Patrice Meynier
Publié le 27/06/2014

In bed with moi


L'autre soir en allumant ma lampe de chevet, j'ai vu la tête de mon chien qui dépassait du bord du lit, puis, après avoir éteint et rallumé, j'ai vu la tête de mon chat.  

Ma femme m'a quitté après que je lui ai offert un polochon gonflable. C'est au moment où je lui mordillais l'oreille qu'il a éclaté.  

On trouve chez Mister Smart des pyjamas qui se chargent en électricité pendant la nuit et qui peuvent alimenter un rasoir ou une brosse à dent.  

Depuis quelques semaines j'ai parfois pendant mon sommeil la sensation qu'un gros canard se jette sur moi et me réclame les plumes de mon oreiller.  

Une nuit au milieu d'un rêve, un ressort a crevé mon matelas et a bondi vers moi. Il avait une petite tête d'homme avec une moustache et des favoris blancs. Comme je lui demandais ce qu'il faisait là, il m'a dit en anglais qu'il se posait la même question.  

Lors d'une de mes nombreuses bonnes fortunes sentimentales, un soir, au bord de l'extase, mon lit s'est rabattu sur le mur.  

J'ai sur ma table de nuit une version du Kamasutra en braille en cas de panne.  

A mes heures perdues je bricole mon matelas : réglage de la tension des ressorts, répartition des masses de bourre, variables d’inclinaison – et après, hop, au lit.  

On trouve chez Mister Smart des bonnets de nuit dont le pompon s’éclaire quand on dort.  

De mon lit je peux voir mon jardin, et avec ma longue-vue je peux voir le jardin de mon voisin. C'est là que, dimanche matin, j'ai vu ma femme batifoler parmi les fleurs en chemise de nuit. En retournant ma lorgnette j’ai vu mes pieds comme s’ils étaient loin de moi et tout petits, comme ceux d’un enfant.

Il m'arrive bien souvent de sortir de chez moi : pour travailler dans la presse, écrire, jouer au tennis - aussi souvent il m'arrive d'y rentrer pour jouer de l'accordéon ou dormir; tout cela plus ou moins volontairement. 

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Si le dessin d’humour était une arme, elle serait pour Michel Kichka, 56 ans, « une fusée éclairante lancée la nuit pour mieux voir», « un missile à longue portée », « une arme de distraction massive ». En couverture de son album Dessins désarmants, il s’est croqué, visage rond, yeux cerclés de lunettes, à sa table de travail : « la liberté d’expression, c’est faire couler de l’encre, pas faire couler du sang ! » Ce dessinateur israélien polyglotte –il est né et a vécu en Belgique jusqu’à l’âge de 20 ans-, nourri au magazine Spirou est « tombé dedans quand il était petit ». Sa vocation s’est déclarée à l’âge de six ans. « J’ai su très tôt que je dessinerai quand je serai grand. Je n’ai plus qu’à l’être, grand. » Descendant de juifs polonais, fils d’un rescapé de Büchenwald, Michel Kichka adjoint au d’aquarelliste celui du calembour, marie ses traits noirs rehaussés de touches de couleur à la formule qui fait mouche. Dans un Proche Orient aux tensions exacerbées, faire entendre la voix de la paix et de la réconciliation relève de la gageure pour cet homme de gauche, partisan d’un compromis territorial avec la Palestine et hostile aux implantations. Depuis vingt-huit ans, Michel Kichka enseigne l’illustration, la bande dessinée et le dessin de presse à la prestigieuse Académie des arts Bezalé. Parmi ses anciens élèves, figure le directeur artistique de Valse avec Bachir. « La société est devenue de plus en plus visuelle, déplore le collaborateur de « TV5 Kiosque » et de Courrier International. On ne peut plus écouter sans regarder, on ne peut plus regarder d’images fixes sans son. J’exerce un métier archaïque. Le temps d’arrêt du dessin de presse donne matière à rire, à réfléchir, à se révolter. Dans un journal, c’est une petite scène privilégiée, l’opinion libre d’un esprit libre.» Blog : fr.kichka.com

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L'inventeur du sac-banane se cachait depuis 35 ans au Chili

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Le 10 juillet 2010 à 12:03

Ramize Erer

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