Emmanuelle Pireyre
Publié le 09/06/2014

Mes vêtements ne sont pas des draps de lits


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Née en 1969 à Clermond-Ferrand. Après des études de commerce et de philosophie, et par ailleurs insatiable lectrice depuis l’enfance, Emmanuelle Pireyre écrit et publie depuis 1995.

Elle fait d’abord paraître ses textes dans des revues de littérature ou de poésie comme Perpendiculaire, Nioques, ou Hiems. Puis en 2000, Maurice Nadeau publie Congélations et décongélations, et autres traitements appliqués aux circonstances, suivi de Mes vêtements ne sont pas des draps de lit, en 2001. En 2006 paraît dans la collection Fiction & Cie du Seuil Comment faire disparaître la terre ? Elle est aussi l’auteur de plusieurs fictions radiophoniques pour France Culture, d’une pièce de théâtre, Laissez-nous juste le temps de vous détruire, en 2012, et fait régulièrement des lectures performées en public, formes dérivées des livres dans desquelles s’insèrent de courts sketchs vidéos. Féerie générale parait en 2012 aux Editions de l'Olivier, roman récompensé par le Prix Médicis.

 

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Le 7 juin 2011 à 01:30

Le corps des femmes après Berlusconi

Un documentaire de Lorella Zanardo, Marco Malfi Chindemi et Cesare Cantù

Ça n'est pas une majorité morale serrée du cul qui a dit "assez" à Berlusconi en lui infligeant sa plus humiliante déculottée électorale. Mais des spectateurs se frottant les yeux après des décennies de "pornocratie" triomphale. Même la ville d'Arcore, près de Milan, où Silvio Berlusconi possède la luxueuse villa de ses soirées "bunga bunga", est passée à l'opposition.Voici un documentaire éclairant sur la manière dont l'Italie berlusconienne a traité le corps des femmes. "Nous sommes partis d’un état d’urgence. La constatation que les femmes, les femmes vraies, sont en train de disparaître de la télévision et qu’elles ont été remplacées par une représentation grotesque, vulgaire et humiliante", racontent les réalisateurs de ce film disponible en sept langues sur leur site il corpos delle donne (le corps des femmes). "La perte nous a semblé énorme : l’élimination de l’identité des femmes était en train de se produire sous les yeux de tous mais sans qu’il y ait une réaction appropriée, même de la part des femmes. A partir de cette constatation, l’idée a fait son chemin de sélectionner des images de la télévision qui auraient en commun l’utilisation manipulatoire du corps des femmes pour raconter ce qui est en train de se produire, non seulement à qui ne regarde jamais la télévision, mais aussi et surtout à qui la regarde mais « ne la voit pas  ». L’objectif est de nous interroger et d’interroger sur les raisons de cette disparition, un véritable « pogrom » duquel nous sommes tous les spectateurs silencieux. Le travail a donc donné une importance particulière à l’élimination des visages adultes de la télévision, au recours à la chirurgie esthétique pour éliminer le moindre signe du passage du temps et aux conséquences sociales de cette élimination."

Le 26 mars 2013 à 09:11

Christian Salmon : Ces histoires qui nous gouvernent #5

Vies à vendre ou marchandises à vivre ?

> Premier épisode Dans sa conférence-performance "Ces histoires qui nous gouvernent", l'écrivain et journaliste Christian Salmon poursuit son salutaire travail d'analyse du story-telling. Dans cet extrait, il revient sur un récit édifiant mais fictif qui a joué un rôle décisif dans l'intervention américaine en Afghanistan et même au-delà. "Quoi de plus innocent et charmant qu’une histoire bien tournée ? Les histoires nous distraient et nous instruisent en nous faisant rêver. Désormais, avec la technique du storytelling, elles nous gouvernent et sont devenues un instrument de contrôle des opinions, une « arme de distraction massive ».L’entrée en guerre préventive contre l’Irak, le reality show au début du mandat de Sarkozy, sa métamorphose en capitaine courage face à la crise financière, l’épopée victorieuse de Barack Obama… Autant de fictions préparées dans le secret de war rooms où s’élabore le storytelling intégré. Christian Salmon nous propose un voyage dans les démocraties contaminées par l’hypermédiatisation, une exploration des mythes politiques à l’âge du néolibéralisme. Une traversée de la crédulité contemporaine. " Enregistré le 30 novembre 2012 dans la salle Topor du Théâtre du Rond-Point En partenariat avec Cinaps TV et Rue 89 Vous pouvez également retrouver le podcast audio complet de cette conférence-performance.

Le 21 novembre 2013 à 11:56

Epiphanie

 Un soir de novembre 1983, je me suis assis sur un banc devant un théâtre parisien. C’était il y a trente ans, j’avais alors dix-huit ans, je m’étais installé à Paris quelques semaines plus tôt, pour faire mes études. C’est le soir, c’est l’automne, c’est novembre, c’est une soirée tumultueuse, emplie de tourbillons venteux, avec de lourds nuages qui cavalent à l’intérieur du ciel, lequel est éclairé d’en bas par les lumières de la ville, qui y révèlent une émulsion gazeuse de couleur jaune suspendue dans l’atmosphère. Des feuilles mortes sont aplaties, lourdes de l’humidité qui les imbibe, sur le sol sableux des allées. Des cuvettes forment des étangs peu étendus, plus substantiels que des flaques, que les piétons doivent contourner. Des lampadaires de fonte, sombres, sculptés, d’une facture assez précieuse, ponctuent les allées de loin en loin et enrichissent d’un soupçon de féerie l’atmosphère de la nuit. Il se trouve que ce soir-là, je n’allais pas très bien, l’avenir et la réalité me faisaient peur, terriblement peur : je craignais de ne jamais trouver ma place en ce monde. Assis sur mon banc aux abords du théâtre, je voyais de nombreux nuages lourds qui avançaient à toute vitesse dans la même direction : la ligne droite des nuages coupait obliquement l’axe est-ouest de la ville, et ce désaxement du ciel par rapport à la géographie urbaine me plaisait beaucoup. Un tumulte extraordinaire m’environnait : vacarme du vent, violence physique des tourbillons, branches noires qui remuent, papiers et sacs plastique qui volent. Je me vivais, ce soir-là, comme un exilé, un apatride, un orphelin, une entité détachée : nulle terre hospitalière, me semblait-il, ne s’offrirait à m’accueillir, jamais : j’entrevoyais mon avenir comme un monumental désastre. Mais quelque chose, dans ce spectacle des nuages noirs qui circulaient à toute vitesse selon un axe inflexible, me rassurait, et m’apaisait. Un flash métaphorique illumina alors mon esprit, il me sembla que les nuages étaient animés par l’énergie d’une détermination inexorable : élan massif de tout le ciel par-delà la stratosphère urbaine. Oui, je me suis dit alors que j’étais là-haut et non pas ici-bas, j’ai éprouvé une grande ivresse à me sentir dans un rapport de complicité analogique avec la vitesse et l’obliquité des nuages, je me suis dit que je serai sauvé par quelque chose de comparable à ce qui pousse le ciel avec une telle vitesse et selon un axe aussi déterminé. Une puissance. Une force intérieure. Le hasard et la chance. Le désir et la volonté. Une puissance et une force qui renverseraient tous les obstacles : car nul obstacle n’interrompait la course de ce ciel sombre et mouvementé. Ce qui précède est la description de l’une des plus puissantes épiphanies de toute ma vie. L’un des moments les plus intenses que j’aie jamais vécus, dans un rare entremêlement d’effroi et de confiance, comme si soudain, dans les ténèbres, à la faveur d’une subite éclaircie, j’avais entrevu ce que pourrait être ma vie trente ans plus tard. Je peux dire que cette soirée de novembre 1983, aux abords de ce théâtre, m’a longtemps servi de socle. J’y ai pensé souvent, avec le plus grand réconfort, toujours. Ce fut pour moi une nuit fondatrice. J’ai raconté cette épiphanie dans mon roman Cendrillon. Pour rendre sensible ce qui s’est joué de fondamental en moi cette nuit-là, je l’ai mise en scène comme une expérience de laboratoire, en postulant deux personnages théoriques, le Personnage A (moi à dix-huit ans, tout juste débarqué de ma banlieue) et le Personnage B (le jeune adulte nanti et socialement établi que je n’étais pas). Postulons le soir, postulons l’automne, postulons novembre, pour que cette expérience épiphanique et visionnaire puisse commencer. Ces quelques pages de Cendrillon, Bertrand Belin en a fait une chanson que j’adore, Postulons, dont les paroles sont toutes des phrases extraites de mon livre. Frédéric Fisbach a eu l’idée d’ouvrir son spectacle, Elisabeth ou l’Equité, en diffusant Postulons dans la salle, lumière allumée, et de faire entrer les comédiens sur ses dernières mesures, comme un fondu enchaîné, avant d’éteindre la lumière, une fois la scène bien engagée. Un fondu enchaîné entre le dehors et le dedans, la réalité et la fiction, le passé et le présent, la vie et l’œuvre, le biographique et le romanesque. Mais surtout un merveilleux principe de continuité entre ce soir de novembre 1983 où j’ai rêvé mon avenir et tous ces soirs de novembre 2013 où ma première pièce de théâtre est représentée, comme si ces soirs présents étaient autant de visions oniriques créées par ce soir ancien, ce soir lointain. Car le théâtre devant lequel, arrivé en avance, je me suis assis, sur un banc, sous le grand ciel désaxé, en novembre 1983, était le théâtre du Rond-Point. Je sais maintenant ce que j’ai entrevu de si beau ce soir-là : c’est ce que je suis en train de vivre en ce moment, ma première pièce créée dans ce même théâtre, le théâtre du Rond-Point, en novembre, exactement trente ans plus tard, comme un rêve, une vision automnale réalisée.

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