Jean-Marie Gourio
Publié le 09/07/2010

Haïku de comptoir 10


(L'été au comptoir)

Le sang du Christ
Goutte de cassis
Kir au Jésus
Il commence à écrire en 1976 dans le magazine Hara-Kiri, dont il devient bientôt rédacteur en chef adjoint. C'est là que paraissent ses premières "brèves de comptoir". Il écrit aussi pour la radio, la télévision, le cinéma et la bande dessinée. Et puis des romans, 9 à ce jour. Depuis 1987, il publie un recueil de Brèves de comptoir par an. Après ses Nouvelles Brèves de comptoir au Rond-Point avec Jean-Michel Ribes, il va lancer sur ventscontraire.net des Haïku de comptoir, des essais philosophiques épais comme un fil, des visions, des pensées en rond, des tribunes de stade...
 

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Jean-Marie Gourio

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Le 26 décembre 2014 à 08:58

Les rois se reproduisent, les papes pas

Les nouvelles aventures de l'Histoire de France

Un fils de roi devient automatiquement roi, un fils de pape devient automatiquement le fils de la concierge. Donc pas pape. Pourtant, comme les rois, les papes se succèdent. Je n'ai pas rêvé, dès qu'un pape meurt, un autre apparaît. Quel est leur secret ? Comment font-ils pour assurer leur descendance ?On le sait aujourd'hui, les papes se reproduisent par la fumée blanche. Un certain nombre de cardinaux s'enferment dans une petite chambre tout en haut du Vatican, ils y restent un temps plus ou moins long, on ne sait pas très bien ce qu'il font, mais lorsqu'on aperçoit une petite fumée blanche sortir par la cheminée sur le toit, le pape est né. En général, c'est un beau bébé barbu de 70 à 75 kilos qui sourit aux anges. On l'emmaillote aussitôt dans du linge blanc et on le présente à la fenêtre. Une foule de Polonais et d'Espagnols hurlent alors leur joie en voyant leur Saint-Père.C'est une des particularités des papes, lorsqu'il naissent, ils sont déjà pères – Saint-Pères même – de millions de catholiques. Quand les ont-ils faits ? Mystère. Il faut savoir que le mystère, comme le miracle, est un des charmes de la religion catholique. Vouloir à tout prix élucider tous les trucs de l'Eglise aboutirait à enlever à la foi sa truffe. Croire perdrait soudain la saveur rare de l'inexplicable, pour n'être qu'une mastication machinale de vérités fades, destinées à nourrir l'âme, qui doit toujours être en bonne santé si elle ne veut pas aller en enfer sur une civière.© J'ai encore oublié Saint Louis, Actes Sud 2009

Le 21 décembre 2014 à 09:18

Alerte : le pape chez les Sims

Les grands bugs du XXIe siècle

Un virus est signalé aux amateurs du jeu de gestion à échelle humaine « Les Sims » : méfiez-vous des haies de thuyas made in Vatican ! Parfois, avec ces nouvelles haies, une papemobile se gare devant la maison de vos Sims… et là un pape rouge sort en tremblotant de son véhicule et ding dong ! il sonne à la porte. Il s’agit sans doute d’une nouvelle attaque du Vatican en vue de réévangéliser l’occident matérialiste. Chez mes Sims il y a même eu deux papes d’un seul coup : un rouge (tak!) et un blanc (jawohl!). Ding dong ding dong ! À partir de là, rien à faire : les Sims ouvrent et invitent les papes à boire un drink, ils entraînent les deux papes à danser. C’est lourd un pape finissant, on voit à quoi pensent les Sims qui se dandinent en les soutenant : à leur lit, au frigo, au canapé de la salle de bain, au hamac dans le jardin près de la piscine… Penser à la piscine les excite, les Sims se déshabillent et déshabillent les papes à l’abri de la haute haie de thuyas. Les deux papes flottent heureux avec leurs kipas qui font deux pastilles rouge et blanche sur le bleu chloré. En quelques minutes, mes deux papes sont parfaitement intégrés à la vie des Sims, désormais impossible de les effacer, il faudra vivre avec ! À présent le pape rouge joue avec eux au Monopoly du XXe siècle sur le canapé de la salle de bain. À l’étage, le pape blanc fouille dans les tiroirs et sous les lits, puis descend jeter toutes les capotes qu’il a trouvées dans le compacteur à ordures de la cuisine. Le pape rouge triche aux dés pour retomber toujours sur la case « Auschwitz », où il a déjà pu déposer deux carmels et trois grandes croix papales. Le pape blanc adore voir les petits garçons se déshabiller. Mes Sims s’en foutent, ils aiment surtout bouffer, danser, copuler, déféquer et dormir. Le saint père en djellaba blanche fait ses ablutions avec de l’eau bénite, distribue des chapelets pour un karaoké marial : « Like a Prayer », de Madonna.Pape rouge tombe sur une boîte de Viagra dans la salle de bain, avale trois gélules, la bouilloire siffle en vain dans la cuisine. Tiens mes Sims marchent à genou, mangent à genou, dorment à genou, forniquent à genou. C'est bien sûr à cause des papes. Ah le rouge crache la sainte glaire. Les Sims lèchent ses mules papales pendant que le blanc le canonise. Je passe en accéléré : paperouge agonise pape blanc se frotte les mains fumée noire dans la cuisine Sims-nouveaux-nés pullulent à genoux fumée blanche Sims prêtres Sims évêques tous à quatre pattes flammes enfer attention Ding dong ding dong papemobile devant maison en sort un pape gaucho (Si!) qui embrasse Sims-nouveaux-nés-autistes (Si!) et lèche stigmates Sims lépreux (Si!)

Le 7 février 2014 à 08:25

Rêves minuscules de comptoir #1

Il suffit de s’accouder au comptoir des cafés et d’attendre. Se laisser bercer par les conversations. Devant un verre. Flotter un peu. Ecouter. Distraitement. Au milieu des mots des buveurs bavards parfois perce, comme une fleur minuscule dans le sous bois des grands discours, un petit rêve. Souvent il s’exprime à voix basse, entre deux éclats. «  Moi si j’avais dix centimètres de plus, je serais parfaite ». Une enfance de l’envie. Un croquis. Une herbe fine qui plie sous la rosée luisante d’une goutte d’alcool. Souvent, cela commence par «  moi j’aimerais bien que… », «  moi si j’étais… » Ces minuscules rêves de comptoir dessinent des personnages frêles comme des grands mômes. Les buveurs ne veulent pas grandir. Soudain, le gros gaillard du bout du bar s’exprime et retrouve ses dix ans, on écoute sans se gêner le rêveur qui parle, sans déranger. Il aimerait bien « avoir un chien qui parle », ce rêveur, là bas, qui boit du blanc ! Et pourquoi pas ? Petit rêve de comptoir tombé sur le zinc comme une graine minuscule. Il se dégage de ces mots une grande douceur. Le buveur signe une trêve avec lui-même et avec les autres. Stop. En vision infrarouge, le rêve de comptoir se reconnaît à son halo pourpre couleur des roses trémières.Ce sont ces rêves de comptoir qui, peut être, nous font traverser la vie avec un éclat vif encore et toujours piqué au fond des yeux. Il existe des vieilles dames au visage flétri dont l’œil pétille et nous disent que,  «  si elles volaient, elles rentreraient chez elles par la fenêtre, plutôt que prendre les escaliers. » Joli rêve de vieille dame endimanchée, recroquevillée devant son kir framboise servi en aquarelle. Œil améthyste. Cheveux gris bleu.Ces rêves de comptoir sont une soie. Un trait d’air frais. Une légèreté soudaine. Des vacances. Une critique de la raison pure en quelques mots. Poèmes à la mie de pain ! aurait dit la vieille dame qui boit du kir framboise et rentre chez elle par la fenêtre en volant. Du brut de décoffrage ! aurait dit le maçon en faisant claquer sa large paume sur le zinc.Ces petits rêves mis bout à un bout font une grande chaine du rêve. Un guide pour la main. Les doigts serrés sur cette corde tendue nous avançons. Petits rêves essentiels qui donnent la direction. Vraiment oui, cela nous fait du bien de nous lancer au visage tous nos rêves minuscules ! Pour nous prouver encore la plasticité de nos cœurs élastiques. Plaisanterie sucrées. Roses et bleues comme des dragées. Petits jeux de l’esprit. Espiègleries. Pensées buissonnières. Un pas de côté. Galéjades !  Enfants grisés sautant pieds joints dans des flaques de mots. La vieille dame qui vole en a toute une collection de petits rêves en quatre mots collés dans ses cheveux. Phrases très légères. Douces. Transparentes parfois. Je les ai écoutés s’exprimer ces petits rêves à tous les comptoirs visités des villes et des campagnes. Il faut frapper des mains pour les voir s’envoler comme des nuées de papillons, tourbillonner au dessus de nos têtes et se reposer sur nos épaules. Petits rêves agiles et colorés ! Presque rien et presque tout. Je les ai notés sur ce carnet qui ne me quitte jamais pour en faire un jour un petit livre. Un petit livre avec son trèfle à quatre feuilles. Un petit livre porte bonheur. Petit bouquin à 2 euros. Soit deux cafés. Un demi. Deux brins fins de muguet achetés sur un trottoir à un gamin.Il suffit de s’accouder au comptoir, alors penchons nous sur le zinc. Il suffit de commander à boire, alors commandons ! Les petits rêves de comptoir se préparent à l’envol. Buvons à la santé des minuscules rêves de comptoir. Que vivent les petits rêves et s’envolent à leur suite les gens qui les portent en eux !           Si c’était que moi, le trèfle à quatre feuilles porterait bonheur à partir de deux feuilles.     J’aimerais bien avoir les pieds plus grands, j’adore les chaussures !     C’est dommage que la salade porte pas bonheur comme le muguet.    

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