ben... pas des animaux entiers, quand même ! Mais il m'arrivait de manger de la viande, oui.- Mais pourquoi ? - Il n'y avait pas encore de steaks de synthèse à l'époque et puis... je ne sais pas, tout le monde le faisait, on ne se posait pas la question, quoi.- Mais tu les chassais toi-même avec un arc et des flèches ?- Attends, tu me prends pour un barbare ? Je les achetais prédécoupés au supermarché !- Mais le supermarché, il les chassait avec un arc et des flèches ?- Ça, c'était au Moyen-Âge. Le supermarché, il avait des abattoirs et tout.- Et tu mangeais du chat ?- Tu me prends vraiment pour un sauvage, hein. Je mangeais du boeuf, comme tout le monde.- Du boeuf ?- C'est comme ça qu'on appelait les vaches quand on les mangeait.- Et ils sont devenus quoi, les animaux qu'on élevait pour les manger ?- Quand on a interdit la viande, le gouvernement les a relâchés, c'était très beau, une très belle fête, les vaches s'ébrouaient, les poules caquetaient, les moutons moutonnaient...- Ça a dû être si émouvant !- Bon, bien sûr, ensuite, il a fallu les abattre, parce que ça devenait dangereux. Et puis parce qu'on en a profité pour constuire des complexes immobiliers sur les anciens pâturages, aussi. Mais quand même, un très grand moment. Après, il y a eu le problème avec les renards qui pesaient dans les 200 kilos à force de se gaver des poules qu'on avait remises en liberté, mais tout de même. Ça a été un moment très émouvant. - Et dis, grand-papa ?- Oui ?- C'est vrai que tu mangeais des plantes ?

Le 29 juillet 2014 à 08:02

Dieu se demande si activer la fonction « Désastres et épidémies » de son jeu vidéo était une bonne idée

Joueur invétéré, Dieu se demande s’il a fait le bon choix en activant la fonction « Désastres et épidémies » de son jeu vidéo, une simulation assez riche qui permet de jouer avec plusieurs civilisations en même temps. « Je pensais que c’était une bonne idée au début, quand je joue je n’aime pas quand c’est trop facile » explique la divinité qui a commencé à jouer d’abord en « difficulté moyenne ». Mais au fil du temps, le jeu lui a paru un peu répétitif, trop facile. « Je suis passé alors en mode Difficulté élevée  et c’est devenu intéressant niveau gestion, complexe » explique-t-il. Pour corser encore la chose, il décide alors d’activer la fonction « Désastres et épidémies ». Dieu se retrouve alors confronté à plusieurs catastrophes en même temps et à une difficulté de jeu de moins en moins gérable. « J’ai l’impression que mes civilisations ont perdu des XP de culture et de sagesse alors que j’avais atteint un bon niveau. C’est presque devenu injouable d’un coup » se lamente-t-il. « J’aurais peut-être dû lire le manuel de mon jeu avant de m’y mettre mais ça prend trop de temps ». Dieu se demande maintenant s’il doit continuer à jouer, reprendre une vieille sauvegarde ou simplement tout recommencer à zéro. « Honnêtement, ça m’ennuierait de tout recommencer. Je perdrais tous mes trophées et victoires ». Après une relecture rapide du manuel, Dieu tombe alors sur une phrase qui stipule qu’en mode difficile, lorsque les désastres sont activés, ils ne sont dès lors plus désactivables. « Mais c’est totalement nul, comment on peut programmer un jeu ainsi » s’emporte-t-il en jetant sa souris d’ordinateur sur le clavier, actionnant accidentellement le mode « Très Difficile ».

Le 15 janvier 2011 à 19:20

Quelqu'un comme moi

– Je voudrais te parler d'un fantasme. D'un de mes fantasmes. Je voudrais me battre contre toi. A mort. Je sais bien que c'est impossible. Que quelqu'un comme moi... Jamais n’aura sa chance. Pourtant, te défier... T'affronter. Rien qu'une fois, une seule... J'en rêve toutes les nuits. Tu crois que quelqu'un comme moi ne rêve pas. Lorsque tu me vois, bien sûr, je suis toujours debout, l'arme à la main. Les yeux grands ouverts, pour chercher la faille chez l'ennemi. Et le moment de l'attaquer. Tu ne te demandes jamais ce que je deviens lorsque tu ne me vois pas ? Peut-être que je dors. Peut-être que je rêve. Que je rêve de me battre avec toi. De te massacrer. Toi, tu te caches. Derrière cet écran. Moi aussi, je peux te voir. Mais c'est toi qui peux cliquer. C'est toi qui tiens la souris dans la main.  Et tu me forces à me battre. Ça dure depuis des mois. Les premiers temps, à cause de ta maladresse, je perdais tous mes combats. Ça signifie que je mourais à chaque fois. Un temps.– Très tôt, dans les débuts. Même pas le temps d'avoir peur. D'avoir mal. Tout ça, c'est venu plus tard. A force d'entraînement, tu as réussi à ne plus me faire perdre trop vite. C'est là que j'ai connu les sales blessures, celles qui ne te tuent pas... J'ai vu couler mon sang. Tu trouves sans doute que la couleur rouge passe bien, sur ton ordinateur... Et j'ai vu couler le sang des autres. Grâce à toi, je suis devenu le meilleur. C'est moi qui blesse, maintenant. Moi qui tue. Sais-tu combien sont morts par ma main ? A combien j'ai arraché un bras ou une jambe... Combien j'ai décapité... Combien de hurlements de souffrance j'ai provoqués ? Ils m'empêcheraient de dormir si quelqu'un comme moi pouvait dormir. Je n'ai pas dit que quelqu'un comme moi ne pouvait pas rêver. Mais toi, les cris, tu t'en fous. Tu ne les entends pas, tu as choisi la version muette pour pouvoir écouter ta techno. Le guide du jeu parle du réalisme des sons. Qui te gêne, sans doute. Je ne sais pas ce qui se passe, dans ton existence... Dans ton monde. Qui te pousse, tous les jours, à m'envoyer me battre. Aujourd'hui, après le mousquetaire et le samouraï, tu as voulu que j'affronte le gladiateur. Je voudrais te voir en face de lui. Il a beaucoup de chance. Pas seulement parce qu'il possède un bouclier, lui. Mais parce qu'on le libère s'il gagne. Encore un rêve. Mais celui-ci deviendra réel. Il m'est impossible de traverser l'écran pour en finir avec toi. Le programme ne le permet pas. Dans ton monde, quelqu'un comme moi n'existe pas. Mais ici, c'est différent. Il me reste une solution. Tu sais, il y a longtemps que je combats pour toi. Les autres guerriers,  les autres acteurs de ton théâtre... Je les connais bien, maintenant. L'un d'entre eux m'a donné la solution que j'attendais. Le samouraï. Ave, Cesar. Morituri, tout ça...

Le 27 janvier 2015 à 08:16

Le Professeur Pascal répond à vos questions

Doit-on limiter la liberté d'expression ?

OUI. Il est urgent de limiter la liberté d'expression, pour ceux qui veulent la limiter. Ils verront, les braves, combien il est délicieux de s'exprimer avec une bâillon sur la bouche, un pistolet sur le tempe. Ils verront, les courageux, combien c'est amusant de faire un joli dessin, quand on a les deux mains coupées. Qu'ils en fassent l'expérience eux-mêmes, c'est tout le bien que nous leur souhaitons ! D'ailleurs, il est souhaitable que, à l'exemple des zones non-fumeurs, nous créions çà et là dans le pays des endroits légaux où on prendra bien soin de limiter la liberté d'expression, cette vieille putain lubrique et fille de Satan ! Commençons par expurger les bibliothèques, ces repères du vice et de l'ignorance ; contentons-nous de projeter Heidi et Lassie chien fidèle dans nos salles de cinéma (avec la lumière allumée, cela va de soi) ; exigeons que nos présentatrices télé se vêtent correctement, c'est-à-dire d'un sac à patates, solution économique comparée à un tailleur Chanel. Et, surtout, surveillons notre langage ; exprimons-nous comme un moteur de recherche Google ou une notice Ikea ; au besoin, coupons-nous la langue et offrons-la aux chiens, ces zanimaux zimpurs. De cette façon, nous en sommes sûrs, tout ira pour le mieux dans le pire des mondes possibles. On retrouvera le respect, nom de Zeus ! Le respect à coups de trique, bien évidemment, car il n'y en a point d'autres. Et, tout à notre limite de nous exprimer, la langue cadenassée comme une ceinture de chasteté, nous retrouverons enfin le goût de ces mots perdus si chers à nos oreilles bouchées, les mots servilité, esclavage, tyrannie, et tant d'autres tombés dans les culs-de-basse-fosse de l'Histoire.

Le 22 mars 2012 à 08:05
Le 29 octobre 2011 à 08:18
Le 3 juin 2015 à 08:26

L'Homme sort du classement des meilleurs amis du chien

Très attendu chaque année, le classement annuel des espèces amies des chiens marque cette année un tournant historique dans les relations entre les Hommes et les canidés. L’espèce humaine qui sort du classement, toujours dominé par les tortues, paye selon Kékette, une femelle caniche qui a participé aux délibérations, « son manque d’investissement pour entretenir cette soi-disant amitié ». Se faisant porte parole de son espèce lors d’une conférence de presse improvisée, Kékette n’y va pas avec le dos de la cuillère. « Un vrai meilleur ami se soucie vraiment de vous, de vos besoins et de votre bonheur. Il est là dans les bons, comme dans les mauvais moments » explique-t-elle tout en tentant d’attraper sa queue. Kékette dit se sentir elle-même lésée dans la relation qu’elle entretient avec son maître. « C’est toujours lui qui décide pour moi, sans me demander mon avis » explique-t-elle. « Si la relation était vraiment une amitié d’égal à égal, j’aurais le droit de l’attacher avec une corde lorsqu’il n’est pas sage, non ? » ajoute-t-elle avant de demander aux journalistes présents s’ils voulaient lui grattouiller le ventre. Le caniche affirme que son espèce attend un geste fort de la part des humains pour prouver leur statut de meilleur ami. « Nous espérons que cela agira comme un électrochoc. La baballe est dans votre camp » conclut-elle en évoquant plusieurs pistes parmi lesquelles la stérilisation de tous les punks à chien, ou l’interdiction totale des chats.

Le 6 janvier 2015 à 08:44

La soirée devient complètement folle avec l'arrivée de chapeaux en carton

Rouen – Une soirée privée tout à fait ordinaire, organisée dans un appartement du centre ville de Rouen, s’est transformée en quelques instants en nuit complètement folle et déjantée. En cause, l’arrivée d’un nouvel invité qui avait eu la bonne idée d’apporter avec lui des petits chapeaux en carton colorés. « Et c’est parti pour faire les foufous » La fête qui réunissait un groupe de collègues suivait son cours lorsque l’individu a fait irruption sur le coup de 23h30. « Tout se déroulait tout à fait normalement, on s’apprêtait à voter pour savoir sur quelle musique nous allions danser » explique le type qui racontait à tout le monde que lors de la fête précédente il avait vomi par le balcon de cet appartement. Marquant son entrée d’un grand « et c’est parti pour faire les foufous », l’homme aux chapeaux en a distribué un à chaque convive avant de faire main basse sur la chaîne hi-fi pour lancer une compile des années 80. Désinhibés par l’arrivée des couvre-chefs, les invités se sont retrouvés pris dans un engrenage sans fin qui les a tenu éveillés jusqu’à l’aurore. « Ce mec était complètement barjot. Il y a même un moment où il portait deux chapeaux en même temps » raconte l’homme qui se prenait pour un light-jockey en appuyant sur l’interrupteur du salon. « Certains sont même allés jusqu’à se regrouper pour ne pas danser seuls dans leur coin » ajoute celle qui sortait régulièrement vérifier que le niveau sonore ne dérangeait personne dans la cage d’escalier de l’immeuble. Plusieurs des participants ont tenu à faire part de leur satisfaction au lendemain de cette folle nuit.« C’était la première fois que je faisais la fête avec un chapeau. J’ai tout de suite ressenti les choses autrement » explique celui qui dansait avec des mouvements de bras bizarres. « L’inconnu auquel je n’aurais pas adressé la parole en temps normal m’est apparu comme quelqu’un d’attrayant avec ce chapeau rigolo » ajoute-t-il en précisant qu’il ne savait pas encore s’il recommencerait si l’occasion de remettre un chapeau en soirée se représentait. D’autres disent rester sur leur faim et certains font même part de leur malaise. « Y en a marre de ceux qui pensent qu’il faut forcément porter un chapeau pour s’amuser » se plaint celle qui a préféré s’isoler dans la cuisine pour discuter avec sa meilleure amie. « Ils auraient au moins pu se mettre à l’écart et ne pas imposer leurs chapeaux à tout le monde » reprend-elle avec fermeté, en ajoutant qu’elle espère que les participants auront la décence de ne pas publier de photos de la soirée sur les réseaux sociaux. Le Gorafi

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