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Publié le 11/06/2014

Philippe Combessie : "Vers une sexualité plaisir ?"


Et au lit, comment ça se passe ? #1

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Autres épisodes :

Une sexualité en pleine évolution

Interrogé par ventscontraires.net, le socio-anthropologue Philippe Combessie décrypte les changements majeurs intervenus dans la sexualité au cours des 40 dernières années en France et en Europe, dans ces îlots où des individus ont commencé à se passer de dieu : développement des moyens de contraception, changement de statut des relations entre personnes de même sexe et avènement d'Internet.

Le Rond-Point est un rond-point où beaucoup de gens se croisent, se rencontrent, se mélangent, forment des molécules, de nouveaux matériaux, des tissus à motifs inédits. En voilà quelques uns, attrapés par le bras par la rédaction de ventscontraires.net, ils viennent faire un tour avec nous. 

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Philippe Combessie

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Le 17 juin 2014 à 10:40

Camille : "Pour moi, ça se passe bien"

Et au lit, comment ça se passe ? 

Camille se décrit comme épicène (adj. é-pi-sê-n’ : qui désigne indifféremment l’un ou l’autre sexe) et mauvais genre.  Il/elle écrit depuis maintenant une dizaine d’années sur la sexualité et pilote le blog Sexpress après avoir co-fondé Rue69. Ventscontraires.net lui a posé quelques questions.   Et au lit, comment ça se passe ? (pour vous, pour la France, pour le monde...) ? Pour moi, ça se passe bien, parce que j'ai la chance que mes pratiques sexuelles soient admises socialement. Si j'aimais qu'on me fouette, ça serait un peu moins bien. Si j'aimais les chevaux, je serai zoophile et je n'aurais pas le droit (depuis 2004)... Par contre, on peut attacher une jument pour la faire prendre de force par un étalon. Pour la France, là encore, pour moi, les choses vont plutôt bien. On est, certes, un peu pudibond : il est très grave que des gens vous voient faire l'amour mais l'interdit étant un gros stimulateur du désir, c'est pas si mal. Pour le monde... tant qu'on aura des dizaines de pays dans lesquels être homosexuel est passible de la peine capitale, ça n'ira pas très bien.   Pourquoi s'intéresse-t-on tellement à ce qui se passe dans le lit des autres ? Quid des religions et des ligues de vertu ? Parce qu'on s'intéresse à la reproduction et au contrôle des pulsions. Les religions et ligues de vertus sont dans cette double injonction de contrôle de la population. La société demande aux individus d'être transparents sur la sexualité mais de ne rien faire en public, c'est un peu paradoxal   En période de crise (économique, notamment), le lit est-il le dernier refuge ? Peut être... il parait que l'industrie du sex-toy n'est pas touchée par la crise!   La parité au lit, on en est où ? (les rapports de domination homme-femme ont-ils réellement évolué ?) Ca dépend où géographiquement. Mais le fait que les femmes gagnent en maitrise de la contraception change clairement les choses   Le tsunami porno, mythe ou réalité ? Quid de son influence réelle ou non sur la sexualité des jeunes ? Réalité au sens où ça change le rapport le rapport à la sexualité des jeunes. L'influence réelle est dans les pratiques (les jeunes femmes sucent, s'épilent....) mais pas tellement dans la construction des relations. Les jeunes restent très romantiques et dans la découverte.   En quoi Internet a-t-il, selon vous, changé la donne ? La question mériterait un livre... l'accès au porno tel que le racontait Richard Allan quand il était douanier et qu'il saisissait les films en provenance du Danemark n'est évidemment pas le même qu'aujourd'hui où il est difficile de trouver un gosse de 10 ans qui n'a jamais vu un extrait de film porno   Le succès de « 50 shades of grey » donne l'impression d'une démocratisation du SM. Vraie tendance ou épiphénomène médiatique ? Epiphénomène médiatique je pense ; il faudrait faire une enquête aujourd'hui pour voir si les pratiques ont vraiment changé. Intuitivement je n'y crois pas trop. J'avais posé des questions il y a 6 mois et cela restait "juste un livre", comme Harry Potter n'a pas changé le rapport à la magie des enfants ou le racisme dans le monde. La vraie démocratisation du SM est liée à des initiatives encore marginales comme l'érosticratie qui propose un festival d'explorations érotico-artistiques.   Le lit, espace de créativité ou bastion du conformisme ? Les deux... mais le conformisme c'est bien. Il y a une phrase de Jacques Brel que j'aime beaucoup:  "Passent aussi, indifférents
 Quelques jeunes gens faméliques
 Qui sont encore confondant
 L´érotisme et la gymnastique"   Comment imaginez-vous le sexe dans 10 ans ? 50 ans ? 200 ans ? Où ? Au Japon, je vois des sex-toys futuristes avec des sexes en plastique incroyables... Dans 10 ans, en France, je dirai un retour du poil qui s'amorce. Dans 50 ans, avec un peu d'optimisme, les hommes maîtriseront leur contraception eux-mêmes (sans passer par les femmes). Dans 200 ans, par contre, on aura bien eu une centrale nucléaire qui aura explosé.   On entend beaucoup parler de « bons coups » ou de « mauvais coups ». Qu'en pensez-vous ? Quelques conseils ? Ecoutez-vous, écoutez les autres... "Mes" bons coups étaient souvent musicien(ne)s. Je parlerais plutôt de "bons couples" et de "mauvais couples" mais clairement les personnes qui savent s'écouter et décrypter le corps de l'autre sont plus faciles pour prendre du plaisir ensemble.  

Le 1 avril 2015 à 14:00

Toujours plus Net ?

Internet nous prend la tête. Pour le meilleur et pour le pire. Partage des savoirs. Siphonage de l’intime. Et si nous ne savions pas encore l’utiliser ? C’est sur notre ignorance – et depuis Edward Snowden, sur notre passivité – que compte la NSA pour continuer à pomper et stocker à une échelle ahurissante nos données personnelles, ce pétrole au potentiel économique inestimable, jalousement gardé derrière les barbelés de camps retranchés. C’est de notre nonchalance que s’enrichissent les Maîtres du web.2, ces ex-jeunes prodiges ayant inventé de géniales tuyauteries qui ne vaudraient pas un kopeck sans les myriades de contenus dont nous les goinfrons chaque jour gratuitement. Que devons-nous faire pour reprendre la main et ne plus être aliénés de nous-mêmes ? Pour éviter que des autoroutes de plus en plus gigantesques tiennent au creux de la main de quelques uns ? Comment être moins primitifs, moins naïfs devant ce nouvel univers qui vient de s’ouvrir en nous reliant les uns aux autres ? Pendant tout ce mois d’avril, et pour fêter le 5e anniversaire de la revue en ligne du Rond-Point, nous écouterons le philosophe Bernard Stiegler : le Net, tout comme autrefois  l’invention de l’écriture, est autant un remède qu'un poison. Qu’il faut savoir maîtriser, pour être capable de choisir entre deux destins : celui de l'automation implacable d’un monde dans lequel nous ne serions plus que des fourmis ou celui d'une nouvelle économie contributive dans laquelle chacun d’entre nous pourrait trouver sa place. Parmi vos témoignages, parmi les billets d’artistes du Net et d’écrivains fidèles à la revue, vous retrouverez les conseils éclairés du hacker Jérémie Zimmermann (la Quadrature du Net) et ceux du militant des logiciels libres Tristan Nitot : deux regards venus de l’intérieur du web, engagés pour nos libertés en ligne et la neutralité de la Toile. Nous ne resterons pas éternellement des enfants. Certains esprits optimistes imaginaient dans les années 90 qu’un jour le Net « s’éveillerait » : la Terre hyperconnectée accèderait soudain, comme un cerveau de dimension planétaire, à une conscience supérieure. Et si nous en étions justement là ?

Le 22 avril 2015 à 09:23

Rodrigo García : "Le Net c'est vertigineux et souvent superficiel"

Rencontre avec l'écrivain, metteur en scène et directeur de théâtre Rodrigo García au resto du Rond-Point. 3e épisode : le Net. "Pour moi, Internet est un outil de travail magnifique. Par exemple quand je lis un livre et que l'auteur cite un autre auteur qui cite lui-même un auteur, avant, il fallait que j'aille à la librairie, que je me déplace, que j'achète le livre, que je le commande, maintenant je peux savoir rapidement qui est l'auteur. Chacun utilise Internet pour ce qu'il veut. Avant, les gens devaient se déplacer au cinéma porno pour se masturber, maintenant, ils peuvent se masturber à la maison et c'est un avantage parce que les gens peuvent se masturber à la maison et évacuer leurs tensions sans aller au cinéma porno en supportant l'humiliation d'être vus par d'autres gens. Pour la recherche, c'est aussi très intéressant mais il faut faire attention parce que les informations ne sont pas toujours authentiques et elles ne sont pas toujours complètes alors même si j'aime beaucoup aller d'un auteur à un autre, naviguer sur le réseau, je préfère de loin aller dans une bibliothèque, prendre les livres et y consacrer du temps parce que le temps en ligne est un temps vertigineux, très rapide. C'est agréable de prendre le livre, de l'ouvrir, chercher la page et je pense que ça prédispose à une meilleure lecture et à une meilleure compréhension. De l'autre manière, c'est vertigineux et souvent superficiel." Traduit de l'espagnol par Vincent Lecoq

Le 3 juillet 2014 à 10:04

2m50

Encore une histoire de sexe

Ils sont dans l’obscurité totale, sous l’eau, à 1500 mètres de profondeur.Ils mesurent 18 mètres de long, pèsent chacun leur trois tonnes, et possèdent à eux deux 16 bras et 4 tentacules.La femelle ? Elle fait sa timide.Ce que l’on comprend, quand on sait que l’organe sexuel de son partenaire mesure 2 mètres 50 de long et qu’il fonctionne comme une seringue hypodermique à haute pression. Son but pour assurer la survie de l’espèce est de percer le bras de sa dulcinée pour la féconder. Avec sa lance à incendie, il attaque tout ce qu’il trouve, et parfois, sans le vouloir, c’est à lui-même qu’il fait l’Amour.Son nom est truffé de A : Il s'agit du calamar géant. Sa réplique minuscule pourra, farcie, frite ou à l'armoricaine, se retrouver dans nos assiettes et nous pénétrer de sa texture si particulière. Mon suc te remonte à la gorge, chantait Léo Ferré, avec son goût d’entre dégoût. C’est l’éternité qui dégorge, et la mort qui tire son coup.Un autre animal, de la même façon, injecte son sperme dans n'importe quelle partie du corps de sa partenaire — le dos, le cœur, la tête. Un animal petit, noir, et non comestible que l’on trouve aussi sur les bureaux… Des fourmis ? Non, pas des fourmis. Des mouches ? Non, sur un bureau… Des trombones ? Non, pas des trombones, tu chauffes… Des punaises ? Bingo ! Les fameuses punaises de lit qui envahissent les capitales américaines, allant jusqu'à occuper les étages élevés de l'Empire State Building au grand dam des services de la morale sanitaire. Les mâles sont de formidables fornicateurs, ils font l'horrible chose plus de deux cents fois par jour. Avec d'autres mâles punaises, ou des femelles, ou n'importe quoi qui passe par là.Un chat. Une cuisse. Une chauffeuse.Ça laisse rêveuse.

Le 6 octobre 2010 à 08:14

En octobre, le brame des biches

Playmates du mois

Les cerfs sont des animaux grégaires.Ils se répartissent en deux groupes la majeure partie de l'année (hors période de reproduction) :- d'un côté les femelles, qui forment des hardes faites de plusieurs petits noyaux où la hiérarchie est très importante et se remarque surtout pendant les grands rassemblements. La "chef " se montre nerveuse, vigilante et toujours très attentive, alors que les autres paissent tranquillement; si un bruit, une odeur, est inquiétante elle prévient ses compagnes par de petits cris, le groupe s'ébranle alors, dans l'ordre et la discipline. La biche dominante ouvre la marche (ou la course), la "sous-chef" la ferme.– chez les mâles, tout se passe autrement. Le dominant est tout simplement le plus fort, il peut tyranniser les plus faibles, comme les laisser aller devant, et les suivre à distance. Il n'a aucune tâche de protection, si un danger survient, les mâles se sauvent les uns derrière les autres, sans aucune autre distinction que la rapidité et le sens de la fuite.Pour la reproduction, ce système de clan s'arrête vers le début de l'automne, c'est la période du rut (octobre). Les sujets les plus âgés seront les premiers à manifester leur désir. Les cerfs abandonnent donc leurs quartiers, pour rejoindre leurs compagnes, chaque mâle va se trouver un territoire (parcelle nuptiale) et essayer de retenir le plus grand nombre de biches. Il délimite son territoire en bramant.

Le 7 juin 2010 à 18:15

Des baisers

ventscontraires.net se prend le temps d'une interview pour un magazine féminin

Une centaine de très beaux garçons défileront sur les Champs-Elysées le 9 juin, avec pour seule mission de nous embrasser ! Nous, les filles, les femmes, les moches, les belles, les diplômées et les sans le sou, les mariées, les solitaires, toutes, sans distinction ! Rendez-vous à 15h en face du drugstore Publicis, pour une arrivée vers 17h à la hauteur du Théâtre du Rond-Point.Il n’y aura rien à vendre.Juste à déguster.Mais qui se cache derrière cette initiative ? Une certaine Sophie Bramly, créatrice du site Second sexe, productrice de films X créés par des femmes et auteur de « L’orgasme on s’en fout, éloge du plaisir féminin ».ventscontraires.net : D'où viennent ces créatures magnifiques qui vont défiler sur les Champs en distribuant des baisers, à deux jours de l’ouverture du Mondial ?Ils viennent tous d'une agence de mannequins. Je me suis accordée le privilège de les choisir un par un. Ils seront payés. Je dois avouer que je range dans mes fantasmes l'idée de payer les hommes, alors pour l’occasion, j’ai cassé la tirelire de la maison.ventscontraires.net : - Embrasseront-ils avec la langue ?De nos jours les garçons deviennent un peu timides. Je crains que certains refusent, fassent les farouches, rougissent même. J'espère bien qu'il y aura quand même des intrépides, un peu joueurs, qui succomberont au charme des parisiennes conquérantes, sur la plus belle avenue du monde.ventscontraires.net :  Est-ce qu'on aura le droit de leur toucher les fesses, comme le font les hommes dans les transports en commun, sans nous demander l'autorisation ?Là encore, il faut s'attendre à ce que certains soient choqués d'être hommes objets sans droit à la parole, victimes. Mais je suis sûre (parce que j'ai vu des yeux qui en disaient longs) que certains trouveront la caresse bien douce, ou mieux, excitante.ventscontraires.net :  Croyez-vous qu'humour et sexualité peuvent faire bon ménage ? Au moment de "passer à l'acte", ne font-ils pas chambre à part ?Hmm. Cela dépend de la manière dont on passe à l'acte. Dans un rapport charnel intense, avec vraie alchimie de phéromones et décharges maximales d'ocytocine, l'humour serait comme une goutte qui fait déborder le vase. Dans la manière moins engagée avec ce qu'il est de goût médiocre d'appeler "fuck friends", on peut inclure l'humour, mais on risque quand même de jouir moins fort, ce qui est dommage.ventscontraires.net : Un message spécial pour les lectrices de ventscontraires.net ?On s'est décarcassées pour vous trouver des hommes à tomber, et comme c'est pas tous les jours qu'il y a des cadeaux si doux et séduisants qui se présentent, je vous encourage vivement à les découvrir !ventscontraires.net : Et pour les lecteurs ?Nous aimons trop les hommes pour les exclure. Il y aura quelque chose pour eux vers la fin de l'année, mais qu'ils soient assurés d'ici là de notre considération distinguée et maximale et qu'ils n'aient crainte des changements qu'ils observent. Rien n'est castrateur dans la nouvelle tendance féminine, au contraire, une femme qui connaît son corps et aime jouir libère l'homme de demandes économiques quelques fois pesantes (rivières de diamants et cabanes au Canada) et en général prend du plaisir à en donner (du plaisir). Bref, une cascade de jouissances en vue !http://www.secondsexe.com/magazine/Avalanche-de-baisers-sur-les.html

Le 7 juin 2011 à 01:30

Le corps des femmes après Berlusconi

Un documentaire de Lorella Zanardo, Marco Malfi Chindemi et Cesare Cantù

Ça n'est pas une majorité morale serrée du cul qui a dit "assez" à Berlusconi en lui infligeant sa plus humiliante déculottée électorale. Mais des spectateurs se frottant les yeux après des décennies de "pornocratie" triomphale. Même la ville d'Arcore, près de Milan, où Silvio Berlusconi possède la luxueuse villa de ses soirées "bunga bunga", est passée à l'opposition.Voici un documentaire éclairant sur la manière dont l'Italie berlusconienne a traité le corps des femmes. "Nous sommes partis d’un état d’urgence. La constatation que les femmes, les femmes vraies, sont en train de disparaître de la télévision et qu’elles ont été remplacées par une représentation grotesque, vulgaire et humiliante", racontent les réalisateurs de ce film disponible en sept langues sur leur site il corpos delle donne (le corps des femmes). "La perte nous a semblé énorme : l’élimination de l’identité des femmes était en train de se produire sous les yeux de tous mais sans qu’il y ait une réaction appropriée, même de la part des femmes. A partir de cette constatation, l’idée a fait son chemin de sélectionner des images de la télévision qui auraient en commun l’utilisation manipulatoire du corps des femmes pour raconter ce qui est en train de se produire, non seulement à qui ne regarde jamais la télévision, mais aussi et surtout à qui la regarde mais « ne la voit pas  ». L’objectif est de nous interroger et d’interroger sur les raisons de cette disparition, un véritable « pogrom » duquel nous sommes tous les spectateurs silencieux. Le travail a donc donné une importance particulière à l’élimination des visages adultes de la télévision, au recours à la chirurgie esthétique pour éliminer le moindre signe du passage du temps et aux conséquences sociales de cette élimination."

Le 6 mai 2010 à 08:00

Répétitions

Nouvelle inédite de Marie Nimier

J'ai connu un homme qui jouissait exclusivement lorsque, ayant fourré son engin, on lui grattait gentiment les couilles. J'avais appris à passer mon bras sous nos deux cuisses réunies pour atteindre mon but par derrière. Le même geste devait être répété avec précision, au même endroit, avec la même intensité, et si d'aventure j'introduisais une variante j'étais rappelée à l'ordre par un grognement. C'était à la fois lassant, et très excitant de savoir qu'à ce moment précis, en accomplissant ce rituel minuscule, l'homme allait s'abandonner. Dès que je commençais la manipulation, il m'embrassait à pleine bouche - avec le vide de la bouche -, sans bouger les lèvres. J'aimais beaucoup ce moment-là. Après avoir éjaculé sur mon ventre, il s'endormait quelques minutes.Une nuit, j'ai demandé d'où ça lui venait, ce truc. Il fit semblant de ne pas comprendre, ce truc, quel truc, et comme je précisais ma pensée il se mit en colère : j'étais tellement vulgaire sous mes airs de sainte nitouche, il n'en revenait pas de découvrir mon vrai visage après tout ce que nous avions partagé, le voyage en Italie, les promenades, les lectures, les confidences... J'essayai de me justifier, il s'agissait là d'une manie peu encombrante en vérité, elle ne me gênait pas le moins du monde, j'étais juste curieuse, juste intéressée...Il alla se servir à boire. Je sentais qu'il se retenait pour ne pas me flanquer à la porte. J'ai prétexté un travail à terminer chez moi et, prenant les devants, je me suis retrouvée dans la rue à onze heures du soir avec mon sac bourré à craquer et ma couche de foutre sur le ventre, comme un vernis. Je n'avais pas envie de dormir. Longtemps j'ai tourné en rond avant de m'installer à la terrasse de ce café où il avait l'habitude de donner rendez-vous à ses amis. Une semaine passa, sans nouvelle de lui. Il ne répondit même pas à mes messages. Le mardi suivant, il réapparut à l'heure de l'apéritif. J'étais tellement émue de le voir que je me mis à pleurer. Il s'assit au bar, sans remarquer ma présence, et commanda deux martini blancs. La jeune fille qui le rejoignit presque aussitôt me ressemblait. Il lui parlait un peu trop fort, elle le trouvait drôle. Parfois, elle tortillait ses cheveux puis les relevait comme on fait la roue, en écartant les coudes. Ses yeux glissaient sur la chemise de son interlocuteur et, par petits coups pressés, empesaient sa braguette.En me levant, je regardai les mains de la jeune fille, ses doigts qui, après un petit brin de toilette pour enlever le gras des olives, caresseraient la douce peau fripée. 

Le 10 avril 2017 à 09:52

Jean-Daniel Magnin : "Dans un canard", les influences

Ses pièces ont été jouées au Festival d’Avignon, à la Comédie-Française. Avec "Dans un canard", il écrit et met en scène une comédie grinçante qui épingle la drôle de catastrophe de la société du travail, ses dérives, ses failles, ses pièges, sa folie. Jean-Daniel Magnin — J’ai eu la chance d’avoir exercé trente-six métiers parallèlement à ma vie d’écrivain de théâtre, à tous les échelons et dans tous les secteurs. Mais c’était avant la mise en place de cette méthode de domination appelée  le benchmarking, avec ses coachs-évangélistes, ses autoévaluations mutilantes, la recherche de la qualité zéro  défaut qui contrôle, compresse et parfois tue. Si vous désirez en savoir plus, et si vous avez les nerfs solides, regardez sur le Net la formidable série documentaire La Mise à mort du travail de Jean-Robert Viallet, et aussi les analyses accablantes du psychiatre du travail Christophe Dejours.    La leçon que j’en tire ? La pièce campe un monde où les revendications syndicales, la défense des droits sont  oubliées ou perçues comme obsolètes. C’est la maladresse du héros qui va provoquer des catastrophes et révéler la souffrance de chacun au sein de l’entreprise. Je ne suis pas optimiste quant à la résistance possible dans le  monde du travail, mais je crois à une chose qui grippera à un moment ou un autre la machine, une chose qui réside au fond en chacun de nous : la paresse et la lâcheté, un peu comme autrefois dans le monde soviétique...  Cette pièce n’est pas un constat ni une leçon sur notre rapport au travail, mais plutôt une vision tendre et comique qui va contribuer, je l’espère, à nous rassembler un instant autour de cette question. Qu’est-ce qui est pire ? Travailler, ou ne pas travailler ? Je ne pense pas que la question soit celle du travail, mais plutôt celle de l’emploi. Dans le monde sans emploi et automatisé en train de se mettre en place, tout un chacun devrait pouvoir s’adonner sans souci à l’activité  qui le motive et le fait grandir. Qu’il s’agisse d’art, d’engagement associatif, de bricolage ou d’agriculture,  peu importe. Il faut regarder vers les pays qui commencent à mettre en place un système de revenu garanti  minimum, et considérer l’émergence croissante d’initiatives expérimentant une économie contributive qui  permettrait à chacun de se responsabiliser sur ces questions...    > en partenariat avec theatre-contemporain.net

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