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Publié le 25/05/2014

Paul Jorion : "Chaque génération a arnaqué la suivante"


Comment ça va la famille ? #4

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Dernier épisode de notre entretien avec l'économiste et anthropologue Paul Jorion : les biens du ménage, la maison, la richesse des familles
A ses yeux il n'y a rien de romantique dans les opérations financières entre générations. Qu'il s'agisse du "household" américain ou ici en Europe, les parents "vendent" à leurs enfants des biens immobiliers de plus en plus surcotés ou surendettés - pour ainsi dire à des prix d'arnaque.

Et, en coda, une ultime question : – Monsieur Jorion, et votre famille à vous, comment ça va ?

Le Rond-Point est un rond-point où beaucoup de gens se croisent, se rencontrent, se mélangent, forment des molécules, de nouveaux matériaux, des tissus à motifs inédits. En voilà quelques uns, attrapés par le bras par la rédaction de ventscontraires.net, ils viennent faire un tour avec nous. 

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Paul Jorion

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Le 26 février 2013 à 12:07
Le 24 juillet 2014 à 08:57

François Jarrige : "L'automatisation vise toujours prioritairement à remplacer les ouvriers"

Rage contre la machine ? #2

François Jarrige est historien, enseignant-chercheur à l'université de Bourgogne. Il s’intéresse à l’histoire des mondes du travail, des techniques et aux controverses qui ont accompagné l’industrialisation. Il a notamment publié Au temps des « tueuses de bras » (2009) et Face au monstre mécanique (2009). Son dernier ouvrage Technocritiques. Du refus des machines à la contestation des technosciences est sorti en février aux éditions La Découverte. Deuxième partie de l'entretien qu'il a accordé à ventscontraires.net > Première partie   L'automatisation croissante dans l'industrie actuelle peut-elle assimilée à une nouvelle révolution industrielle ? Certains le disent comme par exemple l’économiste Joseph Stiglitz qui a théorisé récemment l’avènement d’une « troisième révolution industrielle » grâce à l’alliance entre les technologies numériques et les technologies dites « vertes ». Selon lui cette « nouvelle révolution industrielle » doit créer de nombreux emplois tout en résolvant les impasses écologiques des révolutions industrielles précédentes. Je ne sais pas si nous vivons actuellement une « nouvelle Révolution industrielle » mais j’aimerais insister sur deux points : d’abord l’expression « révolution industrielle » a surtout une fonction idéologique, elle insiste sur le caractère brutal et radical d’un changement qui est souvent plus progressif et lent qu’on ne le dit. Par ailleurs, l’idée de « révolution industrielle » est problématique car elle continue d’enfermer le débat dans un fatalisme technologique, elle tend à imposer l’idée que c’est seulement par de nouvelles technologies que les problèmes sociaux ou environnementaux pourront être résolus. Le développement des logiciels et l' « ordinisation » vont-ils également métamorphoser l'univers des services ? On assiste aujourd’hui à une expansion de l’automatisation à de nouveaux secteurs d’activité considérés auparavant comme le propre de l’homme. Ce que vous appelez « l’ordinisation » semble représenter l’expansion de l’automatisation à des tâches non plus seulement manuelles mais de plus en plus intellectuelles, même si la séparation entre ces deux types d’activité est très discutable. Dès le XIXe siècle, l’idée que la technique devait permettre de supprimer les tâches les plus dures et éprouvantes pour laisser à l’homme les tâches purement spirituelles ou intellectuelles, censées être les plus valorisantes, n’a cessé d’accompagner et de justifier la mécanisation du travail. Aujourd’hui, les automates se multiplient partout pour remplacer les contacts entre humains (dans les gares comme les magasins), et il ne faut pas oublier que l’automatisation vise toujours prioritairement à remplacer les ouvriers – jugés trop couteux – par des robots alors que l’obsession de la compétitivité demeure l’unique critère pour évaluer les changements techniques. En Asie le géant industriel taïwanais Foxconn, spécialisé dans la fabrication de matériel informatique, dénoncé pour les mauvaises conditions de travail qu’il impose à ses salariés chinois, annonce ainsi purement et simplement leur remplacement par des robots. Mais ce qui est effectivement plus nouveau c’est la prise en charge des tâches intellectuelles par des logiciels informatiques. Désormais l’essentiel des transactions financières sur les marchés boursiers sont par exemple pris en charge par des logiciels nommés « algos » (pour algorithme), d’autres annoncent l’avènement de logiciels d’apprentissage et de traduction si performants qu’ils rendront les professeurs et les traducteurs obsolètes. Il faut néanmoins être prudent car dans le domaine des nouvelles technologies les annonces spectaculaires à visée publicitaire sont souvent sans rapport avec la réalité, les entreprises du secteur manient l’hyperbole et construisent un futur imaginaire pour fabriquer de la publicité à peu de frais. Le fait-il que cette technologisation touche maintenant d'autres acteurs que les seuls « ouvriers » va-t-il changer la donne ? Je ne sais pas, je ne suis qu’historien et pas prospectiviste ou futurologue. Il me semble néanmoins indéniable qu’une nouvelle trajectoire s’ouvre actuellement en ce qui concerne les liens entre les changements technologiques, le travail et l’emploi. Deux économistes américains du MIT viennent d’ailleurs de publier un ouvrage fascinant dans lequel ils entrevoient le début d’un nouvel âge des machines (Erik Brynjolfsson, Andrew McAfee, The Second Machine Age: Work, Progress, and Prosperity in a Time of Brilliant Technologies, MIT Press, 2014). Analysant les effets des rapides transformations technologiques en cours avec l’informatisation et l’expansion du numérique, ils proposent une thèse forte : nous serions entrés dans un « deuxième âge des machines » qui se caractériserait par l’automatisation des activités pour lesquels les humains et les « fonctions cognitives » étaient jusque-là considérées comme indispensables. Alors que le premier âge des machines, celui qui s’était engagé avec la « Révolution industrielle » du début du XIXe siècle, se caractérisait par l’automatisation des tâches nécessitant un effort physique, une dépense musculaire, le nouvel âge des machines viserait quant à lui au remplacement des fonctions intellectuelles elles-mêmes. Compte tenu des transformations rapides de la puissance informatique et de l’extension de l’informatisation à des activités toujours plus nombreuses, il semblerait même qu'il n'y ait plus d'obstacles désormais au remplacement des travailleurs dans l'ensemble des secteurs d’activité. Dans ces conditions, alors que dans le passé chaque vague d’innovation technique créait au final de nouveaux emplois, les nouvelles trajectoires aboutiront à des destructions massives d’emplois non compensés.

Le 31 mai 2015 à 09:00

Paul Jorion : "Vivons-nous encore en démocratie ?"

Une étude très intéressante faite par la Banque des Règlements Internationaux – la "banque des banques" donc ce ne sont pas des révolutionnaires – était de savoir si nous sommes encore une démocratie. Ils se sont aperçus qu'on ne tient absolument pas comptge, dans les décisions politiques, de l'opinion de la majorité de la population. Il est clair que dans l'ensemble c'est le milieu des affaires et quelques personnes très riches qui influencent le monde. La conclusion de cette étude est qu'on vit en oligarchie, avec une apparence de démocratie parce que nous votons encore... Non, les gens ne sont plus le plus grand lobby du monde. Il faut de l'argent pour être un lobby. Le journal US Politico est venu à Bruxelles en disant que cette ville est le Washington de l'Europe au vu du nombre de ses lobbies : 147 transnationales qui représentent 70% de l'économie. Les cinquante premières sont de grosses banques. L'historien britannique marxiste Eric Hobsbawm a dit qu'aujourd'hui la révolte est impossible. Il faudrait, pour qu'elle ait lieu, qu'elle se produise à l'échelle de la planète. Mais il y a l'obstacle des langues pour que surgisse une opinion publique mondiale. Déjà en Europe les opinions publiques ne communiquent pas entre elles. Ce qui se discute en Allemagne ne passe pas en France, en Italie, etc. Il faudrait tout traduire en anglais. Pour comprendre où nous en sommes, je me demande si nous ne devrions pas lier les savoirs relatifs à l'individu et ceux relatifs au groupe. Je vais essayer de le faire dans mon prochain livre, entre psychanalyse et anthropologie. On ne peut pas ne pas tenir compte du fait que des collectivités d'êtres humains ont un comportement qu'on ne peut comprendre en additionnant simplement les comportements individuels, comme le prétend la théorie de l'homo economicus. De même, il ne suffit pas d'en rester au plan de la sociologie. Il y a une faiblesse liée à notre nature, nous pensons que tout s'explique par la rivalité et la concurrence. Et nous ne voyons pas que notre comportement spontané est plutôt celui de l'attirance vers les autres, du désir de faire des choses ensemble, de la solidarité. Nous avons un sentiment de culpabilité attaché à notre comportement lié à la rivalité qui nous le rend perceptible, et aucun attaché à notre besoin d'aimer les autres, ce qui fait que nous le perdons de vue. Nous ne sommes pas un loup pour l'homme, c'est grâce à la solidarité que nous pouvons survivre dans les situations de concurrence extrême, comme dans les camps de concentration. Nous devons nous organiser dans l'avenir selon la philia d'Aristote, cette bonne volonté que nous mettons tous à faire marcher les choses. > le blog du Paul Jorion

Le 23 février 2013 à 17:39
Le 6 décembre 2014 à 09:45

La voie du rateau

Sri Marasmi a donné une série de conférences en vue d'atteindre la sagesse selon une méthode qu'il nomme la voie du rateau. Malgré le grand nombre de participants, chacun a pu s'en procurer un neuf à un tarif préférentiel. Sri Marasmi nous a alignés de façon serrée pour gagner un maximum de place, afin de rentabiliser l'espace (Château de Bucet, en Champagne). Une fois allongés côte à côte, rateau contre rateau, il a démarré son enseignement. Il nous a rappelés que le rateau était composé d'une partie métallique (les dents) et d'une tige en bois (le manche). Notre monde a entériné comme seule opérante, la position illusoire (manche) vers le haut et (dents) vers le bas. Sri Marasmi a expliqué que c'est en inversant cet usage que nous trouverons le chemin qui mène à la voie. Il est dit dans son dernier livre que « le manche est un arbre arraché à notre mère Gaïa. Il est plus proche d'elle que ne le sont les dents, qui signifient la dureté du coeur. » Sri Marasmi nous a demandés de nous mettre debout, rateau au sol formant un angle droit avec notre corps, les dents près de nous tournées vers le ciel. Par une impulsion rapide du pied, nous avons fait l'expérience de son redressement violent. Sri Marasmi nous a expliqué que nous avons l'habitude de traiter les affaires du monde avec l'esprit du monde (les dents), au lieu de nous servir de l'esprit de la terre (le manche). Ce déséquilibre provoque une onde de choc qui blesse la perplexité de notre face. Plusieurs participants ont eu le nez en sang. Sri leur a demandé d'inverser leur geste : manche près de soi et dents à l’extrémité. Personne n'a réussi à redresser le rateau consacré dans cette position. Sri en a conclu qu'ils étaient guéris, libérés de « la corruption du monde qui est dans la face du rateau de notre être-même. » Après cette prise de contact, les serviteurs nous ont envoyés dans le village pour pratiquer la voie. Certains ont été arrosés d'insultes en chassant les anges du green, nom que Sri donne à l’équipe de football de Bucet. L'après-midi, nous avons brûlé les rateaux consacrés dans un grand feu derrière le château. Sri dit en effet que « les rateaux s'utilisent un seul jour, car la vérité est un jour unique. » Heureusement, chacun a pu en racheter un neuf (super organisation). Le lendemain, nous sommes repartis dans le village pour délivrer l'enseignement, en disposant les rateaux consacrés sur les trottoirs pour la conversion des prédestinés. « La Sagesse les reconnaîtra à leur pansement » a dit Sri Marasmi, qui s'occupe personnellement de la vente en ligne des rateaux consacrés, en signe d'humilité.

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