Pascal Hérault
Publié le 26/05/2014

Le Professeur Pascal répond à vos questions


Y-a-t-il des mots qui font du bien?

OUI. Par exemple, les mots amour, savon, choucroute garnie, vins des pays de Loire, caresse, câlin, viens dans mon lit, copains, joie, pâtisserie, service après-vente gratuit, soldes sur la lingerie fine, plombier à l'heure, sieste, Mozart, soleil, farniente, barbecue (à gaz ou pas), théâtre, ouvreuse sexy, où sont les toilettes, ma petite chérie?
La liste est loin d'être close et chacun peut la compléter selon ses goûts. Ceci étant dit, les mots sont réversibles : un mot sensé faire du bien peut renvoyer à une réalité désagréable ou affligeante. Un barbecue, cela peut vous exploser à la gueule. Toutes les ouvreuses ne sont pas sexy : j'en connais qui pourrait être maître-chien. Mon plombier arrive à l'heure, mais c'est juste pour me faire un devis. Et que dire de la lingerie fine, si on n'a personne à l'offrir ? Que dire encore d'une choucroute garnie à laquelle il manque deux saucisses ? Et je ne parle même pas du savon sur lequel on glisse dans la baignoire, de l'amour de ma vie qui ne veut pas qu'on la caresse, des copains qui ont passé l'arme à gauche, de mes voisins qui préfèrent Céline Dion à Mozart et qui m'empêchent de faire la sieste, merde !
Bref, méfiez-vous des mots qui font du bien : il se pourrait qu'ils fassent très mal. La semaine prochaine, justement, nous parlerons des mots qui blessent comme redressement fiscal, hachoir à viande, Syrie, andouille, mine anti-personnel, enfoiré. Et si vous êtes bien sage, on fera un abécédaire !

Pascal Hérault est tombé dans la littérature quand il était tout petit et depuis il ne s’en est pas relevé. Auteur d’albums et de romans pour la jeunesse, il écrit aussi des polars, des chroniques pour le site K-libre et des textes inclassables où la logique se prend les pieds dans le tapis. Derniers ouvrages parus : Suzy a disparu !, éditions Les 400 CoupsL’Ile de la faim, éditions Oskar. A paraître : C’était comment avant ?,  essai humoristique et vaguement historique aux éditions Max Milo. On peut le retrouver sur son site : www.pascalherault.fr

 

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Le 21 février 2011 à 10:57

La wrinkle pride

Conseil beauté : faites l'amour

C'est comme la gay pride, mais pour les ridés, puisqu'on n'y peut rien non plus. Donc pourquoi pas un défilé intitulé "la fierté des rides" ? Horreur ? Oui, horreur, je suis d'accord. Je préfèrerais me défiler. Cette idée m'est venue en voyant l'autre jour à la télé le pape de la chirurgie, Ohana, prénom Sydney, pratiquer des injections de botox à une jeune femme de 28 ans car pour son image professionnelle, il lui fallait faire disparaître de vilaines traces de fatigue.Deux choses :1/ Ça m'étonnerait que le pape Ohana-in-excelsis-Deo s'abaisse à piquer lui-même le bétail, au prix où il facture ses interventions ! Mais là, il y avait la télé, il était important pour sa promo qu'il y parût en clair et pas en off.2/ Se faire botoxer à 28 ans ! Il eût mieux valu que cette jeune femme qui n'était pas du tout moche se fît pénétrer non par une seringue, mais par un organe un peu plus joyeux activé par l'amour d'un mec ou d'une nana dans le but de lui faire plaisir, donc de la dérider. Cela s'appelle acte sexuel, en principe c'est gratuit, on peut en abuser, ça détend, ça fait chanter le regard, ça met du rose aux joues, ça rend belle. Et après tout, s'il se produit de petits bâillements le lendemain, cela rend les yeux plus brillants. Et Sydney Ohana peut aller se rhabiller. Heu, je ne suis pas sûre qu'il se déshabille devant ses patientes, enfin je l'espère pour elles !dessin © dominiquecozette

Le 14 août 2010 à 19:04

I love you Bill Murray

Rien à faire : chaque fois que j’imagine une histoire, tricote un rêve en phase paradoxale, m’apparaît le visage de Bill Murray. Soyons franche, l’homme n’est pas beau. Dans ses films, il parle peu. C’est même un maître du laconisme. A ses débuts comme humoriste, il a fait rire l’Amérique par ses blagues au Saturday Night show. Il continue à la faire s’esclaffer par son désabusement, son air de chien battu. Car Bill Murray semble toujours étonné d’être là, comme dépassé par les événements, étranger à sa propre vie, victime du hasard et des rencontres qu’il impose. Cet homme mi-cabot, mi cabotin, frappé et flapi, n’interprète que des personnages sur le déclin, acteur en perte de vitesse réduit à d’imbéciles publicités au Japon (Lost in translation), séducteur ayant perdu toute vitalité et superbe (Broken Flowers), survivant grimé, bientôt raide mort à la suite d’un stupide malentendu (Bienvenue à Zombieland). Cet ancien chasseur de fantômes (Ghost Busters), ce guetteur de marmottes (Un jour sans fin) traîne à la manière d’une épave. Ce corps avachi, vêtu d’un simple peignoir, l’esprit, les rêves, l’espoir l’ont déserté. Au cinéma, Bill Murray nous regarde à la manière de la femelle orang-outan de la ménagerie du Jardin des Plantes. Genre : qu’est-ce qu’on fait là, vous et moi ? Epoux mélancolique, célibataire ironique, Don Juan à marée basse, vidé de tout désir, toujours pince-sans-rire et finalement prêt aux aventures les plus folles. Son flegme de Belle au Bois Dormant fatiguée tient du questionnement métaphysique. C’est le seul type qu’on supporte en survêtement, qu’on détesterait bousculer. I love you Bill Murray.

Le 9 juin 2010 à 13:00
Le 25 janvier 2011 à 08:18

Fils de, encore un !

Jules Gabot est en retard au rendez-vous. Il a eu une fuite en urgence. Il me retrouve au Stella, la brasserie hype de la ville. Il est tel qu'en lui-même, nature, une clope à l'oreille, cheveux ébouriffés. Il a commencé sa carrière de plombier en 2008, et sa première intervention eut lieu à sa mairie.– J'ai été gâté. Peu de jeunes plombiers peuvent en dire autant.– Votre nom, déjà…– Au contraire! L'employé voulait éviter un "fils à papa" (Jules mime les guillemets) et s’est trompé. Du coup, il m'a traité comme un simple pékin et j'ai donné tout ce que j'avais. Il a apprécié et a fait le buzz. Ça a été très vite !– Etre le fils de Philippe Gabot influe forcément !– Non. Si je me plante, terminé. On n'attend pas après moi! Vous savez, c'est "pénible" (même geste) d'être toujours soupçonné de devoir sa carrière à son père. Prenez les chanteurs : qui va leur reprocher ça ? Arthur H, M, David Hallyday et bien d'autres, on ne fait jamais référence à leurs pères ! Pourquoi nous, les plombiers, boulangers, maçons, on nous le reproche ?– C'est plus facile d'entrer dans la carrière.– Disons qu’on connaît mieux le milieu, mais après ? Tu loupes un joint et terminé ! On ne dira jamais assez l'amertume de ces jeunes loups fils de, comme Cédric Donzère, charcutier fils de, Jean Thomas, agriculteur fils de, et Céline Barbe, coiffeuse fille de. Et on comprend que pour être crédibles, ils doivent faire leurs preuves deux fois plus que n'importe qui. dessin © dominiquecozette

Le 14 juin 2011 à 05:39

Lettre démodée à un libertin...

Les libertins sont avisés, surtout ne pas dépasser les limites du bon goût des petits jeux qu'ils jouent. Un zeste de sadisme, un zeste de romantisme, un soupçon de luxure, délicieuse blessure. On se délecte des lectures du divin Marquis, on se donne en pâture... oh vraiment, c'est exquis ! On s'épanche, on caresse, on frappe avec rudesse, et puis on se mélange. On est bien dans la fange! On observe discret, derrière des glaces sans tain. On déguste en gourmet, des corps qui seront siens. Peu importe le sexe, tout est bon à toucher. On a plus de complexes à sucer, à lécher. On se masque, on se cherche pour mieux se découvrir, on saisit mille perches qui vont nous faire plaisir. Derrière le loup de soie se cache l'agneau tendre. On tâtonne, on perçoit, on a soif de surprendre. La manipulation  est un état jouissif et la domination un droit définitif. Plus fine est la partie, plus grand est le danger. La douce mélancolie des liaisons inavouées.  Tout ce beau monde s'adonne à ces plaisirs pervers sans penser un instant à ces nombreux revers, qui arrivent pourtant et qui leur jouent des tours...Le mot n'est pas fréquent, chez ces gens élégants. Elégants dans l'habit et non dans tout le reste. Ils sont toujours bien mis, une rose à la veste. Le mot qui n'a plus cours et qu'ils ont oublié, ce mot est un état, un état démodé. Ce mot qui joue des tours, on ne peut le contourner. Ce mot devient suspect. Il s'agit de l'amour.

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